Tes gosses, c’est ton seul avenir

L’autre jour, je vous parlais donc de mon été dissolu, mon dernier été avant la trentaine, donc. Je le poste en lien sur Facebook et là, je reçois ce commentaire-ci « faire la fête c’est bien mais pense à faire des enfants sinon, à 60 ans, tu regretteras de n’avoir rien fait de ta vie », en substance. Hein ? Ca veut dire que la seule chose que je puisse faire de ma vie, ce sont des enfants ?





Bon passons sur le côté potentiellement machiste de ce commentaire, je ne pense pas que cette personne m’ait dit ça parce que je suis une femme, il aurait tenu les mêmes propos avec un homme. Passons donc au cœur du message : ton avenir, c’est la perpétuation de tes gênes. Point. Sans ça, point de salut. Bon, tu peux adopter aussi, l’essentiel est d’élever une progéniture qui te rendra fier et qui justifiera ta venue sur Terre. Ainsi, notre vie pourrait être résumée comme ça : tu as deux buts dans la vie, être un bon fils (ou une bonne fille) et être un bon parent. Heu… au secours ?

Bon, côté bonne fille, ça va, je crois que j’ai pas mal assuré jusque là. J’ai fait des études et pas de délinquance, je n’ai tué personne et ma débauche ne laisse pas de trace. J’ai même des projets, un boulot… Non, ça va, de ce côté-là, j’ai pas à rougir. Mais de l’autre, par contre, on est mal barrés. Déjà, supposons que demain, je rencontre le père de mes futurs enfants et qu’on ne traîne pas à se reproduire. Qui me dit que la chair de ma chair va forcément me remplir de joie et d’allégresse ? Qui me garantit qu’ils ne vont pas tomber dans la drogue, le crime, faire des fugues ou lire Twilight ? L’éducation, c’est bien gentil mais ça fait pas tout et si mes gosses sont des ratés, moi, par voie de conséquence, j’aurai foiré ma vie. A la limite, je préfère dire que je l’ai déjà foiré et pas me reproduire, ça évitera une grande déception.



Plus sérieusement, je suis toujours étonnée par ce côté « la seule façon de faire quelque chose de sa vie, c’est de se reproduire ». Donc on peut dire que Beethoven, Van Gogh ou Gide n’ont rien fait de leur vie, pour ceux qui me viennent en tête. D’ailleurs, si on considère que je ne dépends plus de mes parents en aucune façon depuis plus de deux ans, ce qui me déconnecte un peu de mon rôle de bonne fifille, ai-je d’ores et déjà perdu deux ans de ma vie à ne pas me reproduire ? En tant qu’animaux, il est vrai que la vie c’est manger-dormir-forniquer en vue de procréer. Sauf que nous sommes un peu plus que ça. Nous avons la chance de pouvoir forniquer par simple plaisir, sans aucune visée procréatrice et sans attendre une période de fertilité, nos vies sont plus riches que la simple réalisation de nos besoins vitaux. Alors pourquoi faut-il encore qu’on nous explique par A+B que nos vies ne sont pas complètes si on ne participe pas à la création d’un nouvel être. Ok, il aidera à payer notre retraite (la mienne avant celle de son père, c’est moi qui vais souffrir pendant 9 mois,  sans compter l’allaitement, le corps déformé et le fait que chaque faux pas fera forcément de moi une mauvaise mère). Mais si je n’en fais pas, par manque d’envie ou parce que je n’ai jamais trouvé le père adéquat (je ne mélange pas mes gènes avec n’importe qui), est-ce que ma vie sera ratée ? Est-ce que ma carrière, ma vie privée, la réalisation de divers projets ne compteront pas face au
fait que dans l’arbre généalogique, je suis une branche morte ?  Je reviens, je vais me jeter par la fenêtre, ça ira plus vite.




Je trouve au fond assez triste de voir que même aujourd’hui, malgré tous les beaux discours, une personne sans enfants est une personne ratée alors qu’à mes yeux, si cette même personne n’a jamais ressenti le désir, l’envie de faire un gosse, je ne vois pas d’où il faudrait lui jeter la pierre. J’aurais plus tendance à conspuer ceux qui font des enfants « parce qu’il faut en faire » alors qu’ils n’en avaient pas envie et qu’ils risquent de faire des enfants malheureux car mal aimés. Ouais super.



Ceci étant, je viens d’avoir une conversation avec mon responsable qui me parlait d’une petite fille de 3 ans qui épluchait les légumes plus facilement que moi je ne tape sur un clavier et là, je me dis que les gosses, c’est pas si mal… A quel âge ça peut maîtriser l’aspirateur à votre avis ?

