Les polémistes sont-ils des génies ?

 Semaine dernière, je tombe sur Pif-Paf, l’émission sur la télé de Paris Première présenté par Philippe Vandel avec, entre autre Isabelle Morin-Dubosc que j’aime bien. Le
dossier de la semaine portait sur les polémistes et, évidemment, sur le plateau, il y avait Eric Zemmour pour qui j’ai toujours eu beaucoup de mépris. Mais finalement, en l’écoutant parler, je me suis demandée si, quelque part, c’était pas un génie. Continuez l’article avant de me taper, hein. Parce que moi-même, de dire ça, j’ai envie d’aller me mettre la tête dans les toilettes et de tirer la chasse mais vous allez voir.
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Qu’est-ce qu’un polémiste ? C’est un mec qui squatte un plateau télé et qui n’est jamais d’accord. Parce que ça fait de la bagarre, des cris, parfois même des invités qui quittent le plateau et après, on passe au zapping, huhuhu. Par exemple, chez Ruquier, on a (ou avait, j’ai pas regardé depuis plus d’un an) Zemmour, donc, à côté de Michel Polac, ce qui fait que parfois, l’invité ne peut même plus parler tant les deux rhétorisent joyeusement sur le sujet. Les polémistes aiment astiquer les inviter, les pousser dans leurs derniers retranchements. Par exemple, dans Pif Paf, ils montrent une passe d’arme entre Romane Bohringer venue défendre le DAL (droit au logement) et le fameux Zemmour qui part sur le « non mais le DAL, ils font venir des gens, c’est du faux ! ». Et Romane de s’énerver et comme elle n’arrivait pas à argumenter, de se lever en secouant les bras. Retour sur le plateau de Pif Paf, Zemmour s’explique : « ce que je veux, c’est qu’elle m’explique pourquoi elle défend cette cause et comme elle n’y arrive pas, elle fait son actrice. » Et là, pour la première fois de ma vie, je me dis que, merde, il a raison. Bien sûr, sur le fond, même si les SDF du DAL n’en sont pas vraiment, j’ai tendance à dire que ce n’est pas le problème. Les SDF, ça existe hors caméra, j’en croise (hélas) tous les jours et je peux comprendre qu’ils aient pas envie d’être exhibés devant les caméras. Mais là, Romane a été incapable de rétorquer quoi que ce soit, de sortir du discours appris par cœur. Bien sûr que la cause du DAL est noble et personne ne peut décemment dire « s’ils n’ont plus de logement, c’est leur faute, au fond, laissons les crever ! ». Justement, défendre une cause entendue veut-il dire qu’on ne doit pas réellement la défendre ? Chaque people a sa noble cause. Après tout, avec toute la tune qu’ils touchent, qu’ils en rendent à ceux qui en ont besoin, c’est limite la moindre des choses. Nos stars défendent tous un truc, chantent tous aux restos du cœur mais parfois, on peut se demander les réelles motivations. Les enfoirés, par exemple, on leur reproche souvent d’en profiter pour faire un peu de promo pour leur dernier album, se faire une image de people soucieux de son prochain et généreux. Ok mais au fond, on peut aider les restos du cœur autrement qu’en achetant leurs CDs.

Mais revenons à nos polémistes. Il est des causes qu’on pense ne pas avoir besoin de défendre, tout comme des opinions dans certains milieux. Par exemple, dans une fac de sciences humaines, sortez un « Sarko est un enfoiré », on vous approuvera. Vous pouvez même le dire sans le penser ou sans savoir bien pourquoi, on vous demandera pas d’argumenter. Et ça m’énerve un peu. J’aime bien que les gens m’expliquent pourquoi ils pensent ceci ou cela. Je suis bien consciente qu’en matière de politique, l’opinion ne se forme finalement que sur une interprétation des faits mais ça n’empêche pas qu’on dépasse le slogan vide de sens pour expliquer un peu pourquoi on en vient à penser ça. Surtout que c’est pas les arguments et exemples qui manquent hein…Et ça marche pour les SDF. Evidemment qu’on veut les aider à avoir un logement décent mais c’est pas tout de le dire. Qu’as-tu à proposer ? As-tu autre chose à dire que c’est dramatique comme situation ? Parce que juste dire ça, c’est à la portée de n’importe quel abruti venu. Et là, je comprends le principe de Zemmour qui s’oppose toujours pour pousser l’artiste qui défend sa cause à dépasser la simple déclaration lénifiante.

Evidemment, pour Zemmour, ses positions anti conformistes et hyper réac font parler de lui. De ce point de vue là, il a tout compris au système. Ceci étant, deux questions se
posent à moi : est-il un hyper réac ou un opportuniste médiatique ? Mais surtout, peut-on soutenir n’importe quelle position juste par jeu polémique ou arrive un moment où notre volonté d’en découdre rentre en conflit avec nos opinions ? Parce que moi, j’aime bien polémiquer, pousser les gens à aller au-delà de la simple phrase choc finalement vide de sens mais je n’arrive pas à aller trop loin, défendre ce qui me paraît indéfendable juste par principe.

Are you talkin’ to me ?

