On se fait une réu ?

Lors de ma vie chez Pubilon, il y avait un truc par dessus tout qui me rendait hystérique, qui me faisait me redresser les poils, frissonner, mes boyaux se tordaient et mon rythme cardiaque s’emballait soudain. Il suffisait d’une phrase, d’une simple phrase et l’écume me montait au bord des lèvres “On se fait une réu ?”.

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Je hais les réunions. Je les hais viscéralement et surtout depuis cette triste expérience chez Pubilon. Pourquoi ? Parce qu’au-delà de 15 mn de concertation, je considère qu’on perd du temps. Chez Pubilon, elle durait deux heures, deux putain d’heures, durant laquelle notre manager nous racontait sa vie. Je vous promets, c’était du genre :

“Oui sur le dossier machin, on en est là.

– Ben moi, dans mon ancien travail, on procédait comme ci et comme ça et puis quand j’étais petite…”.

Je vous jure que j’exagère à peine. J’ai donc logiquement beaucoup progressé en dessin, n’osant amener mon smartphone en réunion (on était entre 4 et 6). Et je n’étais pas la seule à trépigner, ces longues discussions stériles, mélange de reproches injustifiés (nombre de conversations se déroulaient comme suit “Non mais ça, t’as traîné à l’envoyer!” “Non, je ne crois pas non” “Si, je te le dis!” “Tu peux me ressortir le mail pour voir ?” “On verra ça après”. Et on ne voyait jamais rien), de confidences pour se faire mousser dont on se moquait, de questions sans intérêt masquant mal une maîtrise inexistante du projet. Sur 2h, si on avait 10 mn de productives, c’était bien le bout du monde.

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Dans mon nouveau taf, on n’est pas trop réunion. On fait des brainstormings pour le lancement d’un nouveau projet, quelques points projet de ci de là, rien n’excédant les 20 mn parce qu’au delà, je suis formelle, on perd du temps. Et je vais aller plus loin : on ne fait pas plus parce qu’on a franchement autre chose à faire. Donc dois-je conclure que la réunionite aiguë est une bonne façon de masquer sa non activité ? De brasser de l’air pour faire croire qu’on est top utile ? Non parce qu’à l’époque, entre les réunions hebdomadaires, les kick off meetings pour les lancements d’opération, les workshops pour parler de stratégie et co… Ben, il ne restait guère de temps pour être pro actif. Et après, on s’étonnait de finir à pas d’heure et de n’avoir pas eu le temps de tout faire. Perte de temps, perte de temps, perte de temps !


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J’ai la sensation que la réunionite aiguë est la maladie des mauvais managers. Je le répète : si ta réunion dépasse les 20 mn, c’est que tu gères mal. Surtout quand tu ne présentes aucun powerpoint et qu’il s’agit uniquement de réunions pour se dire où on en est, ce qu’on fait, ce qu’on doit faire. Ces petits points sont importants pour un bon suivi, je ne
le conteste pas du tout.  Sauf qu’à un moment, faire des réunions trop longues et trop souvent me fait douter : tu ne sais pas lire tes mails ? Tu préfères que je te répète ce que j’ai déjà écrit de ma voix suave ? Et ce plusieurs fois ? Tu crois que de me faire répéter les mêmes choses te donne du pouvoir sur mon travail ? Tu crois qu’en cas de crise, je vais attendre la réunion 
pour en parler ? Tu crois pas que si tu lisais mes mails, tu verrais si c’est la merde ou pas sur un dossier ? Moi, je dis ça, je dis rien…


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Mais non, malgré la perte de temps flagrante et la relative inefficacité du procédé, on se réunit, encore et encore, histoire de brasser de l’air en soupirant car on est débordés. On dit qu’on va faire ceci ou cela mais pendant qu’on le dit, on ne le fait pas puisque hé, on est en réunion. Le dossier urgent attendra, le téléphone sonnera en vain, les mails s’accumuleront dans nos boîtes. Do no disturb, on est en réunion, steuplé. Réunion qui n’aboutira à rien de contructif puisque ce n’est qu’une incessante litanie de no to do list, sans même de solutions en cas de problèmes les trois quarts du temps. Et je n’évoquerai même pas les “je t’envoie ci” que l’on te promet pendant ces instants de joyeuses communions, des fichiers que tu réclames inlassablement mais qui ne viennent jamais. Et puis parlons de cette tendance jouissive du manager à t’épingler en collectivité “quoi, t’as pas fait ça ?” “J’ai comme qui dirait pas eu le temps” “Mais c’est un scandaaaale!”. Ca t’excite, hein, manager pervers ? Sauf qu’une fois, et ce fut assez drôle, une collègue a pris ma défense alors que je m’en foutais un peu (arrive un moment où on fait la part des choses) “Non mais t’as vu tout ce qu’on a à faire aussi ?”. Ouais et c’est encore 15 minutes de perdues en parlote inutile.

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Bref, je sais pas trop si ça se ressent dans mon article mais je vomis les réunions, dans le sens lourd et protocolaire du terme. Je trouve ça profondément contre-productif. Et si mon manager ne sait pas quoi faire de son temps, je peux lui filer une liste de blogs à lire. Ou des vidéos à mater… Mais qu’il ne me fasse pas perdre une demi-journée en “réu”. Merci.

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6 réflexions sur “On se fait une réu ?

  1. Aghh le cauchemar des réunions que ne servent à rien. La situation du manager bavard qui, bien qu’ « over staffé », perd et fait perdre ½ journée à tout le monde…
    Qui n’a pas vécu ça au moins une fois !? Pourtant, à mes yeux, le collaborateur doit avoir l’art de recadrer une conversation farfelue.
    Une réunion, c’est plusieurs personnes (oui, car les réu à 1 personne, c’est dodo sur un canapé planqué dans un coin). Et donc , à mes yeux, chacune de ces personnes a le droit de revendiquer le fait d’aller droit au but, et de ne pas perdre son temps.
    Apres tout, on a pas à subir la désorganisation d’un d’un responsable, et il n’y a aucune honte à recadrer une conversation, ou à indiquer que, en bon « maitre dans la gestion des priorités », on préfère s’éclipser pour finir ce pour quoi on est payé.
    Au pire, le collaborateur sera traité de gros naz et de gros lourdingue… mais surement pas de « petit branleur ».

  2. Tout à fait d’accord avec ça… Je n’ai qu’une expérience de stagiaire (et d’ailleurs, je me demande pourquoi j’étais conviée à ces réunions… m’apprendre que c’est d’un profond ennui?) mais j’ai eu l’occasion de tester à plusieurs reprises ces heures interminables à brasser de l’air. J’ai l’impression que c’est aussi pour que le manager se donne bonne conscience, qu’il pense servir à quelque chose, faire avancer des problèmes. Parce que c’est bien à ça que ça devrait servir : faire avancer les choses. Mais c’est rarement le cas !

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