L’instinct de l’art

L’art, vaste sujet s’il en est. Tout être humain, quelle que soit sa culture, son vécu a une sensibilité à l’art, dans le sens large du terme. Evidemment, on a tous des préférences : je suis plus musique que cinéma, j’aime la photo, la peinture de la Renaissance italienne, la littérature mais pas tout… Bref, en matière d’art, aucune œuvre ne fait l’unanimité, on aime ou pas, on peut expliquer nos goûts et dégoûts si on nous demande (quoi que…). Parce qu’au fond, l’appréciation de l’art reste instinctive, du moins pour moi.

Le cas le plus flagrant de mon instinct en matière d’art concerne l’art contemporain (vaste mot pour désigner des choses très très différentes, je sais). Je n’ai jamais fait d’histoire de l’art, j’ai quelques connaissances mais elles ne sont pas pointues. Du coup, quand je vois une œuvre abstraite, elle me parle ou pas. Quand je vais à une expo, je préfère ne pas connaître d’abord la démarche de l’artiste pour ne pas me laisser polluer. Je sais, ça paraît un peu illogique : comment peut-on apprécier une œuvre si on ne connaît pas le processus qui l’a fait naître ? Mais moi, j’aime d’abord voir, me faire un avis instinctif et apprendre après le pourquoi du comment. Je ne suis pas une technicienne de l’art, je ne suis pas émue devant un Dali parce que de prime abord, ça ne me parle pas. Ses œuvres ne me laissent pas indifférente puisque quand je les vois, je ne me sens pas très à l’aise, c’est dérangeant et là, on peut au moins dire que l’artiste a déclenché une émotion. Mais me taper un musée Dali, je suis pas sûre. Alors dire qu’on n’aime pas Dali, c’est un peu un sacrilège mais c’est instinctif. De la
même façon, j’en ai parlé à Summer l’autre jour qui m’expliquait que petite, elle était allée voir une expo Van Gogh qu’elle avait détesté. Et c’est vrai que Van Gogh, ça fout vraiment mal à
l’aise à regarder.

Alors évidemment, si je dis que j’aime pas Dali et qu’on me traite d’inculte, honnêtement, oui. J’ai vraiment un fond minuscule de connaissances sur le sujet mais je pourrais pas soutenir une vraie conversation sur le sujet. Mais on aura beau m’expliquer sa technique, sa démarche, la symbolique d’un des tableaux, ça ne changera rien au fait qu’instinctivement, je n’aime pas. Je parle peinture mais ça marche pour tout. La musique par exemple. Quand j’achète un CD, je l’écoute d’une traite : si aucun titre n’accroche mon oreille c’est mauvais, mauvais signe. Comme je suis magnanime, je refais une écoute mais pas de doute : mauvais album. Et parfois, une écoute et je suis bouleversée, poils qui se hérissent, émotion. Récemment, j’ai écouté Erika Janunger et là, énorme coup de foudre. Bien sûr, je change d’avis parfois, une chanson que j’aimais pas de prime abord et à force de l’entendre, je finis par bien l’aimer mais je ne l’adorerai jamais, ça, c’est certain.

Allons plus loin. Parfois, la connaissance « scientifique » d’une œuvre artistique peut gâcher le plaisir. Quand on regarde/écoute une œuvre en étant attentif à la technique, en la replaçant dans la vie de l’artiste, on s’attache parfois trop aux détails et pas assez l’œuvre en elle-même. Les détails ont leur valeur, oui, mais ils sont à étudier dans un second temps. Par exemple, quand je regarde un De Vinci, je prends d’abord connaissance du tableau en entier avant de chercher le détail, le sfumato… Tout comme un morceau de musique, je l’écoute d’abord avant d’être plus sensible à la rythmique, au travail de tel ou tel instrument, la production… C’est comme la cuisine. Quand je mange un plat, je me régale (ou pas), je m’amuse pas à deviner quelles sont les épices dans la sauce et en déterminer la proportion de chaque. Si je trouve ça trop délicieux, je demande la recette. Sinon tant pis, je cuisine jamais de toute façon. Bon, évidemment, des fois, connaître la vie de l’auteur permet de donner un éclairage encore plus intéressant sur sa vie comme là, je lis un livre sur l’enfance de Moravia, un livre-entretien qu’il a eu avec sa deuxième épouse, Dacia Maraini. Ben je le trouve encore plus fascinant. Non pas qu’il ait eu une vie fascinante mais juste que ça le rend encore plus humain. Mais en lisant ses romans (j’en ai encore en attente, héhé), je n’y penserai peut-être pas.