Les îles napolitaines : de beaux joyaux

 

Blasés par Naples dès les premières heures, nous prenons la décision de s’offrir une virée sur une des îles avoisinantes. Au choix : Capri, Procida et Ischia. La veille, nous avions pris les horaires distribués par une nana mais une fois au port, on se rend compte que ça correspond pas et qu’elle a juste omis de nous filer les heures de la plus grosse compagnie. La prochaine navette partant pour Ischia, on saute dedans (à peu près).

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Victor avait vu quelques photos sur le Facebook d’une de ses potes et m’avait dit “tu vas voir, c’est trop beau”. On débarque au port et… effectivement, c’est assez charmant. Mais mon cher et tendre a faim donc on rentre dans un resto un peu en retrait se restaurer tout en consultant le Routard pour voir quoi faire, l’île étant un peu grande pour cheminer à pied. Dégustant la meilleure mozza du monde (vraiment) puis des spaghettis vongole, on arrête notre choix sur Barrano, là où y a une plage. Ok, let’s go, prenons le bus. Je demande au chauffeur de nous arrêter à Barrano puis on s’assoit pas loin d’une vieille dame qui n’a plus toute sa tête et parle et rigole seule et très fort… Après un passage par le garage pour changer le poinçonneur de tickets, on monte la grosse colline locale quand le chauffeur nous annonce qu’on est arrivés à Barrano. On descend en même temps que la vieille qui continue de rigoler et là, on se retrouve un peu perplexe : on est à peu près au point le plus haut de l’île, où est la mer ? Et c’est parti pour une heure de marche sous un soleil de plomb. Oui parce qu’en fait, pour aller à la plage, suffisait d’aller au terminus du bus (encore 20 bonnes minutes, environ). Mais on marche, courageux et au détour d’un virage :

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PAF la vue. Autant vous dire qu’on a de suite été consolés de cette marche impromptue. Arrivés en bas, on finit par localiser les 3m² de plage pas privée (…) et enfin, nous voilà à nous ébattre dans la Méditerranée, un des meilleurs bains de l’année ! On s’ébat joyeusement, on va nager chacun notre tour, je me sens bien, je suis heureuse. Ischia, je t’aime.

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Le surlendemain, au tour de Capri ! J’étais légèrement dubitative sur cette destination, je craignais une destination très snob. Et bien oui… mais en fait non. C’est à dire qu’à un moment, on se promène dans une rue aux enseignes n’ayant rien à envier à l’avenue Montaigne, la place principale est peuplée de ce genre de personnes friquées que vous pouvez croiser en polo Lacoste au Cap-Ferret, Biarritz ou Nice et quand des mariés sortent de l’église, il y a une équipe de tournage avec des drones pour immortaliser tout ça. Mais Capri, ce n’est pas ça, en fait. Ca pourrait vite virer aimant à fric mais nous avons refusé la virée dans la grotta azzurra, curiosité locale très prisée mais littéralement hors de prix et décrit sur pas mal de site comme “ouais, c’est beau mais trop cher pour ce que c’est”. A la place, on a marché dans un adorable village, Anacapri, on a trouvé un petit sentier descendant près de l’eau. Pas de plages accessibles gratuitement depuis Anacapri  mais on s’est trouvé une petite planque rocailleuse pour être un peu tranquille. Seul léger regret : j’aurais bien fait un tour du côté de la villa Malaparte, là où a été tourné le Mépris mais ce n’était pas du tout le même coin donc tant pis.

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Bref, après la déception de Naples, ces îles nous font du bien, on apprécie de se promener à l’écart des touristes, se laver les yeux avec de magnifiques paysages, profiter du soleil, de la mer à proximité. Autant on n’est pas forcément très motivés à l’idée de retourner à Naples, on s’amusait à s’imaginer acheter une maison à Ischia pour nos vacances…

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Mais ça, c’était avant d’arriver à Athènes car, je vous l’annonce de suite : on est tombés complètement amoureux.

Ulysse, mon Everest

J’ai une petite particularité dans la vie : j’aime parfois lire des livres sans avoir aucune idée de leur sujet. Exemple : Ulysse de James Joyce, acheté deux ou trois ans plus tôt et retrouvé à l’occasion d’un dépoussiérage d’étagère. Faut dire que dès l’achat, j’ai été un peu conne, je l’ai pris car il était cité en préface d’Ada ou l’ardeur de Nabokov que j’avais peu aimé (mon Mont Blanc, on dira). Moi masochiste, moi acheter livre qui avait plus ou moins inspiré un ouvrage que j’avais pas vraiment aimé. Au dos du livre, une petite séance de branlette de la part des traducteurs. Naïvement, je pense à une réécriture de l’épopée d’Ulysse. Ahah. Non.

