La mélodie du bonheur

Par Diane

Françaises, français, belges, belges, vingtenaires, vingtenettes, aujourd’hui est un grand jour: j’ai trouvé la recette du bonheur. Si.

Il se trouve que ça a l’air d’être une constante chez le moindre organisme vivant doté d’un cerveau et d’une conscience; homme, femme, enfant,vieux, jeune, socialiste,mexicain ou comptable: le bonheur.

Pascal, quand il pense, dit: « tous les hommes recherchent d’être heureux; cela est sans exception…C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre… », et oui, on est prêt à faire tout et n’importe quoi pour quelques gouttes d’endorphines dans le cortex: être con, stupide, intelligent, spirituel, borné, infidèle ou martyre,  quitter femme et
enfants, lécher les bottes d’un dictateur,  trahir son meilleur ami, tout sacrifier pour son meilleur ami,manger de la gelée à la menthe, bref, quoi qu’il fasse faire pour avoir sa dose, jusqu’à ce qu’on soit satisfait, et que notre petit bonheur se fasse de nouveau la malle pour laisser place à un énoooorme vide fait de déprime et de désespoir, qu’on va se dépécher de vouloir effacer derechef, etc etc.

Alors après, qu’est ce que le bonheur, si on commence à disserter là dessus on est franchement pas couché et moi j’ai un quota d’heures de sommeil à respecter, donc je me permettrais de zapper cavalièrement la question, étant donné qu’on doit pouvoir trouver environ 45784 réponses différentes, et qu’on aille chercher son bonheur chez Régine, dans le droit des affaires (non mais franchement…) ou dans la choucroute congolaise, ça me regarde pas laissez moi tranquille j’aime pas la choucroute. (N.B: raindrops on roses and whiskers on kittens, bright copper kettles and warm wollen mittens, brown paper packages tied up with strings, these are a few of my favourite things…)

Mais LA question la plus intéressante et la plus pragmatique étant surtout: comment le bonheur? Alors là, on peut aller à la bibliothèque et lire Platon, aristote, epicure, Spinoza, Diderot, cyrulnik, Comte, sponville et j’en passe… mais là, ça dépasserait quand même gravement mon quota d’heures de sommeil, surtout que je n’ai pas trouvé la recette magique chez Platon epicure Spinoza Diderot Cyrulnik Comte-Sponville et j’en passe, que nenni (et pas seulement le cheval), mais chez Poe. Edgar Haleine Poe, qu’il l’avait mauvaise contre l’atroce angoisse despotique des longues soirées d’hiver (veuillez m’excuser chers lecteurs pour l’ignoble jeu de mots qui s’est glissé dans la proposition précédente, moi je cherche le bonheur dans les jeu de mots) et qu’il a énoncé, dans une de ses nouvelles, une théorie intéressante.

Dans cette nouvelle, (intitulée le domaine d’Arnheim), le naratteur raconte la vie de son ami Ellison, qui s’est avéré avoir traversé la vie favorisé par une « brise de prospérité » et totalement heureux, et il nous révèle la recette du bonheur d’Ellison, qui s’avère être le résultat d’un « système préconçu ».

Il apparaît alors qu’Ellison a vécu sa vie invariablement selon 4 principes, qu’il jugeait être les quatre conditions élémentaires de félicité.

….je vous sens, lecteurs, je vous sens trépigner d’impatience et tout fébriles d’émotion extatique devant l’imminence de la révélation qu’Edgar a offerte au monde aveuglé par trop de choucroute congolaise et d’épisodes de desperate housewives. (non mais sérieusement, susan est vraiment trop gourde, ça commence à m’exaspérer, et j’ai envie de foutre la tête de la fille de Tom dans le
caniveau. Ahhh jvous jure, heureusement qu’il y a Lynette. J’ai grand espoir qu’elle finisse par effectivement foutre la tête de la fille de Tom dans le caniveau). Je ne jouerai donc pas plus longtemps avec vos petits nerfs fragiles et m’en vais vous livrer les quatre ingrédients de la fameuse recette du bonheur selon Poe:

1/La simple condition physique, du libre exercice en plein air. La prise en compte du corps donc, qui doit s’épanouir au contact de la nature et ainsi permettre un terrain fertile pour l’harmonie avec l’esprit. (et là je me demande: et pour ceux qui ont le rhume des foins??) J’sais pas pour vous, mais pour moi c’est mal barré, enfant de la pollution (le nez au vennnt, je respire à fonnnnd),
mais effectivement je reconnais qu’à chaque fois que je m’évade de ma banlieue Nord pour aller m’enterrer dans un endroit tout désert et tout vert où ça capte même pas le WIFI (voire-j’ose à peine le dire- le téléphone), eh bien je ressens une certaine béatitude sereine à déambuler parmi les petits chemins qui sentent la noisette et l’herbe mouillée.

