Episode 10

(bonus du 1er mai. Attention, il y a une scène assez longue…)

            Elle se réveilla le lendemain matin et entendit des voix dans le salon. Sa mère recevait certainement une de ses
amies. Elle enfila rapidement sa robe de chambre pour saluer les deux femmes et eut la mauvaise surprise de constater que l’invitée en question n’était autre que Lauren Wadeker, en larmes.

« Je suis sûre qu’il lui est arrivé quelque chose ! gémit-elle.

– Mais non, ne vous en faites pas. Il a simplement découché, ça arrive à tout le monde. Vous avez appelé chez sa fiancée pour voir s’il n’avait pas passé la nuit chez
elle ?

– Non, mais il n’aurait jamais fait ça. Il ne l’aime pas vraiment, vous comprenez, et il tient à ne pas la toucher avant le mariage.

– Oh, je vois… Tiens, bonjour Oceany ! Tu te souviens de Mme Wadeker ?

– Oui, bien sûr. Bonjour, Mme Wadeker. Qu’est ce qu’il vous arrive, si ce n’est pas trop indiscret ?

– Mon fils a disparu, sanglota-t-elle de plus belle.
– Oh, je suis désolée.
– Ne le soyez pas, ce n’est pas votre faute, ma petite.

– Je suis sûre qu’il va bien ne vous en faites pas. Il est peut-être parti…faire une pause avant le mariage.

– Oui, sans doute, mais où est-il allé ? J’espère qu’il n’est pas allé traîner dans les bas étages ! L’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la
police et il avait un bleu énorme, là. Le monstre qui l’a attaqué devait mesurer au moins deux mètres et peser cent cinquante kilos ! C’est déloyal de s’attaquer à plus faible
que soit. »

Oceany dissimula son sourire derrière sa main : elle ne ressemblait pas du tout à la description de Lauren. Sans doute Ethan avait-il un peu enjolivé l’histoire : il
devait être honteux d’avoir été battu par une femme. Elle s’excusa auprès des deux femmes, puis retourna dans sa chambre, où elle avait beaucoup à faire. Elle s’habilla élégamment et se maquilla
soigneusement, pour téléphoner à Mark. Les concepteurs avaient eu la mauvaise idée d’installer un visiophone, ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient plus appeler en pyjama ou en petite tenue…ils
n’avaient vraiment plus aucune liberté. Cependant, durant ses préparatifs, elle ne cessa de penser à Lauren. Elle lui avait fendu le cœur et elle s’en voulait de retenir son fils prisonnier, mais
elle ne pouvait pas le libérer, il n’était pas encore prêt et elle se demanda même s’il le serait un jour. Il était raciste, ça n’arrangeait pas les choses. Ils devraient avoir une longue
conversation, tous les deux, elle arriverait peut-être à le faire changer d’avis sur les étrangers.

Elle secoua la tête et soupira : ce n’était pas le moment de penser à ça. Elle se posa devant son écran d’ordinateur et composa le numéro de Mark, qui répondit assez
rapidement. Son visage emplit l’écran et elle put voir sa joie de constater que son interlocuteur n’était autre que sa future fiancée.

« Oh, bonjour Oceany ! Je ne pensais pas que vous m’appelleriez.

– Mon beau-père m’a parlé de nos…projets en commun et je suis très flattée. C’est d’ailleurs pour ça que je vous appelle. En tant que future belle-fille du maire, je souhaiterais
visiter ses bureaux : il paraît qu’ils sont magnifiques et je suis très curieuse, vous savez. Par ailleurs, j’adore l’art ! Vous avez d’ailleurs remarqué ma profonde admiration pour la
fresque de la salle de réception.

– Oh, oui, en effet. Je serai ravi d’être votre guide, Oceany, et vous pourrez rencontrer mon père, ainsi.

– J’en serai enchantée.

– Bien, je passerai vous prendre, vers 15 heures, ça vous ira ?

– Oui, c’est parfait. A tout à l’heure, Mark. »

Elle raccrocha et un large sourire fendit son visage : c’était trop facile. Myo avait raison… Elle n’aimait pas trop se servir de Mark ainsi, mais sans lui, elle n’aurait
jamais pu pénétrer au cœur de Technopolis d’où elle pourrait retirer des informations très intéressantes.

Elle se leva et ouvrit son tiroir où traînaient des CD-ROM vierges. Elle allait en avoir besoin pour voler quelques données aux ordinateurs de la mairie. Elle ne savait pas encore
comment elle allait se débrouiller, mais elle trouverait bien une occasion. Il le fallait, de toute façon, ils comptaient tous sur elle, en bas. Avec toutes ces informations, elle pourrait enfin
lutter d’égal à égal avec Bill Oxford. A présent, ça allait devenir dangereux, mais intéressant.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 6
 

            Oceany regarda autour d’elle, frappée par la beauté des lieux : Bill Oxford avait fait de ses bureaux
l’endroit le plus agréable de Technopolis. Sur le plafond se trouvaient différentes reproductions de tableaux célèbres de la Renaissance italienne, tandis que les murs étaient en réalité
d’immenses aquariums dans lesquels nageaient toutes sortes de poissons. Mark la conduisit à travers cet impressionnant labyrinthe de poissons et de peintures jusqu’à une grande porte en fer
forgé, sur laquelle était représenté un ange semblable aux quatre piliers. Le jeune homme tapa un code qu’elle tâcha de retenir, puis la fit entrer dans une sorte de salle d’attente où se
trouvaient quatre ordinateurs commandés par quatre robots, ainsi qu’une dizaine de fauteuil en velours rouge.

« Ces ordinateurs sont reliés aux quatre commissariats de la ville et notent tout ce qu’il se passe d’anormal. L’insécurité est le plus grand problème de Technopolis et même
si elle n’est pas élevée, mon père lutte activement contre les rebelles et essaie de trouver une solution pour que Technopolis soit une ville sûre à 100%. Je vais voir s’il est dans son bureau et
s’il peut vous recevoir. Installez-vous et lisez le journal, si vous voulez, en attendant. »

Dès qu’il fut parti de la pièce, elle s’approcha d’un ordinateur et y glissa un CD-ROM pour y télécharger tous les dossiers. Le robot restant totalement impassible, elle en fit
autant sur les trois autres, puis alla s’asseoir sur un fauteuil, priant pour que les CD soient prêts avant le retour de Mark, ce qui, heureusement pour elle, fut le cas. Apparemment, Oxford
semblait introuvable. Elle glissa les quatre CD dans son sac et ouvrit un magazine qu’elle feuilleta rapidement. La presse de Technopolis avait la particularité d’être totalement futile et sans
intérêt, mais c’était le propre de chaque dictature de contrôler la presse. Personne ne parlait de l’insécurité ou de la misère des bas étages, on préférait lire des articles sur les soirées
mondaines ou quelques conseils beauté connus de tous.

La porte se rouvrit enfin et Mark apparut, souriant.

« Mon père n’est pas là, pour le moment, mais je pense que ce sera plus agréable pour vous de l’attendre dans son bureau : la vue est unique.

– Oh, je ne manquerai ça pour rien au monde. »

En réalité, elle se moquait éperdument de la vue, elle voulait juste approcher le PC d’Oxford et en retirer des informations. Elle suivit docilement jusqu’au bureau d’Oxford,
traversant trois pièces dans lesquelles étaient entreposés divers livres.

« Je n’ai jamais vu autant de livres de ma vie ! s’exclama-t-elle.

– Oui, mon père adore ce genre de vieilleries.
– Où les trouve-t-il ?
– Je n’en ai pas la moindre idée. »

Apparemment, Mark ne partageait pas le goût de son père pour les livres, ce qui était plutôt normal. Cette société avait fait en sorte que plus personne ne s’intéresse à ses
vieilleries et il était devenu impossible de lire un roman antérieur à Technopolis, hormis quelques grands classiques compilés sur CD-ROM. Ils montèrent ensuite un escalier en colimaçon et ils
aboutirent enfin au bureau d’Oxford, une grande pièce circulaire aux murs de verre. Mais le plus étonnant, c’est que tout tournait : assis à son bureau, Oxford pouvait voir toute la ville
sans bouger. Elle resta un moment immobile, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte : elle s’était attendue à tout, sauf à ça. Mark, visiblement très fier de son père, l’entraîna
derrière le pilier carré qui se trouvait au milieu de la pièce et par lequel ils avaient accédé à la place et lui montra la reproduction du « Sacre de Napoléon » de David, exposé face
au bureau. Oxford avait le choix, il pouvait contempler soit la ville, soit le tableau.

« C’est…

– Grandiose, époustouflant, génial…mon père voulait avoir un bureau dans lequel il était agréable de travailler et c’est réussi, non ? Et dans quelques années, ce bureau sera
à moi : n’est-ce pas merveilleux ?

– Je…heu…

– Et après, ce sera notre fils qui prendra la succession…et quand nous serons mariés, vous pourrez venir tant que vous voudrez, dit-il en lui prenant les mains. Je pourrais…je
pourrais installer un autre bureau, de l’autre côté de la pièce, derrière le pilier, ça serait le vôtre, vous y feriez ce que vous voudriez.

– Je ne vois pas trop ce que je ferai avec un bureau.

– Vous m’aiderez bien sûr ! Je trouve que mon père a tort de toujours tout faire tout seul, il est beaucoup trop stressé et ne peut demander conseil à personne. Moi, quand je
serai maire, vous gouvernerez avec moi, je vous le promets.

– Oh…je suis flattée. »

Il sourit et l’embrassa affectueusement sur la joue, ce qui la mit mal à l’aise. Il lui faisait entièrement confiance et elle en abusait, ce n’était pas loyal, mais la fin justifie
toujours les moyens. Cette société était profondément inégalitariste et inégalitaire, on ne pouvait permettre tout ce cirque plus longtemps, elle le savait bien.

