Pour se faire un avis, faut tester. J’ai testé Guillaume Musso

Je suis une aventurière, ce n’est pas une nouveauté. Mais parfois, je pousse le vice loin, très loin, très très loin. Quand on me tente, j’ai du mal à dire non, même quand ma raison me hurle que ce n’est pas raisonnable, que je ne devrais pas. Comme cette clope qui me tend les bras quand j’arrête de fumer, ce gâteau hypra calorique en plein régime, cet homme qui a un gros panneau « pas toucher sur le front ». Et ce livre… Ce maudit livre.

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Février ou mars, je suis au bureau quand Guillaume, mon chef arrive. La veille, il était en déplacement en province. Et là, il me sort un livre, un de Guillaume Musso dont j’ai même oublié le titre, Seras-tu là, je crois. « Hé, t’as déjà lu ça ? ». Regard méprisant : « Non ». « Tu devrais, c’est marrant. Cousu de fil blanc mais marrant. Genre le mec, il est incapable de faire monter ou descendre autre chose qu’une volée de marches à ses personnages et les femmes ont toutes l’air mutines ». Tentation. Après tout, je suis adepte de la merdophagie et parfois, la curiosité m’a amené à de belles découvertes. Genre les particules élémentaires, j’ai voulu le lire pour dire que je détestais Houellebecq et en fait, j’ai bien aimé. Bon, ok, j’accepte de lire ce livre mais uniquement s’il me le prête.

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Livre prêté. J’entame la lecture dans une salle d’attente, je suis hilare. Parodie : « Alors qu’il opérait un enfant pauvre dans une jungle vietnamienne hostile, il lève la tête et pense soudain à tous les tigres, serpents et éléphants qui pullulent dans la nature autour de lui ». Là, je me tape les cuisses de rire. Sauf que la blague commence à devenir un peu longue. Ce n’est qu’un ramassis de clichés, de scènes de film réécrites et adaptée sauce pseudo littéraire. Notamment quand la foudre tombe et que le héros se voit dans le reflet de la bibliothèque. Mon Dieu, si j’ai pas vu cette scène dans tous les téléfilms du monde, je ne l’ai pas vue une fois…

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Bref, à l’arrivée, ça pue le Grey’s Anatomy (cette série m’ennuie au possible) mâtiné de téléfilm fantastique à base d’amour par delà la mort, blablabla. Y a même des orques pour faire rêver les minettes. Ne manque que les poneys. Et mon allergie naturelle à la crucherie et à la guimauve m’a donné envie de jeter le livre plusieurs fois par la fenêtre. Celle du train dans lequel j’ai enfin j’ai réussi à le terminer, par exemple. Mais pas de bol, il n’est pas à moi.

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Ceci étant, je trouve qu’il y a matière à réflexion. La lecture est comme la télé, ce qu’on en fait. La lecture me sert de culture mais d’évasion aussi, j’ai lu pas mal de bouses achetées avec mes propres deniers en sachant très bien que ça ne vaudrait pas tripette parce que parfois, le cerveau, c’est comme les cheveux, faut le laver avec soin. Même si ce genre de littérature finit vite par me gonfler car je n’y trouve pas l’ingrédient premier, ce qui fait que j’adore lire : la surprise. Tu lis une dizaine de pages, tu sais comment ça va finir, idem pour la plupart des romans estampillés « girly ». Et encore, je ne me suis jamais penchée sur un Harlequin. Mais savoir comment ça se finit m’ennuie, ça ne me donne pas envie de poursuivre la lecture, surtout si la prose est peu stylée. Non parce qu’un mauvais livre, si je peux au moins en tirer deux ou trois mots de vocabulaire, ça rentabilise. Genre Ada ou l’ardeur de Nabokov. Quoi qu’il est injuste de le qualifier de mauvais, il est juste trop fouillis, truffé de private jokes incompréhensibles (à moins d’avoir une très très grande connaissance des liens de Nabokov avec certains écrivains, ce qui n’est pas mon cas. Il y avait par exemple une vanne sur Tolstoï que je n’ai pas comprise. Est-ce qu’il existe un Profil sur ce livre ?). Mais malgré tout, outre le côté sulfureux qui aurait été plus intéressant déshabillé de tout ce verbiage et cette complexité quelque peu inutile, sans parler du concept intéressant de pays mélange d’Etats-Unis et de Russie qui résumait l’identité culturelle de Nabokov et qui aurait mérité un vrai traitement, ce livre m’a quand même un peu enrichi culturellement de par son vocabulaire. Il faudra un jour que j’apprenne à souligner les mots que je ne connais pas pour les chercher ensuite dans un dico mais je déteste écrire sur un livre. Mais je m’égare, je n’étais pas là pour parler de Nabokov.

