De la dignité (bordel)

La semaine dernière, j’ai eu la nausée. Aucun rapport avec un éventuel squattage de mon utérus, Gudrun veille. Non, cette violente envie de vomir a été provoquée par nos « amis » politiques et leur gué-guerre du « moi, je suis digne, toi, tu recupères ».

Grande émotion suite aux tueries de Toulouse et Montauban, la foule sentimentale a plaint, pleuré, condamné, lynché. Ce genre de drame est toujours une boîte de Pandore ouverte d’où dégueule des propos antisémites, racistes et/ou xénophobes, choisissez votre camp. Propos legitimé par cette émotion de masse paraît-il. On parle d’un drame survenu dans une région que je connais très bien, j’y ai vécu 25 ans, et j’ai préféré garder le silence. Parce que je ne savais pas d’abord qui était coupable, si la judaïcité des victimes avait une quelconque signification. Puis on a su mettre un nom sur le meurtrier, un mec « d’origine musulmane » (oui, il parait qu’on peut être d’origine d’une religion, c’est le Figaro qui le dit. Comme il paraît, selon Morano, que juif et israélite, c’est pareil). Donc là, on avait le droit du dire du mal des Arabes (même non musulman, le panier est grand). Perso, j’ai tendance à séparer le grain de l’ivraie mais apparemment, c’est une compétence rare.

Déjà, j’avais la bile au bord de la gorge dans ce festival de clichés, d’approximation et de racisme. Et voilà-t-il pas que nos politiques s’y mettent, s’accusant les uns les autres de récupérer le drame pour leur campagne. Palme à celui qui a accusé Hollande de copier Sarko. Tu voulais qu’il dise quoi, du con ? « Bravo au tueur, 4 juifs et 3 arabes en moins, champagne ! » ? Sérieusement ? À peine le drame fini, une vidéo à circulé en provenance apparemment de l’UMP pour dénoncer l’indécence du PS qui a récupéré l’affaire.

Quelque chose s’est rompu en moi, cette puissante envie de vomir comme un tsunami de colère qui voudrait sortir par ma bouche. Vos gueules. VOS PUTAIN DE GUEULE. 7 personnes sont mortes, peu importe leur âge, leur fonction ou leur profession. Il en meurt tous les jours des gens, c’est vrai mais tel n’est pas le débat. Les familles de 7 personnes sont en deuil et personne ne semble vouloir les laisser tranquille, on veut leur avis, on publie les photos de leurs enfants sans autorisation (à vérifier ce point), on agite leurs dépouilles pour attiser la haine, cette haine de l’autre, cet étranger qui nous veut du mal. Vous n’avez pas le droit de faire ça, ça suffit. Assez de vos guerres politiciennes, de vos minables tentatives de manipulation. C’est la faute de la gauche, c’est celle de la droite. Bien alors on y va gaiement : Toulouse, ville de gauche, Montauban, ville de droite. 1 partout, balle au centre, fin de ce débat sans le moindre intérêt.

Parce que s’accuser l’un l’autre, c’est nier que toute société quelle qu’elle soit est victime de violence. Que c’est nier que quoi que tu fasses, tu auras toujours une personne qui sera à un moment en rupture totale, qui passera à l’acte. Un acte fou. Aucune société quelle qu’elle soit ne peut protéger à 100% ses citoyens. Montauban est truffée de caméras de vidéosurveillance sauf qu’elles ne peuvent pas descendre de leur poteau pour aller défendre le quidam. Sans parler de la rapidité de l’acte, aucun système, aucun parti n’aurait pu agir assez vite pour éviter ce genre de tuerie. On parle tout de même d’un geste exceptionnel, imprévisible. C’est un peu comme les accidents d’avion, tu mets le maximum de garde-fou mais vient toujours un moment où y en a un qui crashe car un scénario n’avait pas été envisagé. Enfin, peu importe, je m’égare.

La semaine dernière, j’ai eu honte. Honte de voir les politiciens se rejeter la haine à la figure, tenter de jouer avec nos sentiments pour gagner quelques voix de plus. C’était indigne. Tout simplement.

Le politiquement correct nuit-il à la liberté d’expression ?

Au départ, j’avais prévu de te parler d’un sujet léger où il serait question de levrette dans les séries télé mais finalement, ce sera pour la semaine prochaine. Là, je vais plutôt évoquer un sujet qui m’a fait bondir et quand un truc m’énerve, faut que ça sorte.