« Je vais chercher mon père. C’est si grand, ici, c’est pas facile de retrouver quelqu’un dans ce labyrinthe. Installez-vous dans le fauteuil, si vous voulez, ne vous gênez
pas. Je me dépêche. »

 Il la laissa seule une nouvelle fois et elle attrapa un nouveau CD-ROM vierge. Heureusement, elle en avait pris plusieurs. Elle commença à y copier tous les fichiers, mais
l’opération semblait s’éterniser et pour s’occuper en attendant, elle alla se planter devant l’excellente reproduction du tableau de David, qui correspondait exactement au caractère
d’Oxford : un despote mégalomane.

« Il est réussi, n’est ce pas ?  »

Elle se retourna vivement et eut la désagréable surprise de voir Bill Oxford qui la détaillait d’un air malveillant.

« Je…hum…je suis Oceany Antelwort Geller, je suis la future fiancée de votre fils.

– Je sais qui vous êtes.

– Oh. Je suis enchantée de vous rencontrer, dit-elle en lui tendant la main.

– Où est mon fils, répondit-il en ignorant la main tendue.
– Il est parti vous chercher.

– Ne vous offensez pas, mais je n’aime pas qu’on fasse entrer quelqu’un dans mon bureau sans mon autorisation : nous sommes dans le cœur même de Technopolis.

– Oui, je sais, et c’est pour ça que j’ai demandé à Mark de me faire visiter. Cette ville est un vrai paradis sur terre, j’admire tellement tout ce que vous avez fait pour nous,
c’est…

– Oh, c’est bien peu de chose. »

Apparemment, elle venait de rentrer dans ses bonnes grâces, il suffisait de le flatter un peu, comme la plupart des mégalomanes et elle se mit à le haïr encore plus qu’avant. Il ne
consentait à être poli avec elle que si elle se pâmait devant son œuvre, alors qu’en réalité, elle exécrait cette ville.

L’ordinateur bippa, indiquant que l’opération était terminée et Oceany sentit la panique monter en elle : elle allait être découverte.

« Qu’est ce que c’est ? demanda Oxford.

– Oh, je n’en sais rien. Vous avez peut-être reçu un message, sans doute rien d’important.

– Non, ça ne fait pas ce bruit là, c’est autre chose, c’est curieux. Je me demande si…

– Ah, tu es là, papa !  »

Oxford se retourna et regarda son fils des pieds à la tête, d’un air sévère et oublia instantanément l’ordinateur, ce qui soulagea profondément Oceany qui avait vraiment eu peur
pendant un instant. Mark s’avança vers eux et prit la jeune femme par le bras.

« Papa , je te présente Oceany, ma future femme. Oceany, voici mon père, le maire de Technopolis.

– Pour les présentations, c’est un peu tard, maugréa Bill. Ta jeune amie s’est déjà présentée d’elle-même.

– Oh, je suis désolé : j’étais en train de te chercher. C’est si grand, ici ! Oceany est la fille d’Hank Antelwort.

– Je sais qui c’est, je ne suis pas né de la dernière pluie. J’ai connu votre père, il y a quelques temps, maintenant.

– Vraiment ? J’aimerais encore qu’il soit parmi nous, vous savez. Il est mort quand j’avais treize ans, et…

– Je sais. Mais les choses sont ce qu’elles sont, on ne peut rien changer. Bien, j’ai à faire, je ne peux pas rester plus longtemps ici. Je suis heureux d’avoir fait votre
connaissance, Oceany, nous nous reverrons bientôt, sans doute. Mark, tu peux l’amener à la maison, c’est autrement plus agréable qu’ici. »

Il fit un vague signe de tête puis partit, les laissant seuls. Oceany calcula comment récupérer son CD, mais ça n’allait pas être facile : ils allaient partir, eux aussi et
quand Oxford trouverait l’objet dans son PC, il comprendrait très vite d’où ça provenait.

« Je suis désolé pour mon père. Il est comme ça depuis la mort de ma mère, il ne l’a pas supporté.

– Il s’est remarié, pourtant.

– Oh, il n’aime pas Kelly, il l’a juste épousé pour la façade, en quelque sorte. Mais c’est une salope, je ne l’aime pas.

– Vraiment ?

– Oui : y a que mon père pour croire que Bryan est son demi-frère. C’est son amant, en réalité.

– Oh !  »

Il n’était pas aussi naïf qu’elle l’avait cru, en fin de compte, il avait au moins compris les véritables relations de sa belle-mère et de son prétendu frère.

« Nous ferions mieux d’y aller.

– Attendez, j’aimerais…regarder le paysage, je n’ai pas eu le temps de bien l’apprécier, encore et c’est tellement plaisant, cette pièce qui tourne.

– Si ça vous amuse. »

Ils se rapprochèrent de la baie vitrée, mais elle se rendit compte qu’elle ne pouvait pas récupérer son bien sans attirer l’attention du jeune homme. Il fallait le divertir, mais
que faire ? Elle le savait bien, mais ça l’ennuyait, parce qu’elle avait vraiment l’impression de se moquer de lui et de ses sentiments envers elle, qui paraissaient sincères.

« Nous ne devrions pas nous attarder, mon père est de mauvaise humeur, aujourd’hui et… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle se jeta sur lui et l’embrassa avidement, ce qui sembla totalement le déstabiliser, au départ, mais il s’adapta très vite et lui
rendit son baiser. Elle s’arrangea pour reculer légèrement, l’entraînant avec elle et put enfin accéder à l’ordinateur ; heureusement, elle connaissait le clavier par cœur et put faire
sortir le CD-ROM du PC. Quand le terminal bippa pour indiquer qu’il avait bien saisi la commande, Mark fit mine de regarder ce qu’il se passait, mais elle l’attira encore plus vers elle et il
oublia l’ordinateur. Quand elle eut fini son opération, elle le relâcha et il s’éloigna, puis se retourna, gêné. Elle en profita pour glisser le CD-ROM dans son sac.

« Je…je suis désolée, fit-elle enfin, faussement dépitée. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je…

– Ce n’est pas grave, après tout, on va bientôt se fiancer, non ?

– Oui, mais ce n’est pas une raison pour me conduire comme je l’ai fait. Je suis désolée, Mark.

– Ce n’est rien, vraiment. De toute façon, moi aussi, j’en avais envie. Bien, ne nous attardons pas ici, mon père serait furieux s’il nous trouvait ici en revenant. »

Il lui prit la main tendrement et la reconduisit à travers les longs couloirs de la mairie, sans rien ajouter, visiblement satisfait de la tournure que prenaient les choses. Quant
à elle, elle était surprise de la facilité qu’elle avait eu à voler toutes ces informations. Ca leur permettrait d’apprendre beaucoup de choses sur leurs rivaux et ils pourraient alors le
vaincre. Ils allaient sortir quand Bryan, le frère de Kelly se posa en travers de leur chemin.

« Sécurité, annonça-t-il. Je dois vérifier que vous n’emportez rien. »

Oceany se sentit prise au piège : elle ne pouvait pas se débarrasser discrètement des CD sans se faire remarquer…ils allaient tous comprendre ses véritables intentions, elle
était perdue.

« Bryan, je t’en prie, arrête ce numéro : je ne vois pas ce que j’aurais pu prendre ici. Tout sera à moi, un jour.

– Je ne parle pas de toi, mais de la demoiselle, là. Veuillez ouvrir votre sac.

– Arrête, c’est ma fiancée, fiche-lui la paix. Viens Oceany, on s’en va. »

Il l’entraîna vers la sortie, fusillant Bryan du regard, au passage. Quand ils furent sortis, il explosa :

« Quel crétin, ce type, je peux pas le supporter ! Non, mais il se prend pour qui ? Je vous jure que, quand je serai maire, je le virerai en vitesse.

– Comment se fait ce que ce ne soit pas un robot qui assure la sécurité ? Je croyais que les hommes n’avaient plus à travailler.  

– Lui, c’est différent. Mon père a besoin d’un garde du corps infaillible et les robots ne sont pas parfaits, dans ce domaine. Et puis, Bryan est un hyper actif, il a besoin de
bouger, de s’occuper…alors mon père a eu pitié et l’a fait travailler.

– Ah, je comprends.

– C’est qu’un petit merdeux, il a besoin de se sentir important, alors il abuse un peu de son autorité. Bon, j’en ai assez de parler de ce pauvre type, si nous allions chez
moi ?

– Oh, je…oui, mais je ne dois pas rentrer trop tard.
– D’accord. »

Ils se rendirent à la station de monorail la plus proche et grimpèrent dans l’engin dès qu’il arriva. C’était un des éléments de Technopolis le plus réussi : silencieux et
écologique, le monorail était d’une rapidité inégalée et desservait parfaitement tous les recoins de la ville. Sauf le rez-de-chaussée, où personne ne voulait jamais aller, sauf elle, bien
évidemment. De plus, avec ses larges baies vitrées, il était assez lumineux et offrait à ses voyageurs une vue de la ville originale.

Ils arrivèrent à destination et Mark l’entraîna vers son appartement dont il semblait très fier. Il s’agissait en fait d’une sorte de maison sur le toit d’un grand immeuble, avec
un étage. L’avantage de vivre tout en haut était que l’on avait que le ciel au-dessus de la tête, et non l’étage supérieur, comme les autres. L’extérieur était une sorte d’imitation miniature de
l’ancienne maison blanche, qui avait été détruite longtemps auparavant. Quant à l’intérieur, il ressemblait tout à fait à son propriétaire : totalement mégalomane. Un immense miroir
tapissait le mur de l’entrée tandis que, de l’autre côté se trouvait un énorme escalier en marbre blanc qui menait à l’étage. En longeant la grande glace, on aboutissait à un immense salon où se
trouvaient, entre autre, une cheminée, un piano deux immenses bibliothèques et un tableau surdimensioné de Bill Oxford qui prenait une pose similaire à celle de Louis XIV sur le tableau de
Hyacinthe Rigaud. Au moins, il affichait clairement ses ambitions. Une jeune noire entra dans la pièce et se planta devant Mark. Oceany fut plutôt surprise de voir une personne de couleur dans
les étages de l’élite, mais à la façon dont elle était habillée et dont elle fuyait leur regard, elle comprit avec effroi qu’il s’agissait d’une esclave.

« Oceany, vous voulez boire quelque chose ?
– Non, ça ira, merci.

