Les blondes mieux payées, les rousses plus chaudes

Aaaaaaah, les sondages, les statistiques, on aime ça ! On peut en trouver un peu sur tout et n’importe quoi, du moment que quelqu’un paie. Je suis sûre qu’en cherchant, on trouvera sans soucis des stats sur les amateurs de courgettes. Certes, pourquoi pas. Mais voilà, je découvre certaines statistiques et sondages sur les femmes et là, je suis un peu plus énervée. Hop, je passe en mode féministe.

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Alors voilà, récemment, j’ai lu que les hommes considéraient que les rousses étaient les femmes les plus torrides (cette info n’a rien à voir avec ma nouvelle couleur de cheveux), cette même info expliquait que les brunes faisaient de plutôt bonnes épouses et les blondes de charmantes maîtresses. Paie ton cliché. Bon soit, on a dit de classer les femmes par couleur de cheveux, à question con, réponse con. Et là, j’apprends qu’une stat prouve que les blondes sont mieux payées que les autres femmes. Ah. Je me serais donc trompée de couleur de cheveux, manifestement. Mais la question est surtout : pourquoi on ne pose pas la même question pour les hommes ?

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C’est vrai, moi, je veux savoir qui des blonds, des bruns ou des roux sont les meilleurs au lit (bien que je doute d’une réalité scientifique…), lesquels ont la capillarité la plus rentable… Pourquoi personne ne pense à poser ces questions pour les hommes ? Tu le sens où je veux en venir. Ouais, voilà, je trouve ça sexiste. Et en même temps assez révélateur de cette éternelle volonté de toujours coller la femme à sa superficialité, en l’occurrence sa couleur de cheveux (mais on n’a même pas précisé si c’était des vraies blondes ou vraies rousses en plus).

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Je n’ai pas trop entendu de réactions sur ce genre de stats, sans doute y a-t-il plus grave, à moins que personne ne voie le mal sauf moi… Pourtant me réduire à une couleur de cheveux, ça m’agace surtout que j’en change souvent et que j’ai pas noté de variation de salaire (enfin, si mais c’est pas lié à ma nouvelle rousseur mais à l’augmentation annuelle).
Bon, j’ai effectivement plus de regards allumeurs depuis que je suis rousse mais je crois que c’est juste parce que ça me va mieux que ma vraie couleur (enfin moi je trouve mais je m’aime toujours plus en cheveux foncés. Mais ce n’est point le sujet). Je suis sûre qu’en cherchant bien, je vais trouver des stats sur salaire et longueur de jambe et tour de poitrine. Donc si je résume bien, finalement, peu importe mes compétences en tant qu’individu du moment qu’en temps que femme, j’ai la bonne couleur de cheveux ? Pardon, je vais vomir, je reviens.


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Je sais que y a pas de quoi s’énerver plus que ça, c’est bien moins grave que la lutte pour protéger les femmes battues, par exemple, mais je trouve que c’est quand même assez symptomatique d’une société qui a du mal à sortir du modèle patriarcal et qui continue à placer la femme dans une dimension esthétique. Moi, ça me ferait limite plaisir que ma seule fonction professionnelle soit de faire joli mais ce n’est pas le cas. Je crois (j’espère) que mon salaire est plus fonction de mon travail que de ma couleur de cheveux (j’étais de quelle couleur quand j’ai signé ?)… Mais bon, apparemment, cette légère donnée a échappé aux commanditaires de cette étude. Peut-être était-ce une marque de colorant pour cheveux.

Vous reprendrez un peu de féminisme ?

Bon, aujourd’hui, j’ai pas envie de parler sexe ou amour. Pas du tout parce que je suis frustrée ou aigrie, juste qu’il faut savoir varier les plaisirs quand même. Une récente conversation avec un ami a dérivé sur le féminisme, je me dis qu’il est temps d’aborder ce sujet.

 

En tant que femme libérée des années 2000, je me dois d’être féministe. Mais quand je vois les hystériques des chiennes de garde, j’avoue que je ne suis pas très emballée… Ouais, certaines pubs sont sexistes mais y a quand même des sujets plus graves à traiter en priorité. J’ai parfois l’impression que nos chiennes se contentent de couper les branches mortes plutôt que de soigner l’arbre. Ces combats sont hyper médiatiques, c’est sûr qu’interdire une pub Babette (je la lie et je la fouette), ça fait du bruit. Mais bon, ces bonnes femmes se penchent-elles sur des problèmes plus graves comme les femmes battues ou les pauvres gamines dans les cités qui se mettent à porter le voile pour pas être emmerdées par les garçons. Pour ça, y a « ni putes, ni soumises », mouvement né dans la cité, Dieu merci.

