De la perpétuelle insatisfaction

Durant mon week-end à Marseille, je me suis adonnée à l’un de mes vices préférés : la lecture de magazines féminins. J’en lis certes moins depuis quelques temps (je plaide coupable, j’ai jamais racheté Grazia), sans doute par lassitude mais dans le train, c’est une tradition : je lis du féminin.



ET dans l’un d’entre eux (Biba ou Marie-Claire ?), je découvre un article sur l’insatisfaction chronique : ma vie n’est jamais assez parfaite. Oh bah tiens, ça parle de moi, pour une fois. Oui parce qu’entre les articles sur la durabilité de mon couple et l’éducation de mes enfants, j’ai parfois l’impression qu’on m’oublie un peu. Les articles pour célibataires traitent en général de la quête de l’amour. Moi, je ne quête pas et j’aimerais plus qu’on me donne des bons plans pour voyager seule et pas cher, par exemple. Enfin bref, un article qui me correspond, je plonge dans sa lecture puis je réfléchis.



Eternelle insatisfaite ? Oui. Je rêve en permanence des lendemains meilleurs. Non que mes aujourd’hui soient mauvais. Maintenant que ma mini déprime automnale est passée, je suis bien dans ma vie mais voilà, y a toujours cette envie de mieux. Et je me demande si cette envie n’est pas quelque peu surréaliste. Posons les choses : côté boulot, je ne cherche pas à bouger, je me pose quelques temps au même poste, normal, j’ai déjà pas mal bougé dans le passé et j’ai encore beaucoup à apprendre ici. Côté amour, en ce moment, pas envie, pas le temps. J’y reviendrai dans un autre article, peut-être. Là où je veux m’améliorer, c’est sur l’à côté. Parce que je ne veux pas que ma journée se résume à : « je me suis levée, je suis allée travaillée, je suis rentrée, j’ai mangé en jouant à yahoo ! jeux (foutue addiction, surtout qu’ils ont un jeu de Uno en ligne) puis je me suis couchée après la petite douche qui fait du bien et qui me fait sentir bon. » Affreusement métro-boulot-dodo, yerk ! Si on considère que je quitte le boulot entre 19h et 20h et que je me couche entre 1h et 3h, ça me fait quand même quelques heures pour faire des choses. Ecrire (et autre chose que du blog), apprendre le russe, faire du sport, apprendre des tas de choses en fait. Sauf qu’il est vrai que le soir, je rentre, je suis passablement vidée.


Et si finalement, je voulais trop ? L’autre soir, dans le métro (ou c’était un matin, je sais plus bien mais ce n’est pas très important. Quoi que je ne prends pas le métro le matin donc c’était le soir mais où allais-je alors ?), je me demandais quelle utilité j’avais d’apprendre le russe, par exemple. Professionnellement, ça ne me servira à rien (sauf si je reviens vers le journalisme mais être journaliste en Russie, c’est parfois un peu mortel) si ce n’est à me cultiver. J’ai envie d’apprendre à tricoter (plus que ce que je fais) et à coudre mais me ferai-je réellement des fringues ou même des trucs ? Non, je me connais, je m’y mettrai deux heures et après, plus du tout. Pourtant, y aurait moyen de faire des trucs sympas… Puis j’ai envie d’apprendre sérieusement à utiliser illustrator, photoshop… Toujours pas pour le boulot, aucune compétence de graphiste ne m’est demandé mais pour moi.



(c) Studio Poana

En somme, j’aimerais être moi en mieux, une fille qui ferait du sport tous les jours (bon, j’en fais, hein, mais j’ai tendance à vite sécher pour rien genre « non, là, je vais aller dormir plutôt) donc plus ferme, plus cultivée car je lirais tous les newsmag ainsi que des romans, qui parlerait un peu le russe, saurait faire des vêtements et des illus de folie sur ordinateur, tout en ayant le temps d’écrire. Bref, j’aimerais être plusieurs personnes. D’un autre côté, je me connais, j’aurai encore envie de faire d’autres trucs si tant est que je puisse faire tout ça, je voudrais me remettre au violoncelle… Eternelle insatisfaite.



