Le pouvoir de Naomi Alderman : une dystopie matriarcale ?

Depuis quelques temps, je cherche un peu de littérature sur l’hypothèse que si les femmes gouvernaient, le monde serait différent. Alors parenthèse avant de poursuivre parce que, oui, j’ouvre des parenthèses dès la deuxième phrase, j’ai toujours été un peu dubitative face à cette théorie car elle repose essentiellement sur des traits de caractères supposés féminins (la douceur, la diplomatie, ce genre de trucs). Même si, de l’autre, je suis assez persuadée que la virilité toxique est coupable de pas mal de maux en ce monde. Bref, si je ne crois pas en des qualités ou défauts intrinsèques aux hommes ou aux femmes, je crois que nous sommes élevés en fonction d’un genre perclus de clichés. Mais c’est pas le sujet. Donc parmi les lectures qui m’ont été recommandés, voici Le pouvoir de Naomi Alderman, un roman… assez fascinant.

Le pouvoir de Naomi Alderman

Ce roman part d’un postulat intéressant : il s’agit de la fantaisie de la part d’un homme qui imagine ce qu’il y a pu se passer 2500 ans plus tôt quand il y a eu une sorte de cataclysme et que les femmes ont pris le pouvoir. On a ces éléments à travers un échange de lettres entre l’homme et Naomi, l’auteur s’amuse à imaginer un monde où les hommes auraient pu exercer des métiers et même avoir du pouvoir. Et nous voici plongés dans une de ces sociétés patriarcales comme nous les connaissons si bien où les adolescentes se réveillent un jour avec un étrange pouvoir : un “fuseau” localisé sur la clavicule leur permet de générer de l’électricité à volonté. On va donc suivre quelques personnages, essentiellement féminins à une exception près, à travers ce monde qui perd ses repères, où les femmes se rebellent puisque désormais, ce sont elles qui ont le pouvoir (nous avons notamment une scène d’émeute en Iran, par exemple). Je vous ferai fi des différentes péripéties, essentiellement parce que ce livre est à lire mais il pose le postulat suivant : le pouvoir corrompt-il l’humanité ?

La révolte des femmes

Ah oui parce que ce roman ne répond pas à la question “que se passerait-il si les femmes avaient le pouvoir” mais part plus du postulat que le genre n’a pas d’importance quand au sentiment de surpuissance et d’impunité que donne le pouvoir. Des femmes finissent par violer et tuer, par exemple, car elles le peuvent. D’ailleurs, Naomi semble dubitative quant à cette vision d’une époque où les femmes auraient été moins violentes. Et je trouve ce parti-pris franchement fascinant. Si Alderman s’amuse parfois à inverser les rôles stricto sensus, notamment le personnage de Tunde, journaliste mâle qui suscite pas mal les convoitises féminines et qui devient le love/sex interest de pas mal de femmes, la conclusion s’avère sombre : il n’y a pas de salut si la différence de pouvoir entre les sexes est trop importante.

Femme dominante

Alors, est-ce que je conseille Le Pouvoir ? Oui. D’abord parce que je trouve que ce roman détonne un peu dans le paysage classique dystopique (on est plus sur le basculement du monde que dans un monde futuriste où l’un des traits de notre société a été souligné à l’excès) et parce que l’on vit les bouleversements de cette société à travers les parcours de vie de personnages qui essaient de comprendre le monde dans lequel ils évoluent, dans ce monde qui changent et qu’ils essaient de maîtriser au mieux. Parce que ça se lit vite et que c’est quand même hyper bien trouvé. Alors foncez !

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Le devoir d’exemplarité : toutes coupables ?

Semaine dernière, gros coup de tonnerre : Asia Argento, une des (UNE DES) figures de proue du mouvement #metoo est dans la tourmente : un jeune homme, Jimmy Bennett, l’accuse d’avoir abusé de lui alors qu’il n’était qu’un mineur. L’occasion rêvée pour tous les mâles qui ont chouiné sur le #metoo de montrer du doigt l’actrice en mode “toutes des menteuses”. L’occasion pour nous de nous pencher deux secondes sur le deux poids, deux mesures et sur le devoir d’exemplarité.

Asia Argento accusée d'agression sexuelle

Alors au cas où ça vous intéresserait : j’ai zéro avis sur cette affaire donc on ne parlera pas de ça. De façon générale, je me place du côté des victimes car comme qui dirait “je préfère défendre un.e éventuel.le mytho qu’un.e éventuel.le violeur.se” et ne vous inquiétez pas : dans ce genre d’affaires, le puissant s’en sort généralement bien. Non mais sérieusement, regardez Polansky, regardez DSK, regardez Besson qui n’est même pas dérangé par les accusations de viol et agressions sexuelles (au pluriel). Le #metoo a permis de faire tomber Weinstein mais après ? Bref, on passe, là n’est pas le coeur de ce que je veux dire.

Metoo

Parlons d’abord de la réaction, assez dégueulasse, des hommes. Ah, vous ne nous décevez jamais, c’est dingue. Pas un pour compatir avec la victime, pas un pour brandir la présomption d’innocence que vous crachez pourtant dès qu’un homme est incriminé. Vous n’avez pas questionné deux secondes l’attitude de la victime… ce qui est bien, ce serait bien de le faire A CHAQUE FOIS. Hé non, la seule chose que vous retenez, c’est  “ah ben les femmes, c’est pas mieux, heiiiiiiiiiiin”. Peu importe que ce soit le ratio hommes/femmes accusés soit totalement déséquilibré : une femme semble, pour vous, décrédibiliser l’ensemble de la parole féminine, peu importe son émettrice…

Devoir d'exemplarité, quel droit à l'erreur pour les minorités ?