 

Dans les années 60 et 70, la cause féminine a été défendue par le MLF, « Mouvement de Libération des Femmes » dont on a pu mesurer la réussite : légalisation de la
pilule et de l’avortement, criminalisation du viol… Donc un bilan positif. Mais les méthodes ne sont-elles pas discutables ? Lors d’une conférence d’un médecin anti-avortement, elles avaient
débarqué dans la salle et lui avaient jeté de la viande à la figure pour représenter des fœtus. Pas très fin… Ceci étant, si on regarde en arrière, toutes les grandes causes n’ont pas toujours
fait dans la dentelle. Personnellement, je ne me permettrai pas de remettre en cause leurs méthodes puisque j’étais pas née et rien n’indique que je n’aurais pas applaudi des deux mains ce genre
d’agissements à l’époque. Mais ce qui me dérange dans le féminisme de la vieille école (dans lesquelles je range les chiennes de garde), c’est que pour obtenir des droits pour les femmes, on se
bat contre les hommes. Eradiquons le dictateur phallocrate ! Il est évident que le combat féministe se fait contre une société machiste et il y a encore beaucoup à faire. Ceci étant, au lieu
de mettre en place une guerre des sexes systématique et stérile, pourquoi ne pas tendre la main aux hommes ? De nombreux hommes sont préoccupés par la cause féministe et veulent faire
changer les choses comme nous. Pourquoi les foutre en dehors du coup sous prétexte qu’ils ont un pénis entre les jambes ? « Ni putes ni soumises » l’a bien compris mais le problème
de ce mouvement, c’est qu’on le cantonne aux cités. Or les problèmes que le mouvement souligne dépasse le simple contexte de cité.

 

Car c’est pas toujours facile d’être une femme aujourd’hui. Bon, en France, on n’est pas les plus mal loties mais c’est pas une raison pour ne rien faire. Bon, sans parler du côté pénible du « je peux pas mettre une jupe sans le faire emmerder », il y a quand même un sacré problème sur le marché de l’emploi. Outre la question des salaires, il y a une vraie discrimination à l’embauche. Au début de l’été, je déjeunais avec Simon, le président de l’asso, et Gabrielle, une attachée de presse qui bosse avec nous. Gabrielle a 30 ans, mariée depuis peu. Et là, elle m’explique qu’elle a eu beaucoup de mal à trouver du boulot car pré-trentenaire et jeune mariée, les recruteurs prenaient peur : celle-là, elle va faire un bébé ! Elle a même fini par remplacer le « mariée » par « célibataire » sur son CV pour trouver un emploi. Et là, j’ai peur car je vais bientôt rentrer dans la zone fatidique des 27-30 ans où on n’embauche pas de femmes de peur d’une grossesse. Je veux pas dire mais c’est pas parce que je suis en âge de me reproduire que je vais le faire ! Par ailleurs, le congé parental, c’est plus forcément la mère qui le prend. Enfin, qu’est-ce que c’est que ce procès d’intention ? Comme je disais à l’ami avec qui j’en parlais l’autre jour : « est-ce qu’on refuse d’embaucher un automobiliste car il risque de mourir dans un accident ? ». Ouais, j’assume mes comparaisons pourries. C’est quand même hallucinant aujourd’hui que dans une société où on a tous les outils pour maîtriser notre fertilité, on nous colle encore dans le rôle traditionnel de la maternité.

 

Et pourtant. L’autre jour, je lisais « Génération 69 » qui consacre un paragraphe au féminisme, justement, et qui rapportait le témoignage d’une jeune femme qui avait quitté le MLF car elle désirait avoir un enfant et que ses copines la regardaient avec dédain : un enfant ? Beurk ! Alors outre le rejet des hommes, le féminisme doit aussi faire fi de nos envies personnelles ? Ce n’est pas parce que je suis une femme que je veux forcément un enfant. Mais ce n’est pas parce que je suis une féministe que je n’en veux pas. Parce que le côté féministe « je rejette tout ce qu’il y a de féminin en moi », je trouve ça un peu ridicule. Le but n’est pas de nier notre statut de femme mais de promouvoir notre place dans la société ! Alors après, je pourrais refuser de m’épiler pour ne pas obéir aux canons de beauté imposés par la société (comprenez, les hommes) mais moi, je trouve mes jambes plus jolies sans poil. Je me souviens d’un cours de sociologie des femmes quand j’étais en licence, une hystérique expliquait fermement qu’elle refusait de repasser les affaires de son mec et de faire la cuisine, suivant ses idéaux féministes. Ben, moi, c’est con, mais cuisiner un petit plat pour mon chéri, ça me fait plaisir. Ca veut pas dire que ça doit être à moi de le faire systématiquement mais cuisiner (et réussir) un plat pour deux, je trouve ça assez agréable.

 

Bref, quand je vois certains combats d’arrière-garde, je comprends que certaines (et certains) ont du mal à se définir comme féministes. Car après tout, le combat ne devrait-il pas permettre à toutes les femmes, quelles que soient leurs origines et leur milieu social, de pouvoir vivre normalement et d’avoir les mêmes droits que les hommes ? Si, évidemment. Mais y a des jours où c’est pas évident. Mon féminisme à moi, c’est juste de pouvoir faire ce que je veux sans être gênée parce que j’ai un vagin. Et si un jour je veux un enfant, qu’on me laisse faire.

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