Si t’es pas d’accord avec moi, c’est que t’es con

Face à la « crise » que nous subissons, ça débat, ça discute, ça s’énerve. Non, je ne reviendrai pas sur la grève en elle-même, c’est bon, je pense qu’on a pas mal
éclusé le sujet. Non, ce qui m’atterre au plus haut point, ce sont vraiment les réactions des uns et des autres, preuve que la connerie est décidément universelle. Plantage du décor : lundi, Marine écrit un (très bon) article appelant, en très gros, à la tolérance et au respect des grévistes. Résultat, la moitié des comms ont donné : « ouais, t’as trop raison, c’est vraiment tous des connards ces anti-grévistes d’abord ! ». Vous n’avez donc rien compris. 
Pour ma part, je ne suis ni pro, ni anti grève, finalement mais la position est facile à tenir pour moi vu que je ne les subis pas, le seul désagrément notable est l’état de ma voûte plantaire. Du coup, moi aussi, je pourrais sortir le discours « ouais mais sans déconner, de quoi ils se plaignent ces sales égoïstes d’anti-gréviste, c’est quoi 2h de transport pour rentrer chez soi, hein ? ». Ok, mise en situation. Imaginons que je suis une employée lambda dans une entreprise aux horaires strictes et qu’avant d’aller travailler, faut que je m’occupe de mes gosses, idem le soir. Et bien 4 heures de transport par jour en plus du taf, désolée mais je comprends que les gens soient énervés. Ca ne justifie pas les débordements extrêmes facebookiens mais honnêtement, la plupart des gens sur facebook sont des communicants friqués de droite qui ne subissent pas la grève mais signifient quand même leur mécontentement pour la forme, avec toute la surenchère que ça comporte. Les cheminots sont des êtres humains… Tout comme les gens qui subissent les grèves et qui en ont marre, je ne vois pas au nom de quoi certains méritent notre respect et pas les autres. Surtout qu’en général, moins on subit la grève, plus on se montre critique envers ces « pauvres connards d’égoïstes » qui osent se plaindre de perdre 2 heures dans les transports. Ben oui, de quoi ils se plaignent, c’est pas vrai qu’elle est handicapante la grève et puis à côté de ça, y a plein de gens qui sont morts au Bangladesh ce week-end alors ne nous plaignons pas. 

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Au-delà de ça, de cette grève en particulier, je commence à être plus que lassée des dialogues de sourds. St-Exupéry disait « si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis ». Aujourd’hui, c’est « si t’es pas d’accord avec moi, c’est juste que t’es un con inculte manipulé par TF1/l’Huma » (oui, ça dépend de quel côté on se place). Non mais vous vous prenez pour qui, sans déconner ? On se prend pour qui, je veux dire, je m’inclus. J’en peux plus de voir des avis tranchés et ce mépris affiché pour « l’autre », l’abruti qui n’a pas le même avis que nous et qui est forcément manipulé car sinon, il serait d’accord avec nous. Mais rien n’est plus subjectif qu’une opinion politique. Sans vous refaire des cours de sociologie politique, la formation d’une opinion est un joyeux mélange des différentes influences que l’on subit tout au long de notre vie, quoi qu’on en dise. En gros, prenons deux cas que je connais, ma sœur et moi : l’une de droite, l’autre de gauche. On est issue de la même famille mais nous ne fréquentons pas les mêmes personnes, nous n’avons pas fait les mêmes études. Aurais-je été de gauche si j’avais fait une école de commerce comme ma sœur ? Rien n’est moins sûr. Ma sœur est-elle une pauvre idiote manipulée par les médias ? Non. Quand on parle politique toutes les deux, on a chacune nos arguments et ils se valent. On ne voit juste pas les choses de la même façon. Je n’ai pas raison et elle tort et vice et versa. Qui suis-je pour dire que les gens de droite sont tous des abrutis ? Qui sont les gens de droite pour dire qu’il faut vraiment être con pour être de gauche ? C’est pas les Bisounours contre les Monstroplantes. Oui, je prends des exemples enfantins parce que quand je lis les débats à l’heure actuelle, ça me rappelle le débat passionnant que j’avais eu avec mon voisin de classe…en 88. En 88, j’étais en CE1 et notre maîtresse nous avait expliqué ce qu’étaient des élections présidentielles sans, bien sûr, entrer dans l’idéologie. Débat avec mon voisin
« Mitterrand, c’est le mieux ! Non, c’est Chirac ! ». Bête expression non argumentée de l’opinion de nos parents mais, vraiment, quand je lis les gens aujourd’hui, je ne vois pas la différence. On choisit nos sources quoi qu’on en dise. J’ai fait deux maîtrises basées sur une analyse de presse et je sais que deux journaux ne présenteront pas l’info de la même façon selon l’orientation politique, c’est un fait. Mais l’actualité peut être vue de plusieurs façons, selon nos sources, nos données. Pour une étude expliquant que la réforme des retraites est nécessaire, une autre prouvera le contraire. Dans l’absolu, ce n’est qu’une interprétation des chiffres et impossible de savoir qui aura raison, surtout que ce ne sont que des projections. On ne peut pas savoir ce qu’il va se passer, on ne peut pas tout prévoir. Aujourd’hui, quand on lit la Fin de l’Histoire de Fukuyama, historien qui prédisait la fin des guerres et autres conflits, une histoire pacifiée à la chute du communisme, on se gausse. Facile 17 ans plus tard. Mais Fukuyama ne propose que sa lecture des faits et elle en vaut d’autres. Il s’est planté et aujourd’hui, ça nous paraît évident qu’il ne pouvait en être autrement. Mais n’oublions pas l’euphorie qu’a provoqué la fin de la guerre froide avant de lyncher ce pauvre Fukuyama. 

