Saturnin est grand frère

[Ca ferait un super titre de film qui passe sur Arte, nan ?]

Il est des silences qui s’expliquent aisément. La vraie vie m’a prise dans son tourbillon et j’ai délaissé ces colonnes. Le bonheur n’attend pas, voyez-vous et je préfère savourer mon bonheur que d’en voler quelques miettes pour vous assommer de mes considérations générales. Car l’année 2015 est paradoxale : d’un côté, mon bonheur, incroyable et serein, de l’autre, le monde qui continue de s’effondrer dans la douleur et les cris.

Photo prise lors de la visite du Musée Montmartre avec ma maman. Je vous le conseille, il est super
Photo prise lors de la visite du Musée Montmartre avec ma maman. Je vous le conseille, il est super

Il y a 15 jours , mardi précisément, je m’agaçais, tournais et virais, vérifiant compulsivement mon mobile qui s’obstinait à rester silencieux. Est-ce qu’il marche bien au moins ? Je vais m’envoyer un sms de mon tel pro pour voir. Oui, ça marche. 13h45, n’en tenant plus, je finis par appeler mon père « bon, alors ? » « Non, toujours rien. Au rythme où ça va, ce sera cette nuit. » 17h ou presque, je discute avec ma chef et une collègue « non, ce sera pour cette nuit et (bip bip !)… Oh mon Dieu, elle est née ! ». Pivoine, 52 cm, 3,8 kg, une crevette par rapport à son frère. Un accouchement express qui a surpris son monde, la petite monstresse a bien failli naître dans un couloir de maternité. Une entrée dans le monde qui n’aurait pas manqué de panache, quelque part…

pivoine

Bref, me voici tatie à nouveau et je ne vous cache pas que j’avais hâte… car j’avais peur. En fait, quand ma soeur m’a annoncé sa grossesse, j’étais contente… mais un peu triste aussi. Parce que Saturnin. D’un côté, j’avais peur que ça lui fasse de la peine et puis surtout… En fait, je ne voyais pas comment je pouvais aimer cet enfant. Enfin, si, j’allais l’aimer mais pas autant que Saturnin, c’était évident. D’ailleurs, je fus fort soulagée de savoir que l’enfant à venir était une fille : comme ça, ils seraient bien différents (au moins physiquement), ce serait peut-être plus facile… Mes parents me rassurent : eux aussi ont pensé comme moi, eux aussi ont eu cette crainte mais tu verras, quand la petite sera là, tu penseras autrement.

Admirez mon talent en matière de PPT art
Admirez mon talent en matière de PPT art

L’amour se multiplie-t-il à l’infini ? Des gens que j’aime, il y en a : ma famille, mes amis, Victor, Saturnin. L’un n’éclipse pas l’autre. Le plus dur, finalement, c’est d’arriver à partager son temps pour ne léser personne. Alors Pivoine, elle pouvait avoir une petite place dans ma vie, ce n’était pas si dur alors pourquoi cette angoisse ? Peut-être parce que pour moi, Saturnin était l’Enfant parfait, le seul, l’unique, celui qui rigole comme un bossu à la moindre de mes facéties, un enfant beau (je suis très objective, notez), plein de malice et quelle intelligence ! L’autre jour, par exemple, on jouait à faire semblant de dormir et pour me cacher ses yeux grands ouverts, il a tourné la tête de l’autre côté. A même pas 3 ans, il est fûté ! Bon, il n’est pas parfait non plus, bien sûr : un peu réservé, je comprends pas toujours ce qu’il dit et il fait pas mal de caprices et colères (instant le saviez-vous : les enfants de 2 ans et quelques vivent ce qu’on appelle la “petite adolescence”). Pivoine, elle sera comment, elle ? Elle ne pourra pas être aussi géniale, c’est pas possible…

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15 septembre, donc. Je largue ordinateur et dossiers et je saute dans le 1er bus qui passe pour me rendre à l’hôpital de ma soeur. La petite merveille est là, rouge, les yeux collés, encore un peu de matière organique sur la tronche. Mmmm… Ma mère s’émerveille, je le mitraille avec mes super appareils photos. Oui, elle est mignonne, c’est vrai. Mais le déclic est plutôt arrivé le dimanche suivant quand je l’ai prise dans mes bras, chaude et calme. Saturnin à mes côtés pour que je lui lise une histoire, je me rends compte que, si, je l’aime cette petite fille. L’amour se multiplie, il ne s’annule pas.

