En fait, je déteste décembre

(mais j’aurai mis 30 ans à m’en rendre compte)

Lundi dernier, déjeuner en amoureux avec Amant chouchou (faut que je lui trouve un nouveau surnom, le côté « amant », ça ne correspond plus du tout), je lui raconte mes nombreux malheurs quand soudain, je percute : mais qu’est-ce que je déteste décembre en fait.

26_decembre_cal.jpg

Petit panorama de ma vie : décembre 1986, mort de mon grand père, décembre 2002 mort d’un couple d’amis très proche de mes parents plus gros accident de Yohann qui devient à ce moment-là notre « presque frère », décembre 2008 mort de ma grand-mère. Je vous expliquerai plus tard le marasme décembre 2010 mais si personne n’est encore mort (le encore, c’est pour tenter de conjurer le sort parce que des fois, j’écris un truc sur ce blog et il se passe pile l’inverse juste parce que la vie aime me faire chier). Il s’est passé d’autres trucs en décembre, je me souviens par exemple de l’annonce du suicide du mari d’une des collègues proches de ma mère le 25, l’année où ma mère s’est crue enceinte, en 96 ou 97, je crois, et qu’elle était insupportable avec nous (alors que c’est bon, on était déjà nées !). Ouahou ! Effectivement, en 2011, faites-moi penser à hiberner du 01 au 31/12 avec un petit réveil le jour de Noël.

herisson-hibernation.jpg

Au fur et à mesure que je racontais cela, une question est venue me tarauder : pourquoi j’ai mis 30 ans à m’en rendre compte ? Pourquoi le curseur du pire mois de l’année est resté sur mars alors que mars est juste un mois saoulant mais en rien catastrophique voire dramatique ? La réponse est simple : Noël. Un peu comme un prix de consolation. J’ai toujours bien aimé Noël malgré mon cynisme naturel, celui qui me fait détester les trucs guimauves comme les comédies romantiques. Parce qu’à Noël, on est tous ensemble, on oublie les crises, on est bien. Chaque année, il y a des disputes juste avant (cette année, ce fut ma mère vs ma sœur avec ma personne en juge de paix) mais le jour J, on est contents, on se retrouve ensemble, tranquille, on reçoit, on se détend, on rit, on boit, on mange… Même si y a toujours un petit pincement au cœur quand c’est fini un « déjà ? » un peu ingrat. Mais bon, j’ai toujours tendance à vouloir prolonger ce que j’aime bien, c’est humain.

Stop-Sign.jpg

Pourtant, décembre est, excusez-moi du terme, une salope. Une vraie bien vicieuse. Mon mois de décembre a été un pur ascenseur émotionnel alternant hauts et bas, un peu à l’image de mon année 2010 dont je vous infligerai naturellement le bilan la semaine prochaine, une tradition sur ce blog. J’ai pleuré, beaucoup, ri, pas mal, alterné moments de pure ivresse et ceux de gros abattements, envisagé de consulter un psy pour faire le tri dans tout ça (même si mes états sont légitimes), espéré que j’allais m’endormir, là, et me réveiller dans 3 mois pour voir où en étaient les choses. Pas de bol, les « choses » ont besoin de moi pour évoluer, l’inactivité ne solutionnera pas mes problèmes.

Attendre.jpg

Dieu merci, décembre est quand même livré avec ses deux soupapes, Noël et réveillon, les deux s’annoncent bien A PRIORI (toujours pour conjurer le sort) et on va pouvoir repartir du bon pied. Puis y a les vacances, celles qui commencent toujours avec une facétie de la SNCF. L’an dernier, j’ai voyagé dans un wagon non chauffé, cette année, j’ai découvert avec désespoir en retirant mon billet que je serai assise en voiture 4 « selon disponibilités ». J’ai eu un siège pendant 1h sur les 6, j’ai passé la 2e heure roulée en boule à l’entrée du wagon avant que les contrôleurs me demandent de bouger car « mon chat miaule et ça dérange », ce à quoi j’ai répondu « bah, moi, ça me dérange de voyager assise par terre, chacun ses problèmes ». Ils m’ont finalement rangée dans le garage à vélo où il y avait 4 strapontins (occupés) mais au moins du chauffage. J’ai donc passé les 4h restantes à dormir roulée en boule sur ma valise en tentant de lire mon Management mais le train, c’est fait pour dormir. Résultat : aujourd’hui, j’ai mal au dos. Mais je suis en VACANCES avec la cheminée et ça, ça les enfants, ça vous console toujours de votre mois de décembre pourri.

cheminee.jpg

Dans ta gueule, la vie !

