L’entretien, ce long speed dating

Fossé générationnel oblige, ma mère ne connaît pas la joie des entretiens. Ben oui, elle, elle a fait son école infirmière, elle est devenue infirmière, fin de l’histoire. Mon père, c’est pareil : hop école de médecine, hop la thèse, hop le boulot. Bon, je simplifie un peu son parcours, je résume 10 ans en 3 hops, quel manque de reconnaissance ! Bref mes parents ne connaissent pas le monde merveilleux du travail tel que la génération Y le côtoie. Notamment le jeu de l’entretien.

Un entretien, c’est codé. D’abord une poignée de main, deux noms lâchés distraitement. « M. Duchemin », « Mlle Bartoldi » ou si vous postulez dans une agence djeunz (ou qui souhaite le paraitre) « Loïc », « Nina ». Puis survient quelques formalités polies à base de verre d’eau ou, pour les plus généreux, un café, prenez place, merci. Chacun s’installe et dégaine ses armes : un cahier, un crayon, un CV et éventuellement un book pour le candidat, un dossier coloré avec votre cv et quelques autres papiers (le cv de vos concurrents en général) de l’autre. Et c’est parti pour toujours le même discours. Moi : « j’ai fait telles études, j’ai fait tel travail, ça m’a permis d’acquérir, je suis partie parce que, voilà voilà », l’autre « le poste que nous proposons, compétences, expérience, mutuelle, ticket resto, vos revendications salariales ? ». Ça dure certes plus de sept minutes mais féroce est de constater qu’on est en plein speed dating : on sort un discours rôdé pour convaincre la personne en face de donner suite à cette première rencontre.


Évidemment, les coachs emploi (ça doit bien exister, y a des coachs en tout) vont hurler « mais non mais pas du tout mais quelle hérésie ! Un entretien, ça se prépare, faut faire ressortir les compétences clés pour le poste proposé, bla bla. » Ah oui, je te le confirme, Septime (j’assume qu’à moitié cette rime pauvre) sauf que voilà, même si tu insistes un peu plus sur certains éléments que d’autres, reste que ton parcours est toujours le même. Sauf mythomanie mais ça, c’est un autre problème. Peu importe où je postule, je reste la fille qui a fait des études d’histoire puis de journalisme, qui a galéré un an et demi en multipliant le piges non rémunérées (oui, j’en voulais) puis un jour, au détour d’une annonce, la voilà animatrice de communauté. Puis community manager ou chef de projet, selon les sociétés. Même si je met en avant certains points plutôt que d’autres, si je détaille plus une expérience plutôt qu’une autre, mon parcours ne bouge pas. À la limite, la seule partie de mon cv qui bouge beaucoup, ce sont mes loisirs. Ouais, je remets souvent cette partie de mon cv à jour alors qu’elle est pas si lue mais moi, j’aime bien, ça me donne l’impression d’évoluer (parce que je peux pas changer de taf tous les 3 mois quoi).


Et on ressort donc le même discours, les mots finissent par devenir creux à force de toujours les répéter. Le community management, la gestion de projet, et maintenant que vais-je faire ? T’as pas un peu envie qu’on écrive un nous ? Je me demande à partir de combien d’entretiens, de combien speed datings on finit par perdre la main. À force de trop ressasser ces histoires qui perdent leur sens, on n’y met plus vraiment de conviction, on les balance à la figure du recruteur ou de notre prétendant avec une énergie molle. À moins de jouer un job de rêve ou d’être face à un Jon Kortajarena garanti hétéro (au moins à 50%…). On dit qu’il faut passer je ne sais plus combien d’entretiens pour trouver un premier job. Mais à partir de combien les chances de trouver s’estompent ? À partir de combien on va à son rendez-vous, amoureux ou professionnel, débiter toujours les mêmes propos en se demandant à quoi bon ?


Parfois, l’échange monotone est dynamisé par la balle slicée de votre partenaire de jeu qui fait sortir la conversation de ses rails pour lui donner une allure folle, délirante. Au choix, on pénètre dans un monde merveilleux, au pire, on se crashe contre un mur. Mais bordel, que j’en ai marre de toujours ânonner mes qualités et mes défauts (version politiquement correcte). Toujours les mêmes questions à quelques exceptions près (on m’a demandé un jour quel était le projet dont j’étais la plus fière, j’ai trouvé ça déstabilisant donc intéressant, ça me poussait à réfléchir). Teste-moi, sors du cadre, bousculons nous un peu. Force moi à réfléchir à toute vitesse pour te donner la meilleure réponse, pose-moi des questions précises sur les compétences et pas de vagues questions sur ma personnalité. Propose-moi de l’inédit, fais-moi frissonner.

Il y a cependant une différence, une différence énorme. Au speed dating, tu pars sur un pied d’égalité et tu as un vrai pouvoir de décision. En entretien, tu as juste le pouvoir de refuser un poste. Et si ton chômage est de longue durée, autant dire que tu vas pas faire ta diva non plus.