Et j’en arrive à mon devoir d’exemplarité qui pèse sur chaque minorité. Vous vous souvenez quand Mélenchon a débarqué dans le 18e lors de la campagne législative et engueule les gamins qui font les zouaves devant les caméras en mode “arrêtez, on va encore vous traiter de sauvages après”. Un truc du genre, j’ai la flemme de chercher la citation exacte. C’est précisément un exemple de ce devoir d’exemplarité : des gamins bien blancs auraient été tous fous devant la caméra, ça n’aurait pas fait hausser un sourcil (sauf s’il interpelle le président par un sobriquet). Idem sur une femme qui se met en colère, remember Ségolène. Parce que chaque minorité a sa “tare” soulignée en permanence par les dominants pour les rabaisser : les racisés sont des sauvages, mal éduqués… les femmes sont hystériques, ce qui les disqualifie automatiquement du moindre débat. J’exagère pas, hein, renseignez-vous sur l’étymologie du mot, hein… Sur les homos, aussi, ils vont avoir droit à une référence sur leur excentricité ou leur faiblesse supposée (vs l’homme alpha blanc cishet) pour les décrédibiliser. Du coup, si je prends mon cas, je ne dois jamais ô grand jamais perdre mon sang froid sinon, je confirme “ah mais t‘es hystérique, on ne peut pas débattre avec toi”. Ah bah peut-être qu’à force d’expliquer 10 fois la même chose et voir que tu fais exprès de ne pas comprendre (ou que tu es complètement con, je sais pas), ça finit par me faire perdre mon calme, curieusement. Sans parler de ceux qui commencent la conversation en te crachant direct leur condescendance à la gueule et ne comprennent pas que tu leur répondes pas avec des arc en ciel et des petits coeurs. Mais je suis une femme, je dois rester calme, exemplaire… parce que paraît que sinon, je dessers ma cause. En vrai : mon cul sur la commode. Vous avez décidé dès le départ que j’avais tort donc à un moment, suffit que je mette un espace avant la virgule plutôt qu’après pour que vous y voyiez une raison de me disqualifier du débat, hein (oui, je blogue depuis 13 ans (…), j’en ai vu des arguments délirants, le mieux étant ceux qui hurlent à l’imposture car j’ai fait une faute… dans des comms qui sont à peine français).

Femme énervée

Bref, le devoir d’exemplarité n’est finalement qu’une manifestation supplémentaire d’une domination : si tu es une femme, tu dois pas t’énerver (et ne pas t’habiller trop sexy, faire croire à un homme que tu vas coucher avec lui parce que tu discutes avec lui, que tu acceptes de boire un verre avec lui, que tu le laisses payer l’addition… je m’y connais un peu mieux en oppressions subies par les femmes, notez), si tu as la peau colorée, tu dois rester discret en toutes circonstances et excessivement bien élevé… Bref, en tant que minorité, sache que la moindre de tes conneries retombera sur l’ensemble de ton groupe. “Ah mais oui mais lol, c’est toi qui dit ça avec ton #notallmen et même que t’as dit plus haut dans l’article “vous les hommes”. C’est vrai, je le dis… et je le redis. Parce que vous représentez le système dominant qui n’a conscience ni de ses privilèges (par exemple, ici, la présomption d’innocence dont ne bénéficie pas Asia Argento), ni des clichés qu’il a avalés durant toute sa vie sur ces minorités et qu’il recrache sans se questionner deux secondes.

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Am Stram Gram, ce thriller que tu ne reposes pas

Saison des ponts oblige, je voulais vous filer quelques joyeux conseils de lecture car j’ai quelques petits titres dans ma besace. Et en premier lieu : Am Stram Gram de M.J. Arlidge. En premier lieu parce que je l’ai vraiment bien aimé, que je ne l’ai pas lâché avant la fin et que j’avais pas trouvé le coupable en milieu d’histoire.

Am Stram Gram de M.J. Arlidge

L’histoire : l’inspectrice Helen Grace se retrouve en prise avec une serial killer qui kidnappe deux personnes et les enferme avec une arme entre elles : pour survivre, il faut tuer l’autre. Alors que les morts s’accumulent, Helen commence à comprendre que les victimes ne sont pas choisies au hasard…

Serial killer

Alors pourquoi j’ai aimé. En un, l’héroïne. J’en avais déjà parlé pour Disparue de Lisa Gardner mais je confirme : les héroïnes peuvent être certes bad ass (Helen fait de la moto, est assez dominatrice, adore se faire fouetter et ceci n’est pas une métaphore) mais elles ont des failles. Elles ne sont pas omniscientes, elles peuvent se planter. Quand on connaît mon aversion pour les héros qui savent tout, réussissent tout, même l’impossible, forcément, j’apprécie. Surtout que pour une fois qu’un mec écrit un polar sans se donner le rôle du super héros

Costume de super héros

Autre point appréciable : l’écriture des personnages. Franchement, à froid, c’est une vraie galerie de clichés : la cheffe de police froide et dure, son second tombé dans l’alcoolisme suite à un divorce difficile, l’autre fliquette pimpante qui a un grand coeur sous sa poitrine volumineuse, la journaliste arriviste… Sérieusement, vu comme ça, tu as l’impression que tu vas lire le scénar des fictions de l’après-midi sur TF1 ou M6 (si ça existe toujours…) mais M. J. Alridge s’en sort franchement bien avec ce matériel de base. Oui, parfois, c’est un peu facile mais ce n’est pas agaçant.

