Je hais la télé

Voilà, c’est dit. Depuis quelques temps, je sens monter en moi cette bile acide dès que je vois le gigantesque écran noir posé dans un salon balançant ses images stroboscopiques et crachant un son agressif. A partir de là, tu sais que les conversations seront hâchées, que ton interlocuteur aura régulièrement le regard attiré par la machine diabolique comme un papillon virevoltant autour de la flamme.
television
A priori, je n’ai rien contre la télé. Je considère que chaque média est ce qu’on en fait et que si la télé est potentiellement plus abêtissante que la lecture d’un livre ou d’un magazine ou de l’écoute de la radio, je pense quand même qu’un documentaire bien foutu vous apprendra toujours plus de choses que la lecture de Pif magazine. Je regarde moi-même la télé, surtout quand je suis seule. Je me couche à pas d’heure car je voulais savoir qui était le tueur dans New York police machin (toutes les versions, oui, mais je regarde pas les Experts alors ça va), mes week-ends, je suis ravie de glander devant les téléfilms diffusés par D8 (remercions les). Je suis incollable sur les Mystères de l’amour, j’ai vu tous les épisodes de Game of thrones (en fait non, il me manque la fin de la saison 3), des Tudors, Mayday danger dans le ciel… Beaucoup de séries, quelques téléfilms, peu de reportages et plus du tout d’émissions mettant en scène des abrutis jetés en patûre aux téléspectateurs pour qu’on se moque un bon coup. Oui c’est censé me rassurer sur mon moi profond, me dire qu’il y a pire ailleurs mais franchement, ça réussit juste à me mettre très mal à l’aise…
anges-telerealite-debiles
Mais si je regarde la télé, je la regarde seule. Dès que j’ai un individu dans mes parages, soit elle est allumée car on regarde quelque chose de précis, soit elle est éteinte et je mets une petite playlist ambiance (très largement repompée sur les compils de Béatrice Ardisson mais j’assume). Mais je ne supporte plus la télé allumée « en ambiance » car elle capte quand même l’attention et ça donne à peu près ça :
« Oui alors, tu vois, elle me dit ça et je lui réponds ça.
– (blanc de quelques secondes, l’autre a le regard fixé sur la télé) Ah oui, ok.
– Quelqu’un reveut du gratin ?
– (blanc) Oui, moi ! »
On ne s’écoute plus, on ne se regarde plus et on se met à crier car le son de la télé nous l’impose. Et le pire, c’est que j’observe ça partout, la télé est quasi toujours allumée, souvent sur des clips pour la musique mais ça pète tout autant l’ambiance.
sia-chandelier-video
Les clips, parlons en. J’ai été torturée cet été par ma soeur qui allume toutes les télés qu’elle croise pour nous imposer des clips de merde parce que, paraît-il, Saturnin aime bien la musique. Alors d’abord, Saturnin aime la musique comme tous les bébés mais dans les faits, la télé allumée, il bloque comme nous mais s’il trouve un jeu, il n’en a plus rien à foutre. Et voici comme cet été, je me suis retrouvée pendant 3 putains de jours avec l’horrible « Sur ma route » de BlackM dans la tête ou une autre fois avec « Bang Bang » de David Guetta. Pardon mais j’ai rien fait pour mériter ça.
david-guetta-bang-bang
Autre point qui me fait détester la télé : les infos. A la base, j’ai rien contre les infos à la télé sauf qu’entre les chaînes infos qui font des reportages plus vides que mon compte en banque actuellement (c’est à dire qu’on se rapproche des trous de la Sibérie, là) et les reportages très orientés ne faisant même plus l’effort de faire semblant d’être objectifs, je préfère chercher par moi même les informations et tenter de démêler le vrai du faux (un peu utopique, je sais). Le souci majeur, c’est que dans ces reportages, on aime bricoler un ennemi, cet autre sans foi ni loi qui a pour caractéristique de parler avec un drôle d’accent, qui porte casquette et pantalon informe et s’il peut être basané, ce sera plus facile pour bien qu’on comprenne qu’il est méchant. Et là, voilà que j’ai droit aux commentaires racistes de ma mère. Ca me rend folle, je supporte plus. Dès qu’on donne la parole à un Arabe, c’est parti « Ah putain, faut toujours qu’ils donnent la parole aux Bougnes, c’est pas possible ça ! ». Je n’ai jamais étudié la couleur des mecs interrogés en micro-trottoir mais je doute que nous ayons une majorité d’Arabes, hein.
micro-trottoir
Alors, j’ai un rêve : celui qu’on éteigne nos télés dès qu’on est en communauté parce que, bordel, moi, je préfère causer de ma vie, de la vie des autres, plutôt que d’écouter les JT nous dire que la France a peur, voir des débiles s’humilier pour quelques euros, des personnes s’agiter sur des musiques formatées en faisant du playback. Au moins, l’avantage du livre, c’est qu’on peut tous lire dans la même pièce sans nuire à la liberté individuelle de l’autre.

