Physiologique ou psychosomatique ?

Il y a quelques temps, je vous parlais sur ce blog de ma terreur de la grossesse et du déni de grossesse. Et ben voilà, force est de constater que mes règles ont dix jours de retard. D’abord paniquée, je réfléchis : je n’ai pas eu de sexe depuis quasiment deux mois et j’ai eu mes règles entre temps. Mais ça me suffit pas, donc je continue à cogiter. Ces 9 derniers mois (oui, les dénis de grossesse ne durent pas trois ans), j’ai eu 5 partenaires, ça nous ferait 5 candidats potentiels à la maternité. Bon, l’un d’entre eux n’a jamais joui en moi, on l’élimine, n’en reste que 4.

– Candidat 1, période non féconde (juste après mes règles), aucune capote explosée déclarée

– Candidat 2, période non féconde (juste avant mes règles), aucune capote explosée déclarée

– Candidat 3, période non féconde (juste avant mes règles), aucune capote explosée déclarée

– Candidat 4, période non féconde (juste après mes règles), aucune capote explosée déclarée

Quand je dis juste avant ou juste après, c’est vraiment une question de jour. Quant à la capote déchirée, en général, quand ça arrive, on le sait. Monsieur se retire et lâche un « hé merde » explicite en regardant les lambeaux de latex parant son pénis. Donc même si la capote avait un petit trou qu’on n’a pas vu, M. Ogino m’expliquerait que je ne risque rien.

Ceci étant, je continue de cogiter (bon, ok, ça m’occupe). Et si j’accouchais un jour ? Bon, candidat 1 sera éliminé en février (oui, grossesse, toujours neuf mois), candidat 2 en avril, candidat 3 et 4 en juin. Bon, sauf accouchement prématuré, la naissance du petit pourrait donner un indice du bébé. Mais si c’était un prématuré, comment savoir qui est le papa ? Bon, s’il est un peu bronzé, c’est candidat 4, aucun doute, le seul qui n’est pas Européen pur jus. S’il a les yeux marrons, ce sera candidat 1 ou 4, les yeux verts ou bleus, candidat 2 ou 3. Ma vie ressemble aux Feux de l’Amour, des fois.

Bon, en fait, je pensais ça jeudi soir alors que je m’endormais et ça m’amusait un peu, en fait. Parce que je le sais que je suis pas enceinte. Oui, si on excepte ce petit retard, je n’ai aucun autre symptôme : mes seins n’ont pas grossi (Dieu merci, ma mère faisait quand même du 120 pendant sa grossesse), je n’ai pas vomi depuis ma cuite d’août, je n’ai pas grossi un poil et j’ai pas la ligne brune sur le ventre. Oui parce que les femmes enceintes ont une ligne brune verticale sur le bidou. Toi aussi, cultive-toi sur les vingtenaires (pour une fois que je peux faire ma merdeuse sur du médical). Et puis j’ai pas les hormones en furie, je n’ai pas d’envies étranges, tout va bien.  Mais pourquoi ce retard ? Je vois deux raisons majeures :

– psychosomatique : j’ai parlé de déni de grossesse et pif, paf, je me fais une petite grossesse nerveuse ou équivalent. Ce qui m’inquiète sur ma propre santé mentale, je commence à me demander si je devrais pas aller dans un endroit où une gentille personne m’allonge sur un canapé et me demande de lui raconter mon enfance.

– physiologique : bon, jeune, j’avais un cycle long (35 jours). Depuis un ou deux ans, j’ai du 28 jours ou à peu près mais j’ai jamais été régulière comme une horloge. Et puis, en plus, en ce moment, je fais un régime et même si j’ai pas perdu 10 kg en trois jours, ça peut jouer aussi. Parce que mine de rien, les règles, c’est très aléatoire : une contrariété et paf, elles peuvent débarquer. Non mais les filles combien d’entre vous ont eu leurs règles pendant les exams ? Moi, ce fut à peu près systématique (notamment brevet et bac, je me souviens bien).

Bref, pour ce samedi, je t’offre un article intime et pas forcément hyper glam’… Mais ça fait partie de la vie aussi.

 

Vous reprendrez un peu de féminisme ?

Bon, aujourd’hui, j’ai pas envie de parler sexe ou amour. Pas du tout parce que je suis frustrée ou aigrie, juste qu’il faut savoir varier les plaisirs quand même. Une récente conversation avec un ami a dérivé sur le féminisme, je me dis qu’il est temps d’aborder ce sujet.

 

En tant que femme libérée des années 2000, je me dois d’être féministe. Mais quand je vois les hystériques des chiennes de garde, j’avoue que je ne suis pas très emballée… Ouais, certaines pubs sont sexistes mais y a quand même des sujets plus graves à traiter en priorité. J’ai parfois l’impression que nos chiennes se contentent de couper les branches mortes plutôt que de soigner l’arbre. Ces combats sont hyper médiatiques, c’est sûr qu’interdire une pub Babette (je la lie et je la fouette), ça fait du bruit. Mais bon, ces bonnes femmes se penchent-elles sur des problèmes plus graves comme les femmes battues ou les pauvres gamines dans les cités qui se mettent à porter le voile pour pas être emmerdées par les garçons. Pour ça, y a « ni putes, ni soumises », mouvement né dans la cité, Dieu merci.