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Bref, cet article neuneu sert à vous expliquer qu’en ce moment, j’ai pas le temps d’écrire mais je vais m’y remettre dès que je peux, j’ai encore plein de mes vacances à vous raconter, les prochaines qui arrivent très vite (dans une semaine, en fait), des livres, des colères, des tas de choses…

 

Au moins, je m’ennuie pas.

C’est dur dur d’être un bébé

(Article tout plein de pathignonneries car je suis officiellement dotée d’un instinct tanternel très développé)


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27 juin, c’est parti pour l’aventure, avec ma soeur puis mon beau-frère et surtout mon neveu, nous voici partis sur les routes de France, destination les Landes pour les vacances en famille. L’occasion de jouer les observatrices et de me dire que la vie de bébé, c’est quand même pas mal chiant parfois.

saturnin-plage
Saturnin a un an et demi, il marche, court, papote mais on comprend pas bien. Il maîtrise bien le papa, maman, « ayé », « auvoir », « doudou » et « a-iiiie » (tatie). Ma mère est aussi affublée du « maman » pour gagner du temps, mon père hérite des Dadou (son nom officiel de Papi), Baba. Parce que voilà, les bébés, on m’a toujours dit que ça faisait pas tout en même temps donc lui, il a commencé par le mouvement, enchaînant le 4  pattes-debout-marché en quelques mois à peine. Les dents ont un peu traînassé et maintenant, on en vient à la parole. Et il en dit des choses mais la plupart du temps, on comprend pas. Enfin, on sait ce qu’il demande mais on ne comprend pas précisément les idiomes et moi, je suis très au fait de tout ceci depuis que j’ai lu « Le linguiste était presque parfait » de David Carkeet (d’ailleurs, tiens, la suite est sortie, je me tâte à l’acheter : même si la fin était nulle, le roman en lui-même était sympa…).

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Du coup, on a décidé qu’il parlerait avant la fin des vacances et on le sursollicite. L’idée est qu’il maîtrise le « tatie », et « merci » avant la fin de ses vacances (25 juillet, on est bien sur le tatie mais le merci, pas du tout). Au moins. Alors toutes nos phrases se résument à « la voiture. Comment tu dis voiture ? Voi-ture ! » « Tibilibidibi » (à peu près). « Et c’est qui ça ? C’est Tatie ? Comment tu dis tatie ? Ta-tie, ta-tie ! ».
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Et encore, là, c’est juste pour le langage. On lui réclame aussi des bisous et des câlins. Alors sur ce dernier point, autant dire qu’il s’en fout pas mal. Souvent, on s’accroupit et on tend les bras pour avoir un câlin, il vient vers nous et au dernier moment, il bifurque en se marrant. Saturnin a un sens de l’humour très développé pour son jeune âge, je trouve… Mais voilà, on quémande caresses et bisous, ça devient même la condition sine qua non pour obtenir quelque chose. J’avoue avoir moi-même pratiqué le chantage affectif avec un peu de honte « Tatie, elle te met les Titounis si tu lui fais un bisou ». J’ai eu mon bisou* mais je me suis dit que cet enfant était encore un peu jeune pour plonger dans l’enfer du chantage affectif.

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Imaginez un peu le truc transposé à la vie d’adulte, si on passait notre temps à nous demander comment dire des mots, demander qui est cette personne devant nous qui fait quelque chose, devoir distribuer baisers et caresses sur demande pour obtenir quelque chose, se faire piquer nos dernières trouvailles sous prétexte que c’est pas pour nous. La vie de petit ? L’enfer, oui !

