QI : l’ovni télévisuel

Je ne suis pas une téléspectatrice très appliquée, plutôt du genre à tomber par hasard sur certaines programmes en tapant au hasard sur les touches de ma télécommande. Un soir, je découvre ainsi QI, une petite série sans prétention : l’histoire d’une actrice porno, Candice Doll (Alysson Paradis), qui décide de reprendre ses études pour passer une licence de philo. Au début, tu crois que tu vas tomber sur une série classique sur la confrontation de deux univers que rien ne destinait à se rencontrer. Mais en fait non, tu tombes sur une série en dent de scie qui alterne comédie et vannes parfois un peu faciles et réflexions troublantes.

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La première saison ne prétend pas grand chose, on joue sur un retournement de situation assez facile : Candice/Karine décide de reprendre ses études et l’annonce à son mec (plus ou moins réalisateur porno, incarné par le très drôle Jérôme Daran) et ses parents (gros libertins légèrement relou sur le sujet, la mère est jouée par Jeanne Savary qui était dans Caméra Café) qui le prennent pas très bien. Donc Karine suit ses études en cachette mais commence à négliger son travail, oubliant ses tests HIV. Finalement, Karine fait son coming out philosophique et son mec décide de tourner un film basé sur la philo. Choc total des culture, facile et prévisible. Mais Karine a une petite particularité : elle est frigide. Jusqu’au jour où en lisant du Descartes, elle pige le cogito ergo sum et se paie un orgasme : la compréhension la fait donc jouir. Fin de la saison 1 : après un accident lors du tournage du porno philo, Karine se prend un petit studio seule et continue de jouir de la compréhension. Bref, petite série sympa, rien de transcendant même si la relation entre la mère de Karine et la fille pue légèrement le malsain, la mère mouillant à l’idée de faire une apparition dans l’un des films de sa fille et veut utiliser l’image de cette dernière pour le club échangiste qu’elle veut ouvrir avec son mari.

QI

Saison 2 et là, on entre dans l’étrange. La philo ne faisant plus à jouir Karine, elle est à la recherche de nouvelles drogues spirituelles. Elle a terminé sa licence et envisage de se tourner vers la religion, elle rencontre une bonne sœur qui va la guider sur la voie. Parallèlement, elle rencontre un thésard en physique (ou maths, j’ai un doute) et va entamer une relation avec lui. On suit plusieurs histoires : la quête de soi de Karine, les doutes sexuels de son ex réalisateur qui fait désormais des films gays et commence à faire des rêves homo érotiques, l’ex prof de philo de Karine qui redécouvre la séduction, coaché par le réalisateur et se tape des nanas au kilos et enfin les parents de Karine et leur bar échangiste. L’histoire du réalisateur et du prof de philo assurent l’élément comique alors que côté Karine et ses parents, ça vire au glauque : la fille fait des strip teases tandis que sa mère se fait tringler sous son nez par un banquier. Alors que le couple des parents plonge dans le sordide, Karine se penche sur la religion, suit une psychothérapie, fait même une retraite silencieuse.

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Et c’est là que j’ai été attrapée par la série. Karine cherche à tout prix qui elle est, pourquoi elle ressent certaines choses (ou ne les ressent pas). Au départ, elle se laisse un peu ballotter jusqu’à ce qu’elle reprenne les choses en main, quitte sa psychothérapie car elle en a marre et part faire sa retraie silencieuse. Elle découvre alors des choses sur elle, sur son passé, se rapproche de sa mère. Je découvre des axes de réflexion sur la personnalité et la découverte de soi dans une série légère et qui paraissait un peu concon, un peu facile. Et je cherche pour savoir s’il y aura une saison 3. Parce que même si cette série reste bricolée, que certaines quêtes des personnages (le mec thésard qui veut prouver la véracité de son travail ou le prof de philo qui baise à tout va) ne me paraissent pas indispensables à l’intrigue, la quête de Karine me trouble, m’interroge. Me donne envie de peut-être réaliser la mienne car on est tous à la recherche de sa propre vérité… Non ?

