Je suis pas ta pute (gratuite)

Ca fait longtemps que je vous avais pas un peu parlé sexe. Bon, faut dire que chez moi, hiver et libido font rarement bon ménage. Effet hibernation ou effet bonnes résolutions, je ne sais pas. Bonnes résolutions, disais-je ? Ben oui, quand s’en vient la nouvelle année, on se résoud toujours à arrêter le mauvais sexe, celui où tu sens dès le départ que le respect a été oublié des cadres. Bof quoi.

Il y a des mecs qui ont noté que tu étais une fille plutôt open sur les possibilités de se laisser butiner. Sauf que bon, faudrait voir à pas oublier que pour me laisser butiner, faut quand même me donner envie. Le style « salut, c’est quoi ton prénom ? L’éjac faciale, j’adore et toi ? ». Tout faux mon ami. En me posant précisément cette question alors même que tu n’as absolument pas cherché à savoir qui se cachait derrière ce prénom que je venais de te donner (est-ce le bon ? Tu t’en fiches), tu rentres dans la liste de ceux qui n’auront jamais la réponse à cette question par l’expérience. Peut-être que j’aime, peut-être que j’aime pas mais tu ne pourras jamais le vérifier de toute façon. Bye bye Charlie.

J’entends déjà les râleurs qui vont me signaler avec véhémence que je suis un peu mal placée pour jouer les prudes. Mais non, je ne joue pas les prudes, au mieux les filles blasées. Voyez, je considère que le sexe, le bon, le vrai, ça se partage. La question n’est pas celle de l’éjac faciale, j’aurais pu remplacer ce terme par sodomie, avalage de sperme ou léchage de pieds. La question est qu’au fur et à mesure de l’entretien sexuel que le jeune homme me fait passer et malgré la lointaine promesse d’un cunnilingus d’anthologie (formulé du type « j’adore lécher. Sinon, tu avales ? »), je sens que ça va être le classique tout pour lui ou la bonne baise d’autiste où on est tous seuls dans notre tête pendant que nos corps s’emboîtent. Ouais, super…A ce niveau là, tu m’excuseras mais je préfère me démerder toute seule. Au moins, je me sens pas frustrée avec une pointe d’humiliation derrière.

Je me suis longtemps demandé pourquoi certains sex talking me ruinaient la culotte et d’autres me glaçaient le sang. La réponse est simple : tout dépend de la place que j’ai dans la conversation. Si je sens que le mec veut partager un moment sexuel, ça va me faire tout chaud dans le bas ventre. Si je le sens triper tout seul dans son coin, je baille d’ennui. Pitié, mec. On pourrait me dire que c’est à moi de prendre ma juste place dans cette histoire, m’insérer dans l’histoire mais j’ai juste pas envie. Parce que ce mec qui veut savoir tout ce qu’il pourra faire de mon corps pour assouvir ses envies (et non les miennes), il me prend juste pour une pute gratuite. Ni plus ni moins. Cool, meuf, t’es ouverte, je vais pouvoir réaliser mes fantasmes avec toi. Oui, mais non. Le pire étant ceux qui manquent de tact. Du genre : « Ca va ta libido ? » (moi,on s’en fout) « Non, ma grand mère est mourante » « Oh, c’est triste. Dis-moi ce que je peux faire pour réveiller ta libido ? ». Dialogue réduit mais auquel j’ai réellement eu droit. En fait, avec ton tact, ma libido, tu l’as définitivement enterrée, du moins te concernant. Je ne suis pas une machine à sexe facile, je ne suis pas ta pute. Pardon d’être sensible aux fluctuations de la vie, pardon de ne pas me concentrer uniquement sur ta jouissance en te prêtant gratos ma bouche, mon cul, ma face ou tout autre partie de mon corps avec laquelle tu as envie de jouer. Je ne suis pas un pantin, une poupée gonflable.

Il ne faut pas confondre fille libérée et pute gratuite, mec. Car tu vas finir par te la mettre derrière l’oreille comme on dit.

C’est quoi ton lieu de sexe le plus insolite ?