La menteuse, téléfilm

Mais surtout, le principe même du roman est cool. Les victimes sont choisies par paire, on commence par un jeune couple par exemple (je vous dis pas les autres). Imaginez que vous ête enfermés avec celui ou celle que vous aimez sans possibilité de vous échapper, sans eau ni nourriture et que la seule façon de survivre, c’est de tuer l’autre. Il n’y a qu’une balle dans le revolver donc un seul mourra. Le génie du truc, justement, c’est qu’Alridge s’offre des scènes de tergiversation, de marchandage avec soi-même : tuer l’autre ou non ? Et je crois que ce sont les meilleurs passages de tout le livre.

Negan Am Stram Gram

Un autre Am Stram Gram bien flippant

Donc pour votre prochaine escapade, vous l’achetez ou vous vous le faites prêter, il est sorti en poche. Par contre, attention, il est un petit peu prenant.

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Disparue de Lisa Gardner : les polars se déclinent au féminin

Forcément, semaine des droits des femmes oblige (oui, j’en fais une semaine, moi), j’avais envie de vous parler d’une auteure de roman. J’avais dans ma besace d’un côté Lisa Gardner et de l’autre “Sur ma peau” de Gillian Flynn mais j’ai préféré prendre celui où l’héroïne est la plus badass. Donc Disparue de Lisa Gardner.

Disparue de Lisa Gardner

Je vous raconte l’histoire : Rainie est enlevée au coeur de la nuit, son mari, dont elle est temporairement séparée, Pierce Quincy, va collaborer avec les forces de police locale pour tenter de retrouver celle qu’il aime. Voilà, ok, niveau originalité, on repassera, je suis d’accord. Mais ce roman va déjà me permettre de mettre en exergue quelques différences majeures entre une écriture masculine et féminine, à savoir :

Ecriture féminine

  • Le héros n’est pas omniscient ou omnipotent

Il y a un truc qui m’a toujours gonflée, c’est le héros parfait qui sait tout, qui voit tout, qui réalise des prouesses dès le petit déjeuner, genre Robert Langdon, Darwin Minor ou encore Miles Lord, ces mecs qui te sauvent le monde et ramassent la fille qui les aident à la fin, vous voyez ? Cet archétype masculin du mec infaillible qui hurle en sous-texte “l’auteur aimerait tellement être moi”. Ici, Quincy ne fait quasi rien, finalement. Il réfléchit certes mais c’est plutôt sa fille, Kimberly, qui va agir, une shérif, aussi. Même, par le passé, quand la famille de Quincy est disséminée par un serial killer, ce n’est pas lui qui va sauver sa dernière fille mais Rainie. Bref, sans les femmes, il n’est plus grand chose.

Lucy Lawless dans Xena

  • Les héroïnes n’attendent pas d’être sauvées

Pas de syndrome Belle au Bois Dormant ici (vous savez, la meuf qui roupille en attendant qu’un mec ait l’obligeance de la tirer de là où elle est), Rainie, dont on suit également les péripéties, essaie à tout prix de se sauver de la situation périlleuse où elle se trouve, devant par ailleurs sauver la vie d’un enfant kidnappé avec elle. Je vous dirai pas si elle s’en sort ou non mais elle perd pas mal de son intégrité physique au cours de l’histoire (ses cheveux pour commencer mais aussi un genou, quelques côtes…). Et pourtant, elle lâche rien… On dirait presque le méchant increvable d’Avatar, à force.

Sarah Michelle Gellar dans Buffy

  • Mais la beauté doit être préservée

Oui, la beauté reste la beauté. Je spoile un peu là donc pour ceux qui veulent lire le roman (qui est franchement pas mal), rendez-vous paragraphe suivant. Donc au cours de moult péripéties, la belle Kimberly (la fille de Quincy) et la shériffe pas très jolie se retrouvent dans un phare en flamme. Alors que la vie de Kimberly est menacée, elle est sauvée par la shériffe qui perd un peu son visage au passage. Alors certes, la belle Kim était évanouie au sol mais c’est quand même étonnant que la belle ne soit pas défigurée alors que l’autre… Par ailleurs, les personnages féminins sont souvent décrits en fonction de leur beauté (Rainie est belle, Kim aussi, un autre personnage secondaire et pas très sympathique par contre…). Mais bon, y a des mécanismes sociaux plus difficiles à démonter que d’autres.

Wonder woman

Alors du coup, Disparue de Lisa Gardner, on lit ou pas ? Ma foi oui : l’action est nerveuse, on n’échappe certes pas à quelques clichés mais qui passent sans trop faire lever les yeux au ciel. Par contre, y a eu une maladresse d’écriture à un moment, je sais pas si ceux qui ont lu ont eu pareil. C’est peut-être moi qui ai lu de travers, je dis pas mais du coup, à un moment, y a un dialogue mal ficelé et qui m’a révélé le nom du ou de la coupable… Sur le coup, je me suis dit “quoi, c’est iel ?” mais en fait, ce n’était pas encore l’heure de la révélation… mais ça m’a permis de tout remettre à l’endroit et quand j’ai su que c’était Emile le tueur, ça ne m’a guère émue.