Le front russe de Jean-Claude Lalumière

Errant au milieu des rayons de la FNAC, mes yeux traînent joyeusement sur les livres. Oui, je suis en pleine fièvre acheteuse, j’ai besoin de nouveaux livres. Besoin, non, envie. Oh tiens, un titre m’accroche l’oeil : le front russe. Et hop, direct dans mon panier.

front-russe

Le front russe ne parle pas vraiment de Russie, en fait. Non. C’est l’histoire d’un jeune fonctionnaire qui se retrouve nommé au Quai d’Orsay. Mais comble de malchance, il fait chuter une huile du service qui l’envoie direct dans le pire bureau parisien, celui des pays en voie de création / Section Europe de l’Est et Sibérie. Le placard miteux. Notre héros se retrouve donc dans une cellule de 6 personnes avec un chef se croyant toujours en guerre, une secrétaire fabriquant (mal) ses vêtements elle-même, une autre plutôt jolie, un collègue très appliqué mais très limité et un informaticien s’inventant des voyages à travers le monde.

siberie

A peine arrivé, notre protagoniste décide de remuer un peu les choses. Il ramasse la jolie secrétaire et commence à bien se faire voir du Quai d’Orsay, obtient quelques missions qui ne se passent pas toujours très bien mais il passe entre les gouttes. Jusqu’à une mission en Georgie. Là, je commence à grimacer. Le roman était bien sympathique jusque là mais cette histoire de Géorgie me fait furieusement penser à”Nos amis les journalistes” de François Reynaert, livre que j’ai adoré. Mais la mission en Georgie ne dure que quelques dizaines de pages et notre ami retourne en France où la voie royale s’ouvre à lui… jusqu’à la chute.

Hendrick_Goltzius-La_Chute_de_Phaéton

Et là, ce livre justifie parfaitement mon credo : toujours finir un livre car la fin peut en changer la perception. Là, c’est la dernière phrase qui vous explose à la figure et transforme ce petit roman rieur en incroyable vision pessimiste de la vie et agite sous notre nez la vacuité de l’existence. Une phrase. Soudain, le livre gagne tant de profondeur qu’on a presque l’impression que ce qu’on a lu jusque là, les quelques 208 pages dévorées avec plaisir, n’étaient en fait qu’un prélude à cette phrase. Cette phrase que je ne vous dévoilerai pas, zavez qu’à lire le livre. Parce que les 208 premières pages mélangent une gentille satire du fonctionnariat (cf la lutte de notre héros pour faire évacuer le cadavre d’un pigeon échoué sous sa fenêtre), les portraits des personnages dignes d’un film de Chatilliez, quelques anecdotes amusantes. Parce que la dernière phrase est une véritable gifle qui te fait refermer le livre pour y réfléchir un peu. Et c’est assez rare pour un roman…

 

Mon autopsychanalyse

Aujourd’hui est le premier jour de ma nouvelle vie. J’ai débuté un nouveau stage et, pour m’y rendre, j’ai trois-quarts d’heure de trajet, ça laisse largement le temps de cogiter.
 
Hier, je me suis pris un nouveau vent, j’en deviens spécialiste et j’étais en colère : mais pourquoi ça m’arrive ? Je ne pense pas être particulièrement moche ou conne et pourtant…  Bon, je vous rassure, ça ne m’a pas empêché de dormir, finalement, je me suis endormie assez rapidement. Ce matin, je me suis levée encore énervée et, alors que je me rendais à la poste dès huit heures du matin pour récupérer ma free box, je commençais à échafauder une nouvelle théorie : tout est une question de karma. Si ma vie actuelle est la conséquence de ma vie passée, j’ai dû être une personne très belle (homme ou femme, mais ça me crispe un peu de penser que, moi aussi, dans une autre vie, j’ai eu un pénis) qui a dû briser un nombre incroyable de cœurs.
 