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*Bisou pour Saturnin, c’est coller sa bouche sur la joue de la personne à embrasser mais il maîtrise pas encore le smack avec la bouche. Mais c’est déjà mignon

Bonjour petit bout

Ça y est. Le 28 novembre à 23h22, un cri dans la nuit, me voici officiellement tatie d’un beau petit garçon de 4kg400. Non qu’il soit gros, il est surtout immense, il doit bien faire 54 cm ! Mon neveu, tu seras basketteur.

Il a joué les divas. Date prévue d’accouchement : le 23 (et non plus le 24 comme annoncé au départ). Mais rien, pas une contraction. Donc toutes les 48h, ma soeur retourne à la maternité « oh ben il dort, tout va bien, il a assez de liquide. Oh ben, il est dodu !
– Heu, c’est à dire ?
-… Oh, vaut mieux pas savoir! »


Donc J+2, pas de bébé et ma soeur commence à paniquer : mais combien va peser son enfant ? Dimanche, mes parents repartent sans avoir vu l’enfant qui roupille toujours tranquille dans l’utérus de ma soeur. Mardi, le liquide commence à se faire rare, on déclenche les hostilités : un gel à base d’ocytocine déclenchant les contractions. 1h du matin, elle perd enfin les eaux. 7h du matin, elle a de petites contractions. 9h du matin, je reçois un texto : col ouvert à 2cm. L’accouchement se fait à 10. Midi, on en est à 4, on devrait gagner 1 cm/heure. Dans la mesure où les visites sont limitées de 15 à 19h, je comprends que je vais pas le voir avant le lendemain, le petiot.

Je rentre chez moi, j’appelle ma mère « à 18h, on en était à 8! ». Ah mais c’est imminent. 20h. 21h. 22h, sms aux parents, des fois qu’on ait oublié de me prévenir que le cher enfant avait enfin paru. Mais non. 22h45, « le bébé devrait arriver dans 30mn ! ». 23h-23h30… Ok, c’est pas que je m’inquiète mais là, quand même, je commence à trouver ça long. 0h02, enfin, le texto ! Bébé est arrivé, tout le monde va bien et il pèse… 4kg400 ! Oh mazette, comment ma soeur a pu faire ça ?

Je vous épargne le récit des quelques larmes versées et de la journée du lendemain qui reste assez brumeuse. J’avais prévenu depuis une semaine au boulot que je devrais partir tôt le jour de la naissance de mon neveu… Donc à 17h30, je cours, je vole jusqu’à la maternité et je crois que j’ai jamais marché aussi vite. Bébé, tatie arrive ! Et je découvre Bébé. Qui n’est pas gros mais immense (54 cm!). Le premier soir, ma soeur est très fatiguée, pâle comme un linge, elle ne sait pas si elle allaite bien son petit ou non. C’est désormais officiel : le truc de l’instinct maternel, c’est une grosse arnaque. Sans doute aussi parce qu’on ne laisse justement plus faire le naturel, on donne teeeeeellement de conseils contradictoires aux parents. Déjà, ma mère était effarée par la différence entre ce qu’elle faisait (sous les bons conseils du personnel médical) et ce que ma soeur fait aujourd’hui (sous les bons conseils du personnel médical). Quand nous étions bébés, nous devions dormir sur le ventre, les enfants doivent désormais dormir sur le dos. Bébé a aussi gardé son « vernis » 24h…

Que dire, que dire. Que je suis capable de prendre un bébé dans les bras sans paniquer, que même que je le range dans son berceau au besoin, qu’il crie pas très fort et qu’il est très sage, il peut passer des minutes entières à jouer avec ses doigts, c’est la fête. Il ressemble à son père, il dort mieux sur sa mère que dans son berceau.

Mais surtout. Tenir ce petit bébé de même pas 48h dans les bras, ça fait réfléchir. Au fait que je me sens aussi prête à être mère qu’à sauter en parachute (donc pas du tout). Mais surtout, tandis que je fais des gazouillis à ce petit bonhomme, je suis prise de vertige. Il y a 32 ans et demi, j’étais à sa place, on me faisait des guilis et des bisous en s’extasiant sur mes moindres faits et gestes. Je n’étais qu’un petit bout de rien du tout, sans réel caractère, sans avenir défini. Puis on grandit, on fait des choix, on se construit… L’éternel cycle de la vie. Qui sera ce petit bout dans quelques années, quels seront ses choix ? Deviendra-t-il pompier comme papa, marketeur comme maman ou suivra-t-il son propre chemin ? Sera-t-il doué en basket vu qu’il est déjà grand ou rugbyman comme aimerait papa ? Ou il préfèrera se dépenser sur console ? La seule chose que je sais, c’est que qui qu’il devienne, il restera mon neveu. Et j’ai bien l’intention d’être une super tatie.