2/L’amour de la femme. Bon, là, je vous sens venir, « ouiiiii c’est n »importe quoiiii, l’amour ça apporte que des emmerdeeees, ça rend malheureux, toutes des salopes/tous des connards (rayez la mention ridicule) fais chier bordel mieux vaut être seul que mal accompagné et puis zut ». Certes, vous n’avez pas tout à fait tort, mais déja laissez moi vous dire que ce n’est pas une raison pour
être vulgaire, et ensuite il est avéré que, au bout du compte, quoiqu’on puisse râler et dire, on rêve tous de l’autre, et quand on se remémore les moments les plus heureux de notre vie, bah c’était rarement des moments où on était seul…

3/La troisième condition (la plus difficile à réaliser selon Ellison) est le mépris de toute ambition. Alors j’imagine qu’on pourrait placer dans cette case tout ce qui est « le pouvoir/l’argent/la célébrité n’apportent pas le bonheur »…, et surtout dans le sens  où l’ambition n’est jamais satisfaite, qu’on veut toujours plus, et qu’on reste bloqué dans un sentiment de « manque » à combler etc…et qu’au final l’attitude la plus raisonnable semblerait d’essayer tout simplement d’aimer ce qu’on a et ce qu’on est, sans passer sa vie à se soucier de ce que l’on
pourrait avoir/être.

4/L’objet d’une poursuite incessante. Avoir dans la vie quelque chose pour laquelle on se passionne et pour laquelle on se fixerait un but. Ellison, pour sa part, a pour « objet de poursuite incessante » la création de ce qu’il nomme un « jardin-paysage », une forme nouvelle de beauté où il se donnerait pour mission de corriger les défauts de composition d’un paysage, créer une sorte de paradis naturel fait pour charmer les sens.

Bref, voilà ma découverte du jour, faites-en ce qu’il vous (en)chante!


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Envie d’amour ?

Le célibat, ça a du bon. Je peux me faire du chèvre chaud au dîner, si je veux, prendre des bains pendant deux heures en me délectant de mon Cosmo (le magazine, pas le cocktail), je n’ai pas froid dans mon lit grâce à mon super pyjama. Si je veux sortir le soir, je ne dois rendre de compte à personne. Mais c’est pas pour autant qu’on n’aspire pas à l’amour.
 
Adolescente, j’étais perpétuellement amoureuse, toujours du beau gosse là-bas qui n’avait aucune connaissance commune avec moi. Par exemple, en seconde, j’étais « folle amoureuse » (enfin, comme une ado de 16 ans, quoi) d’un gars qui s’appelait Pierre, je ne sais plus comment j’ai su son nom. Il était beau, brun, peau mate, yeux noirs qui brillent, très grand (plus d’un mètre 90), un peu maigre mais peu importait. Je passais mes récréations à le mater, quand il quittait enfin le fumoir où je n’allais pas (je ne fumais pas, à l’époque). Nombre de fois, j’ai joué dans ma tête notre histoire d’amour mais à l’arrivée, le seul mot que je lui ai adressé fut un « pardon » après l’avoir percuté sans même le faire exprès (je parlais avec Cécile, je ne regardais pas ce qu’il se passait devant).
 
La semaine dernière, je lisais le blog de la salopette qui est une fille fantastique, future meilleur amie de Gauthier et moi (elle est pas au courant mais c’est comme ça). Elle expliquait dans un article qu’elle était plus amoureuse du sentiment amoureux que d’un homme et là, je me dis : mince, c’est carrément mon cas ! J’adore, quand je suis amoureuse, rêvasser pendant deux heures à l’homme qui a réveillé mon petit cœur. Petit point de sémantique avant de continuer : pour moi, être amoureuse signifie avoir le béguin, en aucun cas, c’est synonyme d’aimer. Donc, quand je suis amoureuse, je reste deux heures à rêvasser dans mon lit en imaginant, par exemple, notre premier baiser. J’imagine : nous sommes sur le quai du métro à attendre ma rame, on discute et au moment de se dire au revoir, au lieu de se faire la bise, on s’embrasse langoureusement. Enfin ! Depuis le temps que j’attendais, que j’essayais d’envoyer des signes clairs sur mes désirs. Du coup, la rame repart et on est toujours là. Du coup, au lieu de me laisser là, il m’embarque chez lui ou me suit chez moi (j’aurai fait le ménage, entre temps parce que là…). Ou alors après un resto ou un verre dans un bar, il me propose « innocemment » d’aller prendre un dernier verre chez lui et « innocemment », j’accepte. Forcément après, assis sur le même canapé, collés l’un à l’autre, les lèvres se rapprochent et voilà. Ou alors, nous nous promenons au bord de la Seine car il fait beau mais j’ai froid donc je le fais savoir et il me frictionne gentiment les bras. Je mets plein d’étoiles dans les yeux histoire qu’il comprenne qu’il est alors temps de m’embrasser (note pour moi-même, ne pas mettre mon chapeau ce jour-là, on ne voit pas bien mes yeux) et comme on ne me résiste pas, il s’exécute. Bon, voilà, ça ne se passe jamais comme on le prévoit mais ça réchauffe le cœur et c’est tout ce qu’on demande. Vous noterez aussi que c’est jamais moi qui embrasse mais du haut de mon mètre presque soixante, je ne peux voler de baisers à personne.
 