Cette théorie n’était pas franchement gaie parce que ça veut dire que ça ne changera pas. J’arrive à mon stage et je découvre un nouveau stagiaire, Paul. Le sosie de Jacques Villeneuve, les yeux bleus en moins… Je range ma langue et éponge ma bave me disant que mon stage s’annonçait bien mais le Paul en question est aussi chaleureux que la Sibérie en décembre… Et pourtant, je vais forcément craquer pour lui.
 
A midi, alors que je m’acheminais à l’autre bout de Paris pour prendre deux photos pour mon webzine, j’ai soudain été frappée par une révélation. Hier soir, je discutais avec Linga sur MSN et elle me disait que, déjà, j’avais un petit problème d’adéquation : je veux une relation un tant soit peu sérieuse et je la cherche sur meetic… Ce n’est pas vraiment un bon plan. Reprenant cette réflexion et analysant mon passé sentimental pour le moins catastrophique, j’ai réalisé quelque chose : j’ai un problème, je fais exprès de flasher sur des mecs avec qui il ne se passera rien. Je vous détaille rapidement ma vie sentimentale pour que vous compreniez bien.
Adolescente, je craquais toujours sur « le beau mec là-bas », c’est à dire un garçon qui n’avait pas la moindre connaissance commune avec moi et avec qui je ne parlais jamais. Donc, pour arriver à quoi que ce soit, ce n’est pas gagné. Arrivée à la fac, j’ai craqué sur un prof (il était vraiment mignon, des fesses à mordre, un sourire charmant, des yeux…aaaaah ! Mais un prof, donc totalement inaccessible) et un pédé pas encore déclaré (Gauthier, tu restes le seul homme de ma vie ! ;)). Tout ça pour terminer dans les bras d’un dépravé sexuel. Notre relation fut pour le moins chaotique : déjà, nous vivions à 700 km l’un de l’autre et quand on ne se voyait pas pour multiplier les brouettes tonkinoises et saltos thaïlandais, on s’engueulait. Gauthier m’a avoué récemment qu’à l’époque, il m’aurait frappé pour que je cesse de fréquenter ce gars.
 
Après, il y a eu Guillaume, une belle et longue histoire mais c’était franchement pas gagné, au départ… Je l’adore mais je me rends compte aujourd’hui (enfin, non, ça fait longtemps que je le sais) que nous n’étions pas compatibles et les premiers mois furent assez pénibles, il a fallu que je me batte pour que ça tienne.
 
Et depuis, ma vie amoureuse ne ressemble à rien : je n’ai craqué que sur des mecs en couple (plantade assurée) ou des garçons que je connaissais surtout sur MSN. Et plus le vent se précisait, plus j’insistais ! Alors je me suis inscrite sur meetic et j’ai craqué sur LE mec qui n’a pas voulu faire de cochonneries avec moi. Objectivement, des meeticboys que j’ai rencontré, le mieux, c’est Benoît : physiquement canon, intéressant et quel étalon ! Certes, il a une voix bizarre et il est allergique aux chats mais jusqu’au coup de pute qu’il m’a fait il y a 15 jours, il avait tout pour que je craque sur lui mais ça ne s’est pas passé comme ça… Sans doute parce que je l’avais déjà eu.
 
Et maintenant que je regarde mes « prétendants » actuels, je me rends compte que je cherche les complications : un a déjà un enfant, un autre est l’un des meilleurs potes de Louis. D’ailleurs, là, je me retrouve le cul entre deux chaises, j’ai l’impression d’être un trophée pour eux : Louis m’a dit que Aurélien était puceau (il sait que ça me branche pas du tout, un puceau), Aurélien m’a dit que Louis avait tout intérêt à le casser auprès de moi pour ne pas griller son plan cul (moi, en l’occurrence).
 
A côté de ça, j’ai rencontré un garçon charmant sur meetic, mignon, un sourire magnifique, intelligent, adorable… Mais l’étincelle n’a pas eu lieu. J’avais un collègue plutôt appétissant à la ligue, Ludovic, mignon, un sourire magnifique, intelligent, adorable… Mais l’étincelle n’a pas eu lieu.
 
Alors voilà : on dirait que je le fais exprès de craquer sur LE mec qui ne s’intéresse absolument pas à moi. J’ai la lose en amour mais je vais tout pour.
 
