Arthur et les chevaliers de la table ronde

Ce matin, dans le métro, j’ai terminé l’Enchanteur écrit par Barjavel. Oui, je suis très fan de Barjavel et quand j’ai vu qu’il avait écrit un roman sur Merlin et sur les légendes arthuriennes, autre sujet que j’aime bien, je me suis jetée dessus.

Que dire sur ces fameuses légendes ? Enormément de choses, ma foi, on pourrait en faire une thèse donc voici ma modeste vision des choses. Merci de pas me casser les couilles en commentaires sur quelques inexactitudes car selon les sources, l’histoire n’est foncièrement pas la même donc voilà.

Bon, comme il faut choisir un angle et que ce blog s’adresse surtout aux femmes, parlons des demoiselles qui rôdent autour d’Arthur. Des femmes, techniquement, y en a beaucoup, surtout depuis que le thème a été repris par les auteurs du XIIe avec la grande mode de l’amour courtois. Dès lors, nos amis chevaliers n’ont de cesse de sauver les dames en péril et de visiter leur couche juste après. Faut dire qu’un mec qui tue un dragon, ça aurait tendance à m’exciter, aussi. Donc passons sur ces braves dames très reconnaissantes pour nous intéresser aux trois grands noms féminins de la légende : Viviane, Guenièvre et Morgane, la reine et les deux fées. Bon, ces demoiselles ont au moins un point en commun : elles ne vieillissent pas. Elles passent de jeunes à un peu moins jeunes mais vieilles, non, ça n’existe pas. D’ailleurs, aucune des trois ne meurt officiellement, bien qu’il y ait une tombe je sais plus où qui est censée être celle de Guenièvre.

Guenièvre, commençons par elle puisque c’est la Reine. Bon alors, cassons de suite l’image que vous avez de notre amie grâce à la merde hollywoodienne « Lancelot » qui n’a pour but que de mettre en valeur Richard Gere parce que pour le reste, hum. Déjà, il faut savoir que Guenièvre a sensiblement le même âge qu’Arthur, elle n’est pas la jeune épouse d’un vieux croûton, non ! Quelles que soient les versions que j’ai lu, nos deux époux se sont rencontrés dans leur prime jeunesse. Mais voilà la Reine n’aime pas Arthur et dépérit à ses côtés. A peu près au moment du mariage de notre couple royal naît Galaad, dit Lancelot du Lac car élevé par la Dame du Lac, Viviane . Donc quand Lancelot arrive à la Cour du Roi Arthur pour la première fois, du haut de ses 20 ans, la Reine frôle la quarantaine. Et oui, mesdemoiselles, cette histoire d’amour qui vous fait vibrer depuis que vous avez lu Chrétien de Troyes au collège n’est pas l’histoire de deux jeunes âmes qui se rencontrent. Non, la Reine se tape un petit jeune, ni plus ni moins ! Donc la Reine aime Lancelot qui le lui rend bien et c’est ce qui va entraîner la chute d’Arthur et du Royaume de Camelot à la fin. Car l’amour rend nos deux amants un peu imprudent, quand même, surtout Lancelot qui perd la tête plus d’une fois pour la belle. D’ailleurs lorsqu’il se retrouvera prisonnier du Château de Morgane, il peindra les murs de tableaux de sa belle et lui, retraçant trop fidèlement l’histoire. Et qui va tomber dessus ? Arthur. S’ensuivra une guerre qui conduira à la mort d’Arthur et à la chute de Camelot.

Guenièvre, moi, je l’aime pas trop, on lui donne un côté trop romantico-concon à mon goût. Vient ensuite Viviane, la fée, muse puis maîtresse de Merlin. D’ailleurs, j’ai lu une version où elle enferme son enchanteur dans une tour d’air pour le garder toujours auprès d’elle. Viviane, c’est l’amour à l’état pur. Amour de femme pour Merlin, amour de mère pour Lancelot. Quelque part, elle est assez mystérieuse, on ne sait que peu de choses sur elle, elle apparaît toujours reliée à Merlin, son seul et unique amour qui lui offrit un royaume sous le lac, donc. Il lui confia Lancelot bébé et la demoiselle l’éleva comme son propre fils, lui donnant tout l’amour qu’elle pouvait. D’ailleurs, peut-être lui en a-t-elle trop donné. Merlin le lui avait confié pour qu’il devienne celui qui remplirait la quête du graal mais ayant fauté avec Guenièvre entre temps, il ne pourra pas l’accomplir. Ce sera donc son fils, né d’un sortilège (Lancelot a forniqué avec la fille du Roi pêcheur, celui qui garde le Graal, pensant qu’elle était Guenièvre). Bref, Viviane est de toute les femmes la plus pure, je pense. Ce doit être pour ça qu’on la voit pas trop, d’ailleurs.

