Session magazines

J’aime lire. Beaucoup, tout le temps, quand je peux. Depuis bientôt un an, je m’en vais régulièrement chez mon Victor : 45 mn de métro, autant de lecture et franchement, ça fait plaisir. Je vous parlerai une prochaine fois de ma liseuse, le truc qui a révolutionné ma vie de lectrice. Mais tel n’est pas le sujet du jour. Je lis donc des romans, de toute époque, de tout genre parce que j’aime passer d’un Anna Karénine à un polar (pas top pour le coup mais je savais pas). Mais si je lis beaucoup de romans, il y a un format que je lis de moins en moins et c’est mal : les magazines.

lire des magazines

Il y a magazines et magazines. Plus jeune, je lisais pas mal de magazines féminins qui avaient cette double vertu de s’avaler vite et de pas prendre la tête. Mais ce genre de lecture m’a vite lassée car, outre le fait que ça devient vite répétitif, mon féminisme grandissant me poussait à m’énerver à chaque injonction à la minceur, à chaque remarque grossophobe (pour le coup, je les vois surtout dans les magazines people où on va se foutre de la gueule de la cuisse grasse de Britney Spears ou de Mariah Carey pour l’ensemble de ses sorties), chaque manifestation de l’homophobie ordinaire (le lesbianisme, c’est juste un truc exotique à tester, les gays, c’est des mecs trop cools pour être nos potes parce qu’ils aiment autant les chaussures que nous… je déteste les chaussures en plus !), cette volonté de m’expliquer que je ne dois que chercher l’Amour, ne pas me donner trop vite et ma carrière… bah, on s’en fout, c’est moins important que trouver l’Homme là, hihihi. Au secours.

5-cles-pour-enfin-rencontrer-l-amour

Puis je me suis abonnée à des magazines un peu plus “cultive-toi ma fille”. Nouvel Obs, Courrier International, Management… Et ça finissait souvent en pile dans un coin de mon appart “ah, oui, faut que je lise ça”. Le souci, c’est que dans un magazine, je lis tout, chaque article, même celui dont le sujet ne me passionne pas à la base parce que ça m’apprend toujours quelque chose, il faut se cultiver. Mais voilà : la seule fois où j’avais le temps de lire un Nouvel Obs avant l’arrivée du suivant, c’est quand je m’étais cassée la jambe et que je n’avais que ça à faire. Et puis bon, le Nouvel Obs… Courrier International par contre, ça me parle plus, ça m’ouvre bien les écoutilles… mais pas le temps. Management, j’ai arrêté mon abonnement au bout d’un an.

Pile de magazines

Et puis, il y a eu Néon et Society, mes chouchous. Je lis tout, j’apprends plein de choses et dans nos grandes discussions avec Victor, je commence régulièrement mes phrases par “Justement, dans Society/Néon, il y avait un article là dessus et alors…” Sauf que ça recommence : la pile progresse et j’ai pas le temps de lire. Parce qu’un soir sur 2, je suis lovée dans les bras de Victor, parce que les autres soirs, je suis au sport, avec des potes, à finir une reco, à jouer à des Escape rooms en matant des vidéos sur Youtube alors que je les connais par coeur ou à peu près… et après, je tourne et retourne dans mon lit sans dormir parce que mes yeux ont été beaucoup trop sollicités tout en me disant que j’auraispu faire quelque chose de plus utile. J’ai de vrais problèmes.

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Vous allez me dire que c’est pas si grave, de pas tout lire. Oui mais non. Je sais pas si vous avez regardé l’état du Monde ces derniers temps mais ça pue la merde à tous les étages. Chez nous, chez nos voisins, chez les gens loin. Tous les jours des massacres, des morts pour rien, la guerre et la violence, l’incompréhension. A quel moment on en arrive là ? J’ai besoin de clés pour remettre les pièces du puzzle dans le bon sens mais aussi pour nourrir mon discours par la suite. Non, je ne suis pas en plein délire, regarde l’Histoire, regarde l’actu. Je suis de plus en plus convaincue que la culture est une nécessité. Que je ne peux pas juste brandir des cartons rouges en hurlant “tu dis de la meeeeeerde !” si j’explique pas pourquoi.

A picture of a serious woman showing a red card over white background

Alors je dois lire plus de magazines. Society, Néon mais aussi Courrier International, Socialalter et même Philosophie Magazine qui propose parfois de très bons dossiers. Lire, encore et encore. Je lis pas mal la presse online (et encore pas assez) mais ça ne suffit pas. Alors peut-être que certains soirs, au lieu de traîner sur le web, je devrais tout couper pour me pencher sur ces magazines. Pour me cultiver et ensuite essayer de restituer au moins ce que j’ai appris, ici ou ailleurs. Multiplier les exemples pour nourrir mon propos, comme hier sur les chars à Montréal. Ce ne sont pas les articles les plus sexys mais je m’en fous : si 3 personnes réfléchissent suite à cet article, ce sera déjà ça de pris.