On est meilleur quand on est mort

Ce matin (ahem) en surfant sur le web, je tombe sur une news « Heath Ledger gagnera-t-il un oscar posthume ? ». Et allez, c’est reparti pour un tour, on va avoir droit à la minute poignante de la cérémonie où la personne qui ouvrira l’enveloppe dira d’une voix tremblante, au bord des larmes : « Heath Ledger ». Sauf qu’à force d’y avoir droit à chaque remise de prix, l’émotion est légèrement émoussée.


Evidemment qu’il est triste que ce jeune homme soit mort et selon Simon qui s’y connaît plus en cinéma que moi (ce qui n’est pas dur non plus), l’oscar ne serait pas volé. Bon, très bien. Mais quand même, cette « émotion » télécommandée me fatigue un peu. Ca fait presque un an qu’il est décédé, la plupart des acteurs ou actrices qui donnent le prix ne l’ont jamais croisé donc bon, faudrait arrêter un peu les larmes de crocodile. Tout ça est bien triste mais des gens doués dans leur métier qui meurent prématurément, c’est tous les jours que ça arrive. Et comme on aime l’émotion dégoulinante, si Heath gagne (ce qui ne fait à peu près aucun doute pour moi), c’est sa fille Matilda qui viendra chercher la statuette. Ils font sponsoriser la soirée par Kleenex j’espère au moins. Et financeront aussi la psychothérapie dont aura certainement besoin la fillette dans quelques années.

Au-delà de ça, on est en plein dans le syndrome « on ne trouve que des qualités aux morts ». J’adore les nécrologies des journaux, de vraies hagiographies en bonne et due forme où l’on ne trouve que des qualités aux défunts. Parfois, on évoque quelques zones sombres de sa vie mais on passe rapidement dessus car on ne dit pas de mal des morts. Prenons Mitterrand par exemple : à sa mort, on a surtout parlé de son travail de président, des avancées qu’il a amenées dans la société française mais tout ce qui touche les zones troubles de la période Vichyste, on l’évoque en quelques mots, on ne s’appesantit pas. On peut me dire que c’est mal de tirer à boulets rouges sur un homme mort qui ne peut pas se défendre (on ne tire pas sur l’ambulance…ni sur le corbillard) mais quand même, ça a également fait partie de sa vie.  De la même façon, on oublie un peu souvent de rappeler qu’Heath n’a pas joué que dans des Brokeback Mountain ou The Dark Knight, il a aussi joué dans 10 bonnes raisons de te larguer. Un navet en règle.

 

Autre petit point qui m’interpelle un peu, c’est cette remise de trophées, quel qu’ils soient, à titre posthume. Si Heath Ledger n’était pas mort, aurait-il même été nominé ? Qui le sait, on pourrait en débattre des heures et des heures que nous n’aurions toujours aucune certitude sur la question. Mais y a toujours un truc qui me turlupine un peu dans cette histoire. Je parle de titre posthume, pas de Heath Ledger en particulier. Pour moi, un oscar est certes la consécration d’un travail mais ne doit pas être une fin en soi, c’est un encouragement à continuer. Donner ce prix (ou un autre) à un mort, ça me paraît aussi utile que péter au vent. Oui, il était bon mais techniquement, il n’est pas là pour prendre la mesure de l’hommage que lui rend la profession. Comme disait ma grand-mère : « Bof, tu sais, les fleurs que tu mets sur la tombe, là où est le mort, il s’en fiche bien ». Oui, je sais que je peux paraître totalement insensible dans cette affaire mais je trouve la démarche de prix posthume un peu vain, surtout qu’en face, se trouvent des nominés qui, eux, sont toujours là et ont une carrière à poursuivre, un oscar pourrait leur donner un bon coup de pouce. A eux évidemment de transformer l’essai, se reposer sur ses lauriers n’est utile pour personne.  J’imagine les pauvres co-nominés (en l’occurence Robert Downey Jr, Josh Brolin, Michael Shannon et Philip Seymour, je mets la liste car dans l’ensemble, on n’en parle même pas). Ce jour devrait être essentiel pour eux mais en l’occurrence, face à un mort, aussi talentueux soit-il, ils n’ont à peu près aucune chance.



