DESPROGES MON AMOUR

Par DianeFrançaises, français, belges, belges, vingtenaires, vingtenettes,Pierre, pierrot, lecteurs chéris mon amour,

 
Voilà aujourd’hui 20 ans que Pierre Desproges est mort. Oui, je sais, il est mort en avril et on est en janvier, donc techniquement ça fait pas encore 20 ans, mais je vous ferais
remarquer que s’arrêter à de tels détails tatillons et puérils n’est pas franchement intelligent, et puis ne commencez pas à m’interrompre comme ça dès le début ça va m’énerver.
20 ans, disais-je, que ce fabuleux trublion politiquement incorrect a cessé de trublioner et de titiller nos zygomatiques pour aller s’enterrer au père Lachaise, entre Petrucciani
et Chopin.
Une dernière résidence dont l »épitaphe originelle a malheureusement été jugée un peu trop trublionement incorrecte (« Pierre Desproges est mort d’un cancer sans l’assistance du professeur Schwartzenberg») par les biens pensants qu’il assaisonnait copieusement et régulièrement de sa haine ordinaire. 
Mais qu’est ce que tu dirais, Pierrot (tu permets que je t’appelle Pierrot), si tu pouvais voir ce qu’on est devenus, sans toi?
On tient sa langue, on est mous, on lit closer, voici et la biographie de cécilia sarkozy, on a élu un mec gréffé à ses ray-ban et à ses faires valoirs (hommes, femmes enfants,
faux amis et rolex) qui se shoote à l’ego, au pouvoir et aux photos pipole comme représentant de tous les français aux piteux yeux du monde, on dégomme mère Nature, on fait la gueguerre, on piste les délinquants à la maternelle, on écoute nos MP3 à fond dans le métro sans écouteurs, on s’excite plus à la publication de photos de manaudou à poil sur le net qu’à la mort de Nougaro, on veut travailler, travailler, travailler, pour avoir du fric, du fric, du fric, pour pouvoir consommer, consommer, consommer, nous ruer dans les magasins, encore, courir avec une délectation vibrante d’extase consumériste nous coller à d’autres chercheurs d’or suintants d’excitation fébrile et se prendre une ou deux vieilles emperlouzées à chihuahua et vison véritable en pleine face, et leur planter notre talon dans les tibias, parce qu’on l’avait vu en premier, le sac vuitton à -50%, on va pas se laisser marcher dessus par une vieille mamie-la-tremblotte non plus merde!!
Tu avais raison, Pierre, on peut rire, de tout, mais pas avec tout le monde. On peut même pas  s’moquer de Mahomet sans se retrouver avec une bombe sous le paillasson ou se
faire attaquer en justice (heureusement charlie hebdo est revenu…)
 
COUVERTURE MAHOMET 
 
Les aveugles ont bon dos d’être les bénéficiaires d’une puante bienséance qui les fait hypocritement appeler « non voyants » tandis qu’entourés de centaines de
personnes à st lazare le matin ils se prennent les murs avec bienséance, aussi.
 
Mais où est-elle, Pierronounet (tu permets que je t’appelles pierronounet), où est-elle, cette fièvre, cet enthousiasme vibrant, cette passion fébrile, cette intarissable soif de
savoir, de justice et de raison qui embrasait naguère avec ardeur et éloquence nos plus brillants cerveaux d’une inextinguible flamme humaniste? Nous sommes mous, taris, vidés,lympathiques, décérébrés, légumineux, exsangues,atrophiés du bulbe,diminués,hypo-courroucés,neurasthéniques,flegmatiques et gélatineux. Gracq est mort, tout le monde s’en fout. Pour un peu que Mme de Fontenay aille casser sa pipe, on lui ferait des funérailles nationales. 
Mais je m’égare, et pas seulement au gorille.
J’ai peur, Pierrot, l’ombre misanthropique plane sur ma foi en l’humanité. Je lis Axel Kahn, Picouly et Philippe Val, et mon petit coeur se gonfle d’un léger espoir qui croit entrevoir en l’homme l’émergence, ou plutot la survivance d’une foi, d’une croyance, voire d’une certitude qui fait penser à l’homme qu’il peut vivre son éphémère vie en regardant plus loin que le bout de son pouvoir d’achat, qu’il peut être utile, qu’il peut découvrir, apprendre, et vivre sa vie sans corruption, en étant, tout simplement, raisonnable et humain.
Ca me rappelle ce que tu me racontais jadis:
« On a envie d’aimer mais on ne peut pas. Tu es là, homme mon frère, mon semblable, mon presque-moi. Tu es là, près de moi, je te tends les bras, je cherche la chaleur de ton
amitié. Mais au moment même où j’espère que je vais t’aimer, tu me regardes et tu dis :
— Vous avez vu Serge Lama samedi sur la Une, c’était chouette. »
 
Pourtant je persiste. Il y a 20 ans que tu es mort, et je ne m’en fous pas! Je suis triste! J’ai les badigoinces à l’envers et la rate en berne, et ce soir, ma choucroute a un arrière-goût d’atrabile. Je t’ai écouté, j’ai lu Vialatte et Aragon, et délaissé un peu ( un peu) Pif gadget. Aragon justement, rappelle toi:
 
« votre enfer est pourtant le mien
nous vivons sous le même rêgne
et lorsque vous saignez je saigne
et je meurs de vos mêmes liens.
 