Mon doudou divin de Katarina Mazetti

En pleine période de Noël, libérée de mon Ulysse, je décidais donc de lire tout ce que je pouvais, un peu comme une orgie de gras après un gros régime. Dans ma besace, un livre acheté longtemps avant : mon Doudou divin de Katarina Mazetti.
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Quand j’ai acheté ce livre, je n’avais pas encore lu « Le mec de la tombe d’à côté » donc je ne savais pas qui était Mazetti et surtout que je n’aimais pas trop sa prose. Attirée par le 4e de couverture, je fonçais : une nana qui part dans une sorte de quête spirituelle, ça me parle, oui. Donc voici l’histoire de Wera, une journaliste à la pige qui décide de faire un papier en monde immersion sur une retraite spirituelle qu’elle a trouvé dans les petites annonces du supermarché. Ce livre suit deux personnages : Wera et un autre personnage féminin dont j’ai même oublié le prénom. Elles se retrouvent toutes deux dans cette retraite menée tambour battant par un Jésus-hippie, sa dévouée compagne hippie qui passe de soumise à féministe revendicatrice sans qu’on comprenne bien pourquoi, un médecin, une femme étrange et un musulman. Cette retraite ridicule tourne autour d’un temps fort : tous les jours, un des participants doit prendre la parole pour présenter sa spiritualité. Donc voilà, vous l’aurez compris : ce roman est bavard. Bavard et creux.
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Reconnaissons un talent à Mazetti : elle sait nous concocter des héroïnes infectes, imbues d’elles-mêmes, condescendantes… Bref, ça démange, on a envie de les baffer. Evidemment, elles vont rencontrer un nouveau monde, remettre en cause leurs certitudes mais pas tant que ça finalement. Manichéisme et bons sentiments sont au rendez-vous, les personnages sont censés mener une quête, se (re)trouver mais la fin est tellement délirante qu’on se demande bien à quoi ça a bien pu servir, tout ça. Quelques réflexions de ci de là qui pourraient pousser à réfléchir un peu plus, le personnage du gourou, pour le coup, pas mal réussi mais après… La femme dont j’ai oublié le prénom a une histoire intéressante mais pas du tout creusé. Wera est juste une conne alcoolique qui se croit au milieu de la masse et pense qu’un foulard lui confèrera une spiritualité.
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En fait, le problème de ce livre, c’est son axe de départ, franchement improbable : quel pigiste irait faire un reportage suite à un papier posté au supermarché ? Au mieux, ça vaut un entrefilet mais on est loin des cures détox hors de prix qui pourraient effectivement faire un long reportage. A moins que la presse suédoise soit vide et creuse, je ne sais pas. A la limite, l’improbabilité du départ aurait pu être compensée par la suite mais les rebondissements font souvent lever les yeux au ciel tant ça n’a pas de sens.
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Bref, un livre parfait pour un voyage en train (je l’ai tué en deux jours) ou sur la plage mais n’en attendez rien.

Le linguiste était presque parfait de David Carkeet

Après l’Everest Ulysse, j’avais besoin d’un peu de légèreté. En novembre, lorsque je descends pour le baptême de mon neveu adoré, je trouve un livre posé en évidence dans ma chambre chez mes parents « le linguiste était presque parfait » de David Carkeet . Tiens, si ma maman m’a laissé ça là, c’est qu’elle doit penser que je vais aimer.

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Ma mère, elle a le don de vous donner envie de lire « ahlala, je l’ai pas aimé ce livre, je l’ai même pas fini mais je suis sûre qu’il va te plaire vu que tu lis des trucs bizarres ». Ah ok. Donc le pitch : Jeremy Cook est linguiste dans un centre qui étudie de très jeunes enfants laissés là en crèche. Un journaliste vient faire un tour pour voir comment ça se passe, Jeremy lui fait gentiment faire le tour mais cette journée somme toute normale dérape : le lendemain matin, on retrouve le corps d’un membre de l’Institut dans le bureau de Jeremy. Le journaliste a, quant à lui, disparu. Démarre alors une double enquête pour Jeremy : savoir qui a tué son collègue (et l’a gentiment déposé dans son bureau) et surtout pourquoi la petite nouvelle, évidemment bonnasse, a dit à la machine à café qu’il était un vrai trou du cul alors qu’il la connait même pas (mais qu’il lui montrerait bien son phallus).

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Les 250 premières pages sont assez jouissives, entre polar et théories linguistiques et sociales. Jeremy mène son enquête tout en papotant avec le roublard inspecteur qui se la joue très Columbo (j’ose avancer que ce personnage est d’ailleurs directement inspiré de notre inspecteur à imper), il pose des questions un peu anodines à Jeremy, lui soumet des hypothèses un peu tordues pour tenter de le faire sortir du bois. Notre sympathique linguiste récupère grâce à la femme de son collègue mort le travail de ce dernier qui bossait sur l’inimitié totale, l’anti ami par excellence. Jeremy découvre alors un tableau des amitiés et inimitiés de son entreprise : tout le monde aime notre héros…sauf son « meilleur ami du boulot », justement, qui semble être plutôt neutre par rapport à lui, tout le monde déteste un mec qui aime tout le monde et tout le monde déteste le patron.