Venons-en à la dernière des trois, la plus vicieuse et la plus garce donc ma préférée, Morgane. Elle est la demi-sœur d’Arthur dans la plupart des versions. Plutôt bonne au départ, elle a une grande consommation des hommes. Mais voilà, Guenièvre arrive, belle comme le jour et vertueuse comme une nonne et Morgane devient jalouse. Dans certaines versions, la demoiselle tombe follement amoureuse de Lancelot et tente par tous les moyens de le conquérir, y compris s’allier avec le Diable. Mais ses sortilèges échouent les uns après les autres. A un moment, elle parvient à enfermer Lancelot dans son château et tente désespérément de le séduire mais il ne pense qu’à Guenièvre et peint leur amour sur tous les murs de sa chambre. Folle de rage, elle parvient à entraîner Arthur dans son château et lui montrer la chapelle Sixtine de Lancelot. Le roi, furieux, décide de faire brûler Guenièvre et c’est de là que part la guerre évoquée plus haut. Arthur est tué par Mordret, son bâtard incestueux : ben, oui, Arthur, pendant longtemps, il n’a pas su qui était son vrai père donc il a couché avec sa demi-sœur sans savoir qui elle était et de là est né Mordret. Plusieurs légendes racontent que Morgane vient chercher la dépouille d’Arthur et l’emmène sur l’Ile d’Avalon. Morgane, c’est l’image même de l’amour vicieux, de l’amour malheureux : plutôt faire du mal à celui qu’elle aime (Arthur d’un amour fraternel puis Lancelot) plutôt que d’y renoncer.

Ce que j’aime dans ses légendes, c’est que déjà, y a tellement de versions qu’on peut en faire ce qu’on veut. Par exemple, Barjavel part dans des trips très curieux, genre : Merlin ouvre un supermarché dans un village ou Morgane a des ascenseurs dans son château, une vieille a le gaz dans sa maison et mange du cassoulet en conserve. Soit. On peut délirer dessus comme sur la série Kaamelot. N’empêche que même dans le délire, on sent qu’il y a une recherche documentaire, derrière, et certains épisodes montrent la rivalité entre Lancelot et le roi, y a pas mal de trucs bien vus. Nous bénéficions aujourd’hui surtout des légendes arthuriennes revisitées par l’amour courtois mais il n’empêche : que de sexe ! Ca fornique dans tous les coins, toutes les dames en détresse se montrent très généreuses de leur corps et à aucun moment, elles ne passent pour des demoiselles de peu de vertu. L’une des héroïnes positive de l’histoire est tout de même une femme adultérine (qui se tape un petit jeune, en plus). Apparemment, pour le sexe, à l’époque, on se posait moins de questions : « tu me sauves, tu me sautes », point barre. Y a que Morgane qui semble avoir une sexualité condamnable, sans doute parce qu’elle s’offre à ceux qui ne l’ont pas sauvée et utilise des subterfuges pour tenter d’avoir ceux qui osent lui résister. Le meilleur pour la fin : Galaad, le seul à avoir le cœur assez pur pour terminer l’aventure du Graal est tout de même né d’une fille mère !

S’il est vrai que l’amour courtois montre bien l’infériorité physique des femmes sur les hommes (elles ne peuvent se défendre seules, elles ont besoin d’un preux chevalier), je trouve qu’il y avait
à l’époque un vrai respect de la femme qu’il serait bon de retrouver parfois. Les chevaliers ne les sauvaient pas juste pour la brouette, nan, ils le font parce que c’est leur devoir et si la
demoiselle n’écarte pas les cuisses pour les remercier, ils ne la traitent pas de tous les noms. Elles offrent, ils disposent et pas l’inverse.

Finalement, c’était le bon temps !

20 réflexions sur “Arthur et les chevaliers de la table ronde

  1. Je suis en train de lire l’Enchanteur aussi ! j’aime bien ton aricle (comme toujours, en meme temps). Tu as lu Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley ? C’est dit du point de vue des femmes et ça n’a rien à voir dans la description des personnages : elles sont toutes de fortes têtes qui agissent à leur guise, Guenièvre mène Arthur par le bout du nez sans en avoir l’air…

  2. Eh bah, comme quoi, ça se trouve un sujet 😉
    Vive le Roi Arthur!
    Vivent les Vingtenaires!
    La Poupée bien arrivée…

  3. Kikou… Bon, je n’ai que peu lu Barjavel, moi qui suis feru de fantastique et de SF, mais je vais rattrapper ces lacunes, par contre, un autre truc que j’affectionne, c’est le cycle du Graal… Et je dois dire que ta version est excellente. J’adore. Bon, il se trouve aussi que je suis un descendant en ligne droite de l’un des chevaliers de la table ronde, Keu, le Sénéchal, mais chut, il ne faut pas le dire… et puis aussi, j’ai des amis elfes… Bonjours messieurs, oh… une chemise toute blanche, merci, c’est super gentil, par contre, ça ne doit pas être ma taille, les manches sont beaucoup trop longues… mais lâchez moi!!! lachez moi où vous aurez affaire à ma lame et les elfes viendront vous tirer les oreilles…

  4. Guenievre…. c un prenom tue l’amour ca, j’ai jammais compris comment des gens, un jour on pu trouver ca un tant soit peu sexy ou meme joli…

    Si je cree une heroine, elle s’apelera Superpipa! c’a ca a de la classe!