Cité de la peur - Odile Deray

Bref, si vous voulez un polar sympa qui occupe le temps, celui-ci est très bien. Pas forcément le meilleur, je n’avais pas de mal à le remiser au fond de mon sac une fois ma destination atteinte mais ce fut quand même plaisant à lire. Et je pense retenter l’aventure avec Lisa Gardner à l’occasion

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Le doute de l’écrivaine

Commencer un roman est exaltant, à tel point des fois que les mots vont plus vite que vos doigts et qu’il devient presque douloureux d’écrire tant vous avez à dire. Les premières pages se noircissent vitesse grand V, c’est facile, ça coule tout seul. Mais, noir comme l’encre, il vient soudain tâcher votre bel enthousiasme… Lui ? Oui, lui : le doute.

citation "le doute détruit beaucoup plus de rêves que l'échec", pied sur un rail

Allez, hop, une citation random, pour faire un peu lettré (va savoir qui a dit ça)

Quand je commence à écrire, c’est avant tout un exercice de “vidage”, ni plus, ni moins : ma tête est trop pleine d’histoires, je dois les coucher sur papier. Je suis souvent prise d’un violent désir d’écriture, surtout quand je ne suis pas trop censée le faire. Typiquement au boulot, quand je suis dans une tâche rébarbative et peu impliquante intellectuellement parlant. Il y a aussi des moments de lecture qui stimulent soudain mes neurones de l’écrivaine et il faudrait limite que je lâche tout séance tenante pour écrire. A bien y réfléchir, c’est un peu dommage que je ne cède pas plus souvent à cette pulsion, je serais moins en train de chouiner sur le manque d’avancement de mes projets… Mais plus sur l’avertissement que j’aurais pris au boulot pour baisse flagrante de productivité, allez savoir.

Femme désespérée au travail, allongée sur son clavier, se prend la tête

Cependant, une fois que j’ai mis mon histoire sur les rails, arrive l’inévitable moment du doute, celui qui peut tuer en un coup mon embryon d’histoire. J’ai tissé tranquillou mon fil directeur, je sais où je commence et où je finis (j’ai toujours plus de mal avec le milieu, ça vient en cours d’histoire) mais soudain, l’évidence : elle est pourrie mon histoire. Je réagis souvent en comparaison. Typiquement, je lis n’importe quel livre de Moravia et je me sens une petite crotte au niveau de l’écriture, genre crotte de lapin, même pas un bel étron démoulé par un labrador, hein, non. Voire une crotte de souris, encore plus petit et insignifiant.

souris sortent d'une fissure dans le béton

Je me pose parfois l’intérêt que pourrait avoir les gens en lisant mon histoire. En général, c’est dans ma phase misanthrope, un truc style “qu’est-ce que je me fais chier à vouloir raconter une vraie histoire à messages alors que les gens, ils ne veulent que lire les histoires d’une meuf coincée du cul qui se fait cravacher une fois dans sa vie et en pond trois romans ?” Alors oui, il est vrai que la romance et l’érotisme soft, ça marche. Mais personne ne m’empêche d’en écrire et il n’est même pas dit que je réussisse quoi que ce soit en la matière. Et puis, ai-je envie d’écrire par réussite personnelle ou pour vendre de la merde dont je ne serais pas vraiment fière par millions. Pour être tout à fait honnête… Je ne serais pas contre l’idée d’en vivre parce que ça me permettrait de faire tous les voyages que j’ai envie de faire, par exemple.

Vue du hublot, la Méditerranée dorée par le soleil

Il y a ensuite la phase “de toute façon, elle est niquée, mon histoire”. J’ai parfois l’impression que j’avance avec des sabots en acier forgé d’une lourdeur incomparable, que tous mes personnages sont archi clichés, nuls et qu’on ne pourra jamais s’attacher à de tels archétypes. En gros, j’ai envie de faire de la dentelle, je tisse en réalité une infâme toile de jute.

sac en toile de jute

Arrive alors la phase finale, le “à quoi bon” qui te fait tout lâcher. Mon histoire est nulle, les personnages le sont aussi, personne ne voudra jamais lire ça. Ne t’acharne pas, ça ne sert à rien. J’essaie de m’accrocher en me disant qu’on s’en fout de l’avis des autres, que je dois écrire avant tout pour moi puisque je ne dépends pas de ça pour vivre mais ça finit toujours pareil : au bout de quelques pages, une trentaine pour les plus aboutis, le dernier point posé devient final.

Etait-ce une sorte d’appel au secours de la société qui rêvait d’un autre monde ? A moins qu’elle ne cherche à se rassurer sur le bien fondé de sa mission.”

Certains se finissent carrément au milieu d’une phrase, coupé en plein élan par le fatal accident qu’on appellera le doute de l’écrivain.

simulation accident route jouet06

Mais cette fois, je dois m’accrocher. Parce que les regrets à base de “ah gna gna si j’avais fait”, j’en ai marre, stop. Je FAIS. Si j’échoue j’aurais au moins une bonne raison de chouiner.

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Où la carte illimitée tue le cinéma

Car-ré-ment. Un soir d’hiver, Victor et moi regardons les cartes cinéma car nous planifions de voir je ne sais plus quel film. “Hé, achète notre carte illimitée ! Pour une vingtaine d’euros par mois, tu pourras voir tous les films que tu veux”. Oh, intéressant, c’est rentabilisé en 2 séances à peine ! Sauf que c’est pervers parce qu’avoir deux films bien à l’affiche par mois, c’est tendu… Alors pour pas perdre de l’argent, on ira voir n’importe quoi… et on va tuer le cinéma.