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Je peux comprendre le succès d’un Musso, maintenant, même si je ne le cautionne pas. C’est un peu comme une semaine au club Med de Djerba, des vacances et un exotisme à moindre frais. Au moins, j’ose penser que Musso ne trompe personne, à commencer par lui, et assume tout à fait la relative qualité de son oeuvre. Ceci étant, moi, j’admire, je ne serais plus capable d’écrire une histoire à base de « un homme, une femme, des obstacles mais à la fin, ils s’embrassent sous la pluie en se disant qu’ils s’aiment et c’est Noël ou la St Valentin, hiii ! ». Je l’ai fait, hein. Mais j’avais 18 ans. Depuis, j’écoute du Benjamin Biolay et j’ai envie d’écrire des histoires d’amours malsaines.

PS : Oui donc le titre, c’est bien Seras-tu là qui restera pour moi une chanson de Michel Berger (j’étais amoureuse de lui pendant mon adolescence). Pour la peine
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13 réflexions au sujet de « Pour se faire un avis, faut tester. J’ai testé Guillaume Musso »

  1. Aourell dit :

    Oh! Il faut vraiment être aventurière en effet pour lire ce type de livre! Mais je le conseillais à mes élèves ados^^
    Enfin, je dis ça alors que je suis vautrée devant le film de l’après-midi sur la 6 et je peste « raaaah mais qu’est-ce que c’est niais! ». J’ai honte… D’ailleurs, je crois qu’il y a un livre intitulé « Et si c’était niais » qui parodie Lévy and co.

  2. philou dit :

    tu as osé ? moi pas… je vais peut être tenter aussi vu que la bibliotheque de mon CE est bien achalandée en musso…une autre sévit dans le genre : francoise bourdin, pas mal écrit mais on pourrait croire un roman généré par un ordinateur tellement les personnages et situation sont convenus : genre romans de 4 sous dans les années trentes – après, on peut aussi trouver « la grande crevasse » de Frison roche digne de figurer dans Arlequin, si ce n’etait la présence minérale de la montagne a toutes les pages. Houllebecq (fils d’un guide de montagne tiens!), mouais…pas trop aimé La Possibilité d’une île : trop embrouillée cette histoire, alors que j’ai adoré extension du domaine…! et le dernier fait polémique sur la maniere dont certains passages auraient été plaggiés de Wikipedia…dixit Wikipedia! Dans le genre a éviter : PPDA, qui persiste à vouloir signer. je lis en ce moment un roman distrayant : la riviere des indiens, de jeffrey Lent : eh ben c’est captivant et pas prise de tête. j’essaierais bien bernard giraudeau, cher amour …mais j’ai un peu la flemme…enfin, il ne faut pas bouder son plaisir : si on lit une bouse quelconque avec interêt, c’est deja mieux que de s’agglutiner comme une larve derriere sa télé ou son moniteur.
    a propos, le cher michel passe au 20h de pujadas le 8 sept…

  3. E. dit :

    « Et mon allergie naturelle à la crucherie et à la guimauve m’a donné envie de jeter le livre plusieurs fois par la fenêtre. »
    => ah je sens que c’est un bouquin pour moi! 🙂

    Pour les Harlequins, je te déconseille Cartland, y’a pas de cul (tu comprends c’est mal avant le mariage toussa)(je précise que c’est pas moi qui ait acheté les Harlequins quand même, je les ai trouvé…)

  4. J’ai une copine qui a tellement détesté qu’elle m’a donné envie de lire Musso au moins pour essayer. Au vu de ton article, je crois vraiment que je vais tenter cette rencontre du 3ème type.

  5. Un Musso? Tout comme Levy, je n’ai jamais osé! au pire si on m’en prête un, je peux tenter, mais de mon plein, entrer dans une librairie et dépenser mes euros pour CA? Jamais!

    Mais tu as raison, il faut avoir essayer avant de donner un avis.
    Je me lancerai bien dans un Houellebecq…

  6. Je rattrape mon retard dans tes bafouilles, ma grande et ça m’fait rigoler que tu écrives un article sur le sujet ! ca me rassure aussi !! Parce que lorsque j’ai écrit il y a un an et quelques « Ou-es tu ? Je reviens te saouler » je me sentais limite snob… C’est un peu le même principe que les ecureuils jouent à cache cache pour crever : on est frsutré et cuistre…

    Maintenant, je dois reconnaitre un truc à tous ces Pancol, ces Levy, ces Muso : ils ont écrit et ils ont été édités. Ils ont donc mon respect pour ça. Et seulement pour ça.

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