Mais qui vole mon temps ?

 Ce week-end, avec Vicky qui a fini par quitter mon nid, nous avons eu une conversation passionnante à base de « mais qui a volé notre mois de février » ? Entre nos folles vies respectives, la coloc de 1 mois est passée comme une lettre à la Poste mais j’avoue que j’ai l’impression qu’elle n’est arrivée qu’hier !

Calendrier-2008-2009-horizontal.JPG

J’ai donc décidé que 2010 serait mon année, souvenez-vous, et c’est vrai que 2 mois plus tard, je me dis qu’il s’en est passé des choses quand même, même si j’en ai pas l’impression : la pige chez Closer, d’autres propositions de boulot annexes, la coloc donc qui fut un parfait test (réussi) pour mon amitié avec Vicky, un nouveau partenaire de jeu 4 étoiles, la découverte de la plongée… Bref, je trouve qu’en deux mois, j’ai dépoté mais d’un autre côté, je me sens pas encore en 2010, en fait, même si le réveillon (et donc mes dernières vacances) me paraît s’être passé y a une éternité.

cotillons.jpg

La distorsion du temps m’angoisse toujours un peu et ça ne rate pas : je rêve que je passe des exams. La nuit de samedi à dimanche, je devais préparer des exams en préparant un mémoire (réminiscence de ma maîtrise de sciences politiques, je pense) et je manquais cruellement de temps. C’est mon cauchemar récurent quand je suis angoissée ça : dans mon rêve, je réalise que le bac ou tout autre examen est dans très peu de temps et que je n’ai pas encore commencé le travail donc je vais avoir du mal à réussir ma mission (soit passer l’examen). Il y a toujours une forme de renoncement dans ces rêves car à un moment, je percute que j’ai déjà le bac ou que ce diplôme supplémentaire ne me servira à rien vu que j’ai déjà un travail et je finis par laisser tomber. Psychologiquement, c’est pas joyeux, je trouve. Moi qui suis toujours, au contraire, dans la fuite en avant… Peut-être une façon qu’a mon cerveau de me
dire de lever le pied ?

frein-a-main.jpg

Pourtant, je suis assez ravie de voir l’hiver s’éloigner petit à petit même si on entre au mois de mars, mois que je déteste car il ne me porte pas toujours chance. Des fois si mais rarement. C’est sans doute la fin du blues de l’hiver où tout prend des proportions gigantesques et où le moindre cassement d’ongle devient un véritable drame existentiel. Et après, avril, tout va mieux même si je me demande à quoi va pouvoir ressembler ma crise de la trentaine. Je pense déjà à une régression, déjà un peu présente. On ne va pas pleurer quand je vais y arriver pour de vrai surtout qu’au bureau, la petite nouvelle y passe même pas un mois après, y en a une à la plongée qui y passe début mai aussi. Ca va me faire des copines de lamentation… ou de fête. Ouais de fête, en ce moment, je suis plutôt d’humeur à me dandiner sur le dance-floor en chantant à tue-tête plutôt que de me morfondre sur mon canapé car je suis vieiiiiiiiiiiiiiille. Non, je suis pas vieille, j’en suis même pas à la moitié de ma vie et j’ai de grands espoirs sur cette trentaine, j’en parlerai au moment, mon discours changera peut-être dans un mois.

britney-spears-danse.jpg

Tout ça pour dire quoi, au fait ? Rien. En ce moment, j’ai la tête tellement pleine de choses que je néglige un peu ce blog, mon style s’en ressent mais pas de panique, je vais bien, merci et je reviens, petit à petit. Et je vais reprendre le déménagement pour un nouveau blog tout beau tout propre… Pile pour mes 30 ans ?

 

Triolisme

Suite à l’article de Karma sur le sujet me réclamant ma version de la chose, voici donc un article sur le triolisme.
 

 

Quand y en a pour deux, y en a pour trois ! Questionnez vos amis sur leur fantasme ultime, la plupart vous répondront : le faire à trois. Un plus un plus un, c’est la formule magique ! Après, selon le sexe de votre ami, la combinaison changera : les garçons préfèreront fauter avec un charmant duo féminin, les filles glousseront en imaginant deux hommes leur faire découvrir de nouveaux paradis. Et quand vous demandez à vos amis homosexuels, au moins, il n’y a pas de surprise dans la combinaison de leur choix…

 

Certains de mes fantasmes sont originaux (et stupides), mais je reste dans la norme concernant l’un de mes fantasmes ultimes : le plan à 3. Quand je fréquentais Pierre le pervers, il m’avait raconté ses plans trio, il avait testé le homme/homme/femme et le femme/femme/homme. Il m’a même montré les photos…(je m’en serais passée). A l’époque, je trouvais ça un peu glauque, maintenant, beaucoup moins. Sentir deux hommes ne s’occuper que de moi, quatre mains qui jouent un concerto ensorcelant sur mon corps…

 