salle cinéma pleine

Je suis une spectatrice chiante. C’est à dire que sur le papier, il y a peu de films qui m’intéressent. Essentiellement parce que je déteste les récits manichéens où l’on sait dès le début du générique comment ça va finir (travers que je ne supporte pas en littérature non plus, ce qui me fait bannir dans les deux Arts les romances parce que 9 fois sur 10, le monsieur et la madame finissent ensemble dans un monde rose écoeurement sucré et furieusement hétérosexuel) ou parce que ce nouveau film trop tooooop ressemble aux 15 qui ont été faits avant lui sur le même modèle. Pour que j’accepte de sacrifier 2h de mon temps (car je  ne pourrai rien faire d’autre en même temps) et un billet, il va falloir sacrément me motiver.

déception à la caisse du cinéma

Car je ne vois pas dans le cinéma une activité pour passer le temps. Un peu comme la lecture : si je veux me faire un jacuzzi du cerveau, je vais lire Closer ou, pour en revenir au cinéma, regarder un téléfilm de merde à la télé (ou une série). Au cinéma, au vu de mon investissement personnel et financier, j’attends d’être amenée dans un spectacle haletant qui m’ébouriffe… Genre un blockbuster ? Non, dans 9 cas sur  10, ce genre de films semble n’être que l’exécution d’un recette sans saveur et surtout sans originalité. Si on en revient à Batman vs Superman, si on enlève quelques jolis plans, on a quoi ? Un film qui enfile clichés, punchlines, rebondissements incompréhensibles, et scènes vues 30 fois ailleurs. Bref, le taf est fait, le film rentrera dans ses frais car…

Batman vs Superman : l'aube de la justice

Les cartes illimitées. Parce qu’on doit aller régulièrement au cinéma pour entrer dans ses frais, on peut même s’instaurer un petit rituel “le dimanche, c’est ciné mcDo, hihi !”. Et j’ai remarqué, globalement, que quand tu vas au cinéma parce que faut rentabiliser la carte, le public va aller plutôt voir un truc “qui fait pas réfléchir” qu’un film un peu différent. N’y voyez pas ici un jugement de valeurs de ma part : quand je dis “public”, c’est parce que, moi, j’ai pas cette carte, et quand je suis dans un long courrier, je vais plus regarder Ant Man qu’un film français sur un drame familial à la con (même si j’avais vraiment aimé Respire de Mélanie Laurent maté dans un Séoul-Paris, je crois)(je me la pète un peu globe trotteuse, tavu ?) . Ou des films genre De rouille et d’os qui, je suis certaine, est très bien mais je suis rarement d’humeur à regarder des films tire larmes qu’elle que soit leur qualité. Mais pourtant, je reste à dire que les cartes illimitées tuent la création artistique au cinéma. Parce que mine de rien, vu qu’on va aller plus facilement voir ces films calibrés pour marcher, on ne va pas trop sortir des ornières vu qu’on sait que les gens sont “obligés” de consommer ce type de produits. Et on se retrouve avec une floppée de films nuls avec des critiques mauvaises mais qui restent rentables parce que quitte à se traîner au ciné un dimanche matin pour pas perdre de sous avec notre carte illimitée, on va aller voir le dernier film dont on a vu la bande-annonce absolument PARTOUT ces derniers jours. Même si, dans la bande-annonce, on te montre des scènes qui ne sont même pas dans le film (coucou Suicide Squad).

carte illimitée

Alors pour sauver le cinéma, on jette les cartes UGC ? Vous en pensez quoi ?

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Écrire pour soi

Je fais une erreur tactique. Quand j’ai décidé de me remettre à l’écriture, je me suis mis pour objectif de tenter l’aventure éditoriale. Cool mais… Je me suis cassé la motivation aussi sec parce que je me suis demandé si ce que je pouvais écrire intéresserait les gens et… On s’en bat les steaks en fait. Et si au lieu d’écrire pour d’hypothétiques lecteurs, je tentais une nouvelle philosophie : écrire pour soi.

ecrire

Comme je le disais dans un précédent article, j’écrivais beaucoup étant plus jeune. Question de temps libre certes mais aussi parce que j’adorais écrire des histoires que j’aurais adoré lire. Comme dirait la grande philosophe Natacha St Pier à propos d’un album « j’ai chanté des chansons que j’aimerais écouter ». Voilà, moi, je veux écrire des histoires que j’aimerais lire.

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Evidemment, il y a une grande différence entre écrire et lire un roman. Quand je lis, je monte dans le canot sans savoir où les flots m’emporteront, prenant le risque d’être déçue par la chute (et Dieu sait que certains livres ont vraiment ébranlé ma foi en la bonne fiction). Je peux être surprise par certains rebondissements, admirer de belles phrases, me dire que je suis une grosse merde à côté (typiquement à chaque lecture d’un Moravia)… M’accrocher à un livre, grignoter une page ou deux à la moindre occasion parce que je ne peux plus quitter le récit. Tout ça, je ne le ressens pas quand je suis de l’autre côté de la plume même si, quand j’écris, je n’ai que la structure principale et certaines idées me viennent en cours. Parfois, je ponds une phrase dont je suis fière, d’autres fois, je suis déçue par ma propre platitude et mes propres clichés. Mais il y a un effet que je n’ai qu’avec l’écriture : la violence symbolique de la fin. Quand tu donnes vie à des personnages, que tu les amènes à travers différentes épreuves et aventures et qu’arrive l’heure de mettre un point final… Le déchirement.

(c) Martin Cauchon (clic sur l'image)

(c) Martin Cauchon (clic sur l’image)

C’est peut-être pour ça que les auteurs ont tendance à écrire des séries, de plus en plus longues… Ou alors la solution est-elle de devenir scénariste de sitcom ? Au moins, quand tu tues Brad, il te reste Cricket et Jack. Je m’égare mais je dois vraiment placer l’écriture au même niveau que la lecture : un loisir avant tout. C’est comme ça que le plaisir reviendra, j’en suis sûre.

