C’est quoi ton lieu de sexe le plus insolite ?

Hier soir, j’ai lu un article rigolo de Maia Mazaurette concernant les lieux insolites pour faire l’amour. J’en avais lu un similaire y a quelques années dans Perso avec cette phrase mythique : » faire l’amour dans un arbre ok mais allez trouver une branche de 2 m sur 2 vous ! ». Je me permets donc de rebondir non sur l’inventaire de Maia mais sur cette idée de sexe insolite. Car si y a bien un truc que je trouve ridicule c’est d’avoir une liste de lieux insolites à cocher au fur et à mesure de nos expériences. Baiser pour baiser histoire de dire qu’on l’a fait m’a toujours profondément blasée.


Dîner entre collègues un soir d’août, vient la fameuse question du lieu le plus insolite et l’un(e) des convives gagne haut la main : « une chapelle ». Autant dire que ça titille l’imagination, j’imagine déjà la petite chapelle de campagne un peu oubliée de tous dans un décor hautement bucolique et ouais, clairement, ça nourrit les fantasmes. Tout comme cette histoire de sexe sur les toits de Paris raconté par un amant. Oui, tu te dis que ça te tente bien et voilà de nouveaux fantasmes à réaliser. Sauf que dans ma conception des choses, les fantasmes sont de petites choses charmantes à ressortir quand ma main glisse sous la couette au moment de m’endormir mais en aucun cas un objectif de vie. Parce que pour moi, la clé d’une vie sexuelle sereine réside dans un seul mot : l’opportunisme.

Dans certaines conversations coquines, on te demande parfois si tu as déjà pratiqué telle ou telle chose. Je le confesse, je n’ai pas encore tout tenté dans ma vie et Dieu merci ! A 31 ans avoir fait le tour de la chose, quelle tristesse ! Puis notons que je n’ai pas envie de tout tenter non plus, il y a des choses qui ne m’attirent pas du tout et je le vis très bien. Donc on te demande si tu as déjà testé certains trucs, tu réponds non, on te demande si ça te plairait, tu réponds qu’à priori oui et là, l’interrogation qui tue : « bah pourquoi tu l’as jamais fait ? ». Ben parce que je n’ai tout simplement jamais eu l’occasion. Et non, je ne cherche pas à provoquer à tout prix. Je n’essaie pas de tester tout ce qui se trouve dans mon placard à fantasmes pour la simple et bonne raison que le contenu est évolutif. Déjà, mon placard à fantasmes, il marche comme mon placard à fringues : je mets toujours les fringues qui se présentent à moi en premier et je finis par oublier ce petit pull chiffonné dans un coin. Le fantasme, c’est pareil : à un moment, je vais avoir très envie de faire un truc puis petit à petit, je vais avoir de nouveaux fantasmes et oublier le premier. Qui ressortira à l’occasion.


Mais surtout, ce que je trouve triste dans la course à « fantasmes à réaliser », c’est le manque de contexte. Par exemple dans l’absolu, je me fiche de faire du sexe dans un ascenseur, c’est pas un lieu qui m’excite à priori. Mais imaginons que je prenne un de ses minuscles ascenseurs parisiens où les corps se frottent avec un homme qui me rend dingue au moindre effleurement, ça pourrait soudain être plus qu’une envie, un besoin. La conclusion de cet acte précipité (un voyage en ascenseur ne dure jamais deux heures) et spontané ne serait pas « ouais, je l’ai fait dans un ascenseur » mais plus « avec bidule, on était si excités qu’on l’a fait dans un ascenseur ». Le avec bidule est juste essentiel. Je me fiche d’avoir un carnet de voyage sexuel peu varié, je préfère avoir un carnet de souvenirs bien fourni.


Au delà de ça, on en revient toujours à ce paraître sexuel fort auquel j’ai envie de consacrer quelques articles de fond. Doit-on mesurer la « chaudasserie » d’une personne (notion bien triste au demeurant) aux lieux insolites qu’elle a testés ? Moi, je veux bien, c’est un critère comme un autre mais si j’ouvre mon placard à souvenirs, je suis pas sûre que mes parties de jambe en l’air les plus torrides et les plus jouissives se soient forcément passées hors d’un lit. D’ailleurs, les premières qui me reviennent en tête ont toujours pour cadre un lit et pourtant, ce fut un tel feu d’artifice que je m’en suis presque évanouie. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Je suis toujours un peu interloquée quand les magazines nous présentent une liste longue comme le bras de lieux « à tester ». Et la spontanéité, tu en fais quoi ? C’est précisément ce qui fait le sel de la relation, ce qui va transformer une partie de jambe en l’air en souvenir savoureux qui teintera nos joues de rose quand on y repensera. Cessons de calculer où nous allons baiser, laissons nous juste porter par les opportunités qui s’offrent à nous.