J’imagine que si Amy Winehouse meurt demain, on saluera sa grande carrière de chanteuse à un seul album, on saluerait de la même façon la grande carrière de Pamela Anderson… On dit souvent qu’on est rarement reconnu de son vivant. Pour certains, le talent semble pousser après la mort. Mais quelque part, être reconnu le meilleur après sa mort, c’est d’une inutilité… La postérité, franchement, ça sert à quoi ?

Tiens, si j’allais voir un psy ?

Quand je lis les littératures girlies pour les filles d’aujourd’hui (donc pour moi), je me rends compte que je suis loin du compte : a) je ne suis pas
dépressive car célibataire et à la recherche perpétuelle du prince charmant, b) je vais pas chez un psy. Ayant développé moult fois le a) dans d’autres articles, on va zapper, vous m’en 
voudrez pas, et passons au b). En gros : dois-je aller chez un psy pour être hype. Merci de continuer à lire l’article avant de m’insulter en comm.

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(c) José pour Pseudo-Sciences

Des gens qui vont chez le psy, j’en connais ou j’en eus connu. Pour certains, il y avait un vrai problème à régler genre mon cousin qui fait son coming out à 15 ans et qui a du mal à gérer tout ça, ma tante qui s’est retrouvée veuve à 38 ans avec trois enfants de 8 à 13 ans, des amis qui ont vécu des choses dramatiques (mais vraiment)… Bon, bref, cet
article ne vise pas à dire que les psys, ça sert juste à être à la mode, rassurons nous. Mais après, il y a des gens qui suivent une thérapie, je ne comprends pas bien pourquoi. Bien sûr que 
nous avons tous en nous une part sombre, un mal être, des névroses et compagnie. Des fois, quand j’entends certains me dire qu’ils vont consulter un psy pour X ou Y raisons, je souris poliment mais intérieurement, je ricane. Y en a qui n’ont vraiment rien d’autres à faire de leur vie que de dépenser des sous pour pouvoir dire « oui alors tu vois, mon psy… ». Bon, c’est sûr, du coup, on peut se faire plaindre « quoi, tu vas chez un psyyyyyyy ? Mais pourquoiiiiiiii ? » « Parce que petite, ma mère m’a mis une claque parce que je
lui avais piqué ses chaussures pour jouer et depuis, quand je vois des chaussures à talon rouge, je fais une crise de panique ». Ouais j’exagère. Mais franchement, aller chez un psy, 
j’ai parfois l’impression que c’est du parisianisme snob que ça n’en peut plus.

Il y a quelques temps, je me suis en effet posé la question. Disons que je suis quelqu’un d’assez fort mais j’ai une faille dans ma carapace, une faille très vite visible où les gens qui me veulent du mal tapent allègrement pour me blesser et ça fait très mal. Donc, en janvier, après qu’un ancien ami ait une fois de plus appuyé où ça faisait ma (et pas qu’un peu), je me dis que je devrais peut-être régler ce problème là. J’en parle à mon ex, Alex, qui me dit que si je ressens le besoin, pourquoi pas, mais que c’est pas forcément l’idée du siècle. Sab me dit la même chose : c’est pas tant un problème psychologique qu’un problème d’acceptation de moi et qu’il y a une technique genre acupuncture qui me permettrait
de digérer ça. C’est moins cher et moins dangereux. 

