L’enfer, c’est les autres

Par Tatiana

L'enfer de la mode

Le 10 avril

Ma journée commence tard (15h30) pour cause d’entretien et de test à l’ISCOM, merveilleuse école privé en communication (qu’en fait je n’aime pas du tout). Aujourd’hui je m’attelle à un travail d’hôtesse de caisse (ben quoi c’est comme ça qu’on dit maintenant et je sais de quoi je parle j’en ai été une) : ranger les vêtements, étiqueter les vêtements, enlever les étiquettes. Mais quelle journée excitante ! Je crois que je peux mourir ce soir j’aurais vécu pleinement mon existence. J’atteins le seul de saturation, j’ai l’impression de ne rien apprendre. Je veux dire, ça ne peut pas être ça le travail de RP, il doit bien y avoir des choses plus glorifiante à faire. En plus je crois que je ne suis pas faite pour ce milieu, il y a déjà une fille du bureau qui ne m’aime pas. Elle ne me parle jamais mais pourtant je ne lui ai rien fait de spécial. Big mother me gonfle. L’autre jour elle m’a tapé tout un délire sur internet et bla et bla. Je n’ai retenu qu’une seule phrase : « Quand JP est pas là c’est moi qui supervise ». Je pense que certaines personnes de ce bureau seraient heureuses d’entendre ça. En fait ce serait marrant d’aller leur répéter. Je devrais peut être foutre un peu le bordel dans leur petite organisation. Ca pimenterait mes journées. Je vais méditer le dessus…

Le 11 avril

J’arrive super en avance : un vrai miracle. Il va sûrement neiger (oui je sais on est au mois d’avril et alors !). Je me traîne un affreux mal de gorge. Ca va être une journée de m… je le sens. Pourquoi me direz-vous ? Bien tout simplement parce que j’ai la faculté de sentir les journées de m… c’est comme ça. En tout cas faire des stages ça donne envie de faire des études toute sa vie. Et surtout ça coupe celle de se lancer dans la vie active.

J’ai fait un tour dehors avec Béa pour porter des vêtements dans des rédactions de magazines. Du coup j’en ai profité pour parler un peu avec elle. Elle me conseille de prendre une semaine de vacances. Idée qui me séduit on ne peut plus. Autre nouvelle séduisante : il est possible de prendre des fringues pour soi. J’ai donc commencé à faire une liste (là vous vous dites que je suis une profiteuse comme les autres et vous avez sans doute un peu raison) Mais il faut demander à JP. En parlant de lui, monsieur est en vacances à LA avec son
mec. Ca nous repose grandement, l’ambiance est plus cool sans lui. A part bien sûr Big mother. Je commence à trouver un peu ma place.

Le 15 avril

Dur retour à la réalité. J’ai oublié mon portable chez ma sœur et du coup je ne peux appeler personne pour passer le temps. La vie est trop cruelle. La semaine dernière s’est finie sans scoop ni rien d’autre. On a juste eu le droit à une visite de la fille de Bettina. Elle s’appelle Nola et est super adorable. Ca change de toutes ses pimbêches que je vois toute la journée et aussi de la « Princesse » de Big Mother. J’ai aussi appris un nouveau truc : faire une sortie d’un vêtement (en résumé tu bip un code barre). Y a des jours où je me demande si faire des stages c’est pas juste pour que t’ai encore plus envie de faire des études et de jamais rentrer dans leurs statistiques chômage. Je rêve de vacances…

Le 16 avril

Aujourd’hui c’est une journée lose. Je suis à moitié malade. Heureusement demain je viens juste l’aprem car le matin je dois aller imprimer des trucs à mon école.  Mais parlons un peu de Big Mother et son fiston adoré. Ce dernier je crois qu’il est incapable de ne pas travailler, vu que même lorsqu’il est pas là il appelle 15 fois par jour. C’est un stressé de la vie. Sa mère c’est pas mieux. Miss calimero en personne : personne ne m’aime, mais je m’en fiche c’est moi la chef…En plus elle s’excuse tout le temps. Une fois c’était énorme elle s’est mise à crier aux filles « vous êtes méchantes ! ». Tout ça parce qu’on voulait pas l’attendre. Nan mais on croit rêver. Elle lance tout le temps des petites réflexions pour se faire plaindre. En général moi je ne relève pas tout en me disant dans ma tête « vite un kleenex ! je vais pleurer ».

Le 18 avril

Il faut que je vous parle de Clarissa. Cette fille est vraiment bizarre. Je ne la sens pas du tout (remarque je crois que c’est réciproque). Impossible de savoir ce qu’elle pense de moi. C’est le genre de personne qui t’observe longtemps avant de vraiment venir te parler. Ces filles sont quand même un peu inaccessibles dans leur style. Mais pour en revenir à Clarissa, je dois avouer qu’elle m’énerve. Déjà on sent la névrosée en puissance façon Ally Mac Beal mais la version sale peste. Elle est à la recherche de l’homme de sa vie et vit par
procuration grâce à ses amies. En fait, on dirait une adolescente de 15 ans avec un corps d’une fille de 30.

Le 23 avril

Le scandale du jour : Bettina et son ex qui fauche des fringues. En fait le sujet n’est pas nouveau et c’est pas la première fois que j’en entend parler. C’est fou, dès qu’une fille s’absente la pauvre en prend plein la tête.

Aujourd’hui retour du Big Boss tout bronzé, pour pas dire cramé. Et on s’est débarrassé de Big Mother pour la semaine. Si ça c’est pas une bonne nouvelle…

Enfin le plus important à retenir c’est le ragot que j’ai appris par une des filles. Apparemment le mec de Big Boss se ferait frapper. Monsieur a ses accès de colère et d’impulsivité et faut dire aussi que son mec possède la personnalité d’une endive cuite (parce qu’en plus il est tout mou). Cela dit moi j’adore sa manière de s’habiller (phrase 100% ironique). Une fois il est venu avec une chemise en coton rose pâle ajourée façon napperon. So sexy !