 

Actuellement à Paris se tient l’exposition « Paris sous l’occupation », des photographies idylliques d’un Paris pendant la guerre prise par le photographe du journal collabo Signal André Zucca. Et voilà que ça polémique : on ne prévient pas assez le visiteur de cet aspect propagandiste et même qu’on voudrait nous faire croire que la France sous l’occupation, c’était pas si horrible. Alors là, ça me gonfle. De un, figurez-vous que pendant la guerre, les gens sortaient aussi de leur maison, avaient une vie… Oui, c’était pas la période la plus heureuse de leur vie mais ces photos montrent aussi une réalité. Sans parler de l’intérêt pédagogique : selon l’angle de vue, on peut montrer tout un tas de réalités. De deux, faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Le contexte de l’époque, on le connaît, c’est même écrit sur l’affiche OCCUPATION. Si les gens qui vont voir l’expo prennent ce qu’ils voient pour argent comptant, on n’y peut rien non plus mais je pense qu’on est tous capables d’avoir suffisamment de recul pour comprendre le choix du photographe.

Cette histoire est une nouvelle anecdote à rajouter au lourd dossier du « le politiquement correct rend con ». J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on vit dans une espèce de parano : quoi que tu dises, fais gaffe car on aura vite fait de te prendre pour un raciste, un homophobe ou pire, un nazi. Ce qui fait que le catalogue des blagues qu’on peut raconter se réduit à peau de chagrin, il nous reste les Totos et les blagues carambar, le reste est choquant. Je suis d’accord sur le fait qu’on ne peut pas tout dire et tout faire mais faut
arrêter de pousser mémé dans les orties. Quand je dis par exemple : « ahlala, ces Italiens, tous des dragueurs », je pense qu’il est facile de comprendre que c’est une vanne et ne sort en général pas de nulle part mais je ne pense pas réellement que tous les Italiens sont comme ça. Allez, j’écluse les clichés, comme ça, ce sera fait : les Français sont sales et râleurs, les Ecossais radins, les Anglais boivent du thé at five o’ clock, les Noirs et les Corses sont feignants, les Arabes voleurs, les Asiatiques fourbes, les Espagnols fiers, les Portugais
fort en ménage et maçonnerie, les Grecs sont tous pédés (à se demander comment on peut encore croiser des Grecs, ce doit être héréditaire), les Scandinaves disciplinés, les Japonais racistes… Bon, je vais pas épiloguer 107 ans. Mais la phrase précédente est une horreur : tuez la, elle est xénophobe !

Bon, si on peut se passer des blagues vaseuses sur les nationalités (ou les pédés, les hommes, les femmes…), le cas de cette expo me paraît scandaleux. Il est vrai qu’en France, on a du mal à parler de la collaboration : tous résistants, c’est bien connu ! Montrer que beaucoup de Français continuaient leur vie pendant la guerre, sans résister, mais quel scandale, mon Dieu ! D’ailleurs, tant qu’on y est, on devrait brûler tous les films et tableaux tournés par les Allemands sous le IIIe Reich, des fois que des musées ou des chaînes de télé décideraient de les montrer. Le juif Süss ne doit jamais être montré, c’est une pure horreur. Tant pis si, analysé en cours, ce serait un exemple très pertinent de l’utilisation de l’art comme outil de propagande. On ne sait jamais, on est tellement cons qu’on est condamné à tout prendre au premier degré.

Bref, y a des jours où la société clean, ça me fatigue un peu. Déjà qu’on n’a plus le droit de critiquer les artistes sans risquer de se prendre un pain dans la gueule, surtout quand c’est Cali. On ne doit plus dire du mal de personne et dès que tu sors des lignes, tu es prié de présenter des excuses. Récemment, Cauet s’est un peu déchaîné contre l’attachée de presse de Sheryfa Luna. En gros, la demoiselle était venue à son émission radio et s’est tirée en plein milieu à la demande de son attachée de presse lui faisant remarquer que c’était l’heure de partir. Or la chanteuse était arrivée une heure en retard et a dû partir avant l’heure prévue. L’animateur s’est énervé, tapant au passage sur les attachées de presse. Bon, ok, c’est du Cauet et ce n’était pas fin mais voilà, on lui demande de présenter publiquement des excuses, ce qu’il a fait. Or pour le coup, même si mettre toutes les attachées de presse dans le même panier n’est pas intelligent du tout, il a raison sur le fond : la chanteuse s’était engagée à être là de telle heure à telle heure et son attachée de presse ne lui a pas permis de respecter son engagement. Et elle, elle n’a pas eu à présenter des excuses publiquement alors que c’est son métier de respecter ce genre d’engagement.

Bref, aujourd’hui, ne dis plus de mal de personne, même si tu le penses, c’est politiquement incorrect. Ne fais pas d’exposition sur la France sous l’occupation, pas plus que sur l’esclavage, la colonisation, on va dire que t’es collabo. Ah, tant qu’à faire, ne fais pas de reportage sur la Chine actuellement, on va dire que tu soutiens ce pays qui nie les droits de l’homme. Heureusement, il nous reste un havre de paix : le dimanche après-midi, regarde Drucker, le pays où tout le monde est beau, gentil, et roupille sur un canapé à côté du
chien de l’animateur.

Pauvre France.