Perso

C’est dimanche et le dimanche, on parle culture. Evidemment je ne parle pas de grande culture. Ce n’est pas que j’en ai pas (bande de mauvaises langues !) mais le dimanche, c’est détente, c’est léger. Et puis même si ma culture du dimanche flirte avec les profondeurs abyssales, c’est toujours mieux que de regarder Michel Drucker (non mais !).
Aujourd’hui, j’évoque un sujet qui me tient à cœur et qui a marqué mes jeunes années d’étudiante : le magazine Perso. Je ne sais pas si tu l’as connu, lecteur, il n’existe malheureusement plus et c’est bien dommage.
 
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Au tout début, il s’appelait « Personnalités », je crois, quelque chose dans ce goût-là. Je me souviens la première fois que j’ai eu ce titre entre les mains :
j’avais rendez-vous chez le coiffeur et pour passer le temps, il me fallait un peu de littérature. Oui, moi, quand je vais chez le coiffeur, je fais toujours des trucs qui prennent trois heures (permanente, couleur ou mèches). Dès le départ, une grande histoire d’amour naît entre nous. Je me souviens que c’est en lisant Perso que j’ai découvert pour la première fois des noms comme Amélie Nothomb, Tina Arena ou leur préférée, Asia d’Argento.
 
Premier changement notable : Personnalité (ou Personnality, j’arrive pas à m’en souvenir) devient Perso, c’est plus facile à retenir. Une fois à la fac, tous les mois, je rôde dans les rayons des magazines féminins, je me l’achète et, le soir, je le lis dans mon bain. Seigneur que c’est bon !
 
Il y a plusieurs choses dans Perso, des rubriques modes (que je ne lisais que peu), des pages sur des personnalités, des rubriques psychologie, sexe, voyages (je crois), culture… Bref, un magazine féminin comme un autre mais avec un ton fantastique. C’est rédigé de telle façon qu’on a plus l’impression de lire une lettre envoyée par une bonne copine qu’un papier rédigée par une journaliste quinquagénaire frustrée de la liberté sexuelle de la génération suivante. Les premières pages étaient occupées par des petites brèves très marrantes pour présenter les trucs tendance, du genre : « faut-il acheter ce nounours Agnès B ? Oui parce que c’est pour la bonne cause et en plus, je le trouve tout mignon ». La particularité de Perso, c’est que ce genre d’article était rédigé à la première personne du singulier mais ce « je » n’excluait pas le lecteur, au contraire. Ce « je » écrit  par une journaliste pouvait me coller, je pouvais devenir son « je ». Perso, c’était vraiment devenu ma meilleure copine.
 
Il y avait une rubrique que j’adorais plus que tout et qui a franchement inspiré le ton de ce blog, c’était « les aventures d’une fille toute simple ». J’aurais adoré
connaître la fille qui écrivait cette rubrique, elle avait un style, un humour ! Sa première histoire, c’était sa tentative de drague sur Pedro, le trop beau gosse. A un moment, elle fait une soirée, elle boit plus qu’elle n’aurait dû. Mais alors vraiment trop, le genre de cuite qui fait qu’on a un gros blanc. Le lendemain matin, elle se réveille et elle comprend qu’elle a brouetté comme une folle toute la nuit. Là, Pedro entre dans la chambre avec un plateau de petit-déjeuner : bingo ! se dit-elle. Du coup, elle sourit timidement au jeune homme et lui
fait : « qui l’aurait cru ? » 
« Oui, en effet ! ». Et là, ça bouge dans son lit. Mais que se passe-t-il ? La bosse inanimée à ses côtés se révèle être Etienne, le cousin de Pedro… Donc, voilà, non seulement elle n’a pas eu l’homme qu’elle voulait mais, en plus, elle a couché avec son cousin… bravo, bravo ! Bon, rassurons-nous, elle finira par l’avoir, son Pedro, elle finira même par le larguer, je ne sais plus du tout pourquoi mais il l’avait bien cherché. Autour d’elle, elle avait des amies : celle qui sortait avec un homme marié (« tu dois le
plaquer », expliqua la fille toute simple), la fille super intelligente agrégée de latin qui se faisait passer pour une conne car « les hommes n’aiment pas les femmes plus intelligentes qu’eux » et mes préférées, Déprima et Lexomil, deux « joyeuses comiques » comme leur nom l’indique. Cette fille toute simple, c’était moi, c’était toi, lectrice. C’est la meilleure amie rigolote idéale. Des fois, ses aventures me manquent. Honnêtement, ce blog n’est finalement que la continuité de ses histoires, j’espère arriver à vous plaire autant qu’elle me plaisait, à l’époque.
 