Hier soir, j’ai lu un article rigolo de Maia Mazaurette concernant les lieux insolites pour faire l’amour. J’en avais lu un similaire y a quelques années dans Perso avec cette phrase mythique : » faire l’amour dans un arbre ok mais allez trouver une branche de 2 m sur 2 vous ! ». Je me permets donc de rebondir non sur l’inventaire de Maia mais sur cette idée de sexe insolite. Car si y a bien un truc que je trouve ridicule c’est d’avoir une liste de lieux insolites à cocher au fur et à mesure de nos expériences. Baiser pour baiser histoire de dire qu’on l’a fait m’a toujours profondément blasée.


Dîner entre collègues un soir d’août, vient la fameuse question du lieu le plus insolite et l’un(e) des convives gagne haut la main : « une chapelle ». Autant dire que ça titille l’imagination, j’imagine déjà la petite chapelle de campagne un peu oubliée de tous dans un décor hautement bucolique et ouais, clairement, ça nourrit les fantasmes. Tout comme cette histoire de sexe sur les toits de Paris raconté par un amant. Oui, tu te dis que ça te tente bien et voilà de nouveaux fantasmes à réaliser. Sauf que dans ma conception des choses, les fantasmes sont de petites choses charmantes à ressortir quand ma main glisse sous la couette au moment de m’endormir mais en aucun cas un objectif de vie. Parce que pour moi, la clé d’une vie sexuelle sereine réside dans un seul mot : l’opportunisme.

Dans certaines conversations coquines, on te demande parfois si tu as déjà pratiqué telle ou telle chose. Je le confesse, je n’ai pas encore tout tenté dans ma vie et Dieu merci ! A 31 ans avoir fait le tour de la chose, quelle tristesse ! Puis notons que je n’ai pas envie de tout tenter non plus, il y a des choses qui ne m’attirent pas du tout et je le vis très bien. Donc on te demande si tu as déjà testé certains trucs, tu réponds non, on te demande si ça te plairait, tu réponds qu’à priori oui et là, l’interrogation qui tue : « bah pourquoi tu l’as jamais fait ? ». Ben parce que je n’ai tout simplement jamais eu l’occasion. Et non, je ne cherche pas à provoquer à tout prix. Je n’essaie pas de tester tout ce qui se trouve dans mon placard à fantasmes pour la simple et bonne raison que le contenu est évolutif. Déjà, mon placard à fantasmes, il marche comme mon placard à fringues : je mets toujours les fringues qui se présentent à moi en premier et je finis par oublier ce petit pull chiffonné dans un coin. Le fantasme, c’est pareil : à un moment, je vais avoir très envie de faire un truc puis petit à petit, je vais avoir de nouveaux fantasmes et oublier le premier. Qui ressortira à l’occasion.


Mais surtout, ce que je trouve triste dans la course à « fantasmes à réaliser », c’est le manque de contexte. Par exemple dans l’absolu, je me fiche de faire du sexe dans un ascenseur, c’est pas un lieu qui m’excite à priori. Mais imaginons que je prenne un de ses minuscles ascenseurs parisiens où les corps se frottent avec un homme qui me rend dingue au moindre effleurement, ça pourrait soudain être plus qu’une envie, un besoin. La conclusion de cet acte précipité (un voyage en ascenseur ne dure jamais deux heures) et spontané ne serait pas « ouais, je l’ai fait dans un ascenseur » mais plus « avec bidule, on était si excités qu’on l’a fait dans un ascenseur ». Le avec bidule est juste essentiel. Je me fiche d’avoir un carnet de voyage sexuel peu varié, je préfère avoir un carnet de souvenirs bien fourni.


Au delà de ça, on en revient toujours à ce paraître sexuel fort auquel j’ai envie de consacrer quelques articles de fond. Doit-on mesurer la « chaudasserie » d’une personne (notion bien triste au demeurant) aux lieux insolites qu’elle a testés ? Moi, je veux bien, c’est un critère comme un autre mais si j’ouvre mon placard à souvenirs, je suis pas sûre que mes parties de jambe en l’air les plus torrides et les plus jouissives se soient forcément passées hors d’un lit. D’ailleurs, les premières qui me reviennent en tête ont toujours pour cadre un lit et pourtant, ce fut un tel feu d’artifice que je m’en suis presque évanouie. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Je suis toujours un peu interloquée quand les magazines nous présentent une liste longue comme le bras de lieux « à tester ». Et la spontanéité, tu en fais quoi ? C’est précisément ce qui fait le sel de la relation, ce qui va transformer une partie de jambe en l’air en souvenir savoureux qui teintera nos joues de rose quand on y repensera. Cessons de calculer où nous allons baiser, laissons nous juste porter par les opportunités qui s’offrent à nous.