Aujourd’hui, je me sens d’une intelligence supérieure quand je vois que je préfère ne juger personne et comprendre les récriminations de chaque camp, essayer de comprendre avant de condamner, sans ressortir les conneries d’antagonisme droite/gauche (la droite méchante anti-grève et la gauche gentille pro-grève… ou l’inverse ! Manichéisme, quand tu nous tiens). Là où je cède à nouveau à la connerie, c’est quand je peux pas m’empêcher de prendre le contrepied des avis trop tranchés, de jouer l’avocat du Diable. Parce que rien ne m’énerve plus que les gens qui se croient supérieurs aux autres car leur avis est forcément le bon. Enfin, il est facile de tout mettre sur le dos de Sarkozy, de dire que c’est lui qui provoque une fracture entre la France qui travaille et les autres. Je suis désolée mais cette rupture, c’est nous tous qui la creusons. Parce que les autres qui ne sont pas d’accord avec moi sont forcément des cons et que moi, j’ai forcément raison. Au moins.

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12 réflexions au sujet de « Si t’es pas d’accord avec moi, c’est que t’es con »

  1. Seb' dit :

    Ca fait faut cul si je dis que j’aimes bien ton article ? ^^

    C’est marrant comme on peux projeter ton article au niveau gouvernemental/syndicats !

    Mais asseyez vous autour d’une table avec un bol de cahouettes et un verre de coca ! (oui la sangria devient contre productif au bout de quelques heures, voir même on risque de voir Chereque faire un concours de streaptise avec Fillon ^^ça ferait mauvais genre ….) Et donc parlez, negociez … on est humains on devrait bien finir par s’entendre sur qqchose !

    Après tout la droite et la gauche, ils veulent tous les deux le bonheur des gens, la seule difference qu’ils ont c’est la façon de voir ce bonheur !

    Seb’ – Siouplai vous tapez pas dessus !

  2. PrOnStAR dit :

    Trés bon article, c’est ce genre de post qui meriterai leur place dans les réglement de forum pour eviter les troll et autre debat manichéen à la con.

  3. Diane dit :

    Merci nina, ça fait du bien une bonne ptite piqure de rappel, des fois, comme ça. Justement, ma soeur me demandait pas plus tard qu’il y a cinq minutes si j’étais pour ou contre la grève/le blocage étudiant. Et , après moultes réflexionnages, après avoir lu les journaux, regardé ripostes, n’ayons pas peur des mots et les JT….bah non seulement j’en sais toujours rien, mais en plus, j’ai l’impression de le savoir de moins en moins.