– Bon. Dans ce cas, Kirstie, apportez-moi juste un verre de muscat bien frais. Kelly est ici ?

– Madame est dehors, au bord de la piscine.

– Oh, oui, la piscine ! Il faut que vous voyiez ça !  »

Il la prit par la main et l’amena sur le balcon sur lequel se trouvait un grand bassin entouré de verdure et de palmiers ; décidément, Oxford ne se refusait rien.

Kelly, vêtue d’un simple bikini était tranquillement étalée sur une chaise longue, en train de prendre le soleil, un luxe que seuls les plus riches pouvaient s’offrir. Elle souleva
paresseusement ses lunettes de soleil pour étudier rapidement la nouvelle venue, puis les rebaissa et reprit sa séance de bronzage. Mark ne fut pas rebuté par cette attitude et se dirigea droit
vers elle.

« Kelly, je te présente ma future fiancée, Oceany.

– Oui, je me souviens de vous. Vous dansiez avec Mark, à la réception des Wadeker, n’est ce pas ? Tu as de la chance, Mark, elle est très jolie. »

Oceany ne put s’empêcher de rougir : elle n’était pas trop habituée au compliments et elle était toujours un peu gênée quand on lui en faisait. La jeune femme quitta enfin son
transat et tendit la main à la nouvelle venue.

« Bienvenue dans la famille, Oceany. Je crois que Mark a fait le bon choix, vous ferez certainement une bonne épouse. Nous devons fêter ça. Kirstie !  »

La jeune noire apparut presque immédiatement et avança jusqu’à sa maîtresse, en évitant soigneusement de la regarder dans les yeux. Que c’était triste !

« Apportez-nous trois bouteilles de champagnes et prêtez un maillot à Mlle Antelwort.

– Oh, je ne voudrais pas…

– Ici, c’est une tradition : nous buvons toujours le champagne dans la piscine, ça lui donne un meilleur goût. Kirstie, conduisez notre invitée dans une des chambres d’amis
pour qu’elle puisse se changer.

– Oui, madame. »

Kirstie la guida dans l’immense demeure, sans jamais la regarder, jusque dans une grande chambre dans les tons bleues, décorée avec goût. L’esclave lui offrit un maillot et allait
partir, mais Oceany la retint et referma la porte de la pièce, pour pouvoir discuter un instant seule avec elle.

« Ca fait longtemps que vous êtes ici ?
– Depuis que M Oxford est maire.
– Mmm, je vois. Où se situe votre chambre ?
– Pourquoi me demandez-vous ça ?

– Parce que j’ai envie de vous sortir de là : vous êtes un être humain et c’est lamentable de vous traiter ainsi.

– Pourquoi vous feriez ça ? demanda-t-elle, méfiante.

– Parce que je suis contre l’esclavagisme, d’une part, et parce que je suis contre l’injustice qui existe dans cette ville et qui crée trop de miséreux. Faites-moi confiance, je
suis de votre côté. »

Pour la première fois, la jeune noire la regarda droit dans les yeux, cherchant à voir si elle disait la vérité ou non. Sans doute rassurée, elle répondit à sa question avant de la
laisser se changer. Oceany considéra un instant le bikini mauve qu’on venait de lui prêter et essaya désespérément d’enfiler le haut, mais il était trop petit.  Apparemment, Kelly avait une
poitrine plus petite que la sienne. Mais elle ne pouvait pas apparaître avec uniquement le bas, ce serait terriblement déplacé et puis, elle ne voulait pas que Mark se fasse trop d’idées. Déjà,
elle commençait à regretter de l’avoir embrassé, mais elle n’avait vraiment pas eu le choix : c’était ça ou se faire attraper. Elle s’escrima donc avec le maillot et réussit à l’enfiler.
Même si elle n’avait pas fière allure, mais c’était déjà mieux que de sortir à moitié nue.

Elle rejoignit Kelly et Mark, qui étaient déjà dans l’eau et se dépêcha d’aller les y retrouver ; au moins, dans la piscine, on voyait moins sa poitrine compressée dans le
petit maillot. Kirstie arriva à sa suite, apportant trois coupes de champagnes qu’elle apporta à ses maîtres, ce qui fit bouillir Oceany . Ils ne la considéraient même pas comme un être
humain, ils auraient manifesté plus d’affection à un chien.

« Bien, fit Kelly en tendant sa coupe. Aux heureux fiancés. Que votre mariage soit réussi et que…vous ayez pleins de petits.

– Aux fiançailles !  » répéta Mark, euphorique.

Oceany avala rapidement son verre et sentit que sa tête commençait à tourner. Elle ne buvait jamais et ne supportait pas du tout l’alcool, mais apparemment, personne ne s’en rendit
compte : Kelly sirotait tranquillement son champagne, tandis que Mark continuait de sourire comme un idiot.

« Tu lui as fait visiter la maison ?
– Non, pas encore, j’y vais sur-le-champ.
– Heu, Mark, attendez : j’aimerais me changer, avant.

– Ah, oui, bien sûr. Faites comme chez vous, je vous en prie. »

Elle se rendit donc dans la chambre où se trouvaient ses vêtements et retrouva avec bonheur ses affaires qui étaient à sa taille. Quand elle fut changée, elle sortit de la pièce et
se retrouva nez à nez avec Mark, ce qui la fit sursauter : elle ne pensait pas le trouver là. Il sourit et la prit par la main pour la guider. Avec lui, elle avait un peu l’impression d’être
une petite fille qui suivait sagement son papa et ça l’énervait prodigieusement. Il lui montra toute la maison, qui était écœurement luxueuse, remplie d’objets d’art, de miroirs sur lesquels se
promenaient de fins fils d’or. Tout était en marbre, ronce de noyer, or, argent…elle pensa à tous ses amis, en bas, qui avaient tout juste une pièce pour se loger et un matelas défoncé pour
dormir, quel déséquilibre, c’était inadmissible.

Il finit la visite par sa propre chambre, plutôt dépouillée, par rapport au reste de la maison. Pas d’œuvres d’art, pas de bibliothèque, un petit miroir accroché au-dessus de la
commode et un simple lit, sans fer forgé, ni rien.

« C’est différent, ici.
– C’est moi qui l’ai décorée.

– Vous ne semblez pas partager la passion de votre père pour l’art et les livres.

– Non, je trouve que c’est une perte de temps. Je préfère la simplicité et puis, je trouve que tout ce luxe est futile : ça ne sert à rien de vouloir en mettre plein la vue
aux autres, tout ça ne représente rien. Quand je serai maire, je ne perdrai pas mon temps à tout ça, je chercherai plutôt des solutions aux vrais problèmes.

– Les vrais problèmes ?

– L’insécurité. Quand ce sera résolu, cette ville sera parfaite.

– Vous croyez ?
– Oui, j’en suis certain. »

Non, Technopolis ne serait pas parfaite tant qu’il existerait les exclus, mais Mark, tout comme son père, ne semblait pas s’en soucier. Sans doute parce qu’ils représentaient un
pourcentage assez faible de la population et que la plupart des élitaires ne savaient pas dans quelles conditions vivaient les exclus. Elle le savait et devait faire quelque chose pour les aider
à se sortir de là.

Soudain, Mark se jeta sur elle, la faisant tomber sur le lit et l’embrassa sauvagement. Elle comprenait mieux pourquoi il avait terminé la visite par sa propre chambre, pour
arriver tranquillement à ses fins, sans être dérangé. Mais il n’était pas question de se laisser faire, il fallait qu’elle se sorte de là. Elle repoussa la main baladeuse qui commençait à se
glisser sous sa jupe et se redressa brutalement, ce qui surprit le jeune homme.

« Qu’est ce qu’il se passe ?

– Il se passe que…hum…je veux rester vierge jusqu’au mariage.

– Quoi ?

– Oui, c’est comme ça. Ma mère m’a toujours appris que, quand on faisait partie de l’élite, il fallait se préserver pour la nuit de noce, alors, c’est ce que je fais.

– J’ai jamais entendu dire ça.

– Mais si, regardez : Neve Woodart et Ethan Wadeker n’ont pas encore consommé leur union.

– Oui, mais eux, ils ne s’aiment pas.

– Il y a tout un tas d’exemples, vous vous arrêtez à des détails. De toute façon, je dois y aller, j’ai beaucoup à faire.

– Je vous raccompagne. »

Il quitta le lit d’un air renfrogné et la reconduisit jusqu’à la porte d’où il la salua poliment, mais sans chaleur. Il devait se sentir très frustré, mais elle devait poser les
limites dès le début, sinon, elle allait perdre totalement le contrôle et il ne fallait pas que ça arrive. La moindre faute pouvait être très dangereuse pour les rebelles et pour
elle-même.

Le mal français

Je suis toujours un peu agacée quand on catalogue les gens par nationalité genre « les Italiens sont dragueurs, les Portugaises poilues »… Clichés, clichés !
Pourtant, s’il y a bien un trait caractéristique en France, c’est bien celui-ci : nous sommes râleurs.

raleur+asterix

Lundi dernier, premier jour de job, je déjeune avec diverses personnes dont Pierre-Cecil qui raconte son voyage à New York. A un moment, il explique : « là-bas, c’est très différent d’ici, les gens ne râlent jamais. Eux, ils sont limite dans l’excès inverse. » Témoignage corroboré par mon cousin qui a vécu à Londres il y a quelques années : « Tu vois, les gens, tu les reconnais facilement dans la rue. Les gens qui marchent en groupe, ce sont des Japonais ou des Américains. Ceux qui parlent fort, ce sont les Italiens. Ceux qui râlent, les Français. » Je me suis retrouvée l’autre jour dans un métro plein d’Italiens et je confirme : ils ne parlent pas, ils hurlent.