Ecrire pour soi

Par contre vous comprendrez que je vais écrire sur un ordinateur…

Pages écrites : Non mais ça suffit les questions gênantes, maintenant !

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Plus c’est con, plus ça détend

La culture de la médiocrité à son paroxysme

Avant de vous raconter mes quelques jours au Canada (spoil : j’ai adoré), j’ai envie de m’énerver un peu sur une excuse que j’entends trop souvent de la part de ceux qui adorent regarder de la merde à la télé : “mais ça prend pas la tête, ça détend”. Et voilà Cyril Hanouna qui explose, la télé-réalité, les Hollywood girls et je ne sais plus quoi. La culture de l’humiliation, du clash et du bashing pour votre plus grand amusement.

Touche pas à mon Poste, émission typique surfant sur la culture de la médiocrité

Alors premier point : si tu veux te détendre, il y a d’autres options : va prendre un bain, va faire du sport, lis un roman, une BD, un blog… Ou mate un film ou une série voire un documentaire, joue à un jeu vidéo il existe des tas d’options pour se détendre… Donc viens pas me dire que tu choisis la médiocrité pour te reposer. Si tu regardes les Anges de la télé-réalité, Hanouna et autres grosses merdes, c’est avant tout… Par méchanceté gratuite.

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Lundi, un chroniqueur de France Inter a signé une chronique sur le fameux Touche pas à mon poste, une émission que je connais peu… Parce que les 3 fois où j’ai regardé, j’ai détesté. Entre un Hanouna prétentieux, agressif et qui écrase son équipe pour se faire valoir et une équipe complice qui joue les clichés (la blonde insupportable qui parle djeunz, le vieux beau, le vieux con) et accepte l’inacceptable pour son chèque de fin de mois… Non mais merde quoi. Qui peut réellement se réjouir de devoir subir des gages humiliants et se faire insulter par son manager dès qu’il ouvre la bouche ? Dans le monde du travail, on appelle ça du harcèlement… Mais bon, qui osera gueuler ? On est à la télé, on a la pression des camarades, on veut pas passer pour le pas drôle, celui qui n’a pas d’humour. Alors on se laisse garnir le slip de nouilles… Ah, l’injonction sociale de l’humour : ris ou sois ostracisé.

L'argument que je déteste le plus au monde

L’argument que je déteste le plus au monde

Et puis c’est de la télé, la célébrité. Tous ces candidats de real TV prêts à vendre leur cul, littéralement, pour gagner leur quelques minutes de gloire et, graal ultime, un passage au zapping. La pseudo vie de rêve où vous passez vos journées à vous clasher pour gagner vos quelques euros. Mais bon, avec de ma chance, vous pourrez finir fiancée au fils d’un ex Président de la République…

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Et vous regardez. Peu importe les Chloé, Sarah, Shirine, Nicolas, David ou Nasser : pas les mêmes gueules mais les mêmes histoires minables qu’on vous sert comme véridiques alors que tout est déjà écrit, qu’on a choisi pour qui vous allez voter. Vous n’êtes pas dupe, vous le savez mais c’est tellement bon de se foutre de la gueule de ces cassos qui valent tellement moins que vous. Peu importent les invités des talk shows : chanteuse pour ado, Miss France, people obscur ou candidat de télé-réalité… Vous avalez cette merde avec délectation parce que « ça prend pas la tête, j’ai le droit ».

Des fois, on sait même pas qui sont les invités

Des fois, on sait même pas qui sont les invités

Oui, vous avez le droit. Après tout, on peut choisir de se taper un McDo tous les soirs parce que cuisiner prend la tête, lire un roman nul et mal écrit parce que ça se lit tout seul, subir les injonctions des magazines féminins parce que c’est moins fatigant que se taper le dernier numéro de Courrier International. Mais arrêtons les mauvaises excuses. J’ai été merdophage aussi, j’en ai eu bien conscience mais la méchanceté, je peux plus. Un exemple : lors de mon séjour au Canada, j’ai maté un épisode de l’amour est dans le pré : candidats beaux et qui s’expriment bien, candidates pas connes avec une carrière. En France, on te collera toujours deux ou trois cassos bien mis en scène pour faire de l’audience et déclencher les commentaires dégueulasses sur les réseaux sociaux. Des émissions entières fonctionnent ainsi et vous vous en régalez.

Oui, j'ai un peu fait exprès de choisir une photo avec des enfants, ça illustre le niveau

Oui, j’ai un peu fait exprès de choisir une photo avec des enfants, ça illustre le niveau

Alors que je ne vous entende pas pleurer sur la qualité des émissions télé, que je ne vous entende pas déplorer le niveau de méchanceté et d’agressivité de vos concitoyens, qu’on nivelle par le bas. Parce que vous avez le choix de ne plus regarder, de ne plus encourager cette médiocrité, cette méchanceté qui permet d’ accéder à une certaine célébrité. Parce que désolée mais vous nourrissez la bête. Et ça vous fait jouir.

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Folie furieuse de Jérome Attal

Plus jeune, j’ai lu pas mal de chick litt, des romans dévorés en 2h dont tu oublies assez rapidement l’histoire vu que c’est toujours la même histoire : une fille un peu girl next door voit sa vie s’effondrer mais elle rencontre un mec et c’est trop un prince charmant et après quelques péripéties sans intérêt, ils finissent ensemble. Fifty shades of grey est donc un parfait exemple de chick litt, voyez. J’ai dû donc donner l’impression que j’aimais ce genre de littérature (non) puisque j’ai hérité en cadeau de Noël* de Folie furieuse de Jérôme Attal.

