Eldorado, de Bouli Lanners (2008)

Par Bobby 

Ca y est, Bobby a réussi à se bouger l’arrière train jusqu’à une salle de cinéma ! Il va donc (enfin) pouvoir vous parler d’un film récent… et il a donc choisi, pour se faire, le film franco-belge Eldorado, de Bouli Lanners, dans lequel ce dernier interprète le premier rôle.  

 

Il semblerait que le cinéma belge, contrairement au nôtre, ne soit pas du tout en difficulté. Quant on voit ce petit trésor, tout en bizarrerie, très court et qui passe très vite, malgré son rythme lent, on se dit que Bruxelles n’a rien à envier à Paris (non, je vous arrête tout de suite, je suis pas en train de faire de l’auto-flagellation à la « c’est mieux partout mais pas chez moi », c’est juste que je trouve notre cinéma très en dessous de ses capacités ; ça n’a rien de dramatique, la France a été un leader mondial du cinéma à la naissance du 7e Art puis dans les années 20, puis avec la Nouvelle Vague, mais en ce moment, on fait de la merde ; chacun son tour !).

Un quarantenaire dealer de voitures se fait cambrioler par un petit con, et se prend d’affection pour lui. Deux paumés pour lesquels on se prend d’affection.  Ils entament alors un road-movie déjanté, allant de rencontres farfelues en rencontres farfelues. Et c’est vraiment drôle. Autant je n’avais pas aimé le dernier Wong Kar Wai, My blueberry night, avec son road movie américain pseudo-original et ses personnages pseudo-atypiques. Autant là, c’est du jamais vu. Je ne vous en dirai pas plus sur les personnages qu’ils rencontrent, mais à chaque fois, tout en sobriété, nos zygomatiques en prennent un coup. Bon ok, c’est pas la même visée chez Wong Kar Wai, on va me dire que c’est pas comparable. N’empêche que. Un road movie à sketch, c’est un road movie à sketch. Parfois c’est drôle, parfois pas.

Le réalisateur chinois privilégie l’esthétique ? Bouli Lanners aussi ! Disséminés dans le film, on découvre des plans tout à fait grandioses, qui réhaussent l’aura de la Belgique. Un pays tout plat ?

Pas tant que ça…

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DESPROGES MON AMOUR

Par DianeFrançaises, français, belges, belges, vingtenaires, vingtenettes,Pierre, pierrot, lecteurs chéris mon amour,

 
Voilà aujourd’hui 20 ans que Pierre Desproges est mort. Oui, je sais, il est mort en avril et on est en janvier, donc techniquement ça fait pas encore 20 ans, mais je vous ferais
remarquer que s’arrêter à de tels détails tatillons et puérils n’est pas franchement intelligent, et puis ne commencez pas à m’interrompre comme ça dès le début ça va m’énerver.
20 ans, disais-je, que ce fabuleux trublion politiquement incorrect a cessé de trublioner et de titiller nos zygomatiques pour aller s’enterrer au père Lachaise, entre Petrucciani
et Chopin.
Une dernière résidence dont l »épitaphe originelle a malheureusement été jugée un peu trop trublionement incorrecte (« Pierre Desproges est mort d’un cancer sans l’assistance du professeur Schwartzenberg») par les biens pensants qu’il assaisonnait copieusement et régulièrement de sa haine ordinaire. 
Mais qu’est ce que tu dirais, Pierrot (tu permets que je t’appelle Pierrot), si tu pouvais voir ce qu’on est devenus, sans toi?
On tient sa langue, on est mous, on lit closer, voici et la biographie de cécilia sarkozy, on a élu un mec gréffé à ses ray-ban et à ses faires valoirs (hommes, femmes enfants,
faux amis et rolex) qui se shoote à l’ego, au pouvoir et aux photos pipole comme représentant de tous les français aux piteux yeux du monde, on dégomme mère Nature, on fait la gueguerre, on piste les délinquants à la maternelle, on écoute nos MP3 à fond dans le métro sans écouteurs, on s’excite plus à la publication de photos de manaudou à poil sur le net qu’à la mort de Nougaro, on veut travailler, travailler, travailler, pour avoir du fric, du fric, du fric, pour pouvoir consommer, consommer, consommer, nous ruer dans les magasins, encore, courir avec une délectation vibrante d’extase consumériste nous coller à d’autres chercheurs d’or suintants d’excitation fébrile et se prendre une ou deux vieilles emperlouzées à chihuahua et vison véritable en pleine face, et leur planter notre talon dans les tibias, parce qu’on l’avait vu en premier, le sac vuitton à -50%, on va pas se laisser marcher dessus par une vieille mamie-la-tremblotte non plus merde!!
Tu avais raison, Pierre, on peut rire, de tout, mais pas avec tout le monde. On peut même pas  s’moquer de Mahomet sans se retrouver avec une bombe sous le paillasson ou se
faire attaquer en justice (heureusement charlie hebdo est revenu…)
 