 

C’est vrai que, globalement, en France, j’ai l’impression que rien ne va jamais. Vous voulez qu’on fasse ça ? Non. Et ça ? Non plus. Alors ça ? Toujours pas. Nous sommes paradoxaux : on ne veut pas de changement mais on ne veut plus du système en place. Heu… C’est dans ces moments précis que je m’étonne qu’il n’y ait pas plus d’internement d’hommes politiques en France ! Bon, je dis ça mais je suis pas la dernière à râler. En ce moment, je joue tous les jours un drame classique : « Nina contre l’administration ». Oui car je suis joueuse, j’essaie de joindre la mairie de Ville A et surtout un élu. Si la mairie répond toujours, le secrétariat de M. Elu ne répond quasiment jamais. C’est pas compliqué, en 15 jours, j’ai réussi à les avoir une fois. Donc je râle : « c’est quoi ces feignasses qui bossent pas ? ». De la même façon, pour faire un reportage sur la sécurité dans Ville A, j’ai besoin d’interroger des membres de la police municipale. Et bien figurez-vous que ça ne se passe pas comme ça, je dois demander une autorisation à la direction de la sécurité publique qui transmet ma demande à la Préfecture qui transmet ma demande à la police municipale. Avec, à chaque fois, une étude de ma demande. J’ai envoyé le fax mercredi. Jeudi, j’appelle : « vous l’avez reçu ?

– Heu…
– Non mais c’est important.
– Votre demande est urgente ?

– Oui, je dois impérativement faire cette interview la semaine prochaine.

– … Mais vous ne l’aurez jamais à temps, l’autorisation !

– … »

Bordel, c’est pas comme si je bossais pour un grand journal ! C’est pour un site interne, il y aura environ qu’un demi-millier de lecteurs !

 

Je râle quand je vais à la Poste : 20 minutes de queue pour retirer un colis, j’ai pas que ça à faire. Je râle contre la SNCF qui a oublié de dire sur son numéro surtaxé que son train était annulé. Je râle contre les gens qui n’avancent pas dans la rue, les couillasses qui cherchent leur ticket de métro juste devant le portique, empêchant les autres de passer, ceux qui mettent deux heures à payer au supermarché parce qu’il trouve pas une pièce de 2 cts, contre les caissières qui me jettent les provisions à la gueule pour que je range plus vite et que je me casse…Je deviens misanthrope, « l’autre », en tant qu’individu qui nuit à ma tranquillité, m’énerve au possible. Surtout les musiciens du dimanche qui envahissent le RER. J’aime la musique, c’est pas le souci. Je l’aime tellement que je me balade avec mon lecteur MP3 mais quand une fausse blonde vient chanter des chansons bizarres en espagnol, j’ai du mal à entendre (en plus, j’ai croisé deux nanas chantant exactement les mêmes chansons avec la même voix, faudrait pas se foutre de ma gueule non plus).

 

Pourtant, je ne suis pas une harpie. Râler, c’est français, on considère tout comme un dû. C’est normal que mon train soit à l’heure, que je sois peinarde dans le RER, que la mairie me réponde jusqu’à au moins 18h, je paye pour tout ça (enfin, non, je paie pas encore d’impôts, moi).

 

Sauf que râler, ça bouffe de l’énergie. S’enthousiasmer aussi, me répondras-tu, lecteur facétieux, mais quand on s’enthousiasme, on est heureux, on sourit, on s’exalte… Quand on râle, on s’aigrit et ça finit par faire mal à l’estomac. Bon, alors, en mon âme et conscience, je me dis : « prends exemple sur les Américains, ma fille. » Mais point trop n’en faut quand même, si je m’extasie sur tout, on va finir par trouver ça suspect. Non, gardons mes enthousiasmes pour des choses qui en valent la peine. Mais faut que j’arrête de râler. Mon train est en retard ? Ben, ça me laisse du temps pour fumer une clope de plus. Mon bus n’arrive pas et je vais arriver en retard au travail ? A Paris, c’est fréquent, personne ne me reprochera mes dix minutes de retard. La mairie refuse de me laisser communiquer avec M. Elu. Bon, là, par contre, ça m’emmerde parce que je peux pas faire mon boulot correctement. Mais personne ne me reproche de ne pas faire cet article… Alors zen. De toute façon, m’en fous, je rappellerai !

 

Bref, si c’était une résolution de vie, ça ? Ne plus râler, arrêter de ne voir que le côté sombre des choses et être un peu plus positive ? Bon, c’est vrai qu’il y a des choses exaspérantes mais ce n’est pas pire qu’ailleurs, je crois. Après tout, dans les autres pays, les gens semblent prendre ces petits désagréments de la vie avec fatalisme. Pourquoi les Anglais, les Allemands ou les Américains subissent ces petits soucis sans râler alors que nous en sommes incapables ? La nationalité ne change pas l’homme, s’ils ont cette ressource, nous l’avons aussi, faut juste la retrouver. Bon, promis, la prochaine fois que mon train est à la bourre, je ne lâcherai pas un « fais chier ! », je me contenterai de me plonger dans mon bouquin, en espérant que Kenya va arrêter de miauler.

 

Plutôt que de dénoncer les entreprises qui nuisent à ma bonne humeur, pourquoi ne pas les prendre de haut ? Je suis au-dessus de toutes ces considérations matérielles, le retard n’est rien. Qu’est-ce que dix minutes dans l’éternité ? E puis ce n’est qu’une donnée subjective : si ma montre avait dix minutes de retard, j’arriverais à l’heure selon ma montre. Et puis surtout, j’utilise ce retard pour cogiter. Donc si cet article vous a paru chiant, prenez-vous en à la RATP ou la SNCF, c’est leur faute !

 

Episode 9

Ethan ouvrit péniblement les yeux et regarda autour de lui sans reconnaître l’endroit. Il voulut se passer la main sur le visage mais constata qu’il était attaché
par des menottes à une chaise. Cette information eut pour effet de le réveiller totalement.

Il inspecta mieux l’endroit et découvrit qu’il était dans une espèce de placard très sombre et humide qui sentait mauvais. Que s’était-il passé ? Il se
souvenait du cri d’Oceany, puis plus rien. Il avait été stupide : il savait qu’elle n’était pas seule, puisqu’il l’avait entendue parler à un homme, mais il n’y avait pas fait attention,
trop occupé à savourer sa brève victoire sur elle.

Il essaya de voir s’il ne pouvait pas libérer ses mains des bracelets de fer, mais il n’y parvint pas. Il poussa un cri de rage. Il ne pouvait pas rester là, il
devait s’échapper…qu’est ce qu’on allait lui faire ? Au moins, ils ne l’avaient pas tué, c’était peut-être bon signe. Il continua à s’agiter dans tous les sens pour tenter de se détacher,
mais il fut interrompu. La porte du réduit venait de s’ouvrir et la lumière l’éblouit, si bien qu’il ne vit d’abord qu’une vague silhouette féminine. Quand ses yeux se furent habitués, il
constata avec effroi qu’il s’agissait d’une Chinoise. Il détestait ces gens, ils avaient tué beaucoup de ses compatriotes.

La fille s’avança vers lui, le regarda un instant, sans rien dire, ce qui l’énerva prodigieusement.

« Qui êtes vous ? Qu’est ce que vous voulez ? Espèce de sale garce, tu comprends même pas l’anglais.

– Je n’aime pas qu’on me traite de garce gratuitement. Continue à me traiter comme ça et je t’en colle une. Tu as faim ?

– Pardon ?

– Je te demande si tu as faim. Tu comprends pas l’anglais ?

– Non, je veux partir.

– Je ne crois pas que ce soit à l’ordre du jour pour le moment. Tu as soif ?

– Un peu oui.

– D’accord. »

Elle sortit et revint un instant plus tard avec une bouteille d’eau, qu’elle lui colla sur la bouche. Il but avec avidité, content de pouvoir enfin se désaltérer.
Il s’en voulait un peu de l’avoir insultée, alors qu’elle s’occupait de lui. Il avait eu de la chance qu’elle ne soit pas rancunière car elle l’aurait laissé se dessécher. Quand il eut fini, il
décida de s’excuser.

« Je suis désolé pour ce que j’ai dit, tout à l’heure, vous n’êtes pas une garce.

– Je suis une Chinoise : pour vous, les Américains, les deux vont de paire. »

Elle reprit la bouteille et ressortit en refermant la porte : où était-il donc ? Les Chinois étaient tous des esclaves… Celle-ci avait dû s’enfuir, ce qui
signifiait qu’elle devait avoir une dent contre tous les Américains. Il risquait de passer un mauvais quart d’heure quand elle déciderait de le torturer. Mais comment avait-elle pu
s’évader ? Il était persuadé que la sécurité de Technopolis était sans faille…Quoique Oceany était parvenu à entrer sans problème dans la salle de réception alors qu’elle n’avait pas la
clef.

La porte se rouvrit et il reconnut immédiatement Oceany, qui avait enlevé son masque. Elle referma la porte à clef, puis lui ôta les menottes.

« Ca sera mieux comme ça, je pense. Vous avez récupéré assez vite, finalement. Vous êtes plus solide que ce que je ne pensais. Bon, il faut que nous
discutions : nous avons un sérieux problème. »

Elle tira sur une ficelle qui alluma une vieille ampoule qui se balançait du plafond. Il croyait que ce genre d’éclairage n’existait même plus, il était habitué aux
spots halogènes qui éclairaient si bien…il put alors constater qu’il n’était pas dans un petit placard, mais dans une sorte de cellule avec un petit lit de camp, un bidet, un lavabo et la chaise
sur laquelle il avait été attaché. Oceany s’assit sur le lit et grimaça.

« Hou ! Il n’est pas aussi confortable que votre grand lit, mais il faudra vous y habituer. Je suis navrée de ne pas vous offrir autant de confort qu’en
haut, mais nous sommes au rez-de-chaussée, ici, c’est un tout autre univers.

– Qu’est ce que vous allez faire de moi ?

– Pour le moment, rien, après, on verra. Disons que si vous nous rejoignez, vous  survivrez, sinon, on se débarrassera de vous.

– On va remarquer mon absence.

– Oui, ce pauvre Ethan Wadeker a disparu ; il faut avouer qu’il a la mauvaise habitude de se balader dans les bas quartiers, il fallait bien que ça arrive. On
raconte que l’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la police. Peut-être a-t-il une maîtresse, en bas ? Ca expliquerait sa disparition. Il préfère rester avec elle
plutôt qu’avec son odieuse fiancée…je ne crois pas qu’on s’inquiète beaucoup pour vous.