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Et puis soudain, tu sais pas pourquoi, accident industriel. Davis Carkeet avait-il un train à prendre ? Je sai spas mais niveau fin bâclée, il fait fort. En 30 pages, on découvre qui est l’assassin (le salopard de l’histoire, sans aucune surprise), Jeremy se tape la petite nouvelle bonnasse. Même si Jeremy démasque le tueur grâce aux idiomes d’un enfant de deux ans s’exprimant en onomatopées (technique intéressante ceci étant dit), ça tombe franchement comme une cheveu sur la soupe « allez, voilà, c’est lui le tueur, circulez, y a plus rien à voir ». Je. Pour vous situer le niveau de la fin, revenons à l’histoire de la bonnasse qui traite Jeremy de trou du cul, voici le dénouement [spoiler mais sans aucune importante] « ah mais je parlais pas de toi mais du cuistot (the cook) d’un resto, ohlala ohoh, quel quiproquo ». Voilà, voilà…

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Bref, 250 pages sur 300 de très chouette, c’est déjà pas mal. Mais autant une fin géniale peut sauver un livre moyen, autant l’inverse ne se vérifie pas… hélas. Au moins, ça m’a permis de me laver la tête d’Ulysse, c’est déjà ça de gagné !

Ulysse, mon Everest

J’ai une petite particularité dans la vie : j’aime parfois lire des livres sans avoir aucune idée de leur sujet. Exemple : Ulysse de James Joyce, acheté deux ou trois ans plus tôt et retrouvé à l’occasion d’un dépoussiérage d’étagère. Faut dire que dès l’achat, j’ai été un peu conne, je l’ai pris car il était cité en préface d’Ada ou l’ardeur de Nabokov que j’avais peu aimé (mon Mont Blanc, on dira). Moi masochiste, moi acheter livre qui avait plus ou moins inspiré un ouvrage que j’avais pas vraiment aimé. Au dos du livre, une petite séance de branlette de la part des traducteurs. Naïvement, je pense à une réécriture de l’épopée d’Ulysse. Ahah. Non.

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Début juillet. Après être rentrée de l’Ile de Ré où j’avais lu le très bon « L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine », je suis donc en mode « boulimie littéraire ». Ca me fait ça quand j’ai lu un livre que j’ai aimé, ça me motive à lire beaucoup. Donc je me glisse dans mon lit et me lance dans la lecture de ce sublime pavé de 1157 pages (mais format de poche). Je commence à lire et découvre l’histoire de deux mecs en Irlande, Mulligan et Dedalus. Ah ok, on est un peu loin de la Méditerranée et du Roi d’Ithaque mais soit. Je lis, je lis, le style devient rapidement étrange. Hein ? Je finis par me faire mon interprétation : c’est écrit comme si on était dans la tête du personnage, on suit ses pensées mais littéralement, avec ses ratés, ses coqs à l’âne, ses phrases non terminées parce qu’après tout, je me comprends. On quitte Dedalus pour suivre ensuite Leopold Bloom, un Juif de Dublin qui passe une folle journée : un petit tour à la boucherie acheter un rognon puis chez le savonnier, il rentre chez lui, mange, voit sa femme, repart assister à un enterrement, va au journal chercher son salaire, va au bar, mate une fille sur la plage, part en plein délire mégalo où il serait le Roi du monde, traîne avec un Dedalus complètement bourré le soir, le ramène chez lui puis va se coucher. Il est tour à tout acteur ou spectateur, on saute de son point de vue à celle des gens de son entourage, tu sais jamais bien qui pense, qui dit quoi et ce qu’il se passe vraiment. On comprend juste que Bloom est quand même un joyeux queutard mais on découvre sur les 50 dernières pages sans aucune ponctuation que sa femme n’est pas en reste.
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Mais en fait, l’histoire, on s’en fout, c’est juste un prétexte. Joyce s’éclate, il teste les styles d’écriture, passant d’une narration un peu classique à une écriture quasi automatique avec mots inventés en passant par une écriture théâtrale et, donc, en finish sans la moindre ponctuation. En fait, lire Ulysse de James Joyce se rapproche d’une expérience mystique dont tu n’es pas sûr de comprendre ce qu’il se passe. Si je devais faire une comparaison, ça me rappelle la séquence psychédélique en fin de 2001, Odyssée de l’espace, à partir du moment où le spationaute entre en contact avec le Monolithe gravitant autour de Jupiter. T’es déstabilisé, tu essaies de te raccrocher à des éléments pour tenter de comprendre, tu essaies d’interpréter, de remettre ce qu’il se passe dans une sorte de logique cohérente. Mais par là même, est-ce qu’on ne dénature pas un peu l’oeuvre ? Je sais pas, j’aime pas ne pas comprendre…

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Bref, pendant 1157 pages, j’ai quand même un peu souffert. Et pourtant, il y avait parfois quelque chose, une scène qui, soudain, me scotchait et me faisait progresser soudain dans ma lecture, des réflexions assez intéressantes. Un moment de grâce qui te fait t’accrocher mais qui disparaît assez vite pour te replonger dans les dédales de pensées de Bloom, Dedalus, Marion Bloom ou Dieu seul sait qui. Vous vous demandez sans doute pourquoi je me suis accrochée pendant ces 5 mois où je n’ai quasi lu que ça. Ce livre que j’ai trimballé en Corse, en Irlande (ça tombait bien), en Belgique, chez mes parents, chez ma soeur… Et bien, par orgueil. Saviez-vous qu’Ulysse était le 3e livre le plus abandonné en cours de lecture du monde ? Bah voilà, moi, je l’ai fini. Je sais pas si je peux me vanter de vraiment l’avoir lu vu que parfois, je lisais les mots sans y penser, mon esprit voguant ailleurs, loin, loin. Quelque part, c’est un peu reposant, ça me permet de rêvasser sans aller me péter les yeux sur Yahoo! jeux, spasimal.