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Le principe de base est assez sympa : il s’agit d’un roman de type “ce livre dont vous êtes l’héroïne”, on construit l’histoire en fonction des choix. Commençons donc : c’est l’anniversaire de Meilleure Amie que nous appellerons Agnès car j’ai oublié son prénom mais voilà, souci : on a à la maison Victor, notre fils de 7 ans donc nous voici confrontée à notre premier choix qui implique d’abandonner son gosse pour aller à la soirée d’Agnès parce que bon, elle a 25 ans, on peut pas sécher quoi… Ah oui, voilà, dès le départ, aucun des choix ne me convient, je me vois difficilement abandonner mon enfant fictif de 7 ans quoi… Et ça pose de suite le personnage que je suis censée incarner : une grosse connasse irresponsable et superficielle. Oh que je sens que l’identification va être difficile… D’ailleurs, ça rate pas, au bout de 3 choix, je me retrouve assassinée dans un fossé.

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Bref, les histoires se croisent, on accumule les clichés : notre héroïne n’a pas de fric mais ne s’habille qu’en marques, citées à longueur de pages histoire qu’on comprenne bien du genre : “je m’installe dans l’avion en faisant attention à ne pas froisser ma robe Maje”, par exemple. On peut s’offrir une aventure avec un pote psychopathe, un vieux camarade de classe passé de moche à beau (donc soudain digne d’intérêt vu qu’on est superficielle, souvenons-nous), une rock star, notre meilleure amie, le voisin un peu insignifiant mais finalement pas si mal,l’ex mari qui décide de nous trimballer en club échangiste et un vampire. Et on a des quêtes super intéressantes : se taper un mec beau (souvent connard mais beau) et gagner une robe de mariée Jean-Charles de Castelbajac. En gros, l’auteur a repris les grandes lignes du journal d’Elsa Linux qui semblait n’être qu’un kinky diary où il fallait suivre une liste précise de situations sexuelles (scène lesbienne, sodomie, plan à trois, gode ceinture, fist fucking, gang bang, cock ring, soumission et un peu de masturbation entre 2 séances de baise) et le jeu Ma Bimbo.

J'avoue, ça fait super envie...

J’avoue, ça fait super envie…

Ce “roman” est intéressant cependant par la vision qui nous donne de la femme ou du moins la vision de son auteur : la femme ne cherche que l’amour, accepte l’inacceptable si le mec est beau, se ruine en vêtements de marque (alors qu’elle n’a qu’un mi-temps et doit élever son enfant) et n’a d’autre rêve que de gagner une robe de mariée haute couture… Mon Dieu mais ce livre est une insulte pour la femme, sérieux ! Et je vous parle même pas du paternalisme de l’auteur. A la fin d’une histoire, l’héroïne finit dans les bras de son voisin avec une petite conclusion “l’amour est peut-être à côté de vous, ouvrez les yeux, les filles (et arrêtez de choisir les beaux connards, prenez le mec lambda)”. Mais on t’emmerde. Par défaut, je ne choisis pas un mec que pour son physique et je pars très vite quand un mec commence à faire son connard, rock star ou pas, donc j’ai pas besoin de ta morale de merde en mode “allez, les filles, je vous livre le secret du bonheur”. Bonheur qui n’est pas obligé de passer par vous, messieurs au passage. Ah oui parce que si notre héroïne finit par coucher avec sa meilleure amie dans certaines variations, ça ne finit pas bien, ce n’est qu’une escapade, elle reviendra aux mâles, rassurez-vous… ou alors elle mourra. Non, je vous jure, c’est vrai…

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Bref, si le concept était intéressant, cette caricature de femme qui se rêve Carrie Bradshaw (on déteste toutes Carrie Bradshaw) m’a violemment donné envie de a) vomir, b) déchirer le livre, c) lui mettre le feu, d) écrire à Jérôme Attal pour lui dire de ne plus jamais, mais alors jamais, tenter de se mettre dans la peau d’une femme. Et s’il s’est inspiré de ces copines pour écrire ça, qu’il change d’amies. Vite.

* Noël… 2013. Je suis si réactive

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C’est le point Desproges

Ce que j’aime sur Internet, c’est que tu peux trouver de nouveaux points tous les jours, à l’instar du Point Godwin. Sur ce blog, nous avions déjà identifié

– le point Alonso : à un moment du débat, quand ton contradicteur ne sait plus quoi dire, il attaquera la qualité de ta vie sexuelle (forcément insatisfaisante).
– le point Sarkozy/Hollande : ce moment du débat (ça peut être d’entrée de jeu) où quelqu’un énonce très sincèrement que tout ce qui se passe, c’est la faute du Président. Même les crashes d’avion et la pluie.
– le point “valeurs judéo chrétiennes” : ce moment du débat où l’un des participants estime que tu peux pas le comprendre car tu es corrompu par les valeurs judéo chrétiennes.
– le point “tupperware” : ce moment du débat où l’un des 2 participants, réalisant qu’il ne pourra pas convaincre l’autre, décrète qu’il est juste trop stupide pour comprendre (car lui seul a la vérité).
Aujourd’hui, parlons donc du point Desproges.