Partant de ce constat qui m’est apparu comme une évidence, j’en ai cherché les raisons. Je ne suis pas sûre de les avoir trouvées, j’ai plusieurs possibilités :
– je suis allergique au bonheur. Comme je réussis dans mes études, je dois chercher inconsciemment à rééquilibrer la balance. Curieusement, je dois penser que le bonheur total est indécent donc je me gâche toute seule, comme une grande.
– mes parents étant un exemple trop parfait de couple uni et, pensant inconsciemment ne jamais arriver à vivre le même bonheur qu’eux, je gâche volontairement toute histoire possible. J’en parlais l’autre jour à ma petite sœur qui ressent la même chose que moi. Mes parents sont un modèle à ce point parfait de bonheur conjugal que nous avons peur de ne pas arriver à leur cheville.
– je cherche le prince charmant mais je sais qu’il n’existe pas. C’est là l’hypothèse la plus probable, selon moi, je m’explique. Je cherche un homme parfait e tout point mais comme il n’existe pas, je le fantasme. Je lui donne le visage d’un garçon qui me plaît, je vis une relation rêvée mais ne fait rien pour réellement la concrétiser. En craquant sur un homme inaccessible, je ne risque pas de déchanter en me frottant à la réalité. Je suis une fille rêveuse, j’adore passer du temps à rêvasser, à imaginer ma relation avec un garçon qui, finalement, n’existe pas. Dans ma tête, nous vivons des instants merveilleux qui ne se dérouleront jamais dans la réalité. Il y a quelques temps, une astrologue du forum d’aufeminin avait fait mon thème astral et m’avait dit que ma recherche d’amour était absolue, voire mystique. Aujourd’hui, je me rends compte à quel point elle avait raison. Je veux un amour si pur, si parfait, que je fais tout pour ne pas déchanter.
 
Je suis bouleversée d’avoir pris conscience de ça. Réalisant ceci, je me suis alors sentie sereine comme jamais, légère comme une plume, belle comme un matin d’été. Il y a un peu plus d’une semaine, Linga m’avait tiré les cartes et annoncé, outre ma non-relation avec Julien, que j’allais trouver une certaine sagesse. Une copine ésotérique a analysé mon rêve de samedi et m’a également annoncé une transformation, que j’allais atteindre la sagesse. Je vous raconte mon rêve, au passage, car il est très drôle. Au départ, je suis actrice et je joue dans un film avec Brad Pitt et Angelina Jolie. Dans ce film, ils sont mariés et je suis la maîtresse de Bradounet (pourquoi s’emmerder ?), Angelina le sait et laisse faire. A un moment, je suis sur le dos de Bradounet à lui faire un câlin quand il disparaît et il revient en tombant du soleil (non, je ne prends aucune drogue). Et soudain, le temps s’accélère à toute vitesse, il fait jour, nuit, jour, nuit, Brad, Angelina et moi vieillissons à vue d’œil et nous ne pouvons rien faire pour empêcher ça. Je me retrouve soudain entourée de ma famille, nous marchons. Ma sœur et moi mourrons les premières et nous décomposons aussi sec mais je continue à voir la scène, tout le monde tombe au fur et à mesure sauf mon grand-père paternel qui enterre ma grand-mère, son épouse, autre dernière survivante, qui est accueillie par nos âmes. Et mon grand-père reste seul… Ce qui est intéressant c’est que, dans les personnes de mon rêve, la seule personne réellement décédée est mon grand père, il y a 18 ans. Selon ma copine ésotérique, la vieillesse puis la mort indique que je vais atteindre une sagesse en me transformant.
Et je pense qu’elle a raison : ce vent que je viens de me prendre ne m’a pas attristée mais mise en colère, signe que je n’étais pas amoureuse de Julien mais en colère parce que ça a cassé mon fantasme. Maintenant que je comprends mon mécanisme, je sais comment briser cette vilaine spirale d’échecs sentimentaux : en arrêtant d’attendre des choses et de prendre la vie telle qu’elle vient. Je n’ai qu’à fantasmer sur Bradounet et vivre mes amourettes sans me prendre la tête, arrêter de vouloir à tout prix un seul mec que, de toute façon, j’idéalise trop.
Ce soir, je me sens bien. En rentrant, ce soir, j’ai accroché pas mal de regards… Ce n’est donc pas parce que je suis moche que je me prends tous ces vents… C’est parce que je les cherchais.