Moins dangereux ? Oui, c’est là où je veux en venir. Donc en janvier, je parle de ça à Mister Alex, lui expliquant que je crains un peu la psychothérapie (ou psychanalyse, je ne connais pas bien la différence). Pourquoi ? Parce que ça remue la merde, y compris celle qu’on n’avait pas vue. En gros, vous y allez pour un problème, ça vous colle une dizaine de névroses supplémentaires, vous en avez pour 10 ans et vous n’osez plus regarder votre papa dans les yeux parce qu’il paraît que vous n’avez pas résolu votre Œdipe et que c’est pour ça que vous faites tout pour ressembler à votre mère, votre « rivale ». Oui, je sais, je caricature. Il est vrai que j’ai des attitudes un peu bizarres, comme mon incapacité chronique à ignorer mes (petits) problèmes de santé plutôt que de les soigner parce que je me dois d’être toujours en bonne forme. En y réfléchissant toute seule de mon côté, j’ai une explication : petite, jusqu’à 7 ans à peu près, j’étais tout le temps malade. Une à deux fois par mois, je faisais de grosses fièvres genre 39 à 40°, gâchant à l’occasion les
vacances au ski de mes parents. Je suppose que quelque part, j’ai intégré que le fait d’être malade était « mal » et donc, que je devais toujours être en forme. Bon, rassurez-vous, 
je n’ai pas de gros problèmes de santé, je vais bien. Même très bien en ce moment, ça fait un moment que j’ai pas été malade, je touche du bois.

Bien sûr, en ce moment, je n’ai aucune raison d’aller voir un psy, je suis heureuse. Peu de nuages dans mon ciel, des trucs sans importance. Je me sens enfin être quelqu’un depuis que je bosse, une nouvelle moi, enfin adulte. Mais je reste exaspérée par le réflexe qu’ont certain d’aller chez un psy pour régler des trucs totalement insignifiants qu’on peut régler par soi même. Certains me répondront, peut-être, que ce que je dis vient du fait que je veux toujours être en bonne forme, je sais pas. Mais j’aimerais bien que certains prennent conscience qu’une psychothérapie/psychanalyse n’est pas qu’un truc à la mode pour faire chic et délicieusement névrosée comme Ally McBeal et je sais pas qui. Il y a des gens qui en ont vraiment besoin, je ne dirai jamais le contraire. Pour les autres, l’écriture d’un blog suffira amplement !

La piscine

Par Emma

Bon, j’ai été très silencieuse ces derniers temps. En fait, je n’ai pas du tout vu venir la chose, mais elle est bel et bien arrivée : j’ai fait une toute petite baisse de régime, disons une « semi-dépression » pendant cet hiver. Je l’évoquais déjà ici début décembre.
Je ne saurai pas vraiment expliquer pourquoi c’est arrivé, ni pourquoi le voile se lève petit à petit.
En fait, plusieurs choses entrent en ligne de compte. D’abord mes parents, et nos relations plus que difficiles. Nous avons eu une discussion fin septembre, où l’on a essayé de poser honnêtement nos problèmes. Ca s’est bien passé, mais ça a fait remonter en moi pas mal de choses éprouvantes. Ensuite, mon ex (mon collègue, mon inoubliable passion dont je parle dans cet article) a changé de service, nous ne travaillons donc plus ensemble. J’ai vécu ce moment très difficilement, son départ du service m’a inexplicablement fait revivre notre histoire et ma souffrance, et indirectement mes relations sentimentales catastrophiques.
Et puis, toutes les casseroles que je traîne depuis 27 ans ont profité, ces lâches, de toutes ces émotions pour éclater au grand jour elles aussi. Donc remuer le tout, laisser mijoter et vous obtiendrez moi cet hiver.

Je ne voyais presque plus mes amis, repoussant sans cesse leurs invitations et fuyant leurs questions. « Mais si je vais bien, j’ai juste pas envie de sortir, pourquoi tu me demandes ça? ». Au début, c’était sincère, et petit à petit je savais très bien qu’ils voyaient juste, même si je donnais le change. J’ai beaucoup joué aux MMO aussi, beaucoup plus que d’habitude et que de raison. Tellement pratique de se réfugier dans un autre monde, où la réalité n’a que peu d’emprise si on le souhaite. Je n’ai rien fait de tout ce que j’avais à faire, des choses somme toute normales, mais au-dessus de mes forces. Payer ses impôts, poster ses factures, ouvrir son courrier, ranger chez moi, finir mes travaux… Rien (ajoutez quand même à cela ma paresse naturelle hein ^^). Je n’appelais pas non plus mes parents, faisant s’enliser le lèger mieux de nos rapports. Alors que je suis passionnée, j’ai même laissé tombé le festival dont je m’occupe, ne me rendant plus aux réunions du CA, ne donnant pas de nouvelles, alors que j’étais la première à fustiger ce comportement au sein du Conseil d’Administration. Et mon sommeil! Je suis décalée, vous le savez, mais là ç’était vraiment sur le fil. Je dormais le jour, sauf pour travailler, et je vivais en chauve-souris, la nuit.
Et pendant tout ce temps, je devais pourtant continuer à bosser. Et c’est tellement difficile de « prendre soin » de personnes en souffrance mentale, quelles qu’elles soient, quand on ne va pas bien soi-même.

