Après des heures de souffrance durant lesquels vous avez dû dénuder votre âme face au Dieu Site de Rencontre qui a tout voulu savoir de vous afin de mieux vous vendre sur le marché de l’amour, vous allez enfin pouvoir commencer à jouer. Direction la page d’accueil.

Si vous êtes une femme de type hétérosexuelle, à peine avez vous validé votre dernière réponse qu’un ou deux hommes se sont déjà exprimé dans votre boîte à messages. Courageux, ils n’ont même pas attendu que votre annonce ou votre photo soit validée… Ca en est limite flippant, admettons-le, ça fait un peu affamé/désespéré. Même si c’est pas si con en soi comme stratégie : la nouvelle n’a pas encore pu mesurer à quel point elle peut se taper la Terre entière et tombe dans la sex addiction. Mais n’oubliez jamais qu’un site de rencontre, c’est comme un bar : si vous voulez séduire la jolie fille de service, attendez quand même un peu qu’elle soit dans l’ambiance.

Bref, vous avez enfin le droit de jouer sur le site. Tout site qui se respecte propose différentes options dont une que nous pourrions qualifier d’oeillade virtuelle : le flash, le charme, voire même le poke à la grande époque où Facebook nous permettait de choper. Le niveau 0,5 de la séduction, le coup d’oeil lancé par dessus le bar pour voir si le nouvel objet de notre affection serait tenté d’aller plus loin. C’est pratique un flash : ça prend 5 secondes, ça coûte rien et on peut en envoyer plein. Coucou tu me plais mais je te le signale discrètement, à coups de battements de cils et de timides sourires.

Maintenant que l’on a accès à la cour de récréation, on fait donc défiler les photos. Oh il est bien choupinou ce petit brun à lunettes et mal rasé, mmmm. Bon, sa fiche est un peu lapidaire, contentons nous d’un petit flash. Petit appel du pied et sauvegarde du jeune homme, ça peut servir. Ouuuuh, le craquant mec qui semble venir du Nord et qui a comme un petit air de Nicolaj Coster-Waldau, huhu. Bon, j’ai pas le temps de lui rédiger un mail sexy et drôle, contentons-nous de le flasher pour le moment, on lui écrira plus tard.

Bref, ça défile, on flashe ou non selon si on imagine le/la titulaire de la fiche que l’on visite dans sa vie ou à minima dans son lit. C’est facile, c’est grisant. Nous qui n’osons pas maintenir le regard d’un-e inconnu-e dont on adorerait mordre les fesses. Le flash est l’arme préférée des timides qui en usent jusqu’à en abuser parce que ça ne coûte rien et que vu qu’on en envoie en masse, on ne notifie même plus ceux qui ne nous le rendent pas.