Prochaine étape : changer ses couches (même pas trop peur)

Tu préfères un neveu ou une nièce ?

(À partir d’aujourd’hui, mes petites histoires de tatie seront narrées dans la rubrique Tatie Gaga, terme emprunté à la douce Zananine qui m’a donné l’autorisation de reprendre l’expression. Merci !)

Quand j’annonce que je vais être tatie, il se passe deux choses :

– en un, on me félicite. Je suis touchée par tant de sollicitude mais il faut bien l’avouer : je n’ai rien à voir dans cette conception. Je n’ai pas présenté ma sœur à ce garçon devenu son mari, j’étais même pas en France quand la graine a été plantée, comme qui dirait. Mais merci quand même !
– en deux, on m’a demandé : alors, tu préfères une fille ou un garçon ?

Alors je me sens obligée de préciser : mais je suis pas enceinte, moi. Déjà que quand je l’ai annoncé à une collègue, un autre qui avait les oreilles qui traînait a cru que c’était moi… Sachant que je crois qu’il a entendu « faut bien le dire, ça commence à se voir. » Serait-ce le signe que je dois le remettre serieusement au régime ? Quoi que comme m’a dit un camarade de plongée « hé mais t’as pris des seins ! ». Je dois donc faire une grossesse nerveuse ou une couvade va savoir. Quoi qu’il en soit, non, je suis pas enceinte.

J’avoue que le sexe de ce petit fœtus n’a pour moi que peu d’importance. La seule question est : de quelle couleur j’achète ma laine ? Quoi que vu le butin de mes soldes, je suis en période vert amande donc ça va à tout le monde, ça, ça tombe plutôt bien ! Mais bon, garçon comme fille, ce petit fœtus fera de moi une tatie, une tatie impliquée (dans la mesure du possible) et je me fiche bien qu’il ait un petit zizi ou une petite chatounette. Quoi que ma sœur a dit « Nina, elle gardera le petit que quand elle saura changer une couche » et y a une histoire de décalotage pour les garçons… Oh bordel ! En attendant, j’ai changé deux fois la couche de la fille d’Anne, je me prépare sérieusement.

13 juillet, il va être temps de savoir. Ma soeur à passé son écho le 12, la veille, mais elle ne veut rien nous dire car elle descend dans le sud le lendemain. « J’aurai un truc sur moi qui vous dira le sexe de l’enfant ». On en parle entre nous, mes parents et moi pensons garçon. Mais les gens à qui je raconte que le gynécologue pense avoir vu le sexe pendant la première écho mais n’a pas voulu le dire pour pas se tromper me disent que c’est forcément une fille. Dans la nuit du 11 au 12, ma mère rêve que je lui annonce que c’est un garçon mais quand ma sœur appelle pour nous raconter que l’écho s’est bien passé, elle dit qu’elle a eu du mal à voir le sexe du bébé. Une fille alors ?

Vendredi 13, le train de ma sœur arrive à 12h36. 12h15, on est à la gare avec ma mère qui craignait d’etre en retard. 12h30, mon père arrive, ma mère à fini de se ronger les ongles et entame ses doigts. 12h33, le train entre en gare (en avance, oui !). Comme j’ai mes lunettes, je vois ma sœur de loin, elle porte une chemise avec des fleurs bleues, roses et jaunes… Et dans ses cheveux :


Un garçon. Je vais avoir un neveu ! Un petit boy ! Hiiiiiiii ! J’avoue que ça aurait été une fille, ça aurait été pareil. Je suis émue, envie de pleurer, un peu.

Le seul truc dommage, c’est que j’ai plein de tissu Liberty et je sais pas trop si ça va le faire.