Alors du coup, faut-il baisser un peu les ambitions ? Parce que bon, vouloir, c’est bien mais en plus, je ne supporte pas d’être faible, de ne pas savoir. Exemple type : je veux savoir dessiner mais genre on me donne un crayon et je vous fais un truc de folie. Finalement, je me dis que pour rendre ma vie plus belle, faudrait pas forcément que je m’améliore, juste que j’accepte mes imperfections et que je fasse les jours par plaisir et pas « pour devenir meilleure ».


Приходите завтра, я начинаю Русский




NB : La phrase précédente est du google translation donc il y a de fortes chances que ça ne veuille rien dire du tout.

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14 réflexions au sujet de « De la perpétuelle insatisfaction »

  1. Lucas dit :

    J’ai longtemps cherché chez l’autre une raison de faire des efforts, pour m’améliorer, pour être meilleur, pour donner du sens à cette mascarade inepte qu’est la vie. Jamais content comme disait Souchon, toujours en quête de qq chose sans savoir quoi. Ton article resonne en moi ma Nina, t’imagines pas à quel point. De toute façon être humain c’est vouloir toujours aller de l’avant et progresser, non ? Mon pb c’est qu’il n’y a rien en moi qui me donne envie de faire l’effort. Rien à sauver à mes yeux. Insatisfait perpétuel, Sisyphe m’attend au coin de la rue…

  2. Omar dit :

    Coucou Nina ça fait longtemps que je suis pas venu sur les vingtenaires ça fait plaisir de te relire 🙂 Commencer un comm comme ça j’ai l’impression d’écrire un mail hahaha
    Bon j’y vais de ma petite réflexion. Ce qui est bien quand on arrive à réaliser des envies comme les tiennes c’est que ça leur enlève leur caractère de limite, d’horizon. Quand je laisse trainer quelque chose que je veut réaliser trop longtemps ( et dieu sait que ça m’arrive souvent) elle fini par prendre un caractère figé et un peu rouillé j’ai envie de dire, alors que c’est quelque chose qui aurait pu m’aider à avancer, à me compléter peut être. C’est bon de voir qu’il y a au delà c’est une bouffée d’air.

  3. tibal dit :

    c’est bien de vouloir apprendre pour le plaisir de la chose, même si ce n’est pas le chemin le plus rapide pour arriver à une maîtrise satisfaisante des choses. J’ai essayé aussi d’apprendre le russe (deuxième tentative) juste pour le plaisir, mais bon depuis que les vacances sont passées (entendez : celles d’été) et que j’ai repris les études je cherche encore la motivation pour m’y remettre, et contrairement à toi ce n’est pas forcément le temps qui me fait défaut.
    Ce que je ne comprends pas, c’est que tu veux apprendre des choses sans vraiment envisager de les employer ensuite, un peu pour le luxe de la connaissance. Je veux dire, la connaissance du russe ne te sert à rien dans ton travail, mais tu peux lui trouver quelques emplois ainsi que pour photoshop. Je crois que dans ces cas là il faut savoir se fixer des petits défis pour pouvoir avancer, genre pour photoshop acquérir assez de maîtrise du logiciel pour pouvoir faire des photos canulars pour noël, ou le 1er avril, regarder la version russe de feuilletons connus (c’est un peu geek mais j’aimais bien, ça m’a fait avancer mine de rien) ou que sais-je. Je crois que les connaissances qui sont inemployées sont gâchées.
    Enfin, je pense fermement qu’il est normal et même sain de vouloir toujours progresser, mais il faut savoir apprécier aussi ce dont on est capable; pour reprendre l’exemple du dessin, tu peut très bien ne jamais être capable de dessiner correctement une fleur, mais ça ne veut pas forcément dire que ce que tu dessines n’est pas joli.

  4. Benoit dit :

    Bonjour Nina,

    J’ai juste envie de te poser la question suivante : Est-ce que tu t’aimes sincerement aujourd’hui ?

    Parce qu’au lieu de profiter a fond de l’instant present, tu te projettes dans le futur en voulant etre mieux, plus cultivee, plus, plus, plus.La vie c’est tout de suite, sinon tu rentres dans le cercle de l’eternelle insatisfaite.