Il m’aura fallu une chute, où j’ai failli laissé la moitié gauche de mon visage pour remonter à la surface. Le lendemain, j’ai passé la journée en pétage de plomb. J’ai pleuré, tremblé, pleuré, tremblé. J’ai passé la semaine en arrêt maladie chez mes parents, avec qui ça s’est bien passé, et je suis allée voir mon médecin de famille pour lui expliquer mon mal-être. Je commence ma psychothérapie le 14 mars.

Depuis cet évènement, je suis remontée à la surface doucement. J’ai fait mes papiers, rangé mon appart, presque fini mes travaux, je revois mes amis avec qui on a parlé de mon état. Berf, je retrouve mon « état basal » comme on dit au boulot! Il me reste mes casseroles sus-nommées, qui font encore du bruit derrière moi, mais je compte sur le travail que je vais commencer pour qu’elles fassent silence.

Ce n’est pas un article triste, mais il fallait que je pose tout ça par écrit! Alors pas d’inquiétude pour moi, je suis en pleine mutation!

(Pourquoi ce titre me direz-vous? Ben parce que quand on a touché le fond, on donne un coup de pied pour remonter… 😉

Keep off wall

Par Gauthier

Bon ça fait un petit moment que je ne me suis pas épanché sur vos épaules. Alors comme la blogo-thérapie a remplacé la psychothérapie, on va m’analyser un peu… Il y a quelque temps, j’ai fait la plus grosse connerie de ma vie (non je ne parle pas du fait de coucher avec un séropositif, j’ai fait pire, sisisisi j’en suis capable). Pour celles et ceux qui lisent mon blog, j’en ai parlé là.

Pour les autres, petit cours de rattrapage. Flashback, nous voilà en 2001.

Gauthier est à l’université depuis deux ans, c’est le printemps, il vient de décider de mettre un terme à son analyse. L’analyse, c’est quelque chose de merveilleux, de confortable, mais bon quand la psy vous raconte ses problèmes de famille, c’est qu’il est temps de voler par vos propres ailes ! Je suis rassuré sur mon orientation sexuelle, sur ma normalité, sur mes envies, sur mes besoins, je peux donc me plonger à corps perdu dans cette grande aventure qu’est la vie.
 

Je me souviendrais toujours de cette phrase que j’ai eue lors de mon dernier rendez-vous d’analyse « Tout va bien pour moi, il ne me manque plus qu’un homme à aimer ! ». J’aurais mieux fait de m’arracher un bras… 27 mars 2001, minuit passé, le téléphone sonne, je sors d’un spectacle au Zénith :

– Salut Gauthier, je vais chercher un mec pour aller boire un verre, tu viens?

– Dis donc toi, t’es pas maqué et fidèle ? Tu te fous de moi ? Fais demi-tour de suite, sinon je t’étripe ! (j’avais passé le week-end à l’écouter me parler de son merveilleux, son sublimissime mec dont il était éperdument amoureux, et il s’apprêtait à le tromper ? En me prenant pour couverture ? Mais ça va pas non ?)

– Allez, viens avec moi, comme ça je serai sage…

– Non, je rentre me coucher et toi aussi !

– Putain, je le vois, il est trop trop trop beau, viens de suite, c’est un ordre !

