De la mise en scène du soi sur Internet

Plof

Eté 2013, je discute avec un charmant jeune garçon sur un site de rencontre et, je ne sais plus comment, nous venons à parler de l’un de mes rêves fous : écrire une thèse sur la mise en scène du soi sur Internet. Tout ça me vient bien sûr de mon métier ou plutôt de ce que j’observe en périphérie, jugée sur ma vigie virtuelle : ceux qui se posent en intellos, en mères et pères parfaits, en bombasse absolue, en ci, en ça. Quelle que soit notre utilisation des réseaux sociaux et des espaces Internet de prise de paroles (forums ou blogs), on se donne tous un certain éclairage, de façon plus ou moins consciente. Quand je prends la parole sur un sujet plutôt qu’un autre, ce choix est mu par une envie de mettre en avant une connaissance, un élément de ma personnalité.

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Prenons un exemple : sur mon Facebook perso, j’ai souvent une utilisation passive, passant plus de temps à lire les bribes de vies de mes camarades plutôt que de raconter la mienne (plus présente sur Twitter et dans une moindre mesure sur ce blog). Mais de temps en temps, je prends aussi la parole et ce sur divers sujets : des photos de mes voyages ou balades, de rares articles de gauchissssses (sur le mariage pour tous essentiellement), quelques images drôles croisées et surtout des articles (écrits par d’autres) sur le Social Media Management, diffusé auprès d’une liste de contacts pros. Je commente aussi certains articles, surtout pour m’insurger sur la place de la femme de la société. En gros, sur mon Facebook, si je résume, je suis consultante social media bien informée, souvent en vadrouille, mais aussi une gauchisse très pro mariage pour tous et féministe hystérique qui aime bien poster des comms agressifs sur les statuts des magazines féminins (j”avoue, y a des jours où je suis d’humeur un peu troll). Ah et in love total de son neveu trop choupinou même si je poste très peu de photos de lui (et jamais sans l’autorisation de sa mère, évidemment.) Côté vie privée, hors le neveu, on ne sait rien du tout et ça me va.

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Côté Twitter, je retweete beaucoup, un peu dans le même goût, finalement : du gauchisse (je me lasse pas de ce terme), du féministe, du très drôle, quelques infos sur les derniers crashes et incidents aériens (chacun sa passion), un peu de musique, parfois un peu de passivité agressive (ça, c’est mal), du sport, de la misanthropie (bien trop), des articles de blog et mes photos Instagram. Un puzzle un peu fouillis de prime abord mais qui donne une vue d’ensemble un peu plus complète de mon moi en rajoutant une couche amicale par rapport à Twitter et parfois, entre deux tweets, on peut même deviner si j’ai quelqu’un en ce moment ou non.

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Bref, stoppons là cette auto analyse sans aucun intérêt. Donc on choisit ce que l’on raconte. On va parler de sa tenue du jour pour signaler gentiment qu’on est plutôt au fait de ce qui se fait en matière de mode et parce qu’on la trouve jolie. Par contre, les jours de “j’ai ouvert mon placard et j’ai pris les 2 premiers trucs qui me sont tombés dessus”, on va juste se taire. On va tweeter à 9h l’air de rien qu’on est déjà au boulot mais se taire quand on arrivera vaseux ou vaseuse le lendemain à 9h45-10h (quoi, je parle encore de moi, là ? Mais enfin… oui). On va parler du super documentaire vu la veille sur Arte mais taire le fait qu’on s’est couchés à 2h du mat car on matait les replays des feux de l’amour (là, non, c’est pas moi, je suis trop larguée pour tenter de regarder à nouveau, malgré mon amour ancien pour les soaps). Même les tweets et statuts en mode bourré n’ont rien d’innocent.

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Donc je racontais ça au jeune homme qui, intéressé, me demanda de lire quelques uns de mes écrits sur le sujet. Mais jeune homme, je n’en ai point, tu crois que j’ai le temps de faire une thèse ? Entre 2 longueurs de piscines, un bilan social, 2 audits d’écosystèmes sociaux et 3 recos ? Mais, me répondit-il, si le sujet te plaît, écris dessus, tu t’en fous de faire une thèse ou non.

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Un an plus tard (quelle réactivité), je me décide donc. A partir de maintenant, quand j’aurai le temps, je me pencherai sur la folle vie de nos cyber egos. Prochain épisode : le syndrome Prom Queen (rien que ça).

 

Professeur Nina Bartoldi

J’en rêvais. A 33 ans, je pénétrais enfin dans l’arène, clé USB en main, le discours rodé. Le 17 octobre 2013, sur le tableau blanc d’une école de comm était inscrit « 13-14h / cours de social media management / professeur : N. Bartoldi ». Ça, c’est moi. J’ai failli prendre le tableau en photo. Voilà, le 17 octobre, professeur Nina Bartoldi était dans la place et c’était trop cool.