Il y a quelques temps, Laurent l’obsédé m’avait proposé ce genre de plans, d’abord avec Arnaud à l’époque où j’étais avec lui puis il m’en avait reparlé pour me convaincre de retourner dans son lit mais ça tombait pile à un moment où j’avais la libido en berne. De toute façon, je suis pas sûre qu’il avait un partenaire de trio sous la main. D’ailleurs comment mettre ce fantasme en application ? J’avais eu cette conversation avec Clara, en avril, lorsque je l’hébergeais. Alors, voyons voir comment procéder… D’abord, trouver des partenaires. Là, dès le départ, le problème se pose : quelle peut être la relation entre ces deux garçons et entre eux et moi ? Un soir, je délirais sur MSN avec Louis, il avait deux amis chez lui, je lui dis qu’ils n’ont qu’à venir mais il me rétorque que ce n’est pas possible : un est allergique aux chats, l’autre ne veut rien faire devant ses copains. Il s’est avéré par la suite que l’allergique, c’était Arnaud… De toute façon, si réaliser des fantasmes avec son compagnon ne me paraît pas inimaginable, celui-ci, je pense que c’est une mauvaise idée. En effet, il faut être sûr que les deux en aient envie et allez savoir comment votre petit ami va réagir… Et si ça le traumatisait de voir un homme visiter votre intimité en même temps que lui ? Il faut que le couple soit solide ou alors particulièrement curieux.

 

Alors, qui pourrait se coller à la tâche ? Deux garçons qui se connaissent ou deux inconnus ? Personnellement, j’aurais tendance à opter pour deux potes, histoire qu’il n’y ait pas de malentendus, qu’ils s’entendent bien… D’un autre côté, deux amis vont-ils arriver à coucher avec la même fille en même temps ? Rien n’est moins sûr ! J’ai évoqué le cas de Louis et Arnaud, plus tôt… Bon, même si c’était pour rigoler, je pense bien qu’aucun des deux n’aurait pu aller jusqu’au bout. Entre copains, ce n’est pas si évident. Pierre, mon amant pervers, avait trouvé un troisième assez particulier : son cousin. Je trouve ça franchement glauque. Même si les cousins ne se sont pas touchés ni rien, je reste à dire que c’est malsain. Deux inconnus alors ? Là, je me demande bien comment on peut arriver à traîner deux inconnus dans un même lit. Et puis je pense que si deux potes peuvent avoir du mal à se retrouver dans la même fille, imaginez deux inconnus !

 

Evidemment, certains me feront remarquer qu’il existe des sites exprès pour trouver ce type de partenaires de jeu. Sauf qu’en général, ce sont des couples qui cherchent un troisième larron et ma bisexualité inexistante ne me pousse pas à faire un plan femme/femme/homme. Peut-être plus tard mais là, non. Par ailleurs, ce que j’aime dans le sexe, ce sont les opportunités. Si elles ne se présentent pas, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose de les provoquer.

 

Mais pourquoi ce fantasme si communément répandu ? Peut-être y a-t-il une question d’ego. Plaire à un homme, être désiré par lui, c’est quand même un atout non négligeable pour la confiance en soi. Alors deux et en même temps, en plus, que demande le peuple ?  

 

Par ailleurs, le trio permet de régler de façon pratique l’histoire de l’infidélité. J’ai envie de coucher avec un autre mec que Brad, pas forcément parce que je suis attirée par lui mais parce que je me souviens plus trop comment est l’herbe ailleurs. Donc là, nous avons le beurre et l’argent du beurre : non seulement on se retrouve dans les bras d’un nouvel amant mais en plus Bradounet est d’accord et même qu’il participe ! D’ailleurs, ce n’est pas une infidélité, c’est une expérience sexuelle donc ça n’a rien à voir.

 

Pourtant, le trio, ça peut paraître « sexuellement violent et subversif ». En général, ce genre de configuration est surtout présente dans les films érotiques et X. D’ailleurs, si les lits sont faits pour un ou pour deux, c’est pas pour rien. Des fois, j’ai l’impression que se déclarer fantasmant sur le trio, c’est comme déclarer qu’on aime la sodomie : c’est pour montrer qu’on est libéré sexuellement. Personnellement, je trouve ça ridicule de fantasmer sur un truc uniquement parce que c’est « à la mode », si j’ose dire. Pour ma part, c’est vraiment une curiosité au niveau des sensations. J’admets aussi la possibilité d’être déçue. A trois, faut bien s’entendre pour que ça marche et ça risque de ne
pas être aussi fluide que dans les films X. D’ailleurs, je me demande si ce fantasme n’a pas aussi un côté glauque. Faut-il s’entendre avant de procéder ? Qui fait quoi et où ? Où sont les limites… Bref, le genre de conversation qui peut totalement casser la magie de l’instant.

 

De toute façon, pour l’heure, il ne s’agit que d’un fantasme. S’il se réalise, tant mieux, s’il ne se réalise pas, tant pis. Je n’en mourrai pas de frustration.