    Plus on me donne d’avis différents, plus j’ai l’impression que chacun a des arguments qui se valent, et que je sais plus où me placer là dedans c’est très perturbant.
    Alors d’un côté je dis OUI il faut relativiser les choses, peser le pour et le contre et pas partir en guerre sur le simple argument « tu as tort, et pis c’est tout » (ce qui est très très énervant pour tout le monde, disons le, et qui ne fait que nourrir la guéguèrre hooliganesque), et là on se dit que finalement, la sagesse demande une pratique d’observation d’une opinion et de l’autre, (Bayrou aurait-il au final tout compris? le miiiiiyyeeuuuuuu!)
    MAIS d’un autre côté, si tout le monde reste au miyeu et observe dans son coin, bah ça fait pas vraiment avancer le schmilblick.
    Si on tranche jamais sur les choses, ça me parait difficile de faire progresser les choses dans une mentalité qui a quand même globalement peur du changement, et a tendance à voir toute mutation d’un oeil sceptique, voire mauvais. Ce qui est à mon avis à la fois bien légitime, mais tout de même un peu inhibant, ou « bloquant », pour reprendre un terme à la mode.

    Le problème est-il peut -être au final que la majorité de ceux qui « tranchent » ne le font pas vraiment en connaissance de cause et s’énervent sur ceux d’en face en n’ayant comme tout horizon de connaissance sur le sujet que leur propre perspective restreinte de la situation. (ad majorem mei gloriam…)

    Et au final, ce qui me fatigue le plus dans cette histoire, c’est pas les 3h de transport en plus, c’est la quantité effrayante et incroyable de fiel qu’elle peut faire déverser.
    Pour citer SEB un peu plus haut: « siouplai vous tapez pas dessus »‘
    Les gens, parce qu’ils identifient en face d’eux quelqu’un qui ne veut pas la même chose qu’eux, deviennent haineux à un point qui en est aussi surprenant qu’effrayant.
    Hier, au JT, reportage sur bordel en corse, une image d’une indépendantiste corse, qui, voyant une caméra approcher d’elle, s’est approchée elle aussi, a gonflé ses poumons, fait ressortir ses yeux, a cripsé ses traits en une grimace que l’orangina rouge lui même n’oserait pas afficher, et a crié de toutes ses forces et de toute son âme un « ENCULéS! » qui résonne encore dans les rues de Propriano, avec une haine tellement manifeste et violente que sur le coup, je me suis demandée si le caméraman ne venait pas de découper ses enfants devant ses yeux pour s’en faire un sandwich.

    Bref, je reciterai donc cette phrase pleine de bon sens:
    « siouplai, vous tapez pas dessus! »

  4. Diane, pour cette grève, je pense que nous, c’est à dire, toi, moi, et tous les gens qui ne sont pas directement concernés par cette grève et dont on se fout de l’avis car il ne sert à rien, on peut se permettre d’observer. Comme toi, je suis désespérée par tout le fiel déversé tant d’un côté que de l’autre, je commence à ne plus répondre quand on me parle grève. Soit je suis maline, je vois de quel côté est la personne qui m’en parle, soit je dis que je n’ai aucun avis. De toute façon, je ne peux pas avoir un avis éclairé vu que je ne suis ni cheminote, ni membre du gouvernement chargée de ce dossier donc à part donner mon avis du café de commerce, je sers à rien.

    Alors autant se taire et faire remarquer que personne n’est 100% bon ou mauvais dans l’histoire…

  5. Le problème en France c’est que l’on croit que l’on est obligé d’avoir un avis sur tout ce qui se passe. Hey ben non !!! de temps en temps je pense que c’est bien de ne pas avoir d’avis surtout quand c’est une chose qui ne nous conserne pas.

  6. Javi dit :

    Mouais, j’ai du mal avec la position « je peux pas avoir d’avis, je participe pas/connais pas/suis pas concerné ».