    La meilleure facon d’etre « mieux » demain, c’est deja d’etre heureuse aujourd’hui.
    Cela revient a l’eternelle contradiction entre etre et faire. As-tu besoin de faire des tas de choses pour te sentir bien ? Ne te suffit-il pas d’etre juste toi, de ne rien faire, de te poser, d’eviter l’hyperactivite (mais aussi l’hypo) et juste te faire plaisir ici et maintenant ?

    Mmmmm … Le pouvoir du moment present !

    Benoit

  5. sheena dit :

    la vie est bien faite, je trouve. elle nous empêche de faire les choses « en plus » (agréables, mais peu utiles) pour qu’on en garde sous le pied pour la retraite !

  6. Sabrinouch dit :

    Bonsoir!
    Je viens de découvrir ce site par hasard en googlant « éternelle insatisfaite », et je suis restée bouche bée devant ce post tant j’avais l’impression de me reconnaître (Sabrina sort de ce corps!). Russe, couture, photoshop, (violoncelle) piano… C’est tout moi! J’ai donc voulu apporter ma contribution à partir de mon expérience perso, au risque que mon commentaire soit dépassé compte tenu de la date à laquelle le post a été édité (quoique je sois quasi sûre qu’à l’heure actuelle, l’affaire n’a pas fini d’être élucidée ^^).
    Je n’ai pas de solution au problème mais je crois, comme certains l’ont soulevé, que ce sentiment d’insatisfaction ressemble à de la sous-estimation de soi, un manque d’assurance. C’est un peu le nouveau mal de ce siècle, la quête de l’excellence. Ou alors à une peur de vieillir…

    Comme toi je suis heureuse dans ma vie avec mon chéri, mais plus le temps passe et plus j’ai l’impression de regarder en arrière. J’ai toujours été perfectionniste par nature mais j’ai de plus en plus de regrets, et j’ai surtout l’impression que finalement mon parcours est banal, que je n’ai rien accompli de « grandiose ». Un peu comme s’il y avait ce « potentiel » en moi (en toute modestie hein !) que je n’ai pas exploité en empruntant le chemin de la facilité, ou plutôt du « laisser couler ». Pourquoi ai-je laissé tomber le piano et la danse ? Pourquoi n’ai-je pas appris une langue étrangère de plus ? Pourquoi n’ai-je pas fait médecine comme je le voulais étant plus jeune ? Pourquoiiii ? Au final, j’aurais pu être polyglotte, championne de danse et virtuose dans heures perdues, mener une carrière de médecin humanitaire tout en écrivant un livre sur les progrès de la cardiologie de 1900 à 2000 (ah oui, j’ai oublié de dire que j’aimerai bien écrire !).
    24 ans et des regrets lol, ça peut paraître superficiel, mais j’ai tellement envie de plus, de mieux ! « Le luxe de la connaissance », c’est exactement ça. Mais pas par vanité, par peur de stagner ou par sous-estimation. Et malheureusement, la reconnaissance n’apaise pas. D’autant plus que j’ai l’impression que ce perpétuel questionnement n’est pas légitime.

    Enfin bref, après réflexion, je me dis donc que cela vient peut-être du fait qu’en me rapprochant de la 25aine, je franchis un nouveau cap : diplômes en poche, je fais mes débuts dans la vie active, je ne suis donc plus « étudiante » (fêtarde) ou jeune meuf de 20 ans (d’ailleurs on m’appelle « Madâme » quand je vais acheter le pain maintenant ! Grrr) ; ni même trentenaire ! Situation bancale… Peut-être as-tu l’impression que le temps passe plus vite et que tu ne pourras plus faire toutes ces choses, alors qu’au contraire ta vie prend plus concrètement un sens et se stabilise (plus, ou moins, de « choix » à faire). Tu as construit le plus gros. Et puis, la trentaine et la quarantaine sont connues pour être les périodes de l’Epanouissement de soi (enfin je crois).

    Voilà ! Commentaire un peu (beaucoup) long, mais si ça peut t’aider à comprendre pourquoi tu ressens cette insatisfaction…alors tant mieux ! Bon courage miss Bovary 😉

  7. Sabrinouch dit :

    Ah oui, sinon, je me demandais si ce n’est pas trop indiscret, dans quoi tu bosses ? Le management de projet ?!

    Waouw! je viens de rencontrer ma websister jumelle! (larme à l’oeil)

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