Au lycée, fallait toujours que je sois amoureuse pour pouvoir rêver en cours. Quand je n’avais personne en vue, je m’ennuyais. Etre amoureuse, c’était avoir envie de me lever le matin pour l’apercevoir à la récréation. Etre amoureuse, c’était maudire les vacances car je ne le voyais pas pendant tout ce temps. Etre amoureuse, c’était être légère comme une plume, toujours de bonne humeur, même si je n’allais pas parler à l’objet de mes désirs. Au fond, peu importait que ce fantasme ne se réalise pas, l’essentiel, c’était d’avoir de quoi rêvasser. Le moindre regard étranger me rendait ivre de bonheur. Je me souviens, en terminale, j’avais craqué pour un gars qui s’appelait Pierre (décidément…) et qui prenait le même bus que moi. Un soir, je me suis assise à côté de lui et je lui ai parlé deux minutes. Aujourd’hui, je me dis que c’était limite ridicule mais à l’époque, je suis rentrée chez moi en volant, tellement j’étais euphorique, je m’étais jetée sur mon téléphone pour raconter ça à Cécile. Et pendant quinze jours, j’étais sur mon petit nuage.
 
La pire chose qui pouvait arriver, c’était le râteau. Parce que, là, le rêve s’arrêtait net et je me sentais soudain vide. Pourquoi me lever le matin ? Juste pour écouter ma prof de philo m’expliquer la pensée de Pascal ou St Augustin ou résoudre quelques équations de maths avec des intégrales ou des dérivés. On a connu plus passionnant. Mais bon, ça, je l’ai déjà expliqué dans un autre article il y a quelques mois. Maintenant, j’ai la sensation d’avoir grandi et je suis moins à la recherche de ses amours fantasmés, j’ai plus envie d’une vraie histoire. Le célibat ne me pèse pas, ce qui évite que je me jette au cou du premier venu, mais c’est vrai que là, j’ai envie d’une belle histoire, qui dure ou pas. J’ai envie d’un mec qui s’intéresse à moi et pas uniquement à ce qui se cache dans mon string. Peut-être parce qu’un mec qui en veut juste à ma vertu, c’est facile à trouver alors qu’un mec qui m’aime, c’est bien plus dur. J’ai envie de belles choses, de passer une soirée peinarde avec mon chéri à m’endormir dans ses bras, à parler jusqu’au milieu de la nuit de tout et de rien, de rigoler de bêtises qui n’amusent que nous, de se promener main dans la main dans Paris ou ailleurs.
 

J’en parlais avec Gauthier l’autre soir, alors que nous étions un peu saouls et que nous papotions au téléphone avec la pauvre Emma. « Moi, j’ai envie d’amour. J’ai envie d’aimer ! » nous explique-t-il. Ben, voilà, moi aussi. Au fond, ce n’est pas tant ma libido qui est en panne mais plus une envie de quelque chose de magique, plus qu’une simple brouette. Voilà pourquoi quand Laurent me parle de triolisme ou de n’importe quoi qu’il a envie de me faire, je reste de marbre. Je lis une scène de sexe dans Glamorama, ça m’excite pas du tout (faut dire que ça fait beaucoup trop film porno, cette scène, aucun intérêt à mon goût). Mais penser à un baiser passionné sur le quai du métro ou celui de la Seine, je vibre comme une ado. J’ai envie de moments tous doux, d’un mec qui est là quand j’ai passé une mauvaise journée pour me divertir, un mec pour qui je serais là quand il a passé une mauvaise journée pour le divertir. Un gars qui me fait rire, un gars qui me fait vibrer. Un gars que je passerais des heures à regarder en me disant qu’il est quand même beau et que je suis tellement heureuse dans ses bras que je pourrais y passer toute ma vie. De temps en temps, il me regarderait d’un air serein et là, je me sentirais la plus belle du monde. Et puis on aura de merveilleuses brouettes. Parce que le sexe en couple, ce n’est pas forcément le sexe pépère, ça peut au contraire être de fantastiques galipettes parce que le sexe avec de la complicité et de l’amour, ça prend vraiment une autre dimension.

Après, peut-être qu’on vivra ensemble, peut-être pas. Peut-être qu’on se mariera, peut-être pas. Car peu importe la finalité. Une belle histoire ne l’est pas parce que ça se termine par : « et ils vécurent heureux et eurent trois enfants » mais parce qu’il n’y a presque eu que de bons moments. Sinon, cela voudrait dire que chaque individu ne peut vivre potentiellement qu’une seule belle histoire, bonjour la déprime. Il faut tenter, on verra bien.
 
Curieusement, j’ai la sensation que ça arrive à grands pas. Peut-être que je me trompe, peu importe. Mais au moins, ça me rend de bonne humeur et même si je me jette pas au cou du premier beau gosse qui passe, je laisse la vie faire. Finalement, jusqu’à présent, elle ne m’a jamais vraiment déçue.