 

Dans les années 60 et 70, la cause féminine a été défendue par le MLF, « Mouvement de Libération des Femmes » dont on a pu mesurer la réussite : légalisation de la
pilule et de l’avortement, criminalisation du viol… Donc un bilan positif. Mais les méthodes ne sont-elles pas discutables ? Lors d’une conférence d’un médecin anti-avortement, elles avaient
débarqué dans la salle et lui avaient jeté de la viande à la figure pour représenter des fœtus. Pas très fin… Ceci étant, si on regarde en arrière, toutes les grandes causes n’ont pas toujours
fait dans la dentelle. Personnellement, je ne me permettrai pas de remettre en cause leurs méthodes puisque j’étais pas née et rien n’indique que je n’aurais pas applaudi des deux mains ce genre
d’agissements à l’époque. Mais ce qui me dérange dans le féminisme de la vieille école (dans lesquelles je range les chiennes de garde), c’est que pour obtenir des droits pour les femmes, on se
bat contre les hommes. Eradiquons le dictateur phallocrate ! Il est évident que le combat féministe se fait contre une société machiste et il y a encore beaucoup à faire. Ceci étant, au lieu
de mettre en place une guerre des sexes systématique et stérile, pourquoi ne pas tendre la main aux hommes ? De nombreux hommes sont préoccupés par la cause féministe et veulent faire
changer les choses comme nous. Pourquoi les foutre en dehors du coup sous prétexte qu’ils ont un pénis entre les jambes ? « Ni putes ni soumises » l’a bien compris mais le problème
de ce mouvement, c’est qu’on le cantonne aux cités. Or les problèmes que le mouvement souligne dépasse le simple contexte de cité.

 

Car c’est pas toujours facile d’être une femme aujourd’hui. Bon, en France, on n’est pas les plus mal loties mais c’est pas une raison pour ne rien faire. Bon, sans parler du côté pénible du « je peux pas mettre une jupe sans le faire emmerder », il y a quand même un sacré problème sur le marché de l’emploi. Outre la question des salaires, il y a une vraie discrimination à l’embauche. Au début de l’été, je déjeunais avec Simon, le président de l’asso, et Gabrielle, une attachée de presse qui bosse avec nous. Gabrielle a 30 ans, mariée depuis peu. Et là, elle m’explique qu’elle a eu beaucoup de mal à trouver du boulot car pré-trentenaire et jeune mariée, les recruteurs prenaient peur : celle-là, elle va faire un bébé ! Elle a même fini par remplacer le « mariée » par « célibataire » sur son CV pour trouver un emploi. Et là, j’ai peur car je vais bientôt rentrer dans la zone fatidique des 27-30 ans où on n’embauche pas de femmes de peur d’une grossesse. Je veux pas dire mais c’est pas parce que je suis en âge de me reproduire que je vais le faire ! Par ailleurs, le congé parental, c’est plus forcément la mère qui le prend. Enfin, qu’est-ce que c’est que ce procès d’intention ? Comme je disais à l’ami avec qui j’en parlais l’autre jour : « est-ce qu’on refuse d’embaucher un automobiliste car il risque de mourir dans un accident ? ». Ouais, j’assume mes comparaisons pourries. C’est quand même hallucinant aujourd’hui que dans une société où on a tous les outils pour maîtriser notre fertilité, on nous colle encore dans le rôle traditionnel de la maternité.

 

Et pourtant. L’autre jour, je lisais « Génération 69 » qui consacre un paragraphe au féminisme, justement, et qui rapportait le témoignage d’une jeune femme qui avait quitté le MLF car elle désirait avoir un enfant et que ses copines la regardaient avec dédain : un enfant ? Beurk ! Alors outre le rejet des hommes, le féminisme doit aussi faire fi de nos envies personnelles ? Ce n’est pas parce que je suis une femme que je veux forcément un enfant. Mais ce n’est pas parce que je suis une féministe que je n’en veux pas. Parce que le côté féministe « je rejette tout ce qu’il y a de féminin en moi », je trouve ça un peu ridicule. Le but n’est pas de nier notre statut de femme mais de promouvoir notre place dans la société ! Alors après, je pourrais refuser de m’épiler pour ne pas obéir aux canons de beauté imposés par la société (comprenez, les hommes) mais moi, je trouve mes jambes plus jolies sans poil. Je me souviens d’un cours de sociologie des femmes quand j’étais en licence, une hystérique expliquait fermement qu’elle refusait de repasser les affaires de son mec et de faire la cuisine, suivant ses idéaux féministes. Ben, moi, c’est con, mais cuisiner un petit plat pour mon chéri, ça me fait plaisir. Ca veut pas dire que ça doit être à moi de le faire systématiquement mais cuisiner (et réussir) un plat pour deux, je trouve ça assez agréable.

 

Bref, quand je vois certains combats d’arrière-garde, je comprends que certaines (et certains) ont du mal à se définir comme féministes. Car après tout, le combat ne devrait-il pas permettre à toutes les femmes, quelles que soient leurs origines et leur milieu social, de pouvoir vivre normalement et d’avoir les mêmes droits que les hommes ? Si, évidemment. Mais y a des jours où c’est pas évident. Mon féminisme à moi, c’est juste de pouvoir faire ce que je veux sans être gênée parce que j’ai un vagin. Et si un jour je veux un enfant, qu’on me laisse faire.

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