– Ma mère sait que je n’ai pas de maîtresse, ici.

– Oh, regardez la pauvre Lauren : elle est persuadée que son fils est un petit saint. La pauvre, si elle savait…

– Vous allez vous faire attraper, vous ne pourrez pas me garder ici, indéfiniment.

– Ce n’est pas mon but. J’ai besoin d’alliés, en haut, et j’aimerais vraiment que vous vous joigniez à nous.

– Si je dis oui, vous me relâchez ?

– Pas immédiatement. Ce serait trop facile, pour vous : si je vous relâchais maintenant, vous fileriez à toute vitesse et je n’aurais plus aucune nouvelle de
vous. Il faut d’abord que vous vous rendiez compte des conditions de vie, ici.

– Mais…

– Vous ne pouvez pas vraiment discuter. Je devrais peut-être vous présenter ceux qui vont s’occuper de vous, ce sont mes amis, évitez de les traiter de tous les
noms, d’accord, sinon… »

Elle se releva et ouvrit la porte. Cinq personnes entrèrent, ce qui réduisit considérablement l’espace libre de la cellule. Il y avait la jeune fille chinoise qui
lui avait donné à boire et un autre nippon et deux hispaniques: quelle mosaïque ! Ce devait tous être des esclaves évadés, des ennemis des anciens Etats-Unis et de Technopolis.

« Bon, Ethan Wadeker, je vous présente, Mai-Li, Myo, Juan et Maria. Si j’étais vous, j’éviterais de leur faire de mauvais coups. Si vous aviez la mauvaise idée
de vous enfuir, je viendrais régler votre compte en personne et vous risquez de regretter toute votre vie de m’avoir énervée. Bon, j’aurais bien aimé discuter avec vous plus longtemps, mais je
dois rentrer. Bonne nuit, Ethan, vous pouvez faire comme chez vous, ici. Bonsoir. »

Elle sortit, suivie par tous ses amis, le laissant seul dans sa « chambre ». Il était tout simplement furieux, il avait été trop présomptueux en croyant
pouvoir récupérer les quatre passes volés. Au fait qui était la quatrième victime d’Oceany ? Peu importait, il ne pouvait pas lui rendre son bien, il était coincé ici. Il devait à tout prix
s’échapper ! Il n’était pas question de rester dans cet endroit avec tous ces étrangers, ça le rendait malade rien que d’y penser…des Chinois, des Espagnols, et tout ce bruit qui ne cessait
jamais, qu’est ce que c’était ? Comment Oceany avait-elle pu pactiser avec ces gens, ça semblait totalement impensable…Elle devait être folle, il n’y avait pas d’autres
explications.

—–  

            Oceany referma le cadenas qui maintenait la porte de la cellule fermée et rejoignit les autres,
installés autour de la table sur laquelle ils travaillaient sur leur plan.

« Je viens d’avoir une idée, annonça Myo.

– A quel propos ? le questionna Maria.

– Nous ne connaissons pas exactement le fonctionnement de la mairie, nous ne voyons que ce qu’Oxford veut bien nous montrer, d’accord ? Nous ne pouvons donc
difficilement attaquer si nous n’avons pas un minimum d’informations sur l’ennemi.

– Où veux-tu en venir ?

– Et bien, puisque notre chère Oceany va se fiancer avec Mark, le propre fils du tyran, on va l’exploiter à fond. Oceany, ma chère, demain, tu vas appeler Mark et
t’arranger pour te faire inviter à la mairie et récolter un maximum d’infos.

– Oh, je ne sais pas si je pourrai entrer dans l’antre de la bête, fit-elle avec une voix exagérément grave. Mark ne semble pas très au courant des
affaires de son père.

– C’est une bonne idée, approuva Maria.

– Vas-y, ma grande ! renchérit Mai.

– D’accord, je vais essayer, mais je ne vous garantis rien. Ca pourra toujours nous servir. Bon, je dois vraiment rentrer, il ne faudrait pas qu’on s’aperçoive de
mon absence.

– OK, je te ramène, annonça Juan.

– Je préfèrerais que tu restes ici, au cas où… Ethan est assez fort, pour un élitaire. Il vaut mieux que Myo et toi montiez la garde, au cas où.

– Je te raccompagne, déclara Maria. Surveillez notre nouvel invité, il va nous faire un coup tordu : c’est un raciste.

– Comme tous, ici, soupira Oceany. Bon, on y va. »

Les deux jeunes femmes se rendirent près des motos et décollèrent rapidement. Durant le trajet, elles ne parlèrent pas, mais ce n’était pas vraiment étonnant :
elles n’avaient pas beaucoup d’atomes crochus, toutes les deux. Maria arrêta l’engin devant le balcon de sa passagère et attendit qu’elle soit descendue.

« Je ne sais pas à quoi tu joues, mais tu devrais faire attention : ça pourrait se retourner contre toi.

– De quoi tu parles ?

– Tu sais très bien de quoi je parle : laisse mon frère tranquille et il ne t’arrivera rien de fâcheux.

– Ton frère ? Mais pourquoi tu me parles de lui ?

– Tu crois que j’ai pas remarqué comment tu le regardais ?

– Mais, pas du tout, je…

– Arrange-toi pour que ça ne se reproduise pas. »

Elle redémarra et partit en trombe. Ce n’était pas bon signe, il ne fallait surtout pas commencer à avoir des inimités dans le groupe. Ils étaient déjà en position
de faiblesse, par rapport à Oxford et ses sbires. S’ils n’étaient pas parfaitement soudés, ils étaient certains d’échouer. Elle éclaircirait la situation avec Juan dès le lendemain et parlerait à
Maria de leur petit différend : ça ne pouvait pas continuer.

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Printemps arrivé, graisse pourchassée

Télé allumée, je grignote mes Special K en tapotant sur mon ordinateur quand une série de pub attire mon attention : « peau flasque, mettez la crème super liftante restructurante lissante autobronzante », « tu fais baleine dans ton maillot ? Utilise la pilule qui facilite le transit et élimine la rétention d’eau » « perdez une taille en trois jours » (ça, c’est véridique). Bon, cette année encore, la mode n’est pas aux formes si chère à Le Titien (oui, je fais ma culturée).
 

Comme la plupart des filles, j’ai acheté ce type de crème. Au bout d’une semaine, j’arrête d’en mettre parce que ça colle et ça sent fort… Quoi que j’aimais bien l’une d’entre elles qui sentait bon mais je me souviens plus de la marque. L’an dernier, je mettais celle qui faisait froid, j’avais l’impression d’avoir mâché un freedent avec mes cuisses, brrrrrr ! Je me souviens, avec Amina et Douschka, on avait eu une formidable discussion sur le sujet, chacune parlant de sa crème. A l’arrivée, pas de solution miracle. C’est pas une crème qui va nous faire perdre nos kilos superflus, faut pas rêver.

Donc l’été se profile à l’horizon, il est temps de relancer mon programme « belle et svelte ». Oui, ça, c’est mon truc. Le principe est très simple : manger peu et
bien (bye le grignotage) et faire du sport. Le tout, c’est de ne pas craquer même si on peut s’autoriser un petit écart de temps en temps, genre un resto, pour pas virer dingue et faire un gros craquage, genre le pot de nutella. Par exemple, dimanche soir, petit coup de blues, j’avais le choix entre me commander une pizza dont j’avais envie et du riz. Bon, honnêtement, quand j’ai pensé à la pizza, j’ai déjà commencé à culpabiliser donc hors de question de céder. Si je veux être la plus belle cet été à la plage (alors qu’il est peu probable que j’y aille), hors de question de s’enfiler une pizza, aussi bonne soit-elle.

Je suis bien une femme des années 2000 pour ça : plutôt que de capitaliser sur mes rondeurs appétissantes, j’essaie de les éradiquer, coûte que coûte ! Bon, très honnêtement, je ne suis pas du tout énorme et, mine de rien, ça me fait du bien de faire du sport : ça défoule. Mais comme m’a fait remarquer mon petit cœur, c’est hypocrite de ma part de dire que je ne fais du sport que pour me défouler : « Non, mais tu t’entends ? Dès que tu parles de glace, tu associes ça de suite à ton rameur ! ». Oui, c’est vrai, dès que je me lâche un peu, hop rameur. Et mine de rien, mon nouveau contrat m’a incité à plusieurs reprises à avaler un sandwich. Même qu’hier, je l’avoue, je me suis acheté un McDo ! L’autre jour, je parlais avec Zoé sur le net qui me disait en gros: « Non mais tu les fais tous craquer, t’es vraiment une tombeuse! Arrête le rameur sinon il n’y aura plus d’hommes pour nous! ». Pourtant, je me considère pas du tout comme canon, j’ai du mal à concevoir que je peux plaire avec mon petit ventrou qui m’obsède.

Le problème, c’est qu’à force de voir des filles filiformes se pincer la peau en pleurant sur leurs kilos superflus (pour perdre un kilo de plus, faudrait qu’elle s’ampute un bras !), on se sent obèse dès qu’on ne fait pas du 34. Parfois, dans le métro, je regarde les autres filles pour voir si je suis plus grosse ou plus mince qu’elles, comme si ça avait une importance. On me répète tellement que je dois être mince, dépourvue du moindre bourrelet ou capiton que je crois que mon ventre sans abdos est rédhibitoire pour les hommes. Et quelque part, ça
m’agace. J’ai beau dénoncer la dictature des régimes et de la minceur (voire maigreur), je peux pas m’empêcher d’en être victime.