Je suis au chômage et alors ?

A l’époque où j’étais au chômage et que j’en pouvais plus, mon amie Anne me dit : « Ce qui est chiant quand t’es au chômage, c’est qu’on ne te parle plus que de ça alors
que quand tu sors, c’est justement pour te changer les idées ». Le chômage, c’est une maladie sociale, les gens se préoccupent de votre état. Ca part d’une bonne intention mais c’est vite étouffant.

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Quand tu es au chômage, on te demande toujours « alors, tu as trouvé du boulot ? ». Ce à quoi, tu as toujours envie de répondre : « bah, bien sûr, ça fait deux mois que je bosse mais j’avais envie de garder ça pour moi, tu comprends… ». C’est un peu la question du « t’es allé chez le coiffeur » quand t’as coupé 10 cm de cheveux. Surtout que je disais à l’époque que le jour où je trouverais du boulot, la Terre entière serait mise au courant. J’ai d’ailleurs envoyé un texto aussi sec à tout mon répertoire puis j’ai fait trop ma maline sur mon blog.

En général, les gens sont bourrés de conseils parfois assez hallucinants. J’ai parlé du « pourquoi tu crées pas ta boîte ? », des « tu réponds à des annonces ? », les « tu envoies des candidatures spontanées ? ». Des fois, j’avais l’impression d’être une petite fille qui découvre le monde et à qui on apprend l’évidence. Mais j’avais saisi dès le départ qu’un recruteur ne viendra jamais sonner chez moi pour me proposer un boulot. C’est pas comme les agents immobiliers qui garnissent ma boîte aux
lettres de proposition de vente (alors que je suis locataire). Tout le monde y va de son petit conseil, y compris et surtout ceux qui n’ont jamais connu le chômage. Parfois, on a des trucs assez hallucinants du genre : « Ben, tu te pointes au journal et tu montres ton book au rédac chef ! ». Quand je lui ai fait remarquer qu’un journal n’était pas forcément un moulin et que le rédac chef ne passe pas sa journée à attendre dans son bureau de potentiels candidats, le gars m’a expliqué le plus sérieusement du monde que j’avais qu’à me pointer en inventant un prétexte et une fois dans la place, je vais l’air de rien dans le bureau du rédac chef. Mais bien sûr. La plupart des grands groupes de presse sont équipés d’accueil et de portiques et si t’as pas rendez-vous avec une personne précise qu’on appelle pour prévenir de ton arrivée, ben tu rentres pas. Et puis je suis pas sûre que rentrer dans le bureau du rédac chef sans rien demander à personne soit très bon pour mon image…

Vous avez aussi les gens circonspects, ceux qui vous soupçonnent de ne pas chercher vraiment. C’est vrai, le chômage, j’ai adoré, passer la journée chez moi à guetter l’annonce, à envoyer 150 CV partout pour me prendre des refus, c’est tellement bon pour mon ego ! Des fois, j’ai envie de démissionner juste pour revivre cette période magique où je me sentais à peu près aussi estimable qu’une crotte de souris, une mini crotte, quoi. Et ça rend parano, le chômage, la sollicitude des autres semblent devenir des accusations à mots couverts, on part au quart de tour. « Tu réponds à des annonces ? » « Tu sous-entends quoi, que je cherche pas vraiment ? Tu crois que c’est facile de trouver du boulot (ducon) ? Tu les connais les stats ? Tu sais combien y a de chômeurs en France ? ». Oui parce que bon, je suis pas tout à fait la seule dans ce cas là et d’après l’APEC, un jeune diplômé met en moyenne un an et demi à trouver du boulot et passe en moyenne 7 entretiens avant d’être embauché. Le jour où ma sœur m’a parlé des 7 entretiens, dans le but de dire « hé mais tu te rapproches, regarde les entretiens que tu passes, ne panique pas ! », j’ai eu envie de pleurer. Parce que 7 entretiens, ça veut dire que 6 fois, on aura trouvé quelqu’un plus compétent que vous. Alors, c’est vrai que des fois, on passe des entretiens en étant des erreurs de casting. Je me souviens d’un entretien notamment avec un mec que j’avais déjà croisé mais je n’ai pas percuté au moment de l’entretien, légèrement perturbée par le fait qu’il ressemblait à un de mes exs. Le poste n’avait rien de junior et les gars ont surestimé une de mes expériences. Parce que bon, un premier job rémunérée en tant que chef éditorial d’un site web avec gestion de pigistes, ça fait rêver mais soyons un peu réaliste.

Bref, le chômage, c’est pas la joyeuse glande, c’est plus vexation, culpabilité et déprime. Sans parler du fait que vivre avec le RMI ou les assedics pour ceux qui y ont
droit, ce n’est techniquement pas possible, surtout sur Paris. Donc soupçonner quelqu’un de ne pas faire l’effort de se sortir de la situation, c’est vraiment méconnaître la situation. Il y a trois mois, quand Guillaume 1er a décroché un contrat, il m’a dit « tu peux pas savoir comme je suis content de me lever le matin ! ». Et si, je sais, j’ai ressenti la même chose la première fois que mon réveil a sonné pour que j’aille bosser. Bon, depuis, je suis beaucoup moins heureuse sur ce sujet mais c’est fou comme mon amour propre est remonté depuis que je ne suis plus obligée de répondre que je suis au chômage à la question « et toi, tu fais quoi dans la vie ? »