– Mais… (et il me raccroche au nez)

 

J’avais 19 ans, je croyais encore au principe de fidélité et d’amitié, je décide donc d’aller jouer les chaperons alors que je n’avais pas dormi plus de 4h dans la semaine. J’arrive dans notre bar, et je le vois. Nom de dieu… Mais il avait raison, il est trop beau ! En disant bonjour à mon pote, je lui annonce qu’il n’a pas de soucis à se faire, je repars avec le beau gosse, et lui il se masturbera en pensant à nos ébats, comme ça pas d’infidélité (je suis sympa comme pote, non ?).

 

Je fais connaissance avec le bellâtre, il se fait draguer par tous les mecs présents, je suis on ne peut plus pressant pour marquer mon territoire. Là je me souviendrais toujours de ce que m’a dit mon pote en le regardant :

– Ok là il est parfait, mais c’est le genre de mec, à 22/23 ans, qui aura du bide 
– Mais je m’en fou complètement de sa gueule dans 4 ans, je l’encule ce soir, et on en parle plus !

Mais on fond de moi ça ne se passait pas aussi bien. Il me sourit, je suis aux anges, il parle à un mec qui lui touche le bras, j’ai envie de tuer tout le monde. Mais pourquoi je réagis comme ça ? J’ai autant de mecs que je veux, et même plus, mais c’est celui-là que je veux. Un coup de foudre ? En tout cas, ça y ressemble…

 

On se sépare, je lui propose de prendre mon num, il est nouveau, on a le même âge, je lui propose d’être son guide dans la jungle de pédé-land. Il refuse poliment. Je suis tout triste quand je rentre chez moi… Je sais que je le reverrais jamais, j’insiste alors auprès de mon pote pour qu’il me file son tel, son mail, n’importe quoi qui me permette de le retrouver, mais ce gros chacal refuse, normal il veut se le faire…

 

Deux semaines plus tard, je me console dans les bras d’un autre homme depuis quelques jours, je suis sur le net. Un garçon vient me parler, c’est lui ! Putain je le crois pas ! Je le lâche pas, sur le net je suis beaucoup plus direct :

 – Tu m’as fait très forte impression, pourquoi tu as refusé mon numéro ?

– Je ne sais pas quelles sont tes intentions, et ça me gênait…

–Alors je vais te le dire : tu m’épouses quand ?

 – …

 

S’en suivent des heures de dials, des coups de fils interminables, et enfin, le grand rendez-vous, le 29 avril (il m’aura fait courir celui-là !). On se fait un resto, on boit un verre, Lucie nous rejoint, on va en boîte, et enfin il se décide à m’embrasser. Grand moment épique ça aussi. Ça faisait quelques heures que je tendais des perches, et toutes sont passées au dessus, je commençais à me résigner, quand enfin, lâchant un merveilleux « tip top moumoute ! » il se jette sur mes lèvres ! Oui bon ok, ça mérite une explication. Cette expression débile, on la sortait tout le temps, et on l’a dite peut-être 200 fois dans la soirée, à un moment, je dis sur la piste de danse « alors les boîtes à pédés tu en penses quoi ? », réponse de l’intéressé « tip top moumoute ! »… Mais je vous jure que c’était vachement mignon sur le coup, bon ok il faut être moi pour voir le romantisme dans cette scène, mais bon… Bref, la suite est censurée, on s’est mutuellement violé sur les banquettes, Lucie a dû nous rappeler à l’ordre !

 

S’en est suivie une année très mouvementée. Deux fois je pris mon envol, une fois il fit ses bagages. J’avais peur, je pense, d’un amour possible, à 20 ans, on ne se rend pas compte. Et lui aussi ne savait pas comment gérer tout ça. On s’est fait du mal, je l’ai trompé (lui je ne sais pas, et je ne veux pas savoir). Et je suis toujours amoureux de lui, quatre ans après qu’il m’ait brisé le cœur.