Mais tiens, quelqu’un vous invite à chatter. La semaine prochaine, nous nous jetterons donc à corps perdu dans ces alcôves virtuelles où l’on parle potentiellement de tout. De son amour de Kundera ou de la dernière expo sur Cartier-Bresson à Beaubourg… en passant par le fétichisme et l’amour de la fessée.
Étiquette : jouer
C’est quand qu’on est adulte, dis ?
Il y a quelques temps, une personne que je connais vaguement me demandait ce que je faisais de ma vie, si j’étais toujours en recherche de stage donc je lui réponds fièrement : « non, maintenant, j’ai du vrai boulot, je suis une grande ! ». Là, taquin, il me répond : « tu crois être grande grâce à ton boulot ? ». Un
truc du genre. C’est vrai après tout, c’est quand qu’on est adulte ? Ou plutôt qu’est-ce qui fait qu’on l’est.
J’observe, je lis, je vois. Je fréquente des gens de tous les âges de façon plus ou moins proche. Dans la girlie team, je suis la plus vieille mais je ne sens pas la
différence, c’est juste des chiffres. Des fois, je parle à des gens plus âgés et je les trouve stupides et immatures. Parfois, je parle à des gens beaucoup plus jeunes et je ne me dis à aucun moment « il/elle est jeune, ça va lui passer ». Par exemple, miss So Long, j’oublie tout le temps qu’on a 5 ans d’écart. Mais au fond, qu’est-ce qui fait de nous quelqu’un de mature et d’immature ? Est-on même 100% l’un ou l’autre ? Ne peut-on pas être matures sur certains points et immatures sur d’autres ?
Ado, pour moi, être adulte, c’était le tryptique boulot-mari-gosse. Bon aujourd’hui, c’est plus le tryptique boulot-je vis seule-je paie mes factures sans l’aide de papa maman. Ouais, c’est vrai que l’indépendance financière a été un grand pas en avant mais étais-je immature jusque là ? Je gérais déjà mon budget, quand même, j’étais juste dépendante. Est-ce que le fait de trouver du boulot a changé ma façon de vivre, de penser ? Bon, je me lève plus tôt, j’ai une activité, j’ai une définition supplémentaire ou une nouvelle définition. Avant,
j’étais Nina, chercheuse d’emploi, maintenant, je suis Nina, responsable de communauté. Mais ai-je vraiment changé ? Je ne sais pas trop, j’ai pas l’impression que ça a modifié ma façon de voir le monde. Par rapport à ma propre image, oui, j’ai l’impression d’être plus utile, de servir à quelque chose dans la société mais après…
Ensuite, revenons en aux deux parties de mon tryptique qui me manquent, le mari et les enfants. Bon, la maternité me branche pas à l’heure actuelle, ça viendra plus tard, quand je me sentirai stabilisée quelque part. Là, je suis encore entre deux, notamment deux appartements. Je supporte plus l’endroit où je vis, j’y ai passé trop de temps quand j’étais au chômage donc j’ai besoin de poser mes valises ailleurs. Logique. C’est un peu le dernier échelon de ma stabilité, on dira. La dernière page du livre à tourner. A partir de là, tout se placera. Mais est-ce que ça veut dire que je suis pas une adulte complète pour le moment ? Je sais pas. Evidemment, la seule personne dont j’ai la charge, c’est Kenya. En gros, ça consiste à lui changer sa litière et lui remplir sa gamelle (tiens, elle est sortie de son anorexie, qu’est-ce qu’elle bouffe en ce moment). Lui faire des câlins aussi et lui parler quand je suis là pour pas qu’elle
déprime. Oui, je suis trop très attentive à la santé mentale de mon chat ! Ne serai-je adulte que le jour où mon ventre recevra la vie ? Ca veut dire que si j’ai jamais d’enfants, je ne serai jamais adulte ?
Que de questions dans le vide. Et moi, je me demande, sommes nous vraiment un jour adulte ? Est-ce que ça veut vraiment dire quelque chose si on sort ce mot de son contexte biologique ? L’autre jour, je lisais un blog d’un bloggeur que je qualifie volontiers d’intelligent et « d’adulte », puisqu’on parle de ça. Dans ses commentaires, ça vire à la dispute, un truc étrange. Chez mes bloggeurs, je suis habituée mais là, on est en présence de gens qui me paraissent intelligents et matures, à travers leur écriture et leur blog (je n’en
connais quasi aucun en vrai donc je peux pas me prononcer sur leur vrai moi, on dira) et là, j’ai l’impression d’assister à des disputes enfantines « hé d’abord, moi, j’ai 5000 visiteurs uniques, nananère ! » « Moi aussi, d’abord-euh ! » « T’es un méchant ! », « toi plus que moi ! ». Bon, je caricature énormément, c’était
mieux écrit mais c’était l’idée au fond. Je n’ai même pas compris d’où venait la dispute, sans doute l’éternelle rivalité entre bloggeurs (pffff) mais ça m’a un peu choquée, ce côté « gnagnagna ». Et ce n’est pas le seul endroit où j’ai vu des « adultes » se chamailler comme des gosses, c’est tous les jours que je vois ça. Quand j’entends les histoires que me raconte ma mère sur ses amis quinqua ou sexagénaires qui se chamaillent pour des bricoles, qui se parlent plus parce que si, parce que là… Ouais, je me dis que finalement, on n’est jamais vraiment adulte.
Et peut-être que tant mieux, au fond. Si ce côté dispute de bac à sable est chiante, je le concède, il y a aussi des choses bien à garder de l’enfance, notamment la capacité à s’émerveiller pour un rien, l’imagination, les pétages de plomb « on s’amuse et on s’en fout ». Oui, ça fait du bien de retourner en enfance, des fois, de s’amuser de broutilles, de jouer, d’oublier le sérieux que nous impose notre âge adulte.
Oui, des fois, je suis immature, je pète des câbles, je joue à l’idiote. Je regarde les playmobils avec nostalgie, je rêvasse tout le temps, j’adore les bulles de savon et quand je me lave les mains, je souffle toujours dessus pour les faire voler. Je suis contente quand je vois un papillon, je regarde les nuages pour y voir des formes, j’aime les choses douces et qui sentent la lessive. Et en plus, j’en suis fière !
Petite vidéo juste pour le plaisir
