(Je rappelle à ceux qui débarqueraient ici par hasard que cette histoire n’est qu’une fiction, que je ne drague pas au musée en journée et en semaine vu qu’à ces heures là, je suis au travail. Puis si vous croyez que je pourrais trouver un Parisien à Orsay, c’est que vous êtes naïfs, surtout à cette période de l’année)
Aurais-je tiré le gros lot ? Un mec passionnant en dedans et séduisant au dehors qui accepte d’aller prendre un café ? Mais j’ai une veine pas possible. Essayant de ne pas trop sourire de façon extatique, voire niaise, je l’entraîne dans un café voisin et le regarde à la dérobée, bien contente de ma « prise ». On passe commande et on continue à parler un peu du musée puis il commence à me demander ce que je fais dans la vie.
« Je suis community manager pour TGGP.
– Oh, TGGP ? Et bien… »
Est-ce du dégoût que j’entends dans sa voix ? En tout cas la température vient de perdre quelques degrés, là… Peu importe, je ne suis pas PDG de TGGP, juste employée.
« Et c’est quoi community manager ? T’es dans les RH ?
– Ahah, non ! J’anime des forums et des blogs pour des sites Internet.
– Et t’es payée pour ça ? »
Re-dedain. Température moins quelques degrés de plus. Prochaine question et j’enfile ma petite laine. Je sais que souvent, les gens ont tendance à me poser cette question en riant mais là, je sens que ma côte auprès du jeune homme dégringole vitesse grand V. De mon côté, j’aime pas trop qu’on dénigre mon travail parce que, ouais, de prime abord, ça a l’air très drôle mais pas tant que ça. J’ai aussi mon lot de merde à gérer et y a quand même des forums moins faciles à animer que d’autres. Bref, je vais éviter de relever.
« Oui, je suis payée mais tu sais, je suis également force de proposition pour faire évoluer le site, y a beaucoup de boulot. Tu sais, sur le forum de TMF, quand je suis arrivée, on recevait moins de 100 messages par jour. Là, on en est en moyenne à 300 ou 400.
– Tu bosses pour TMF ? »
Je crois qu’à force de manifester son dégoût, il va me vomir dessus.
« Je comprends pas comment ce genre de titre existe, c’est la quintessence même de l’avilissement de la femme. Soyez mince, soyez bronzée, portez cette robe à 400 euros et ce sac qui coûte un SMIC… Franchement, tu m’as l’air plus intelligente que ça, je comprends pas que tu te gâches à travailler pour un tel torchon.
– Un torchon ? Tu l’as déjà lu ?
– Pas besoin, je vois les couvertures, ça me suffit. »
Là, j’ai deux options : soit défendre un peu mon taf et accessoirement mon honneur dans une conversation qui va s’annoncer houleuse, soit je change de sujet pour ne pas effrayer mon dandy même si, honnêtement, j’ai plus très envie de faire des bébés avec. Ni rien du tout d’ailleurs. Bon, allez, on va le faire exploser.
« Enfin, je travaille pas que sur TMF, je travaille sur Joséphine, un autre mag féminin et pour Scoop [mag people du groupe] »
Implosion dans 2 secondes et demi
« Rah mais alors ça, ça me dépasse complètement ! Mais comment on peut même s’intéresser à la vie privée d’une star ? Et encore, quand je dis star, on nous vend souvent la vie de pauvres types qui se sont laissés enfermer dans une maison pleine de caméras. C’est d’un pathétique ! Je comprends même pas qu’on puisse oser travailler pour une telle merde ! ».
Sur le fond, c’est pas faux le côté people de seconde zone mais quand même, je travaille un peu pour, même si je ne l’écris pas,va falloir que je défende mon bifteck.
La semaine prochaine, suite de mon entrevue avec le jeune homme. Que va-t-il se passer ? Nina parviendra-t-elle à faire comprendre au jeune homme qu’il n’y a pas de sot métier ? S’engueuleront-ils ? Feront-ils furieusement l’amour dans les toilettes du café, emportés par leur élan destructeur ? Est-ce que c’est vraiment fini entre Jenifer et Pascal Obispo ? Ça vous choque pas que la première dame de France sorte un album ? A midi, je prends des courgettes ou des haricots ? Mais que de questions !