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Bref, je suis bien ravie de l’avoir fini pour reprendre la longue liste de livres en attente. D’ailleurs, le livre suivant m’a tenu 4 jours. Un peu comme un énorme pétage de bide après un régime. Bon, par contre, à la rentrée, j’irai chercher quelques fiches lecture sur le web pour bien tout comprendre. Je crois avoir compris que l’histoire suivait plus ou moins la trame de l’Odyssée mais ramené au niveau d’un modeste citoyen de Dublin, chaque chapitre renvoyant à un personnage homérique. Nan parce que je pensais que la postface du livre m’aiderait mais il s’agissait juste de 30 pages d’onanisme total où les traducteurs ont expliqué qu’ils avaient fait un super boulot. Mon conseil : ne la lisez pas, c’est bien pire que le roman.

L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine de Ruwen Ogien

Je me pique parfois de philosophie, comme ça, pour le plaisir. Ainsi, j’aime errer dans les rayons dédiés de la FNAC, laissant mes yeux glisser sur les couvertures en quête d’un ouvrage qui me ravirait les neurones. C’est ainsi qu’en mai ou juin (peu importe), je tombe sur un livre au titre étrange “l’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine”. Etant dans une recherche perpétuelle de bonté humaine, je le pousse dans mon panier.

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Je ne vais pas jouer le suspense. Il FAUT lire ce livre. Je l’ai dévorée comme j’aurais avalé un délicieux croissant chaud au beurre sorti tout juste du four : avec plaisir et délectation. Ce livre pose la question des comportements humains au regard de la morale et de l’éthique : que doit-on faire ? De part cette question essentielle, au coeur notamment de l’oeuvre de Spinoza, nous nous retrouvons face à d’incroyables dilemmes qui feront les belles heures de vos dîners en ville. Ma mère a beaucoup réfléchi au dilemme du tramway que je lui ai raconté alors que je lisais ce livre lors de mes vacances à l’Ile de Ré (oui, je suis très en retard dans mes comptes rendus de livre, lalala). En voici quelques uns de fascinant :
– à propos du végétarisme : ne pas manger de viande pour protester contre le traitement inhumain des animaux, ok. Sauf que si nous devenons tous végétariens, que vont devenir les boeufs ? C’est vrai, ça sert à quoi un boeuf à part faire de la viande ? Peut-on militer pour la cause animale alors que nous risquons, de fait, de nuire à la diversité animale sachant que ces espèces ne pourront survivre hors domestication ?
– à propos de l’avortement. Principe de base : l’avortement est mal car le foetus est une vie autonome de celle de la mère sur laquelle elle n’a de fait aucun droit. Ogien nous propose alors l’exercice suivant : imaginez que vous vous réveilliez un beau matin recouverts d’appareils médicaux au bout desquels se trouve un brillant violoniste. Ce dernier est très malade et doit rester connecté à vous pendant 9 mois pour survivre. Trouvez-vous normal d’être ainsi appareillé pendant 9 mois pour sauver une autre vie sans pouvoir donner votre avis ?

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Ces dilemmes ne servent pas juste à poser des questions pas évidentes, ils démontrent que l’éthique chez l’homme n’est pas si logique et évidente que ça. Prenons par exemple le fameux dilemme du tramway qui a été décliné plusieurs fois depuis et qui fait limite office de philosophie à lui tout seul. Imaginez : un tramway fou est lancé, il arrive à une intersection : sur la voie principale, 5 ouvriers travaillent, ils n’entendent pas le tram arriver. Sur une voie annexe, seul un ouvrier travaille. Dériverez-vous le tram vers la voie annexe car mieux vaut un seul mort que 5. La plupart agiraient de la sorte. Par contre, le même dilemme : le tramway fou, 5 ouvriers. Vous êtes sur un pont et assistez à la scène. A côté de vous, un gros monsieur qui est penché pour regarder : si vous le poussez, il bloquera le tram : une vie contre 5. Là, personne ne veut pousser l’homme. Redéclinons cet exemple : en tuant un homme en bonne santé pour donner ses organes à 5 malades, vous sacrifiez une vie pour en sauver 5. Là, personne ne veut en entendre parler. Sauf si l’homme sain est un tueur en série, la question se pose différemment…

Bruxelles 406

Bref, le contexte influe sur la décision « morale » selon ce que l’on regarde. Sacrifier une vie, oui, mais comment ? Sauver tous les animaux en en sacrifier pour assurer la dignité à d’autres ? Ogien nous rajoute de nouveaux dilemmes et éléments dont un que j’adore par dessus tout :
– imaginez qu’on vienne vous voir et qu’on vous propose d’abandonner votre vie actuelle pour vous brancher sur une machine qui vous créérait l’illusion d’une vie parfaite. Accepteriez-vous ? La plupart des gens refusent. Par contre, si on vient vous voir demain pour vous expliquer que votre vie n’est qu’une fiction créée par une machine et qu’on vous propose de vous débrancher pour découvrir votre vraie vie, accepteriez-vous ? La pilule rouge ou la pilule bleue ? Là, la majorité refuse le débranchage. Ce n’est pas l’illusion ou non qui les dérange mais le changement.