    ça te concerne, ne serait-ce que parce que le camps des anti-grévistes (pour notre affaire d’aujourd’hui) utilise le silence comme une approbation.

    Tu t’abstiens de donner ton avis? Alors pour Sarko, c’est que tu es forcément d’accord avec lui. Il te refuse le droit de ne pas avoir d’avis justement. C’est un procédé qu’il utilise depuis 5 ans pour faire avancer sa politique, simplifiant les débats, utilisant des phrases-questioin à réponse intrinsèque (vous êtes pour la réforme, n’est-ce pas?) et refusant les argumentations complexes -que tu semble préférer- (genre si y’a déficit du système de répartition SNCF, c’est parce que les cheminots étaient 400 000 il y a trente ans -tous retraités now- et 100 000 aujourd’hui, grâce aux gains de productivité. On va pas recruter 300 000 glandus uniquement pour équilibrer les comptes « cheminots » alors qu’il peuvent très bien bosser ailleurs).

    Rien que pour ça, et par pur esprit de contradiction, je m’abstiendrai de critiquer trop fort nos amis cégétistes. ^_^

    Pour le reste, les déplacements sont effectivements bcp plus compliqués. Tant que faire se peut, j’aiderai les « otages » à se déplacer, mais il est hors de question pour moi de me mettre à aboyer avec les anti-grèves qui rôdent dans les commentaires des journaux en ligne.

  7. Je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Alors il me faut un avis sur tout, quitte à sortir des conneries plus grosses que moi comme pas mal de gens qui ont un « avis »??? Que je sois obligée de cracher sur la gueule de tout le monde?? J’en ai marre de ces grèves, de ce que j’entends, qu’on me demande mon avis en permanence alors qu’il ne sera pas éclairé. Je sortirai de la merde comme la plupart des gens et j’ai pas envie, désolée. Je suis responsable, je préfère prôner le silence que la connerie. Surtout que personne ne me demande mon avis. Je n’aip as été sondée par qui que ce soit, je n’ai pas été interrogée par un ou plusieurs journalistes, je ne suis pas impliquée physiquement dans le conflit alors qu’est-ce qu’on en a à foutre de mon avis, très franchement???

    Quand je vois tous les abrutis qui parlent, je me dis qu’ils feraient mieux de se taire, tout le monde encourage la haine, c’est précisément ce qui fait le jeu du gouvernement qui n’a qu’à se baisser pour ramasser la parole des mécontents. Tandis que les pro grévistes ramasseront l’avis de ceux qui sont contents.

    Honnêtement, je n’aurais pas de blog, tu peux m’expliquer à quoi ça servirait que je l’ouvre puisque personne n’écouterait mon avis à part la poignée d epersonnes à qui je m’adresse. Je suis contre la politique du « il faut un avis sur tout ». Tu vois, la liberté d’expression, c’est aussi la liberté de se taire si on en a envie.

  8. E. dit :

    Hop! Très intéressant! 🙂
    http://www.nofrag.com/quiz/cons/index.php

    Je me permets de mettre mon score :
    Sur une échelle allant de 0 à 100, votre score de Connard Prétentieux est très exactement de 37.

    Vous vous sentez parfois obligé d’afficher votre supériorité, mais dans l’ensemble vous restez quelqu’un d’ouvert capable de prendre en compte l’opinion d’autrui. Lorsqu’il s’agit d’intervenir sur un forum, vous privilégiez le débat d’idée et la discussion à la rhétorique et aux attaques personnelles. Continuez sur cette voie. Ne vous laissez pas entraîner dans des disputes stériles par des imbéciles ou des connards prétentieux. Vous valez mieux que ça !

    Oué parce que je répondrai bien à l’article d’aujourd’hui mais mon comm me fatigue à l’avance… 🙂

  9. 23 pour moi mais je suis désormais officiellement allergique aux débats (surtout politiques) sur le net, ça part trop vite à l’engueulade et à l’attaque perso. Je préfère débattre en vrai, les interlocuteurs se respectent de suite plus vite. Sans doute parce qu’on parle à une personne qu’on voit, pas à un individu derrière un écran et dont on n’a rien à foutre…

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