Et si on changeait de stratégie

Aujourd’hui, c’est grève. Comme la semaine dernière. Comme depuis trois week-end sur le réseau nord ouest du transilien. En fait, ça fait près de 10 mois qu’on se prend régulièrement des grèves et j’avoue que je suis à un tel niveau de blasement que j’en suis tombée dans l’indifférence. Pas de train ? Pas grave, je prends le bus, y en a un qui m’arrange pas si mal. Y a qu’à minuit, quand je suis chargée, que ça m’amuse moins. Mais au bout de 10 mois, force est de constater qu’on ne peut plus continuer comme ça. Le week-end dernier a eu lieu la nuit des écoles : en gros les instits de primaires veulent protester et invitent donc parents et élèves à camper dans les établissement en réalisant diverses activités comme lecture, dictée, maths, dans une ambiance bon enfant. Alors là, j’ai tendance à dire oui ! C’est ce que j’appelle la contestation intelligente car les instits prennent le temps d’expliquer le pourquoi du comment de leur mécontentement, de montrer un peu leur quotidien, même si c’est dans une atmosphère festive. Alors que si je prends les grèves RATP et SNCF, puisque ce sont deus services que j’utilise, je ne sais rien. Si je veux m’informer, je suis priée d’aller lire le journal. Aucun tract distribué, rien. Du coup, ça devient de plus en plus nébuleux. Par exemple, ça fait donc 3 week-ends d’affilée qu’il y a une grève sur le réseau nord ouest, un train par heure voire heure et demie. Alors ok, mais pourquoi ? J’avais d’abord pensé à une agression mais ce n’est pas ça. Selon Simon, c’est une histoire d’heures en plus qui sont qualifiées de complémentaires et les cheminots voudraient qu’elles soient qualifiées de supplémentaires puisque les deuxièmes sont plus avantageuses que les premières. Mais mon père a vu un reportage où il aurait été question d’une cafète déplacée. Sur le coup, il m’a dit ça, j’ai explosé de rire. Mais si c’est vraiment pour ça, là, j’ai juste envie de dynamiter le siège de SUD vu que c’est lui qui fout le bordel. Alors voilà où nous en sommes : 10 mois de grèves plus ou moins régulières, des revendications rapportées dans les journaux, un gouvernement totalement indifférent, des usagers usés… Y a que moi qui me dis qu’il faudrait vraiment trouver une nouvelle voie de contestation ? Alors, ok, les transports gratuits ces jours là, c’est interdit, ça, maintenant, je le sais. Mais pourquoi opposer systématiquement usagers et grévistes ? Pourquoi les grévistes ne vont pas à la rencontre de ces usagers pour expliquer leur cause ? A la limite, tant qu’à y être, organisons des animations dans les trains, métros, postes… pour expliquer le métier. Ok, on est là mais on va t’expliquer pourquoi on n’est pas content. Et pourquoi pas un grand barbecue en guise de manifestation après le boulot ? Mine de rien, ça va en faire de la foule et les grévistes gagnent en sympathie. Alors j’entends déjà les « non mais attends, les revendications n’aboutiront jamais comme ça ! ». C’est sûr que les grève old school, dix mois plus tard, on voit bien leur efficacité : aucune. Je crois vraiment qu’on est à la fin du syndicalisme à la papa. D’ailleurs, quand on voit que la moyenne d’âge des syndiqués est de 57 ans, y a clairement une cassure entre les anciens et les jeunes travailleurs. Certains fins esprits à la capacité d’analyse étonnante vont encore me dire leur fétiche « pfff, et t’oses te dire de gauche » mais hiiiiiiin ! c’est pas le sujet. Je pense juste qu’après 10 mois après les premières grèves de la fonction publique, les gens qui ne sont pas concernés s’en foutent au mieux, sont vraiment remontés à cause des inconvénients qu’ils subissent depuis tout ce temps au pire. D’autant que les routiers s’y mettent aussi et là, de suite, ça parle à tous les gens qui font le plein : l’essence, c’est trop cher, faut faire quelque chose. Comme d’habitude dans ces cas là, le gouvernement  a joué le pourrissement et a gagné. Alors, on change la donne ou on garde les œillères ? En attendant, moi, j’aime bien aller bosser en bus, je crois que je vais faire ça tout l’été !