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Enfin, les éléments extérieurs jouent naturellement sur la bonté, nous en revenons au titre. Selon des études sociologiques, une bonne odeur de croissant chaud rend les personnes exposées naturellement plus affables et de bonne humeur, plus enclines alors à aider leur prochain. Et ça, j’y crois à mort. Prenons une polémique qui date d’il y a 6 mois ou un an, je ne sais plus. La SNCF était accusée de vouloir diffuser de la musique classique dans les gare de banlieue car ça fait baisser la délinquance. Sous entendu, ça fait fuir les racailloux. Vraiment ? Personne n’a imaginé trente secondes que c’était surtout que ça apaisait un peu les âmes. Perso, rien ne me plaît plus que d’entendre des notes de piano s’élever gare St Lazare ou Gare de Lyon grâce aux pianos posés en libre service. Et je crois que je ne suis jamais passée sans que quelqu’un en joue.

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C’est ce qui est finalement fascinant dans ce livre, c’est qu’on réalise que la morale et l’éthique ne sont pas innés et que beaucoup d’éléments peuvent influer sur le comportement humain. Et comme c’est écrit simplement, c’est facile à comprendre.

Mais la vraie question, reste : vous auriez poussé le gros monsieur sur les rails du tram, vous ?`

Le cercle de Bernard Minier

En vacances, je lis. Donc dans ma valise, on retrouvait notamment « le cercle » de Bernard Minier, suite de Glacé. On suit toujours les aventure de Martin Servaz, lieutenant de police à Toulouse qui doit cette fois ci qui a tué la belle Claire, professeure à la très fameuse prépa de Marsac.

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J’étais plutôt contente de retrouver Minier qui déroule ses histoires dans mon sud ouest adoré. Niveau suspense, l’enquête reste développée avec brio même si le twist final (que je ne raconterai pas bien sûr) m’a un peu laissée pantoise. On retrouve donc Servaz, ses adjoints Esperandieu et Samira Cheung, la gendarmette Irène Ziegler et l’ombre menaçante du serial killer Julian Hirtmann. Minier est sympa, il pense à ceux qui n’auraient pas lu son premier opus et rappelle qui est qui. Parfois un peu lourdement mais bon, ça passe. Mais revenons en à l’intrigue parce que les personnages, c’est sympa mais ce n’est pas le cœur du polar.

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(photo piquée sur le site de Bernard Minier himself)

Le jeune Hugo est retrouvé, hagard, au bord de la piscine de Claire, sa prof. La jeune femme a été tuée de façon atroce : attachée puis plongée dans sa baignoire où elle s’est noyée, une petite lampe enfoncée au fond de sa gorge. Dans sa piscine flottent ses poupées de porcelaine. Hugo prétend avoir été drogué et qu’il n’a pas tué la jeune femme, il ne comprend pas… Servaz est appelé par la mère du jeune homme qui est, incroyable, le grand amour de sa jeunesse. Servaz va donc mener l’enquête qui va le conduire dans la très prestigieuse prépa de Marsac où étudie comme de par hasard sa fille. Oui, le léger côté Julie Lescaut qui m’avait fait un peu tiquer revient à fond les ballons dans ce deuxième opus et ça gâche pas mal le plaisir…

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Sans parler de la sanctification de Servaz. Là, ça devient franchement agaçant. On apprend que le flic était le meilleur de la fameuse prépa de Marsac qu’il a dû abandonner suite au suicide de son père (élément cohérent avec le premier tome). Pendant l’enquête, il croise d’anciens camardes qui ne cessent de lui répéter à quel point il était beau, doué, le meilleur d’entre eux. Je serais presque tentée de résumer par un : toutes les femmes hétérosexuelles le désirent, tous les hommes l’envient. Pourtant, notre héros a un potentiel gros con assez élevé, son allergie à la modernité est limité gonflante : il vomit le rock, le foot, les téléphones portables, tout ce qui n’est pas musique classique (Mahler, le reste, il n’a pas l’air d’apprécier non plus) lui file des boutons. Ce qui est assez curieux, c’est qu’en contraste, les autres n’écoutent que du rock des plus bourrins…

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Bref, l’enquête se laisse suivre sans problème même si je la trouve moins bien ficelé que la première et j’avais eu l’intuition du vrai coupable en partant dans un délire total. La fin laisse penser à un 3ème volet que je lirai, en espérant que Super flic soit un peu moins le meilleur du monde…

Glacé de Bernard Minier

Je ne suis pas toujours fan de romans policier. C’est à dire que je déteste les romans policiers où je devine l’assassin ou ceux qui “trichent” en sortant un coupable du chapeau “ahah, le tueur était le passant de la page 117, surprise !”. Mais vu que celui-ci était conseillé par ma maman parce que “ça se passe dans les Pyrénées”, je lui emprunte à la faveur d’un aller-retour à la maison. Retour en train, je me plonge donc dans “Glacé” de Bernard Minier.