 

La faute à qui ? A la société, aux magazines qui ne photographient que les anorexiques, au publicitaires qui font promouvoir tous les produits régimes par des filles qui auraient plutôt besoin de se remplumer. Au fait que les gros n’existent pas dans le paysage audiovisuel, si ce n’est comme des caricatures de bon vivant. Si, si : par exemple, les gens forts, on les fout à présenter les émissions de cuisine : « ah, c’est de la bonne chair, ça, c’est les produits du terroir ! ». Dès qu’une femme ronde est médiatisée, elle finit toujours par maigrir, comme Sonia Dubois. Elle nous répétait à l’époque qu’elle s’assumait parfaitement… La preuve que non. Pourtant les médias s’en défendent : « Mais non, on
aime les femmes en chair, aussi, regardez Laetitia Casta, c’est une vraie femme ! ». Oui bon, ben là, je complexe définitivement. Même les chanteuses se font liposuccer graphiquement parlant comme Mariah Carey qui perd facilement 10 kilos par photos ou Shakira qui gagne des abdos sur ses clichés. Et puis c’est ma faute, aussi, faudrait que je suis moins influençable.

L’autre jour, j’ai découvert un blog, l’histoire d’une jeune fille qui raconte ses troubles de l’alimentation : elle se nourrit quasiment que de coca light et se gave de laxatifs pour tout éliminer. Puis, des fois, elle craque et forcément, ça la rend malade, elle culpabilise. Bon, je n’en dis pas plus, c’est sa vie et pas la
mienne donc allez lire son blog pour en savoir plus. Ces comportements sont extrêmes, je ne peux ni ne veux juger cette jeune fille qui m’a émue. Supplicier son corps à ce point ne peut laisser indifférent et je ne peux m’empêcher de demander qui pousse les jeunes filles à de telles méthodes. Il y a même des femmes qui font exprès d’attraper un ver solitaire afin de mincir. Pour en
rajouter au dossier, les médias ont parlé de cette semaine de deux femmes décédées après avoir pris des pilules minceur à base d’extraits thyroïdiens. Là, je suis proprement catastrophée ! Les déréglements thyroïdiens ne sont pas anodins, comment peut-on se flinguer la santé pour trois kilos de moins? Sans parler de la pilule miracle des années 80 qui a provoqué des crises cardiaques
en pagaille et je crois qu’il y a eu des cas de cancer, suite à ça. De toute façon, moi, tout ce qui est miracle, je me méfie. Le seul produit qui aide à éliminer que je m’autorise, c’est le thé vert mais faut dire que marié à la menthe, c’est plus un péché de gourmandise qu’un geste minceur!

Mais bon, voilà. La norme des femmes rondes qui a fait les beaux jours de l’art semble bien loin. Aujourd’hui, faut être toujours plus mince. Par exemple, la fille de la pub Purple est tellement maigre qu’on aperçoit sa cage thoracique sous sa poitrine. Mais c’est laid ! Il paraît que les hommes préfèrent les rondes… Alors pourquoi toutes les filles qu’on nous présente comme modèle sont filiformes ? Quel paradoxe ! En attendant, cette année, je m’achèterai pas de crème anticapiton. Si je veux mincir, je préfère la bonne vieille méthode : le
sport. Parce qu’en plus, c’est bien meilleur pour la santé.

Je te quitte

Rassure-toi, lecteur, je ne quitte personne, ni toi, ni Brad, ni ce monde cruel. Il y a quelques jours, je discutais avec une blogueuse hautement intéressante qui m’a demandé si j’avais déjà écrit un article sur la rupture. Non, lui répondis-je, mais j’y pense. Donc acte.

L’amour est vraiment quelque chose de très compliqué. D’abord, on se pose 100 000 questions : comment séduire Brad ? Comment puis-je devenir sa Bradounette ? Et, ô miracle, un jour, cela se fait, vos lèvres s’effleurent sous un lampadaire un soir de printemps, c’est l’extase. Sauf que voilà, Brad n’est pas précisément le prince que vous imaginiez, il a un rire agaçant, il ne lit que football magazine, il se gratte les couilles en se levant (et en plus, il se renifle les doigts, après, comme tous les mecs) et en plus, il a les mêmes baskets
depuis 10 ans et l’odeur qui va avec. Bref, je caricature mais vous comprenez qu’avec Brad, ce sera jamais soirée philo autour d’un verre de vin et qu’il n’apprendra pas à Junior à jouer aux échecs. Donc, plutôt que de continuer cette mascarade ridicule, autant y mettre fin.

Mais comment ? Oui, comment. Parce que, quelque part, la rupture, c’est comme la séduction, je crois qu’on n’est pas vraiment nés pour. Enfin, pas moi, en tout cas. N’étant pas de nature sadique, je n’aime pas faire souffrir les gens et une rupture en général, ça fait mal. Comment dire à l’autre, qui a certes ses défauts mais qui reste un être humain, qu’il ne nous convient pas ? Comment lui dire que demain, il n’y aura plus de nous ? Y a bien que dans les films où les nanas arrivent à dire sans complexe : « bon, tu te casses, c’est fini, j’ai même jamais eu d’orgasmes avec toi. » Quand bien même ce serait vrai, je pourrais jamais dire ça. Limite, je trouve ça plus gentil d’arracher les ailes d’un papillon, c’est
pour dire. Pourtant, certain(e)s arrivent à se la jouer salauds ou salopes, arrivent à vous cracher les pires trucs à la tête. Un de mes « exs » m’expliquait une fois que son ex avait tout fait pour pourrir la relation pour que ce soit lui qui la quitte. Que c’est courageux, bravo, j’applaudis des deux mains. Ah oui, je peux me la jouer lâche, genre je prends un amant et je fais bien exprès de laisser traîner une capote dans la poubelle de la salle de bain… Oui parce que salope ne rime pas avec cracra, je laisserai pas une capote usagée sous mon lit, faut pas
déconner non plus. Hop, double coup de poignard : « non seulement je te trompe mais en plus, je te quitte. » Non, non, non.

Après, y a le coup du silence radio. Bon, ça, j’en suis incapable aussi. Déjà que je culpabilise de bloquer sur MSN un plan cul, imaginez ce que c’est pour un chéri… En plus, j’en ai été victime du silence radio avec Arnaud et y a rien de plus agaçant. Ok, tu veux pas continuer mais dis-moi au moins pourquoi, enfoiré ! Remarque, des fois, vaut mieux pas savoir. Dans le rayon « rupture ignoble », j’ai eu la palme avec Pierre le pervers. En gros, monsieur m’a reproché d’avoir passé une journée à essayer de le joindre chez lui et de pas laisser de
messages sur le répondeur. Oui, les répondeurs et moi, on n’est pas copains, je sais jamais quoi dire. Donc quand je lui ai dit que j’avais essayé de le joindre parce que j’avais envie de parler,
j’ai eu droit à un merveilleux : « si t’as envie de parler, va voir un psy ». Oh, mes jolies dents toutes éparpillées autour de moi ! Après avoir jeûné, pleuré, fait la gueule pendant 24h, soudain, je m’énerve : « mais…mais… cet enfoiré de fils de biiiip biiiiip m’a dit d’aller voir un psy, mais quel biiiiip de biiiip de biiiiip ! ». Et Gauthier, placide : « c’est bien, t’as mis que 24 heures pour t’en rendre compte. »

Oui, une rupture, c’est la faute à qui ? « Ca ne vient pas de toi, c’est moi » ou « ça ne vient pas de moi, c’est toi ? ». Mauvais raisonnement, à mon avis. Le problème n’est pas le toi ou le moi mais le nous. Hé oui, le Brad n’est pas universel, y en avec qui ça colle et d’autres non. Il n’y a personne à remettre en cause (sauf certains cas, quand même), c’est juste une question d’incompatibilité. Mais pour le faire comprendre, ça, faut se lever tôt. Parce que mine de rien, une rupture, on le vit souvent comme un rejet de soi. Moi,
en tout cas. S’il ne veut pas de moi, c’est que je ne mérite pas son amour… Mais qu’est-ce qui cloche en moi, bouhouhou ! Heureusement, dans ces cas-là, Gauthier m’engueule : faut que j’arrête de croire que c’est tout le temps ma faute. Ok mon capitaine. Mais pour ne pas douter, le meilleure façon, c’est d’avoir une explication et on en revient au point de départ : comment rompre ? Par texto ? Non mais ça va pas ! Et pourquoi pas envoyer un télégramme tant qu’on y est. Par téléphone, ça le fait pas trop non plus, sauf si la distance y oblige. Par lettre… mouais, ça permet d’expliquer les choses sans être interrompu mais le temps que la lettre arrive… Par blog ? Non, je déconne ! Le mieux reste le face à face mais comme c’est difficile ! Voir le visage de l’autre se décomposer, risquer la crise de larmes… Dans un lieu privé ou un lieu public ? Je crois que le dernier est à bannir, justement à cause de la possible dispute ou crise de larme. Seulement, en privé, on ne sait jamais comment ça peut finir, genre « une dernière brouette pour la route » ? C’est à chacun de voir mais
attention, si la personne ne veut pas rompre, la dernière brouette peut être une façon de nier la rupture, je crois. « Tu m’as dit que tu me quittais mais on a fait l’amour juste après donc ça veut dire que tu as toujours envie de moi, non ? ».

Une rupture, c’est vraiment compliqué à gérer puisque outre le comment, y a le quand. Y a toujours des événements qui font que ce n’est pas le bon moment : son anniversaire, le mien, les exams, la St Valentin, Noël, le repas de famille, l’annif de sa mère, la mort de son chien… Bref. La rupture, y a jamais de moments idéal. Quelque part, c’est comme un sparadrap : oui, ça va être douloureux mais vaut mieux ne pas traîner sinon, après, on a des traces noires sur la peau qui ont du mal à partir même si on frotte fort. Cette métaphore
totalement nulle et infâme souligne bien le côté pourrissement de la situation. Avec Guillaume 1, à la réflexion, on est vraiment passés très près de la catastrophe pendant nos vacances, la rupture a eu lieu deux mois trop tard parce que personne n’osait rompre. Puis il y eut le mot de trop et j’ai explosé : on arrête là. Après des explications et des larmes au téléphone, il
est venu chez moi pour consommer la rupture, si j’ose dire, histoire de ne pas dire qu’on a rompu par téléphone. Assis sur le canapé, sans oser se regarder ni se parler, il n’y avait plus de nous. Dieu Merci, nous n’étions pas ce genre de couple à avoir oublié le mot « je », on avait pas mal d’activités solo, ça a donc été plus facile de s’en remettre. Mais bon, c’est la première fois de ma vie que j’ai pris des médicaments pour dormir. Comme en plus je prenais des médicaments pour mes allergies, j’ai dormi pendant deux jours quasi non stop.

