Y a un truc qui m’interroge quand je regarde le Zapping, blindé d’images de gros beaufs s’exposant sans complexe et avec même grande fierté dans les jeux TF1. Encore des madeleines pulvérisées et ça fait toujours un peu mal.

J’ai des souvenirs diffus des jeux de TF1 quand j’étais petite. Tournez manège qu’on regardait chez ma nounou, la roue de la fortune où je voulais toujours prendre la télé dans la vitrine, la famille en or et surtout le Juste Prix. Ça, c’est une madeleine particulière. Quand nous étions petites, mon père nous amenait les dimanches midis où ma mère bossait à la cafétéria du Leclerc. Nous avalions notre steack hâché frites devant une petite télé qui diffusait le Juste Prix. Je ne le regardais jamais un autre jour mais ces dimanches là, on était fidèles au poste, même si je préférais Patrick Roy à Philippe Risoli. A l’époque, les potiches distribuaient des sourires cruches en tapotant tous les boutons du four micro ondes qu’elles présentaient mais elles étaient assez élégantes, à l’image d’une Annie Pujol ou d’une Evelyne Leclercq.

Est-ce le temps et la naïveté de l’enfance qui me laisse un souvenir bon enfant de ces émissions où les candidats étaient cocasses, parfois un peu foufous mais tout ça restait globalement familial.

Et là, quand une bribe de ces jeux dans leur version XXIe siècle arrive sur ma télé (ou sur mon pc), j’ai envie de hurler. Les élégantes potiches se sont muées en bimbos vulgaires fort peu vêtues, Cauet, Dechavanne et Lagaf sont souvent méprisants avec des candidats on ne peut plus beauf. C’est le triomphe de cette partie de la population que j’appelle la « France confessions intimes » : on s’asseoit sur sa dignité pour passer à la télé et on en est fiers. Ça m’échappe et ça me déprime. Un peu comme tous les mecs qui écrivent en sms (quoi qu’on n’écrit plus en sms, il y a un nouveau dialecte où toutes les voyelles sont multipliées comme dans la phrase : » jen et mar des gens quii le criitiique en diisant ke je suiis une s. parseque iil diise quii cOnnése ma viie au contiient pence qua juger ne savent criitiiquer maii cOnbiien peuvent diir au fOn se que j’aii dans le cOeur !!. » Vrai phrase trouvée sur Zéro sociaux) et qui t’envoient chier quand tu leur fais remarquer que leur orthographe laisse à désirer. Comme s’il y avait une quelconque gloire à tirer de son massacre perpétuel du français. Etre officiellement quasi illettré et vulgaire, c’est à la mode.

Alors évidemment, j’ai une explication on ne peut plus simple au phénomène : la télé est un miroir. Qui regarde TF1 à cette heure-là ? La France confessions intimes, celle qui parle le nouveau français où un objet n’est plus celui de mais celui à, qui est prête à faire le guignol pour quelques nano secondes de “gloire”. Il y a 15 ans, le public devait être plus familial, plus désireux de passer un moment bon enfant en famille… Maintenant, avant de passer à table, on se gave de vide, de candidats cons et prêts à en faire la démonstration, de gens creux évoluant dans un décor en carton-pâte, d’animateurs bien moqueurs qui fixent la caméra d’un air entendu genre “au secours, ils sont cons”. Je ne sais pas si on peut regarder ces émissions au second degré, je ne suis pas chez moi quand elles passent et j’ai mieux à faire de ma convalescence que de mater le Juste Prix ou je ne sais quoi, je ne suis pas très aufait de la programmation. Mais il y a dans tout ça un cynisme qui me dépasse, ces candidats exhibés en permanence pour faire rêver ceux qui n’ont rien et faire gausser ceux qui les trouvent crétins et partagent la vidéo de l’illettré de service en train de se ridiculiser, le tout bien appuyé par les commentaires gras d’un Cauet-Dechavanne-Lagaf-Castaldi.

Peut-être ne suis-je pas le bon public. Je n’ai jamais aimé les clowns de par leur cruauté : pour faire rire, il y a toujours le clown idiot qui se fait tourner systématiquement en bourrique par le clown (un peu) plus malin qui en fait un vrai souffre-douleur. Finalement, ces jeux sont devenus un numéro de clown qui ne semble ne jamais en finir. Sauf que là, le clown martyre repart avec une voiture ou un écran plat de la mort.

La dignité est donc à ce prix.




