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C’est l’histoire de Servaz, un flic de Toulouse. Oui, alors ok, déjà, j’admets que lire un roman qui se passe dans une ville que j’ai vécu, il gagne quelques points de sympathie. Mais l’intrigue se passe finalement peu à Toulouse, Servaz partant enquêter à St Martin de Comminges dans les Pyrénées. D’étranges crimes dans un village hanté par les fantômes du passé. Juste à côté, une jeune psychiatre suisse débarque dans l’asile du coin recelant de graves psychopathes dont la “star” des tarés, Julian Hirtmann, résidant Suisse qui a un peu torturé sa femme et son amant avant de les tuer par électrocution via un gode perceuse (oui, oui). On suit donc deux histoires : d’un côté l’enquête de Servat qui voit les cadavres s’accumuler et les errements de Diane la psychiatre qui se sent pas super à l’aise dans cet asile au milieu de la montagne, d’autant qu’il se passe d’étranges choses la nuit…

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Le lien entre les deux ? On retrouve sur les lieux des deux premiers crimes l’ADN d’Hirtmann. Pourtant, il n’a pu sortir de sa cellule… Qui commet donc ces crimes ? Quel est le lien avec l’asile ? Evidemment, je ne vous dirai rien, zavez qu’à lire le bouquin. Et il se dévore assez vite.

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Parce que globalement, oui, j’ai aimé. L’écriture est fluide et efficace, la montagne crée un sentiment angoissant et paradoxal d’enfermement. L’enquête est bien menée même si j’ai découvert un truc sur un personnage assez tôt mais ça va, c’était pas le dénouement, je l’aurais eu un peu mauvaise. Preuve que le roman était bon, j’y pensais une fois le livre fermé pour échafauder des théories, essayer de résoudre moi même l’enquête. Seul bémol : la vie privée du héros. Il y a parfois des scènes tournant autour de sa fille ou de ses relations avec la femme de son adjoint et j’ai parfois eu l’impression que ça servait surtout à faire durer le suspense. Mais le roman a une suite avec les mêmes personnages donc je suppose que la vie privée du héros sera une nouvelle fois explorée mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus. Surtout que ça n’a finalement aucun lien avec l’enquête.

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Bref, est-ce qu’il faut l’acheter ? Bah oui ! Et pas juste parce qu’on aime Toulouse et les Pyrénées. J’avais pas deviné la fin et ça, j’aime ! Même si j’ai perdu quelques heures de sommeil à vouloir à tout prix en lire plus.

A Pentecôte, je récupérerai le volume 2 !

Facebook m’a tuer – Alex des Isnards, Thomas Zuber

Il y a des livres qui vous motivent plus que d’autres à priori. Ici, je me retrouve face aux mecs qui avaient écrit l’excellent mais non moins effrayant L’open Space m’a tuer et qui parlent en plus de mon terrain de jeu quotidien : Facebook. Allons y, c’est parti.

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Avant de poursuivre, je dois faire une petite précision contextuelle : entre ma lecture de l’open Space m’a tuer et celle-ci, j’ai découvert le fameux monde des agences. Il faudrait d’ailleurs que je reprenne L’Open Space m’a tuer pour mesurer le côté caricatural du truc. Non, parce qu’à l’époque, je ne savais pas trop de quoi on parlait finalement et je ne pus mesurer le réel du caricaturé. Mais après 2 ans presque et demi en agence, j’ai jamais fit de nocturne sushis, élément présenté comme quotidien dans L’Open Space. Les 3/4 de mes nocturnes se sont faites chez moi, c’est plus sympa… Au moins, quand je mets le point final à mon doc à 2h30, j’ai plus qu’à me doucher et au lit. Rassurez-vous, c’est arrivé UNE fois, d’ordinaire, je finis plus tôt. Bref. Si je souligne ce point, c’est que dans ce nouvel opus, un élément va rapidement m’agacer : la caricature.

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D’abord, nos deux auteurs soulignent quelques travers amusants qu’on a tous eus sur Facebook. Eus au passé, oui. Parce que le livre est sorti en 2010, écrit sans doute en 2009, à l’époque où on ne faisait pas trop attention à protéger sa vie privée (enfin, moins en tout cas). Pour preuve, la fameuse histoire des messages privés de 2008 redevenus visibles, vous vous souvenez ? Je regarde mon propre mur en me demandant si la personne avait vraiment pu poster cela en public. Puis j’ai constaté qu’aucun des messages torrides peuplant ma boite mail n’est apparu en public. Et qu’aucun de mes textes mutins n’avait été révélé sur le mur de mes amants. Donc non, pas de bug, juste qu’en 2008, on se croyait un peu entre nous sur Facebook. Et puis surtout à l’époque, y avait pas Twitter, Facebook était donc peuplé de statuts anodins qui ont quelque peu disparus aujourd’hui pour envahir Twitter. Perso, sur Facebook, maintenant, je ne poste plus que quelques articles et quelques photos persos que je ne peux pas poster sur Twitter, rapport à la volonté de séparer l’univers Nina de mon vrai moi. En gros, je poste les photos de ma trombine sur Facebook, le reste sur Twitter. Il y a également quelques photos de mes voyages mais voilà, plus de « allez, c’est parti pour le rameur » ou je ne sais quoi. Du coup, ce livre, sorti il y a trois ans, permet de mesurer l’évolution de notre utilisation des réseaux sociaux, amusant.