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Début juillet. Après être rentrée de l’Ile de Ré où j’avais lu le très bon « L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine », je suis donc en mode « boulimie littéraire ». Ca me fait ça quand j’ai lu un livre que j’ai aimé, ça me motive à lire beaucoup. Donc je me glisse dans mon lit et me lance dans la lecture de ce sublime pavé de 1157 pages (mais format de poche). Je commence à lire et découvre l’histoire de deux mecs en Irlande, Mulligan et Dedalus. Ah ok, on est un peu loin de la Méditerranée et du Roi d’Ithaque mais soit. Je lis, je lis, le style devient rapidement étrange. Hein ? Je finis par me faire mon interprétation : c’est écrit comme si on était dans la tête du personnage, on suit ses pensées mais littéralement, avec ses ratés, ses coqs à l’âne, ses phrases non terminées parce qu’après tout, je me comprends. On quitte Dedalus pour suivre ensuite Leopold Bloom, un Juif de Dublin qui passe une folle journée : un petit tour à la boucherie acheter un rognon puis chez le savonnier, il rentre chez lui, mange, voit sa femme, repart assister à un enterrement, va au journal chercher son salaire, va au bar, mate une fille sur la plage, part en plein délire mégalo où il serait le Roi du monde, traîne avec un Dedalus complètement bourré le soir, le ramène chez lui puis va se coucher. Il est tour à tout acteur ou spectateur, on saute de son point de vue à celle des gens de son entourage, tu sais jamais bien qui pense, qui dit quoi et ce qu’il se passe vraiment. On comprend juste que Bloom est quand même un joyeux queutard mais on découvre sur les 50 dernières pages sans aucune ponctuation que sa femme n’est pas en reste.
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Mais en fait, l’histoire, on s’en fout, c’est juste un prétexte. Joyce s’éclate, il teste les styles d’écriture, passant d’une narration un peu classique à une écriture quasi automatique avec mots inventés en passant par une écriture théâtrale et, donc, en finish sans la moindre ponctuation. En fait, lire Ulysse de James Joyce se rapproche d’une expérience mystique dont tu n’es pas sûr de comprendre ce qu’il se passe. Si je devais faire une comparaison, ça me rappelle la séquence psychédélique en fin de 2001, Odyssée de l’espace, à partir du moment où le spationaute entre en contact avec le Monolithe gravitant autour de Jupiter. T’es déstabilisé, tu essaies de te raccrocher à des éléments pour tenter de comprendre, tu essaies d’interpréter, de remettre ce qu’il se passe dans une sorte de logique cohérente. Mais par là même, est-ce qu’on ne dénature pas un peu l’oeuvre ? Je sais pas, j’aime pas ne pas comprendre…

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Bref, pendant 1157 pages, j’ai quand même un peu souffert. Et pourtant, il y avait parfois quelque chose, une scène qui, soudain, me scotchait et me faisait progresser soudain dans ma lecture, des réflexions assez intéressantes. Un moment de grâce qui te fait t’accrocher mais qui disparaît assez vite pour te replonger dans les dédales de pensées de Bloom, Dedalus, Marion Bloom ou Dieu seul sait qui. Vous vous demandez sans doute pourquoi je me suis accrochée pendant ces 5 mois où je n’ai quasi lu que ça. Ce livre que j’ai trimballé en Corse, en Irlande (ça tombait bien), en Belgique, chez mes parents, chez ma soeur… Et bien, par orgueil. Saviez-vous qu’Ulysse était le 3e livre le plus abandonné en cours de lecture du monde ? Bah voilà, moi, je l’ai fini. Je sais pas si je peux me vanter de vraiment l’avoir lu vu que parfois, je lisais les mots sans y penser, mon esprit voguant ailleurs, loin, loin. Quelque part, c’est un peu reposant, ça me permet de rêvasser sans aller me péter les yeux sur Yahoo! jeux, spasimal.

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Bref, je suis bien ravie de l’avoir fini pour reprendre la longue liste de livres en attente. D’ailleurs, le livre suivant m’a tenu 4 jours. Un peu comme un énorme pétage de bide après un régime. Bon, par contre, à la rentrée, j’irai chercher quelques fiches lecture sur le web pour bien tout comprendre. Je crois avoir compris que l’histoire suivait plus ou moins la trame de l’Odyssée mais ramené au niveau d’un modeste citoyen de Dublin, chaque chapitre renvoyant à un personnage homérique. Nan parce que je pensais que la postface du livre m’aiderait mais il s’agissait juste de 30 pages d’onanisme total où les traducteurs ont expliqué qu’ils avaient fait un super boulot. Mon conseil : ne la lisez pas, c’est bien pire que le roman.