On est meilleur quand on est mort

Ce matin (ahem) en surfant sur le web, je tombe sur une news « Heath Ledger gagnera-t-il un oscar posthume ? ». Et allez, c’est reparti pour un tour, on va avoir droit à la minute poignante de la cérémonie où la personne qui ouvrira l’enveloppe dira d’une voix tremblante, au bord des larmes : « Heath Ledger ». Sauf qu’à force d’y avoir droit à chaque remise de prix, l’émotion est légèrement émoussée.


Evidemment qu’il est triste que ce jeune homme soit mort et selon Simon qui s’y connaît plus en cinéma que moi (ce qui n’est pas dur non plus), l’oscar ne serait pas volé. Bon, très bien. Mais quand même, cette « émotion » télécommandée me fatigue un peu. Ca fait presque un an qu’il est décédé, la plupart des acteurs ou actrices qui donnent le prix ne l’ont jamais croisé donc bon, faudrait arrêter un peu les larmes de crocodile. Tout ça est bien triste mais des gens doués dans leur métier qui meurent prématurément, c’est tous les jours que ça arrive. Et comme on aime l’émotion dégoulinante, si Heath gagne (ce qui ne fait à peu près aucun doute pour moi), c’est sa fille Matilda qui viendra chercher la statuette. Ils font sponsoriser la soirée par Kleenex j’espère au moins. Et financeront aussi la psychothérapie dont aura certainement besoin la fillette dans quelques années.

Au-delà de ça, on est en plein dans le syndrome « on ne trouve que des qualités aux morts ». J’adore les nécrologies des journaux, de vraies hagiographies en bonne et due forme où l’on ne trouve que des qualités aux défunts. Parfois, on évoque quelques zones sombres de sa vie mais on passe rapidement dessus car on ne dit pas de mal des morts. Prenons Mitterrand par exemple : à sa mort, on a surtout parlé de son travail de président, des avancées qu’il a amenées dans la société française mais tout ce qui touche les zones troubles de la période Vichyste, on l’évoque en quelques mots, on ne s’appesantit pas. On peut me dire que c’est mal de tirer à boulets rouges sur un homme mort qui ne peut pas se défendre (on ne tire pas sur l’ambulance…ni sur le corbillard) mais quand même, ça a également fait partie de sa vie.  De la même façon, on oublie un peu souvent de rappeler qu’Heath n’a pas joué que dans des Brokeback Mountain ou The Dark Knight, il a aussi joué dans 10 bonnes raisons de te larguer. Un navet en règle.

 

Autre petit point qui m’interpelle un peu, c’est cette remise de trophées, quel qu’ils soient, à titre posthume. Si Heath Ledger n’était pas mort, aurait-il même été nominé ? Qui le sait, on pourrait en débattre des heures et des heures que nous n’aurions toujours aucune certitude sur la question. Mais y a toujours un truc qui me turlupine un peu dans cette histoire. Je parle de titre posthume, pas de Heath Ledger en particulier. Pour moi, un oscar est certes la consécration d’un travail mais ne doit pas être une fin en soi, c’est un encouragement à continuer. Donner ce prix (ou un autre) à un mort, ça me paraît aussi utile que péter au vent. Oui, il était bon mais techniquement, il n’est pas là pour prendre la mesure de l’hommage que lui rend la profession. Comme disait ma grand-mère : « Bof, tu sais, les fleurs que tu mets sur la tombe, là où est le mort, il s’en fiche bien ». Oui, je sais que je peux paraître totalement insensible dans cette affaire mais je trouve la démarche de prix posthume un peu vain, surtout qu’en face, se trouvent des nominés qui, eux, sont toujours là et ont une carrière à poursuivre, un oscar pourrait leur donner un bon coup de pouce. A eux évidemment de transformer l’essai, se reposer sur ses lauriers n’est utile pour personne.  J’imagine les pauvres co-nominés (en l’occurence Robert Downey Jr, Josh Brolin, Michael Shannon et Philip Seymour, je mets la liste car dans l’ensemble, on n’en parle même pas). Ce jour devrait être essentiel pour eux mais en l’occurrence, face à un mort, aussi talentueux soit-il, ils n’ont à peu près aucune chance.



J’imagine que si Amy Winehouse meurt demain, on saluera sa grande carrière de chanteuse à un seul album, on saluerait de la même façon la grande carrière de Pamela Anderson… On dit souvent qu’on est rarement reconnu de son vivant. Pour certains, le talent semble pousser après la mort. Mais quelque part, être reconnu le meilleur après sa mort, c’est d’une inutilité… La postérité, franchement, ça sert à quoi ?

Batman, The Dark Knight, de Christopher Nolan

Par Bobby


Rappelez-vous. J’avais déjà parlé de ce réalisateur, Christopher Nolan, lors de ma petite chronique du film Memento. Dans ce volet
de la sage du célèbre justicier de la dustopie Gotham City, où règnent le crime et la pègre, notre chauve-souris préférée -toujours aussi antipathique malgré le coquet minois de l’acteur (pas antipathique au sens désagréable, mais ineffable)- combat son ennemi juré, le vil Joker, brillamment interprêté par le regretté Heath Ledger, décédé cette année dans la fleur de l’âge (souvenez-vous, il incarnait l’insupportable et ultra-touchant cow-boy gay et blond de Brokeback Mountain, de Ang Lee). Pour ma part, je trouve que ce Joker tient la barre -placée déjà très haut par Jack Nickolson dans les Batman de Tim Burton- et apporte à un personnage mythique des BD américaines une touche de nouveauté.

De manière générale, j’ai été séduit par la psychologie des personnages, bien plus intéressante que dans les autres films de super-héros que l’on voir proliférer sur le grand écran. Alors certes, le film est long, trop peut-être, mais au moins, quand les personnages parlent, ils ont quelque chose à dire, que ce soit les gentils ou les méchants.

Ah, oui, j’oubliais de vous toucher un mot du synopsis, plus précisemment. Le Joker, une espèce de criminel fou, sème la panique et le chaos à Gotham City. Non pas -comme la plupart des criminels- pour l’argent, mais uniquement par amour de la destruction. Il ne cherche pas à tuer Batman, ni à se faire arrêter. Il veut seulement que leur lutte soit sans fin, car ils sont deux antithèses vouées à s’affronter éternellement.

Une ombre au tableau, et pas des moindres : l’utilisation dans le scénario du personnage de Double-Face est inutile, bien que centrale. Il aurait pu faire l’objet d’un volet entier à lui tout seul. Alors Nolan, on avait peur que le Joker ne soit pas en mesure de satisfaire les besoins en super-méchants affrontant Batman ? Tu as eu tort, Christopher !

Pour finir, on est quand même loin du super-héros classique, qui est détesté puis adoré par la foule. Batman est un justicier de l’ombre, hors la loi. Il est incompris, et condamné à sauver les gens tout en étant détesté par eux. Idem pour le Joker.  Personne ne semble comprendre ses motivations, excepté le sage Alfred (serviteur de Bruce Wayne, alias Batman). Ce n’est pas un criminel bas de gamme, mais c’est LE criminel par excellence, qui réfléchit à la notion même de crime, de mal, de chaos.

Le fou est parfois philosophe.