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Par contre, ce qui devient un peu agaçant, c’est la caricature. Dans le mondez joyeux d’Alex et Thomas, les femmes sont toutes minces et sont accro au cuit vapeur. Ainsi Mélanie, après une journée de travail, rentre chez elle se faire des brocolis vapeur et faire du repassage avant de ressortir en soirée. Non mais qui fait ça ? Perso, si je rentre chez moi, jamais de la vie je ne ressors ! Surtout que faire un crochet chez moi pour faire du repassage en boulottant du brocolis vapeur, au secours ! Parce que les caricatures de Thomas et Alex sont assez tristes : des sociopathes, autistes nombrilistes baignant dans un attention whorisme de compétition. Changez d’amis les mecs !

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Pourtant, quelques trucs sont bien vus et je vais me permettre de reprendre la thématique pour quelques articles. Parce qu’à un moment, j’avais comme une envie de reprendre mes études pour faire une thèse sur la mise en scène du soi sur Internet (forums, blogs, réseaux sociaux). Du coup, ce livre me sert bien la soupe avec les gens qui mettent en scène leurs vacances, leur petite vie pour susciter envie et désir. Du bien vu, oui, notamment l’addict à Farmville (même si je n’y ai jamais joué, je le confesse) ou la chouineuse dépressive qui vient de pourrir la soirée sur MSN. MSN, le truc qui n’existe plus depuis moins d’un mois…

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Mais le livre part en vrille. On part vaguement des réseaux sociaux pour dépeindre la génération Y mais on s’y perd. Focus sur deux chapitres sur Anne, qui se sépare de Sébastien. Hormis un paragraphe évoquant le fait qu’ils n’ont pas changé leur statut de couple sur Facebook, on se demande vie ce que ça fout là. Idem pour l’histoire de Karen et Jocelyn, rencontre sur adopteunmec (lui apparaissait quelques chapitres plus tôt en tant que chasseur sur Meetic). Bref, elle passe de grosse connasse qui jette les mecs sans réelle raison à soumise à l’odieux Jocelyn qui aime la sauter à même le sol. Heu, oui ? Peut-être nos deux compères ont en vue une série sur la Génération Y, une histoire de jeunes qui se croisent sur les réseaux sociaux, sites de rencontre et mangent des légumes vapeur en se racontant leur vie sur MSN… Enfin skype. Ou Twitter.

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Bref, on retrouve quelques bonnes idées dans ce petit livre mais un peu noyées dans des chapitres écrits pour faire du volume. Un peu dommage. Mais ça permet de mesurer l’évolution sur les réseaux sociaux en trois ans. Parce que maintenant, avec Twitter et Instagram, on aurait pas eu besoin des histoires d’Anne, Jocelyn et Karen pour atteindre le nombre minimal de pages.

Tout le monde n’a pas le destin de Kate Middleton ! – Fred Ballard

Tout commence à Noël 2012. Vacances parfaites avec un neveu fraîchement livré qui nous émerveille de ses mille et unes mimiques. Même si à moins d’un mois, ça fait pas grand chose, un bébé mais il est kro kro mignon hiiiiiiii ! D’humeur joyeuse, je vais fureter dans les livres de ma mère à la recherche de “Le mec de la tombe d’à côté”, LE livre à lire mais j’échoue lamentablement (en fait, il était dans la bibliothèque de ma chambre, une histoire passionnante). Etant dépourvue de lecture car je venais de finir “Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire”, je me rabats donc sur un livre qui me semble amusant “Tout le monde n’a pas le destin de Kate Middleton !”.

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C’est là que j’ai réalisé que j’avais pas trop la gagne niveau littérature ces derniers temps. Fans de Kate Middleton, pliez bagage, la douce princesse ne fera pas la moindre apparition dans ce roman mais bon, c’est accrocheur comme titre. Le contenu par contre… On suit les aventures de Capucine Guillon, femme multi divorcée et multi maman qui nous a pondu 3 garçons subtilement nommés Paul, Emile et Victor. Ca place de suite l’univers lolesque de notre quadra qui surnage comme elle peut dans sa vie sans saveur. Fred Ballard va donc nous raconter la vie de Capucine pendant un an, du réveillon au réveillon, sur 12 chapitres (comme douze mois, bravo !).