Si la séduction est un art difficile, la rupture l’est encore plus car on se retrouve sans rien à l’arrivée. Ceci étant, si on tombait dès le départ sur la bonne personne, ça se saurait.

Fille désespérée cherche homme sur blog (et aussi 2nd degré)

Par Emma et Nina 


           Presque un an d’aventure bloguesque, il s’en est passé, des choses. Mais le
trait le plus récurent et le plus fatigant, c’est cette propension que certains lecteurs ont à nous prendre pour des pauvres filles désespérées qui écarteront les cuisses devant le premier mâle consentant.

 

            Dans la vie amoureuse, il y a différentes périodes : celles où nous sommes amoureuses et celles où nous le sommes pas, celles où on vit super bien notre célibat et celles où on se pose a question : pourquoi je suis seule ? C’est humain, après tout. Mais pourtant, certains voient des messages subliminaux dans ces articles, genre : « je suis désespérée, envoie ta candidature pour me sauter ». Et là, je dis stop ! Je n’ai pas crée ce blog pour choper, sinon, j’en aurais fait un blog adulte avec des photos de moi à poil. J’ai crée ce blog pour raconter ma vie et faire part de mes réflexions sur l’amour au sens large du terme et parfois sur la vie en général.

 

            Mais voilà, certains n’ont pas compris. Parce qu’on parle librement de sexe, voilà qu’on nous prend pour des Marie couche-toi là. Suis-je obligée de coucher avec tous les candidats potentiels uniquement parce que j’ose prononcer le mot « fellation » ? Me prenez-vous à ce point pour une obsédée que vous pensez qu’il suffit de faire la queue pour me brouetter ? Pensez-vous que je suis à ce point désespérée pour ne pas regarder qui me besogne courageusement ? Et je vous renvoie l’argument imparable à la figure : si vous êtes prêt à vous taper une pauvre désespérée dont vous ne connaissez même pas le visage, c’est que vous devez avoir quelques problèmes auprès de la gent féminine.

 

            Mais comment peut-on même désirer une fille qui n’est finalement qu’un amas de mot ? Je suis Nina mais pas que, Emma est Emma mais pas que. Nous sommes bien plus complexes que ce que nous laissons paraître ici. Et ce n’est pas parce que nous nous posons des questions sur notre solitude que nous sommes prêtes à rencontrer tous ceux qui nous bavent dessus, sans même savoir à quoi nous ressemblons ni qui nous sommes.

 

            L’amour, ça se commande pas. J’ai essayé de le provoquer pendant deux mois sur Meetic, ça n’a pas fonctionné. L’amour, ça nous tombe dessus par hasard et le chercher en se servant d’un blog me paraît hautement casse-gueule. D’ailleurs, mes brèves expériences à ce sujet m’ont prouvé que j’avais amplement raison. L’amour, ça nous tombe dessus par hasard, pas parce qu’on a répondu à l’appel du premier candidat qui passait. L’amour, c’est une attirance physique et spirituelle. Sur le blog, il ne peut y avoir l’attirance physique, déjà, nous sommes de purs fantasmes mais personne ne sait à quoi nous ressemblons, vous pourriez être déçu. Mais se taper Nina ou Emma juste pour la gloire, ça doit être excitant, je suppose.

 

            Mais arrêtez de croire que vous êtes les seuls à pouvoir nous apporter le bonheur, que vous êtes les seuls à encore vouloir de nous. Je ne suis pas désespérée, loin de là, et je ne coucherai pas avec le premier venu juste pour me rassurer. De toute façon, désolée de vous l’annoncer mais mon cœur vient tout juste d’être subtilisé par un beau brun au sourire ravageur.

 

            A mon tour de remettre les points sur mes ‘I’. Un grand nombre d’entre vous lit mes articles, et j’espère, les apprécie. Ce que j’y raconte est une partie de moi, une partie de mon histoire, une partie de ce que je suis dans ma globalité. Tout ce que je dis ici est vrai, authentique, mais ne prends pas toute la place dans ma vie, et ne constitue pas toute ma vie. Si j’ai choisis de ne jamais parler des choses essentielles à chaud, ou des choses profondément difficiles pour moi, c’est parce que je me protège, et refuse de me livrer toute entière sur ce blog. Je garde une partie de mon univers complexe pour moi seule, c’est mon choix. Donc, évidemment, Emma n’est pas entièrement MOI, ni une caricature de MOI.

 

            C’est pour raison qu’il faut lire mes articles en gardant bien ceci en mémoire. J’écris avec du recul sur ce qui m’est personnel, avec beaucoup de 2nd Degré, et c’est ainsi qu’il faut comprendre mes textes. Lecteur, lis-moi en pensant à la distance que j’ai sur moi-même, et on sera certainement sur la même longueur d’onde.

 

            C’est aussi pour cette raison que j’accepte l’échange autour de mes articles, les critiques constructives, les questions, l’humour. Mais je ne supporte pas les interprétations hâtives, les conclusions de ceux qui se croient plus fins que les autres, les raccourcis absurdes. Je sais bien que c’est un risque que je prends en écrivant ici, mais je me permets de vous le signaler, je ressens le besoin de vous le rappeler.

 

            Donc, je ne suis pas une superficielle nénétte sexy et extravertie qui cherche désespérément un homme. Ne vous méprenez pas sur Emma. Je suis une jeune femme qui travaille tous les jours au contact de la folie, qui a son appart à elle et qui bricole seule dedans, qui s’occupe d’un festival tout au long de l’année, qui est entourée d’amis différents, fidèles et merveilleux, qui adore faire la fête mais aussi s’isoler des jours entiers dans sa tour d’ivoire, qui a aimé, vécu, qui vit encore et se pose des milliers de questions.

 

            Quand je parle du célibat et du Prince Charmant dans mes articles, c’est la
même chose. Je suis bien dans ma vie, je suis une solitaire et plutôt zen comme ça. Bien sûr que je voudrais trouver l’Amour, construire une vie à deux. Bien sûr que je réfléchis sur tout cela, j’ai souffert, j’ai peut-être aussi fait souffrir, j’ai besoin d’aimer et d’être aimée comme tout le monde. Mais le ton que je peux employer lorsque je parle de ceci est mal interprété par certains. Je n’écris pas au 1er Degré. Comment vous l’expliquer autrement, je ne vais pas vous faire une explication de texte en direct ici !

 

            Tout ceci pour faire passer ma colère, commune à celle de Nina. Ne jugez pas Emma
trop vite, sans réfléchir, ne pensez pas connaître tout ce qu’elle est si facilement que ça. J’aime écrire dans ce blog, j’espère que vous appréciez me lire, mais n’oubliez pas qui JE
suis.

 

Concours bannière!

Bon, lecteur, tu l’auras noté, la bannière n’est plus du tout d’actualité, Clara, Linga et Victoire ayant disparu du blog (selon la rumeur, leur corps auraient été retrouvés
flottant sur la Seine un matin de brouillard…). Il faut donc en refaire une. Et comme je suis nulle en graphisme, je t’invite, lecteur, à faire preuve de créativité.

La consigne est très simple : tout est permis mais évitons désormais de mettre le nom des vingtenaires, puisque la liste des participants peut évoluer. Sinon… ben, rien de
plus.

Alors, on va changer les règles par rapport à la dernière fois, histoire que tout le monde soit à égalité : merci de m’envoyer vos bannières avant le 15 mai, minuit, sur mon adresse mail qui est, je vous le rappelle : nina.bartoldi@hotmail.fr Comme ça, je les récupère et je les colle sur le site, les lecteurs voteront à partir de ce moment.

Bon, voilà ! 🙂 Je vais essayer d’en bidouiller une, aussi, histoire de pas passer pour une feignasse!

Changement de cycle

 Reste donc lecteur, je ne compte pas de parler de machine à laver, même si je pourrais faire un article sur la mienne tellement chaque lavage se transforme en épopée fantastique. Par exemple, la dernière fois, ma machine a voulu me livrer sa propre version du déluge. Principales victimes : mes pauvres pantoufles déjà pas très en forme. Mais passons mes histoires de machine, tout le monde s’en fout, même Gauthier qui a vécu l’aventure en direct.


 Je le sentais, ce foutu vent qui se décidait enfin à tourner ! Le déclic a eu lieu lors de mon dernier voyage chez mes parents, fin mars. D’abord l’espoir. Après un trajet un peu pénible avec des histoires de vomi et de place réduite dans le train (pourquoi je paye 5 euros pour avoir le droit de faire voyager mon chat alors que je n’ai pas le droit à plus de place ?), je retrouve enfin ma maison, je papote avec ma maman (aussi bavardes l’une que l’autre, imaginez) et je vais faire un tour sur le net pour voir un peu ce qu’il s’est passé sur le blog pendant mon absence et vérifier qu’aucun amoureux transi ne m’a envoyé de mails. A défaut d’une demande en mariage de Brad, je trouve un mail curieux me proposant un stage. Bon, je sais que ça va capoter, je peux pas avoir de conventions mais je vais quand même donner suite, on ne sait jamais. Et là, tout s’enchaîne.
 
Vie pro

J’ai déjà raconté l’histoire de cet entretien surprise. Au départ, je dois réaliser un stage non conventionné de 2 mois, payé 25% du SMIC. Bon, la rémunération est minable mais je ne peux prétendre à mieux sans convention et, de toute façon, pour une fois qu’on me rémunère pour un stage… Je repars de l’entretien surexcitée, emballée par le projet et par Pierre Cécil, le DRH choupinou qui ressemble à David Duchovny. Ils me prennent, c’est sûr. Le lendemain, coup de fil, choupinou et sa voix sexy : « Oui, alors comme on peut pas faire un stage non conventionné de 2 mois, je te propose un CDD de 3 semaines, parce qu’on peut pas plus, niveau salaire. » Forcément, je m’empresse d’accepter. Forcément, je préviens ma sœur et Zoé sur MSN, forcément, j’appelle ma mère (qui, comme d’hab, n’a pas compris qu’un portable, ça marche mieux quand c’est allumé). Je suis carrément euphorique. Non parce qu’un stage, on ne sait jamais trop ce qu’il y a derrière, je peux avoir été stagiaire « je fais le même boulot qu’un journaliste » ou une stagiaire « je suis la pro de la photocopie ». Alors que là, c’est un CDD. Pour la première fois de ma vie, me voici pleinement journaliste, avec les responsabilités qui vont avec. Et ça, c’est la classe !