COUVERTURE MAHOMET 
 
Les aveugles ont bon dos d’être les bénéficiaires d’une puante bienséance qui les fait hypocritement appeler « non voyants » tandis qu’entourés de centaines de
personnes à st lazare le matin ils se prennent les murs avec bienséance, aussi.
 
Mais où est-elle, Pierronounet (tu permets que je t’appelles pierronounet), où est-elle, cette fièvre, cet enthousiasme vibrant, cette passion fébrile, cette intarissable soif de
savoir, de justice et de raison qui embrasait naguère avec ardeur et éloquence nos plus brillants cerveaux d’une inextinguible flamme humaniste? Nous sommes mous, taris, vidés,lympathiques, décérébrés, légumineux, exsangues,atrophiés du bulbe,diminués,hypo-courroucés,neurasthéniques,flegmatiques et gélatineux. Gracq est mort, tout le monde s’en fout. Pour un peu que Mme de Fontenay aille casser sa pipe, on lui ferait des funérailles nationales. 
Mais je m’égare, et pas seulement au gorille.
J’ai peur, Pierrot, l’ombre misanthropique plane sur ma foi en l’humanité. Je lis Axel Kahn, Picouly et Philippe Val, et mon petit coeur se gonfle d’un léger espoir qui croit entrevoir en l’homme l’émergence, ou plutot la survivance d’une foi, d’une croyance, voire d’une certitude qui fait penser à l’homme qu’il peut vivre son éphémère vie en regardant plus loin que le bout de son pouvoir d’achat, qu’il peut être utile, qu’il peut découvrir, apprendre, et vivre sa vie sans corruption, en étant, tout simplement, raisonnable et humain.
Ca me rappelle ce que tu me racontais jadis:
« On a envie d’aimer mais on ne peut pas. Tu es là, homme mon frère, mon semblable, mon presque-moi. Tu es là, près de moi, je te tends les bras, je cherche la chaleur de ton
amitié. Mais au moment même où j’espère que je vais t’aimer, tu me regardes et tu dis :
— Vous avez vu Serge Lama samedi sur la Une, c’était chouette. »
 
Pourtant je persiste. Il y a 20 ans que tu es mort, et je ne m’en fous pas! Je suis triste! J’ai les badigoinces à l’envers et la rate en berne, et ce soir, ma choucroute a un arrière-goût d’atrabile. Je t’ai écouté, j’ai lu Vialatte et Aragon, et délaissé un peu ( un peu) Pif gadget. Aragon justement, rappelle toi:
 
« votre enfer est pourtant le mien
nous vivons sous le même rêgne
et lorsque vous saignez je saigne
et je meurs de vos mêmes liens.
 
Quelle heure est-il, quel temps fait t-il,
j’aurais tant aimé cependant
gagner pour vous pour moi perdant
avoir été peut-être utile.
 
C’est un rêve modeste et fou,
il aurait mieux valu le taire
vous me mettrez avec en terre,
comme une étoile au fond d’un trou. » 
 
Rhhaa je souffre, ver de terre amoureuse d’une étoile; mais du fond de ton trou tu m’éclaires toujours Pierrot, alors vivons heureux en attendant la mort, et d’ici là, n’oublions
pas qu’il faut rire de tout. c’est extrêmement important.C’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans.
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