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Sauf qu’une vie sans saveur racontée en roman, ça donne un récit sans relief. Je comprends même pas comment l’auteur a réussi ce tour de force de pondre 300 pages de vide, de rien. Oh y a bien quelques anecdotes mais ce qui est quand même incroyable, c’est qu’elles ne servent à rien. Capucine cartonne une voiture de police, Capucine se fait attaquer par des mouettes, on attend de comprendre le sens de l’anecdote mais… rien. C’était juste histoire de remplir 10 pages. Tout est à l’avenant. On fouille le livre à la recherche d’un embryon d’intrigue, on se demande à quoi va servir chaque briques posées mais elles ne servent de fait à rien, elles sont juste lancées dans le jardin et démerde-toi avec…

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Enfin, si, y a une intrigue et même deux, poussées en parallèle mais sans réel lien (je ne parle pas de consistance):
– Capupu est une ratée qui travaille dans une boîte qui écrit des questions pour des jeux télés. A un moment, elle propose une téléréalité à base de 2 familles partageant une maison en colocation pour l’été donc on suit très vaguement l’écriture du concept et le tournage. Mais vu que notre chère héroïne suit un peu ça de loin, nous aussi…
– Comme sa vie est très vide, notre amie s’invente des problèmes de type “mon premier mari veut plus que je porte son nom et ça m’embête beaucoup parce que mon nom de jeune fille est pourrie”. Donc Capucine va partir en quête d’un nouveau mari ayant le même nom de famille que l’ancien juste pour pas changer de nom. A ce moment là, on pourrait être écroulés de rire devant tant de fantaisie rafraîchissante. Mais non, on a juste un peu envie de jeter le livre par la fenêtre parce qu’on s’en fout bien de savoir si elle trouvera mari au bon nom de famille ou non, le personnage nous a épuisé.

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Sans vouloir critiquer (après tout, si j’avais un jour été publié, ça se saurait), il me semble que dans la construction d’un récit, on amène des éléments servant à des intrigues, pas juste des anecdotes sans saveur destinées à noircir quelques pages supplémentaires. J’avais juste la sensation de lire un blog d’une meuf qui force sa plume de manière agaçante (ah les périphrases… C’est drôle si on n’en abuse pas). Faudra que je vous parle de ça d’ailleurs dans un article, c’est un style d’écriture qui m’agace. Bref, j’ai souffert pendant ces 300 pages (écrit gros), tout est forcé et en même temps, c’est creux, c’est étrange. Comme quoi, passer de la chronique radio à la littérature, même petite, c’est plutôt casse-gueule comme exercice.

Le front russe de Jean-Claude Lalumière

Errant au milieu des rayons de la FNAC, mes yeux traînent joyeusement sur les livres. Oui, je suis en pleine fièvre acheteuse, j’ai besoin de nouveaux livres. Besoin, non, envie. Oh tiens, un titre m’accroche l’oeil : le front russe. Et hop, direct dans mon panier.

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Le front russe ne parle pas vraiment de Russie, en fait. Non. C’est l’histoire d’un jeune fonctionnaire qui se retrouve nommé au Quai d’Orsay. Mais comble de malchance, il fait chuter une huile du service qui l’envoie direct dans le pire bureau parisien, celui des pays en voie de création / Section Europe de l’Est et Sibérie. Le placard miteux. Notre héros se retrouve donc dans une cellule de 6 personnes avec un chef se croyant toujours en guerre, une secrétaire fabriquant (mal) ses vêtements elle-même, une autre plutôt jolie, un collègue très appliqué mais très limité et un informaticien s’inventant des voyages à travers le monde.

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A peine arrivé, notre protagoniste décide de remuer un peu les choses. Il ramasse la jolie secrétaire et commence à bien se faire voir du Quai d’Orsay, obtient quelques missions qui ne se passent pas toujours très bien mais il passe entre les gouttes. Jusqu’à une mission en Georgie. Là, je commence à grimacer. Le roman était bien sympathique jusque là mais cette histoire de Géorgie me fait furieusement penser à”Nos amis les journalistes” de François Reynaert, livre que j’ai adoré. Mais la mission en Georgie ne dure que quelques dizaines de pages et notre ami retourne en France où la voie royale s’ouvre à lui… jusqu’à la chute.

Hendrick_Goltzius-La_Chute_de_Phaéton

Et là, ce livre justifie parfaitement mon credo : toujours finir un livre car la fin peut en changer la perception. Là, c’est la dernière phrase qui vous explose à la figure et transforme ce petit roman rieur en incroyable vision pessimiste de la vie et agite sous notre nez la vacuité de l’existence. Une phrase. Soudain, le livre gagne tant de profondeur qu’on a presque l’impression que ce qu’on a lu jusque là, les quelques 208 pages dévorées avec plaisir, n’étaient en fait qu’un prélude à cette phrase. Cette phrase que je ne vous dévoilerai pas, zavez qu’à lire le livre. Parce que les 208 premières pages mélangent une gentille satire du fonctionnariat (cf la lutte de notre héros pour faire évacuer le cadavre d’un pigeon échoué sous sa fenêtre), les portraits des personnages dignes d’un film de Chatilliez, quelques anecdotes amusantes. Parce que la dernière phrase est une véritable gifle qui te fait refermer le livre pour y réfléchir un peu. Et c’est assez rare pour un roman…