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Je ne cesse de vanter l’importance du réseau. Son absence a plombé ma première année et demie de « jeune diplômée » (ma période chômage donc), son existence m’ouvre toujours des portes. Par exemple en avril ou mai, par là, je recevais un mail de Jeanne, l’ex rédactrice en chef de TMF avec qui j’ai donc travaillé de 2007 à 2009, à peu près. Elle donne des cours dans une école de comm et cherche quelqu’un dans le community management pour évangéliser son chères têtes blondes (en vrai, ce sont des 5e année, j’ai à peine 10 ans de plus qu’eux). C’est naturellement qu’elle a pensé à moi même si, je dois l’avouer, j’étais bien moins bonne à l’époque que maintenant. Je parle sur le plan professionnel, bien entendu ! J’ai évolué, j’ai appris, j’ai grandi, j’ai pris du recul. Et justement, préparer un petit cours sur son métier permet de réfléchir un peu sur ce que l’on fait au quotidien. Pourquoi je vais quotidiennement sur Facebook parler au nom d’une marque, répondre à des gens qui viennent pour râler (ce qui me saoule puissance mille, ça, surtout quand on nage en pleine mauvaise foi). Pourquoi je fais de même sur Twitter, Youtube, Tumblr, Pinterest, Instagram, Google+, LinkedIn… C’est quoi mon métier et pourquoi c’est chouette des fois. Souvent.

professeur Nina Bartoldi

Je prépare donc mon petit Powerpoint histoire de pas débarquer les mains vides, j’attends Jeanne dans le couloir, en relisant trois ou quatre fois le fameux tableau. Des jeunes passent, d’autres sont installés dans un coin avec un laptop. Jeanne me récupère et m’amène dans les tréfonds de l’école, tout en haut, dans une petite pièce sous les toits où végètent trois élèves et demi. Bon, ayant été dans une promo de 12 lors de mon master de journalisme, je m’attendais pas à un amphi bourré à craquer mais bon… Il faut savoir commencer petit. Je doute que Rihanna ait débuté de suite dans un stade immense, par exemple. La comparaison avec Rihanna est audacieuse, là, non ? Bon breeeef ! Comme tous les élèves ne sont pas présents, on redescend au rez de chaussée chercher un café puis on remonte (3 étages, ça fait les fesses et les cuisses). Bon, il est temps de commencer. Mon petit coeur tape un peu mais ça va aller, respire par le nez, fillette, tout ira bien.

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Après quelques instants avec le souffle court, je prends mes aises. Je déroule ma prés, je réponds à une ou deux questions, tout va bien. Je repère un élève particulièrement intéressé par les réseaux sociaux, il me bombarde de questions en fin de présentation sur de nombreux réseaux sociaux comme Google+ ou Path, ce qui démontre une connaissance du sujet, un autre veut bien récupérer mon powerpoint que je trouve pourtant très trèèèèèèèèès basique. Trop même mais pour une présentation d’une heure, ça fait le job. Je reste debout tout le temps, je montre des choses sur mon powerpoint même si la projection est floue, j’occupe un peu l’espace, je me sens bien. En fait, je l’avoue : je kiffe. Une heure, ça passe bien trop vite…

Maintenant, j’ai envie de remettre ça pour devenir de plus en plus bonne professeure. Enseigner, ça me plaît bien parce que d’une part, ça permet de réfléchir trente secondes à ce que l’on fait au quotidien (j’ai pas super le temps de jouer les contemplatives en ce moment) mais surtout, ça fera peut-être naître quelques vocations. Non parce que le community management/social media management reste toujours le parent pauvre de la comm, le « oh ben tu vas pas étudier pour écrire des statuts Facebook quand même… ». Ben si. Même si les cours sont à réécrire au quotidien vu que nos chers réseaux sociaux changent les règles tous les deux jours et que la seule façon d’apprendre est finalement de tester et de valider ou non nos choix. Genre le hashtag sur Facebook, en fin de compte, c’était pas une si bonne idée que ça, ça ne sert qu’à baisser mon reach. Mais demain, qui sait… ? Et Google+, on n’est pas à l’abri que ça finisse par décoller un jour. Guettons.

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Quoi qu’il en soit, je rêvais de donner des cours depuis des années, c’est enfin fait et j’en fus fort satisfaite. Je vais envoyer un mail à mon ancien IEP pour voir s’ils voudraient pas que je vienne donner quelques cours…