Perso est devenu culte à la fac, je le prêtais à mes amis. Oui, il n’y a pas de faute d’orthographe, je dis bien « amis » sans e car Gauthier aimait bien le lire. Je me
souviens d’une fois où je l’ai appelé car il y avait un article « hype/pas hype » et, dedans, ils expliquaient que rouler en fiat Uno avec un A au derrière, c’était pas hype… Non mais y aurait eu écrit : « Rouler en fiat uno bordeaux avec un A au cul, c’est pas hype, Gauthier ! », ça aurait été pareil.
 
Perso a fait naître de nombreuses anecdotes dont une qui colle à la peau de la pauvre Anne. 5 ans après, on en parle encore. Donc un midi, à la fac, je lis Perso et leur dossier spécial Pénis, tout le monde rit, tout le monde glousse, surtout qu’il y a des photos de zizi et pas en ombres chinoises ! A un moment, Anne arrive à table (nous étions assez nombreux) pour prendre un café avec nous et Gauthier, qui ne la connaissait pas à l’époque, lui pose le Perso sous les genoux et lui demande de lire la première page du dossier pénis où étaient listés je ne
sais combien de synonyme du sacro-saint Phallus. Et là, Anne, dans toute sa spontanéité, s’écrit : « Ah non, pas ça dans ma bouche ! ». Evidemment, comme on ne voit toujours que le mal, on a rigolé comme des bossus, la pauvre Anne ne savait plus où se mettre. Du coup, pendant six mois, quand je parlais d’Anne et que Gauthier buggait : « C’est qui, Anne ? », je lui répondais : « Mais, si, tu la connais, c’est « pas ça dans ma bouche » ! ».
 
Ce dossier sur lé pénis a marqué le début de la fin. Forcément, on parle zizi, on en montre, ça choque. Pourtant, le dossier était extrêmement bien fait, les photos pas vulgaires du tout. A un moment, ils demandaient à des lectrices la première et la dernière fois qu’elles avaient vu un pénis, c’était marrant. Personnellement, je ne me souviens pas la première fois que j’ai vu un pénis, dans la mesure où j’ai grandi avec mon cousin, je devais avoir 2 ans et je pense que je m’en suis foutue royalement. Mais la plupart des demoiselles s’en souvenaient et étaient choquées par la chose. Ah ? Mais les réponses les plus amusantes étaient celles liées à la dernière fois, on sentait les nanas frustrées : « je m’en souviens même plus ! » « celle de Raymond Barre aux Guignols, rien en vrai, malheureusement… ». Puis les autres : « celle de mon copain ce matin ! ». Les garces ! Bref, un dossier fort bien construit avec témoignages, interview d’un sexologue… Et forcément, ça a fait scandale. Le mois suivant, l’édito était justement sur les réaction négatives qu’avaient engendré ce dossier. En substance, la rédactrice en chef s’étonnait qu’on puisse se scandaliser d’un tel dossier aujourd’hui. Ouais, je suis d’accord. Peu de temps après, la lignée rédactionnelle a complètement changé et c’est devenu chiant. Mode, mode, mode, mode… Je me souviens d’un numéro très « hype » où ils s’étaient amusée à prendre un mannequin noir habillée en noir sur fond noir… Donc on n’y voyait rien, forcément ! Oui, c’est concept, c’est tendance…mais c’est surtout très con.
 
J’ai continué à acheter quelques numéros jusqu’au jour où, stupeur, ma meilleure amie rigolote idéale a disparu : il n’y avait plus d’aventures de la fille toute simple ! Du coup, j’ai gardé mes pièces pour moi, hors de question de soutenir un journal qui commet de telles erreurs ! Ils ont tué ma meilleure amie, bouh ! Ce Perso là n’était plus le mien, c’était devenu un bête journal féminin, sans intérêt. Il ne me faisait même plus rire. Pourtant, Perso, c’est le seul journal à avoir osé écrire : « faire l’amour dans un arbre, pourquoi pas mais c’est pas facile de trouver une branche plate de deux mètres sur deux ».
 
J’ai jamais retrouvé d’équivalent, je lis Cosmo, depuis, mais ce n’est pas pareil, je ne rigole pas autant… Perso me manque.