Les cartes ciné tuent-elles les films petit public ?

Je rappelle que je suis pas cinéphile mais… Mais je prends le métro et je croise régulièrement des affiches exhalant le fumet du navet. Juste ciel, qui peut aller voir un film qui a l’air aussi nul ? Réponse : plein de gens.

J’ai dans mon entourage des gens qui ont des cartes ciné. Régulièrement, ils passent donc leur soirée dans une grande salle sombre pour mater un film, histoire de rentabiliser leur carte. Or quand on a vu les films qui nous plaisaient, sur quoi se rabat-on ? Sur les gros nanards bien juteux.

Je ne juge personne. Après tout, quand j’allume la télé le soir, j’ai pas toujours le courage de me mater un film art et essai, j’ai plus envie de me vider la tête et de reposer le cerveau. De toute façon, je ne regarde la télé que d’un œil, évitons donc les histoires qui m’obligent à être attentive. Alors forcément, je ne peux que comprendre ceux qui, au cinéma, préfèrent rentabiliser leur carte en s’offrant un jacuzzi du cerveau.

Pourtant, ça m’ennuie, au fond. Quand je vois les affiches de films crétins, c’est un peu comme quand j’entends une musique commerciale de mauvaise facture qui cartonne : on nous prend pour des demeurés et c’est trop facile. Je rêve que ce genre de bouse se plantent, que les gens réclament du lyrisme, de la poésie, du rêve. Que les artistes nous donnent leurs tripes et arrêtent d’appliquer une recette commerciale calibrée pour marcher. Qu’on arrête avec cette sensation qu’ils sont là pour cachetonner.

Et pourtant… Et pourtant, moi, il y a des projets professionnels que je dois exécuter pour faire marcher la machine à monnaie, celle là même qui édite mon salaire à la fin du mois. Honnêtement, qui prendrait le risque de n’investir que dans des films condamnés à ne toucher qu’une portion infime du public sans gros blockbuster pour avaler des dollars en parallèle ? Nul n’est philanthrope.

En fait, la question n’est-elle pas plus « pourquoi les producteurs ne se lancent-ils pas plus dans des projets moins accessibles pour tous alors qu’ils engrangent des millions avec des films navets n’ayant pas coûté grand chose ? ». La crise ou la volonté des spectateurs de pas se prendre la tête ?

Le fanorat est médiocre

En lisant l’autre jour un article sur Lana Del Rey, j’ai découvert une étrange expression “la médiocrité du fanorat”. En gros, les fans ont grosso modo des goûts de merde. La preuve, ils écoutent Justin Bieber en masse et maintenant Lana Del Rey. Et là, j’ai réalisé tout le snobisme du concept, snobisme dans lequel je me suis souvent vautrée.

Je l’avoue sans honte, je suis merdophage. J’écoute de la musique commerciale (Lady Gaga, Britney Spears ancienne époque parce que j’aime pas la nouvelle qui abuse de cette voix électronique qui me pète les oreilles, Rihanna, Katy Perry… Mais pas les Black eyed peas, faut pas déconner), je regarde des séries pourries de type Hélène et les garçons et leurs déclinaisons (du moins quand j’en ai le temps donc en ce moment, non). Par contre, je suis d’un snobisme épouvantable en terme de cinéma (bouh les blockbusters) et surtout de littérature. Souvenons-nous ensemble comme j’ai souffert en lisant du Guillaume Musso. A chaque fois que je passe dans une librairie, je pleure en découvrant en tête de gondole les Musso et Lévy, best sellers absolus ou encore les Dan Brown qui réécrit perpétuellement le même roman en changeant le prénom féminin et la ville où se passe l’action.

Et pourquoi donc ? Qui suis-je pour décréter ce qui est bien ou mal en terme de littérature ? Si on reprend l’univers musical, je sais faire la distinction entre de la musique de haut niveau (si j’ose dire) et une production commerciale calibrée pour cartonner sur les radios et dans les discothèques. Mais j’aime la musique commerciale pour travailler en paix dans l’open space, taper mes content plans sans interventions extérieures. De la même façon, peut-on vraiment condamner des gens qui préfèrent s’avaler un Lévy sur la plage plutôt qu’un Tolstoï ou se vider la tête devant Transformer plutôt que devant un film d’art et essai ousbek ? Et d’abord, qui a décrété ce qui était digne d’intérêt et bon à jeter ?

On en revient au bon vieux Bourdieu et son étude du bon goût. Pour rappel, selon Bourdieu, le bon goût est défini selon les goûts bourgeois. Et oui, on a du mal à imaginer un conducteur de voiture tuné écouter du Mozart sur ses enceintes surround machin tout ça (je suis nulle en enceintes) ou en train de lire La Propédeutique philosophique d’Hegel. Et pourtant, pourquoi pas ? Je veux dire en tant que femme, je me plains parfois d’entendre que le maquillage et la coquetterie semblent être des antonymes de culture et d’intelligence. Mais voilà, souvent culture populaire = culture facile d’accès = de la merde.

Et pourtant, si je retourne le raisonnement, je me dis qu’il y a du génie dans cette sous culture. On peut cracher tant que l’on veut sur les Lady Gaga, Lana del Rey, Marc Lévy et co, ils ont quand même compris ce qui marchait et comment faire du business. Ils ne sont pas si nombreux que ça. On peut se gausser sur la facilité de leur art, pour se permettre de la ramener, faudrait déjà arriver à en faire autant. Oui, je n’aime pas le style d’écriture des Lévy et Musso mais puisque c’est si facile, pourquoi ne pas en faire autant, hein ? Je n’ai pas le goût des bluettes, j’ai essayé d’en écrire sans le moindre succès, ça m’ennuie. Mais si j’y parvenais et que je les envoyais à une maison d’édition, serais-je pour autant publiée ? Connaîtrais-je le succès ? C’est un peu comme la cuisine, c’est pas parce que tu suis la recette que c’est forcément génial à l’arrivée.

Bref, existe-t-il réellement un fanorat médiocre ou des artistes qui donnent ce que l’on souhaite, un art facile à consommer pour les jours où on n’a pas envie de faire des efforts ? Que le gastronome qui n’a jamais croqué un Big mac me jette la première pierre.