Quelle heure est-il, quel temps fait t-il,
j’aurais tant aimé cependant
gagner pour vous pour moi perdant
avoir été peut-être utile.
 
C’est un rêve modeste et fou,
il aurait mieux valu le taire
vous me mettrez avec en terre,
comme une étoile au fond d’un trou. » 
 
Rhhaa je souffre, ver de terre amoureuse d’une étoile; mais du fond de ton trou tu m’éclaires toujours Pierrot, alors vivons heureux en attendant la mort, et d’ici là, n’oublions
pas qu’il faut rire de tout. c’est extrêmement important.C’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans.
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19 réflexions au sujet de « DESPROGES MON AMOUR »

  1. E. dit :

    C’est pas contre toi Diane mais j’aime pas du tout cet article…pourtant Desproges me fait beaucoup rire mais là je trouve qu’il sert de prétexte à la litanie oui c’était mieux avant et oui les gens sont des boeufs mais pas moi moi je suis cultivée donc je fais pleins de citations et je les méprise…

    C’est bizarre moi j’étais restée sur l’idée que les années 80 c’était les années fric et « je me montre ».

    La seule chose où je suis d’accord avec toi c’est qu’on peut moins se moquer de certaines choses genre la religion mais là c’est plus un problème avec la laicité (qu’il faut fortement défendre d’ailleurs).

    NB : là où c’est écrit « couverture mahomat », c’est pas là où elle devait se trouver la couverture non? 🙂

  2. guillaume dit :

    ça fait du bien de te lire… les Nougaro, Fréderic Dard, Desproges, Coluche, etc…, nous manquent cruellement. Mais soyons optimistes, d’autres viendront, telentueux, drôles, lucides, caustiques et , espérons le, populaires.

  3. bel hommage, Diane!
    Sinon pour rebondir un peu sur le commentaire précédent, je pense qu’on peut difficilement faire l’éloge de l’humour desprogiens, l’irrévérence, « l’antibeauf » aussi quelque part et dire qu’aujourd’hui tous les travers qu’il dénonçait sont présents, enfin pour moi c’est évident que c’était déjà le cas, que c’est même pour ça que Desproges est pertinent, encore aujourd’hui. Pour résumer, et c’est peut etre juste mon impression, le coté nostalgique me parait détonner un peu. En fait au temps de Desproges (que je n’ai pas connu hein) ça devait pas être tant l’éclate que ça pour qu’un type aussi drôle puisse faire marrer!

  4. Diane, MARRY ME !!!!
    Ca fait bien 15 ans que Desproges est mon Dieu, que le tribunal des flagrants delries est ma litanie, que je tente de porter la parole divine quand je peux… Snif. Ton article etait usper et blindé de references plus ou moins déguisées. MERCI !!

  5. diane dit :

    ah oui, et matt, au fait, la tirade « nostalgique » ne parlait pas des années 80, même si c’est pas super explicite à la relecture en effet. a vrai dire j’avais davantage à l’esprit les siècles où la quête du savoir et de la compréhension était le mot d’ordre principal. humanisme et lumières en somme! Plus j’étudie la question, et plus j’ai l’impression qu’on en est trèèèèès loin, et qu’on s’en éloigne de plus en plus. (cf article cité ds comm ci dessus)

    Lucas: deux demandes en mariage en deux articles, je vais finir par croire que tu es un homme facile…

    et je ne résiste pas à ce commentaire final: Pierrot, à l’anniversaire de ta mort, j’ai l’oeil humide et le coeur gros; et j’ai appris la mort de carlos hier, tirelipinpon sur le chihuahua, j’ai repris deux fois de la pizza!!

  6. Diane dit :

    Lucas lucas… cet oubli se situerait à la limite de la muflerie, dites moi, vu que votre demande en mariage date de pas plus tard que y’a pas longtemps, c’est à dire de mon dernier article sur les séducteurs. Ce qui, d’ailleurs, ajouterait une touche de Valmonterie à votre personnage.
    Mais bon, les femmes sont futiles, que voulez vous, une petite touche de flatterie fait bien vite oublier les impairs. Et puis il est difficile d’en vouloir à un homme qui connait desproges par coeur.

  7. Merci pour ces mots qu’il fallait dire parce que nous sommes ,comme tu le dis , »mous ». Bonne continuation. Je viens de découvrir un blog où l’on ne parle pas pour ne rien dire, et j’y reviendrai souvent !

  8. Gwouigwoui dit :

    Philippe Val ? Celui qui dit que «  »Personne ne nie qu’il faille reconduire certaines personnes à la frontière » ?
    A mon avis, Desproges l’aurait bien dégommé de manière saignante. .