Comme vous le savez depuis le temps, j’ai une formation de journaliste (même si là, je suis animatrice de communauté mais c’est pas très éloigné et je vais refaire la prospective aux piges quand j’aurai bien chopé le rythme et que les bugs seront réparés pour des journées plus calmes) donc je m’intéresse aux médias. L’autre jour, j’ai lu ou entendu une réflexion sur les talks shows français à la Fogiel, Ardisson ou Ruquier… Ou d’autres, sans doute. Je passe pas ma vie devant la télé. Donc la personne expliquait que les talks shows à la française étaient très différents des versions américaines. Ah bon ?

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Aux Etats-Unis, il y a beaucoup de talk show à la David Letterman, Jay Leno, Oprah Winfrey et je sais pas qui (je regarde pas, j’en ai pas sur ma freebox et même, je regarderais pas). Mais aux Etats-Unis, c’est le principe du « one to one ». Un seul invité par émission. En France, y en a au moins 5 et ça bouge beaucoup : certains restent toute l’émission, d’autres se cassent en cours pour être remplacés par un nouvel invité. En gros, si vous aimez mettons Sophie Marceau, vous allez regarder 2h d’émission pour une intervention de votre idole de 10 à 15 mn.
Avec de la chance, elle passe en 1er et vous pouvez aller vous coucher ensuite. Mais sinon, vous devez vous farcir toute l’émission pour ce petit quart d’heure qui ravira votre cœur de fan.

Perso, j’avoue que je n’aime guère ce genre de talk shows « à la française ». Pourquoi ? Parce que ça ne ressemble à rien. Quel est la ligne éditoriale ? « Faire la promo des invités en étant un poil sulfureux pour passer au zapping ». Ce qui fait qu’on passe sans transition de « Franc Dubosc sort son nouveau spectacle », sujet (censément) drôle à « j’ai perdu ma fille suite à son anorexie », ce qui l’est beaucoup moins. Donc on s’enfile deux heures d’émissions telle une brochette où on aurait enfilé n’importe quel ingrédient. Du coup, un morceau de
steack suivi d’une fraise tagada, faut assumer. Surtout qu’elle pullulent mais elles ne se démarquent pas. Enfin, si, à la limite, y a Cauet qui se démarque avec son fauteuil, là, et sa volonté de ne faire que du vulgaire mais en dehors de ça… On a toujours le principe du présentateur vedette assisté d’un co-présentateur de type comique (ou censé l’être) genre Baffie, Carlier ou Eric Zemmour. Ah, on m’indique en coulisse qu’Eric Zemmour n’est pas un humoriste. Nous avons donc la preuve que la connerie n’est pas une légende, elle existe. Tiens d’ailleurs, si quelqu’un a son livre hyper macho à me prêter, j’apprécierais. Histoire que j’en fasse une critique sur mon blog. Bon, moi, j’aimais bien Ariane Massenet, les autres, moins. Baffie, je l’aime quand il est sérieux, en fait car il est carrément pas con comme mec mais sinon, il est vite lourd et Carlier, j’ai jamais compris qu’un mec qui crache sur la télé en fasse. Comme si j’allais présenter Paris Dernière, moi ! Ensuite, à ça, on rajoute des comiques qui viennent faire le sketch et se barrent aussi sec. C’est assez bizarre d’ailleurs, on dirait des gens qui piratent l’émission, balance viteuf leur truc et se cassent sans demander leur reste.

 

Bref, sur les talks shows français, j’ai souvent l’impression que chacun fait sa tambouille sans se préoccuper de ce qui s’est passé avant ou après, le tout sous l’œil intéressé du présentateur qui hoche la tête d’un air grave toutes les 10 secondes des fois qu’on le filmerait. Le présentateur des talk shows s’intéresse à tout, des projets politiques de Bernard Kouchner à la culotte de Loana en passant par l’élevage des pommes de terre à la Haye, au problème des sans-papiers, aux histoires de leucémie, anorexie et autres maladies douloureuses et aux blagues d’Eric et Ramzy. Moi, je les admire quelque part parce qu’Eric et Ramzy, ils sont pas forcément drôles. Ils lancent deux, trois questions, parfois un peu polémiques pour foutre la merde sur le plateau et ils se délectent des disputes entre invités.

 

Alors doit-on être fier de cette exception culturelle française ? Pas sûr. Enfin, pour moi. J’ai toujours l’impression que, dans ces émissions, on effleure les sujets sans vraiment y pénétrer en profondeur (oui, je sais, effleurer et pénétrer en profondeur dans la même phrase, c’est racoleur). On balance trois vannes, quatre fois le nom du CD ou du film qu’on vend et on se casse. C’est ce qu’on appelle du service minimum ! Mais du coup, j’ai l’impression que tout coule sur moi, je vois les invités et rien ne me marque. Des fois, certes, y a des coups d’éclats et des pétages de plombs mais ça reste rare. Fogiel est devenu un vieux toutou édenté, Ardisson et Ruquier, je sais pas, je regarde pas et Cauet continue de baver sur les actrices pornos, les déshabillant de ses yeux libidineux. Je comprends pourquoi la majorité de ses émissions sont diffusées en 2e partie de soirée : c’est pour que j’aille me coucher.