Il y a des rôles qu’on ne s’attend pas à jouer. Par exemple, en tant qu’hétéro, je ne pensais pas un jour être considérée comme la lesbienne de service. Mais quel est donc ce quiproquo incroyable ?

Je ne sais pas bien quand tout ça a commencé mais voilà, certaines personnes ont du mal à concevoir que Vicky et moi ne sommes pas un couple. Peut-être parce qu’on a très vite fusionné, à tel point qu’on finit les phrases de l’autre, on dit ce que l’autre était en train de penser, qu’on partage une cabine de Center Parcs parce que « c’est plus pratique »… Ah ouais, on est parties à Center Parcs ensemble aussi, ça n’aide pas. Bref, y a des gens qui pensent qu’on est quand même un peu un couple, même ma mère m’a posé la question. Alors que ma grand-mère, elle, elle pense que tout ce temps, je le passe avec un homme et que je me sers de Vicky comme alibi. Même pas.

Bref, du coup, la grand-mère de Vicky m’a plus ou moins adoptée et tenait à ce que je sois présente à ses 80 ans qui avaient lieu lundi. Trop ravie d’avoir une bonne raison de poser mon lundi et d’aller voir hors Paris si l’air y est plus pur, évidemment que j’ai répondu présente. On est arrivées dans les premières avec sa mère pour finir de préparer la salle et du coup, nous étions là pour accueillir les gens. Et parfois, sa mère me présentait comme « une copine de Vicky » mais de temps en temps, je devenais « l’amie de Vicky ». Et là, la personne bloquait sur ma trombine, un instant de silence achevé par un « ah…d’accord ! ». Avec le frère de ma fiancée, on y est allé à fond dans la blague, jusqu’à choisir le prénom de nos futurs enfants adoptés (mais j’ai oublié ce qu’on avait choisi, je ne suis pas une très bonne compagne).

Au-delà de la blague qui m’a fait bien sourire, je n’ai pas vraiment pu vivre dans la peau d’une lesbienne rencontrant la belle famille puisque plein de gens ne faisaient pas partie de la famille en question et que ni Vicky ni son frère n’ont été capables de me dire de qui il s’agissait. Pour le peu que j’en ai vu, j’ai cependant remarqué quelques traits. De façon générale, il y avait un petit effet de surprise mais aucun commentaire. Je n’en attendais pas. Mais on sentait quelques regards un peu hésitants, des « oh mais ça existe en vrai, alors… ». Ca m’a un peu fait penser aux blagues genre : « je ne suis pas raciste mais pas d’arabes dans ma famille », par exemple. Parce que s’il serait incorrect de faire des remarques sur la vie sexuelle de la petite fille de la reine de la journée, on suppose qu’une fois la sauterie terminée, ça a dû un peu jaser. Même si la famille directe sait que non, je ne suis pas la compagne de Vicky, elle a même un vrai copain, un mâââââle et que moi, je suis juste une amie.

Evidemment, je serais tentée de tester l’aventure dans ma propre famille, mais voilà : côté maternel, j’ai déjà deux cousins gays avec compagnons connus et identifiés donc autant dire que tout le monde s’en moquerait un peu de mon lesbianisme et côté paternel, c’est vite vu : ma grand-mère se dirait que Vicky me sert d’alibi et mon oncle n’en aurait strictement rien à faire comme tout ce qui me concerne, de près ou de loin (au passage, c’est mon parrain… Ce qui prouve que ça ne sert pas à grand-chose). Du coup, je peux moins tester leurs réactions ce qui aurait sans doute été riche en enseignement.

En tout cas, on va servir de sujet de conversation dans quelques foyers bretons.