Après une première semaine, je suis comme un poisson dans l’eau. Pierre-Cécil me présente des tas de gens tous les jours que je ne retiens pas mais je leur adresse un grand sourire : « Salut ! Tu vas bien ?

– Oui, oui. »

Bon, ça va, le fait que je n’utilise pas son prénom ne l’a pas traumatisée. En plus, en RH, y a que des bonnes femmes, sauf choupinou donc c’est pas facile de les différencier. Puis je m’en fous, c’est pas avec elles que je bosse. Quoi qu’il en soit, après une première semaine, ce que j’ai rendu les satisfait donc je continue sur ma lancée. Cette semaine, je dois finir le rédactionnel pour la dernière semaine ne faire que de la mise en place et seconder Pierre-Cecil s’il a besoin de moi. Enfin, tout ça s’annonce bien.

La vie perso

Là aussi, piou piou les petits oiseaux. Déjà, côté familial, les bonnes nouvelles pleuvent. En ce moment, je m’entends à la perfection avec tout le monde, tant mes parents que ma sœur. De plus, le copain de ma sœur a été admis aux Pompiers de Paris ce qui semble être plutôt une exploit car le concours est difficile mais je me faisais pas vraiment de soucis pour lui pour être honnête. D’abord, les cartes m’avaient dit qu’il allait réussir. Ensuite, ça fait 5 ou 6 ans qu’il est pompier volontaire donc il sait quand même de quoi il s’agit. Donc voilà, il va bientôt entamer sa formation.

Côté « ma maman est une farceuse », il y a un mois, elle m’appelle et mauvaise nouvelle :

« mes analyses sanguines sont mauvaises, j’ai peut-être un lupus.

– Heu… Je sais pas ce que c’est.

C’est une maladie dégénérative. Bon, c’est pas rapide, ça se dégrade sur 50 ans mais bon… »

Oups, en effet, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle. Bon, on fait le tour des médecins car les analyses sont curieuses : disons que tous les tests sont négatifs sauf son taux d’agents antinucléaires. Donc son médecin lui fait arrêter les bétabloquants qu’elle prenait pour son hypertension « pour voir ». Samedi, elle m’appelle : « Bon, j’ai tous mes résultats, tout va bien et en plus, ton père va me payer une nouvelle voiture ! ». Les deux parties de cette même phrase n’ont aucun rapport l’une avec l’autre mais elle était euphorique comme une gamine à qui on offre la maison Playmobil. Du coup, sa voiture actuelle échoit à Anthony et Alice mais elle me rassure : « tu sais, si tu as besoin d’une voiture, un jour, on t’en achètera une, hein, te sens pas lésée ! ». Je ne me sens pas du tout lésée et je vois pas ce que je ferais d’une voiture ! Actuellement, j’ai 15 mn de bus pour aller bosser, je peux lire Courrier International durant le voyage, j’ai pas à m’emmerder à garer mon véhicule où que ce soit… Qu’est-ce que je ferais d’une voiture ? De toute façon, j’ambitionne de devenir une vraie citadine à la Carrie Bradshaw, moi, c’est-à-dire, prendre le taxi en toute circonstance. D’ailleurs Carrie Bradshaw a-t-elle le permis ? Rien n’est moins sûr.

Vous me direz, ne reste que l’amour pour que le tableau soit complet. Et bien, il l’est complet, le tableau, une histoire qui se dessine à une vitesse peu croyable mais ce n’est pas encore le moment d’en parler, je le garde pour moi. Disons que l’histoire est merveilleusement résumée par cette chanson d’Etyl, « Moi, je » (oui, c’est ma came musicale, en ce moment) :

 
Moi qui suis pourtant restée seule,
Pour n’en vouloir qu’à moi-même
Quand ça va pas
Fatiguée de reprocher
Les mêmes manques, les mêmes
Erreurs, les même faux pas
 
Refrain : Moi qui me protège, qui court qui vole
Je me vois aujourd’hui
Sûre de vouloir être là
Oh j’ai tant cru en de belles paroles
Que tes silences timides
Me rassurent tout bas
 
Moi qui suis pourtant malhabile,
Encombrante, jamais docile
Me voilà
Avec toi, devenue plume
Une fois la nuit tombée devenue lune
Devenue chat
 
(refrain)
 

J’ai retrouvé le sourire, il ne me quitte plus. Et c’est le pied ! Vu toutes les loses qui se sont accumulées les 6 derniers mois, pour compenser, je ne peux avoir que le bonheur.

Sitcom Gauthier, épisode 4728

Par Gauthier

Vous le savez tous, je suis beau, intelligent, et tellement désirable que tous les hommes me courent après. C’est plus une malédiction qu’autre chose par moments. Quoique je m’en accommode très bien la plupart du temps. Oui ça me permet d’avoir une vie sexuelle complètement débridée. Alors bon, en ces moments de vaches maigres, je repense à tous ceux que j’aurais pu avoir et à qui j’ai dit non. Souvent c’était plutôt une bonne idée, d’autres fois ça me retourne l’estomac, genre : à m’en mordre sauvagement les doigts (et le reste).

Je vais vous raconter une énième anecdote sur ma vie si riche en rebondissement. Dernièrement j’ai fait la connaissance de Larouquine, fille délicieuse s’il en est. Elle est jeune (salope, moi suis vieille à côté !), gentille, cultivée, douce, complètement barrée, alcoolique, et moi je suis fan ! Lors de notre première rencontre, elle me fait une impression du feu de Dieu, elle me parle de tous ces pédés qu’elle côtoie (son frère en étant un, forcément, ça aide), de ces soirées VIP où elle traîne, bref je décide d’en faire ma nouvelle meilleure amie (Moumour pleure pas, tu reste la number 1 !). Et on en vient à causer cul (forcément). Et elle me parle de son mec.

Donc son homme, pour situer, est acteur porno gay, si si si si vous avez bien lu « acteur porno gay ». Sur le coup ça fait un choc, je sais. Alors moi pas peur, je demande des infos complémentaires. En fait il tourne de temps en temps pour une boîte de prod dont je tairai le nom. Il est bisexuel à la base. Moi je lui demande « mais comment peux-tu accepter que ton mec te trompe comme ça, et en plus des pervers se masturbent devant ses prouesses ! ». Le pire c’est que je fais partie des pervers sans le savoir, bref on s’en fout ! Donc elle m’explique que c’est avec des mecs, qu’en plus il est payé pour ça, et ça ne la dérange absolument pas. On entre dans les détails et elle m’explique qu’elle ne voit pas non plus pourquoi elle interdirait à son mec de coucher avec d’autres mecs, du moment qu’elle est au courant. Elle, de son côté, pourrait se permettre quelques infidélités. Bref je suis sur le cul, un tel couple je pensais que ça n’existait qu’à la télévision moi !

Quelque temps après, je rencontre son copain. PUTAIN MAIS IL EST BEAU !!!!!!!! Oui bon forcément qu’il est beau, mais il a quelque chose de … sexuel… et d’indescriptible, ça me mets en feu ! Et je crois que ça se voit que je suis en train de baver, donc les blagues vont bon train sur mes envies de lui profaner la tombe ! Pour rajouter à son dossier, il est gentil, agréable, et on peut parler de tout et de rien, bref il y a de quoi tomber sous le charme de suite ! Après ce premier contact, ma copine rouquine me dit quelque chose comme ça :
« Mais Gauthier tu en penses quoi de mon homme ?

Ben il est très beau, tu en as de la chance !

Tu sais on parlait des gens qui dégage sexuellement, tu sais les hormones, les gens qui sentent le cul, ils se reconnaissent entre eux, t’es pas d’accord ?

Si, moi je repère les chauds comme ça, j’ai un radar, et j’en attire pas mal !

Oui on est d’accord tu sens le cul Gauthier, comme mon mec et moi…

Oui c’est plus flagrant pour ton mec de mon point de vue, vu que je suis gay !

Tu as envie de coucher avec ?

Non parce que lui, oui, donc si vous voulez moi ça me dérange pas, et je dois avouer que l’idée m’excite d’ailleurs !

 

Alors là, le Gauthier il ne sait plus quoi dire ! Et une fois que je retrouve mes esprits, je réalise donc qu’une bombe sexuelle, acteur porno, petit ami d’une amie, veut coucher avec moi, et tout le monde trouve ça tout à fait normal !

La semaine qui suit on en reparle, et Larouquine milite pour que je fasse une partie de jambes en l’air avec son homme ! Mais moi je peux pas. Je peux pas vous expliquer pourquoi, mais ça me bloque complètement. Si je ne connaissais pas Larouquine, peut-être que j’y arriverais. Et encore il faut que je me décomplexe, parce que coucher avec un mec qui a fait de la fellation et de la sodomie son métier, ça me complexe grave. Je ne suis pas Rocco Siffredi bordel ! Et quand bien même je suis un Dieu du sexe, j’ai peur de ne pas pouvoir rivaliser. Et puis s’il simule ? Comment le saurais-je ??? ARGH monde cruel !

Donc voilà où j’en suis : coincé par ma conscience et mes complexes, je pensais pas que ça pourrait m’arriver un jour, vraiment là je suis emmerdé. Je préfère quand je suis une enflure de première, je fais n’importe quoi sans me poser de questions, et tout le monde y trouve son compte (surtout moi).

Mais bon le problème ne se pose plus, je suis sexuellement non-opérationel pour quelques semaines. C’est juste que ça me perturbe « et si je l’avais fait avant ? », chienne de vie !