Entre les murs, de Laurent Cantet

Par Bobby

L’autre jour, de passage dans ma province natale, j’ai décidé d’aller voir Entre les murs, alors que, n’étant pas à Paris où je peux faire usage de ma précieuse carte UGC illimité, je devais payer 5 euro 50 pour une mauvaise salle toute pourrie, mais bon, c’est notre cinéma d’art et d’essai, on le soutient envers et contre tout.


A première vue, je dirais que ce qui m’a le plus interrogé en regardant le film, c’est une question de forme : comment arrive-t-on à mettre en scène un univers aussi réaliste (et proche en cela des films de Abdellatif Kechiche –L’esquive, La graine et le mulet…-), comme si la caméra s’était rendue invisible et observait des scènes de la vie courante, alors que l’intrigue est assez tendue pour que l’on sente que l’on est bel et bien dans la fiction ? Cantet lui-même semble regretter que la critique ne soulève que les aspects polémiques et sociétaux de son film, et n’explore pas assez la question du « drama » qui, pourtant, fait tenir Entre les murs et l’a placé en si haute estime dans le regard du jury de Cannes. J’en ai eu la preuve quelques instants après avoir visionné le film, quand un mec me dit « ouais mais bon, donner la palme d’or à un film aussi politique c’est pas top, un film comme ça c’est pas vraiment du cinéma ». Bon, déjà,
j’ai envie de répondre « va le voir avant de parler pov’ quiche ». Et alors là, je suis sidéré. Depuis quand le cinéma politique, en plus, c’est pas du cinéma ?

Et puis, ici, en l’occurence, c’est pas « politique », c’est davantage sociétal, voire même philosophique. La question de l’éducation, ses impasses, ses
beautés, ses souffrances, je pense pas que ça date d’hier. Ce film nous immerge dans une classe de 4e du collège Françoise Dolto (20e arrondissement de Paris), et l’on y suit le quotidien sur une année d’un professeur de français, François Marin (incarné par François Bégaudeau, ancien prof, et écrivain du roman Entre les murs dont a été tiré le film), et d’une bande d’élèves assez diversifiée, en plein dans l’âge du dindon (comme disent les espagnols), avec ses rapports de force permanents, ses cris, ses insultes, sa violence, mais aussi, parfois, ses moments d’écoute, des moments au cours desquels la bande de petits sauvages est happée et apprend des choses. C’est un film qui nous montre les erreurs du système scolaire, les failles humaines, à la fois des élèves, des profs,
des parents. Personne n’est parfait, en somme, mais exige que les autres le soient. La lourde question des sanctions et de la valorisation fait également rage. Comment tirer le meilleur de TOUS les élèves, même quand ceux-ci vous insultent, vous frappent, étalent leur bêtise, leur violence. Personnellement, ce qui m’a marqué, c’est la solitude des professeurs. On les jette en pâture dans l’arène, où leur moindre geste est analysé et moqué, ou leur savoir est souvent méprisé. Je pense qu’on manque cruellement de profs, et qu’en supprimer ne résoudra en rien le problème de l’éducation, le conflit entre les jeunes et les adultes, mais va, au contraire, l’agraver considérablement. Il faut des équipes pédagogiques plus conséquentes pour  inspirer plus de respect
aux élèves, parce que 4 guguss face à des hordes de gosses, ça le fait pas. D’un autre côté, le film ne prêche pas en faveur des Saints Profs. Il montre aussi leurs moments de mépris pour les élèves, leurs colères, leurs peurs. Je trouve que c’est les respecter davantage que de les montrer sous un aspect aussi humain. Car c’est de ça qu’ils manquent le plus, nos profs, de respect, avant tout. Avoir la volonté de transmettre le savoir, au lieu de le garder pour soi, c’est quand même le plus beau métier du monde.

N’ayez donc pas peur de vous confronter à un soi-disant « film politique ». Entre les murs invite à la réflexion, mais n’oblige personne à réflechir pendant le film (je dis ça pour les plus retors de la pensée !). Il vous fera rire, et peut-être même pleurer. Il saura vous maintenir en haleine
devant une simple salle de cours de français, et ça, franchement, c’est très fort.

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4 réflexions sur “Entre les murs, de Laurent Cantet

  1. Une copine, prof, trouve que c’est très construit justement, assez loin de sa réalité du métier à elle.

    Je ne suis pas encore allé le voir, peut-être que je me laisserai tenter, mais j’avoue ne pas trop accrocher de façon générale aux films qui sont l’objet de positionnement aussi forts en « pour » et « contre ». J’ai l’impression qu’on est forcé du coup à choisir soi-même un camp.

    Pour les parisiens, je renouvelle mon invitation à aller voir « Rumba » (au MK2 hautefeuille et peut-être ailleurs): c’est un autre genre, mais très délicat et tendre. ça devrait vous plaire si vous êtes sensible à la poésie d’un M. Hulot.

  2. Je suis moi aussi allez le voir très récement et je dois dire que j’ai été conquis comme je l’avait été avec « l’esquive » que tu cites dans ton article.
    En tout cas, pour tout ceux qui hésite, c’est un film qui se pose comme un état des lieux de l’école actuelle. D’ailleur, je pense que bon nombre de tecknokrate (pas sur pour l’ortographe, dsl =D) qui souhaites réformer l’école devrait se rendre en salle avant de dire des énormités aussi grosse qu’eux mêmes (supression de poste, retour a une discipline plus strict…).
    PEACE

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