  9. Diane dit :

    et bien je pense tout à fait le contraire. Desproges a toujours été un grand amateur de charlie hebdo et de ses potes (cavanna, reiser et autres) et ça m’énerve particulièrement cette tendance qu’on peut avoir ces temps ci à pointer le moindre mot, la moindre phrase sur laquelle on peut fustiger à plaisir le locuteur (bouhh elle a dit dégueulasse c’est une traitresse déloyale, bouuhhh elle a dit bravitude c’est une inculte ignare) alors qu’on n’a pas forcément le contexte, et qu’on ne connait pas forcément la personne et ses idées. J’en sais rien de pourquoi et quand il a pu dire ça, tout ce que je sais, c’est que j’ai lu ses bouquins, que j’ai vu bcp de ses interventions télés et que je lis régulièrement ses editos à charlie hebdo, et que je trouve que c’est un homme intelligent, juste, raisonnable, humain, et courageux.
    Si je veux, j’isole une petite phrase d’un réquisitoire de desproges qui est « j’aime pas les étrangers » et bouhhhh desproges vilain raciste. (…phrase qui est suivie de: « j’aime pas les racistes »)
    scrogneugneu!

  10. Gwouigwoui dit :

    Plus précisément, et pour ne pas me contenter de balancer une phrase du bonhomme et me faire taper sur les doigts, je ne supporte plus Val, et par ricochet Charlie, alors que j’ai été abonné pendant 8 ans, que j’ai lu un certain nombre de ses bouquins, qu’il me faisait bien rire avec Font, etc.
    Pourquoi ? Parce que j’ai le sentiment qu’il est devenu une sorte d’intellectuel médiatique du même acabit que BHL. C’est peut-être moi qui ai changé, mais je le trouve très consensuel, maintenant. Limite retournement de veste, y’a qu’à voir ses récentes louanges de BHL, justement. Je pourrais aussi causer du fait que Val et Charlie donne l’impression de voir des antisémites et des dangereux islamistes partout (Tariq Ramadan et le FSE, critique fort positive du bouquin d’Oriana Fallaci), ou plutôt de se servir de ces épithètes comme disqualificatif de discours plus radicaux que le leur.
    Par ailleurs, ce qu’on peut lire d’anciens collaborateurs de Charlie n’est pas très élogieux pour Philippe Val (en vrac : Philippe Corcuff, Olivier Cyran, Lefred-Thouron, Mona Chollet, Michel Boujut). Alors, évidemment, c’est pas très objectif comme point de vue, mais là, ils vont tous dans le même sens.
    Corcuff :
    « Recourant à des amalgames répétés entre l’islam comme religion, les différents courants de l’islam politique, l’intégrisme et le terrorisme, Charlie Hebdo – hormis quelques courageux résistants de la nuance et de la complication – s’est inscrit dans une croisade de la Civilisation (“européenne”) contre la Barbarie (“musulmane”). Dans cette perspective, on a été jusqu’à publiciser une fausse rumeur à propos du Forum Social Européen de Londres, où on a fait de ceux qui ne participaient pas à la nouvelle croisade (comme la LDH) des “alliés objectifs” des intégristes islamistes, en remettant ainsi à l’honneur une formule d’origine stalinienne. »
    Boujut :
    « Opération épuration. Pfuitt… à la trappe ! […] Je me pose une seule question, naïve comme toutes les vraies questions : peut-on être à la fois homme de morale (exigeante) dans ses éditos et homme de pouvoir (discrétionnaire) dans son “traitement des ressources humaines” ? Faire la leçon aux autres et se comporter comme ceux à qui on fait la leçon à longueur de colonnes ? Toujours cette foutue histoire de la paille et de la poutre. »

    C’est mon ressenti personnel, mais pour moi Charlie a perdu son bon goût de contestation radicale et de joyeux bordel. Bon, maintenant on peut dire que j’ai fait autre chose que pointer une phrase.

    Et entre parenthèses, il n’y a pas grand chose de commun entre le Charlie qu’a connu Desproges, et le Charlie actuel, si ce n’est le nom. Et une poignée de survivants. Reiser ? Mort. Gébé ? Mort. Cavanna ? Après avoir lu, à l’époque où j’étais encore abonné, un article de lui dans Charlie où il s’en prenait à un jeune mort d’une balle dans la tempe tirée par un flic, j’ai été bien triste. Reste Siné.

  11. Diane dit :

    aaahhhh bah j’préfère! là je comprends, même si je n’adhère pas (et là n’était pas du tout le pb) ton point de vue, merci de ces précisions!

  12. BA moi aussi il manque notre Pierre National. Nul doute qu’avec lui, on aurait encore plus rigolé de Sarkozy…
    Juste une petite phrase que j’adorais de Desproge ; « Il y a plus d’humanité dans l’oeil de mon chien quand il remue sa queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son oeil… »
    Bon anniversaire Pierre la ou tu es…

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