 

Il a été le seul que j’ai vraiment présenté à mes parents (comprenez, le seul que j’ai invité à manger chez eux, ceux que ma mère croisait à mon bras à Carrefour, ça compte pas !), il était là pour mes 20 ans lors de mon coming-out définitif devant tous mes amis, il était là quand j’ai pris mon premier appartement, il est le seul garçon avec qui je suis parti en week-end, il est le seul que j’ai jamais aimé. Et je suis incapable de passer à autre chose. Pourquoi ?

 

Il m’a fui pendant 4 ans, et le mois dernier, on va boire un verre ensemble, comme on le fait deux fois par an à peu près, pour se raconter nos vies. Je reste dormir chez lui parce que j’ai loupé le dernier métro, et du coup on a le temps de parler, et surtout aucun des deux ne peut s’enfuir. Et là il vide son sac, pourquoi a-t-il gardé tout ça pour lui pendant quatre ans ? Pour pas me faire souffrir, mais surtout pour pas se faire souffrir, ne pas en parler ça aide à se persuader que c’est faux.

 

Résultats des courses : je l’aime, je veux revenir avec lui (de mon côté, vous remarquez que c’est plutôt clair !). Il a des sentiments pour moi, il n’arrive pas à passer à autre chose, les autres garçons ne l’intéressent pas, il ne se voit pas passer sa vie en couple, mais si ça doit se faire ça ne peut-être qu’avec moi, il a envie de vivre de façon plus consumériste (comme moi en gros : boire, sortir, baiser…), mais il en est incapable, mais il ne veut pas se mettre en couple pour la vie sans avoir fait ça avant, mais il ne sait pas si ça va marcher, mais il ne veut pas me faire souffrir, mais de toute façon il faut réessayer quand même sinon on ne s’en sortira pas, mais après bon dans 5 ans quand il va vouloir partir vivre en province moi je ne voudrais jamais le suivre, et puis il aime pas les chats, et puis il ne l’a toujours pas dit à sa mère (qu’il était pédé, pas qu’il aimait pas les chats, c’est bon vous suivez ?), et puis je suis grand, brun, avec une bonne situation en devenir, et puis je suis beau, et puis il m’embrasse et me demande de le serrer fort dans ses bras toute la nuit…

 

Vous avez compris quelque chose vous ? Moi j’ai du mal… Là il est parti en vacances, je vais passer deux mois sans le voir. La seule chose que je lui ai demandé, enfin les deux choses en fait, me donner des nouvelles, et répondre quand je l’appelle ou me rappeler dans les heures qui suivent, et ne pas me dire s’il touche un autre mec. Et on fait le point en septembre.

 

On s’est déjà engueulé parce qu’il me laisse 4 jours sans nouvelles (quoi psychopathe ? mais c’est juste que j’aime qu’on me réponde, surtout lui d’ailleurs), donc j’ai explosé, il m’a répondu « c’est comme ça et puis c’est tout ! ». J’ai pris ça pour un « tu m’saoule, bye ! », mais en fait pas du tout, il compte bien reprendre en septembre, sans me donner de nouvelles pendant deux mois.

 

Et je fais quoi moi ? J’ai pris une grande décision : je bois, je sors, je couche avec tout ce qui bouge, et si je suis encore en vie en septembre, il n’aura qu’à m’épouser, mais je garantis pas la gueule de la marié après 2 mois de débauche non-stop…

 

Programme du week end : trouver de la coc, trouver un mec, puis un autre, puis un autre… Vais pas me laisser emmerder parce que je suis amoureux d’un connard égoïste non ?

 

Gauthier part en vrille.

 

PS : selon lui l’égoïste dans l’histoire, c’est moi… ça s’annonce mal cette histoire !

PPS : Nina et moi en ce moment on a un grand délire sur les murs, vous savez ces murs qu’on voit arriver de loin, mais on fonce quand même dedans en dansant et en chantant. Heureusement que les copains sont là pour nous ramasser après. Donc là je fonce clairement dans un mur, nous sommes d’accord. Et hier j’ai acheté un tee-shirt « Keep off wall », ce qui signifie d’après un pote bilingue « Evitez le mur » ! Faut vraiment que je me remette à l’anglais…