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Desproges a dit “On peut rire de tout mais pas avec tout le monde”. Moi, à la base, je l’aime plutôt bien Desproges, sa verve et sa plume virevoltent avec un talent particulièrement rare. Rare. Copions ici la définition du Larousse : “Qui se rencontre peu souvent, qui n’est pas commun”. J’insiste un peu dessus, vous verrez pourquoi. Donc Desproges a dit ça et pour le coup, je lui en veux un peu même si, bon, à l’époque, Internet n’existait pas et il ne se rendait pas compte qu’il venait d’ouvrir la boîte de Pandore *tadaaaaaaam*. Quoi qu’encore, je parle d’Internet mais ça marche aussi sur la presse, nous allons voir ça tout à l’heure dans 30 secondes. Quel est donc ce point Desproges ? C’est quand tu trouves un contenu quand même pas mal sexiste/homophobe/raciste (choisis ton camp) et qu’on te répond que c’est de l’humour, du second degré. Quand tu insistes pour dire que ça reste déplacé et que l’humour ne justifie pas tout (surtout quand on manque de talent), tu finis toujours par te prendre un “tu captes pas le second degré, pffff ! Décidément, on peut rire de tout mais pas avec tout le monde”. Et c’est le point Desproges !

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Prenons 3 cas récents
– 1 : Guillaume Pley qui impose des baisers à des filles non consentantes. Bon là, on a eu un festival avec le point Alonso au milieu (oui, trouver pas super cool d’embrasser des filles contre leur gré signifie forcément qu’on est mal baisés, oui, oui). Non mais humour, second degré, si tu comprends pas, c’est que tu es abrutiiiiiiiiii (et mal baisé donc). Non mais c’est vrai, le coup des trois questions pourries, je me suis pissée dessus de rire, je me le suis repassé en boucle pour me faire les abdos sans efforts, ohlala huhu, trop drôle ! Bref.

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– 2 : Causette le mag et son hilarant “55 raisons de ne pas aller aux putes” qui t’explique tranquille que les putes, c’est toutes des étrangères ou presque, qu’il y en a même qui ont des bites et puis d’abord, si tu as envie de te taper une meuf qui n’a pas envie de toi, viole la, ça coûtera moins cher (oh mais on rigooooooooole). Evidemment, quand les gens s’indignent, ils font “non mais roh, vous n’avez pas compris, c’est de l’humour, de l’antiphrase, blablabla. Bon,ok, plus de la moitié de la rédaction voulait pas le publier mais franchement, faut rigoler quoi!”. Oui, le viol est un sujet vraiment fendard hihihi. Faudra juste m’expliquer à quel moment violer une fille est une bonne façon de dénoncer le fait que les prostituées n’ont pas forcément envie de coucher avec leur client et que non, non, l’arrêt de la prostitution ne fera pas augmenter le nombre de viol.

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– 3 : un détail pour le coup mais juste pour faire un exemple de plus. Cet semaine, je tombe sur un article navrant de Topito qui, sous prétexte de dénoncer les clichés contenus dans la scène post coïtale de Nico et José des Mystères de l’Amour (ouiiiiiiiii !) nous explique que si, si, on le savait bien qu’il était pédé, José, il jouait un instrument de pédé, le synthétiseur (comme Indochine… Pas vu le rapport non plus), il avait les cheveux longs et il se battait trop comme une fiotte. Et en plus, il se tapait la fille la plus moche (bim, un peu de sexisme au passage, jugeons le physique des filles qu’aucun hétéro ne voudrait se taper…). Y a même une vanne sur le jus de kiwi que j’ai pas comprise et une url à base de douleur anale de grande classe. Quand j’ai osé parlé de relents homophobes, je vous dis pas le seau d’insultes que je me suis prise sur la tête, que j’étais bien trop con et que j’étais bien la seule à pas comprendre et tiens, je te copie/colle la définition d’ironie parce que t’es vraiment trop stupide, trop premier degré… Bref.

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Là où je veux en venir, c’est que ça commence à salement me déranger que, sous prétexte d’humour, de second degré, on sorte les plus belles vannes racistes, homophobes, putophobes… et qu’on va même t’encourager à embrasser des filles qui n’ont rien demandé voire carrément à les violer. Lolilol les enfants, qu’est-ce qu’on se marre ! Ah oui, la provoc, ça peut avoir du bon, oui, le politiquement correct, c’est chiant. Sauf que j’en reviens à Desproges : la fonction poil à gratter n’est pas si facile à tenir. Comme je disais plus haut en insistant, Desproges avait un talent rare, une capacité à provoquer, à flirter avec la limite sans la dépasser. Là, on est tellement dans la course au buzz (de merde), à la tentative de se faire (un peu) voir qu’on y va franco de porc. Avec la bonne ambiance qu’il y a en ce moment, est-ce qu’on a vraiment besoin d’en rajouter une couche ? Est-ce qu’on n’en a pas assez pris dans la gueule avec les “débats” dégueulasses du Mariage pour tous ? La vendetta contre les Roms ? On doit vraiment s’en remettre une lichette ?

homophobie

Non parce qu’à ce niveau là, on y va :
“On devrait foutre tous les Roms dans un bateau et le faire couler. Lol !” ou “On devrait foutre tous les Roms dans une pièce et y foutre le feu, ahahah!” ou tiens, “les pédés, ils devraient même pas avoir le droit de voter. Les mecs, ils achètent volontairement les CD de Mylène Farmer, ça vous montre à quel point ces mecs sont des malades !”. Et puis tiens, un peu de sexisme “Non mais on le sait quel est le meilleur atout des femmes pour avoir une augmente, hein, hein, HEIN !!”. Ah oui, y a pas à dire, on est bien, là. Vive l’humour, vive le second degré !

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