  5. Ah Barjavel 😉

    J’ai adoré « La nuit des temps » … Superbe histoire d’amour sur fond de S-F … tout simplement génial 😉

    Pour les fans de SF, je conseille aussi « Wang », de Pierre Bordage (CF mon blog, j’ai fait un petit compte rendu de lecture)

  6. Barjavel, j’aime bien. Sauf qu’il suffit de lire un roman pour les avoir tous lue.
    Ses messages sont clairs : retour aux valeurs terrienne, l’homme travaille la terre, nourri les siens, les protéges. La femme tient le foyer et reste béa devant l’homme.

    Ceci dit c’est un auteur qui a un écrit agréable et a produit de très bon roman.

  7. Deux choses : comme tu dis, on peut y voir ce qu’on veut dans ces légendes et ses personnages, on peut en faire des thèses entières (il y en a déjà pas mal d’ailleurs). Mais perso, Viviane, je la vois pas comme la pureté même. Je dirais plutôt que c’est la plus intelligente et la plus forte des 3. Elle emprisonne Merlin, pas par amour je pense, mais pour être sûr d’être la seule magicienne trop forte sur le marché. Et lui cède par amour, il sait que le sortilège qu’il lui enseigne, elle s’en servira contre lui, mais il le lui livre quand même. Je trouve ça beau. Il y a de l’amour en Viviane, mais surtout maternel, comme tu le dis. Son amour charnel pour Merlin, c’est de l’ordre de la manipulation, je pense.
    Deuxième chose, qui n’engage que moi : plutôt que la bouse avec Richard Gere, l’acteur le plus mauvais de tous les temps, il faut regarder Excalibur de John boorman. Ca a vieilli, c’est un peu kitshouille par beaucoup d’aspects, mais ce film est un monument absolu, il est beau, il est intelligent, bien fait. Bref, si ce film était un homme, on en aurait une énorme envie!

  8. J’avis lu ce livre quand j’étais au collège, voyons, voyons, j’ai fait une fiche de lecture (on choisissait le livre que l’on voulait) en 4ème, j’avais 12 ans… tu en avais 6 ou 7… ça passe trop vite

  9. C’est sympa Nina d’écrire de temps à autre des articles comme ça. Ainsi je me sens moins égaré sur ton blog… 😉

    Je suis de l’avis de LilVirgo pour le film Excalibur qui est mon film cultissime. C’est une oeuvre mythique qui a vieilli c’est vrai. C’est assez kitch mais dans l’ambiance magique du film je trouve que ça passe.

    Nina, tu dois voir Excalibur ! :))) Tu comprendras mon insistence quand tu l’auras vu… 😉
    D’ailleurs je suis un peu déçu que tu ais cité Lancelot du Gere comme réf merdo-hollywoodienne dans ton article.

    Le film avec Gere n’arrive même pas à la cheville du film Merlin qui a pourtant été fait pour la télévision et plutôt destiné à un jeune public.
    Au moins dans Merlin, les costumes et la présence des Romains donnent un côté plus « historiquement plausible ».

    Pour le reste, c’est vrai qu’on pourrait écrire des dizaines de thèses. Si on rajoute les thèmes abordés dans le bête Da Vinci machin (je crache sur le livre pas sur les thèmes abordés), tout ce qui tourne autour des Templiers et de Rennes le Château, on finit par ne plus savoir où se termine la légende.

    Gente Dame, puis-je espérer un feed-back quand tu auras vu Excalibur ? Quand tu auras le temps bien entendu… 😉

    Mulder

  10. Comme le mentionne Lola Litha au début des commentaires, je te conseille de lire la version des chevaliers de la table ronde par Marion Zimmer Bradley (Les dames d’Avalon suivi par Les Brumes d’Avalon). Ca donne une vision complètement différente du mythe: pour une fois, Morgane la fée semble sensée tandis que Guenièvre passe pour une intégriste religieuse.
    Sinon, pour ce qui est de la version classique, je ne savais pas qu’il y avait plusieurs versions du mythe, il me semblait que Chrétien de Troyes était celui qui avait forgé l’histoire.

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