Il jouait du pipeau debout

par Lucas

C’est l’histoire d’un plongeon du haut d’une fadaise…

Chers lectrices, chers lecteurs, aujourd’hui vous avez droit à un Lucas en mode Simplet et Naïf.
A quoi se reconnait le Lucas ainsi transformé me demanderez-vous en arborant un sourire inquiet ?
Oh c’est bien simple, le bon Lucas croit qu’un job va lui tomber tout cru sur le nez parce que vous comprenez il a fait une Maîtrise de Droit des Affaires puis une école de Commerce  dans la riante patrie du champagne (Reims Management’s Cool)… Ouhai même que.
Comme le godelureau a orné son CV de quelques stages épars justifiant d’une expérience de ouf gueudin, il arrive la gueule enfarinée chez les recruteurs pour demander plein de kilo-euros. Recruteurs qui le remettent vite fait à sa place une fois qu’il a avoué que son pire défaut est d’être un peu trop perfectionniste et autres réparties sempiternelles…

Du coup, Lucas postule via Internet. Il reçoit même des mails de son école pour des offres. Voire pire. Pour le… Salon des Hauts Potentiels. (là dans un Walt Disney ou un Tim Burton, c’est le moment où un éclair traverse la scène et fait un grand bruit terrifiant)

Le Salon des Hauts Potentiels (éclair/bruit terrifiant), je vous l’ai déjà  évoqué en 3 lignes dans un article intitulé L’Etre d’embauche publié le 3 août 2007… Allons bon, Hauts Potentiels… C’est quoi ce truc ! ?

Le Salon des Hauts Potentiels est tout bêtement un événement à la con au Palais Brongniart (La Bourse).
Un truc qui a lieu tous les ans à la mi-juin, qui dure deux jours et où des boites qui ne sont pas nécessairement dans le besoin recherchent des jeunes ayant moins de dix ans d’expérience. Des jeunes dont trouver un job est un besoin nécessaire (redondance folklorique) et qui sont donc pret à tout pour ça. Je n’arrive pas à piger si, pour les boites, ce salon sert à répondre à un besoin pressant de main d’œuvre qualifiée ou si c’est vraiment pour trouver des gens qui valent le coup et qui pourront être embauchés à un poste donné. Peut-être les deux…
En tout cas, le Salon des Hauts Potentiels, c’est moooooooortel (éclair/bruit terrifiant).

Vous allez au Palais Brongniart avec votre sourire 10000 watts et vos espoirs. Au préalable vous avez choppé une invitation sur le site du Salon. Ouhai l’invite c’est pour faire style on ne prend pas n’importe qui dans ce salon. Sauf que n’importe qui ayant Internet et une imprimante peut l’avoir son invite. Et le bac + 5 qui passe par là par hasard qui veut rentrer ? Ah bah non, il n’a pas d’invitatioooooons.
Déééééébile.
Salon des Hauts Potentiels : Le Salon des Cadres, Bac + 5 et MBA…
Super le sous titre.

Il y a deux ans, en revenant de Milan, j’n’avais pas pris de CV pour y aller mais seulement mon invite et une caméra.
Je m’étais posté à l’entrée du Palais Brongniart, en haut des escaliers et j’y étais allé au culot en interpellant les jeunes qui rentraient ou sortaient dudit Palais.

Bonjour, vous pouvez répondre à une interview qui sera diffusée sur le site GrandeZecolesPointCom ?
(note de Lucas : pipeau intégral…) Oui ? Vous êtes partante ? Bon on ne fera qu’une seule prise. Quel est votre prénom ? Ursuline ? Trop sexy. J’adoooooore. On peut se tutoyer ? (elle avait mon age mais c’était pour jouer mon personnage) Bon Ursuline, si tu le souhaites ton visage sera flouté et tu peux utiliser un pseudo ? Non ? C’est bon ? Tu es prête ? Allez c’est parti.
Trois, Quatre…

(voix de George Clooney en mode méga Lover)

Bonjour Ursuline, peux-tu nous expliquer en quoi tu es un Haut Potentiel ?

Et là, sans déconner, ce fut le Draaaaaame (éclair/bruit terrifiant).
Cinquante personnes questionnées et toutes ont été décontenancées.
Sauf un mec, qui m’a répondu du tac au tac :
« Parce que je suis moins con que la moyenne : d’autres questions ? »
Réponse canon. Le mec m’a remis à ma place sans pitié. Il a mon respect à vie et je vous parie qu’il sera patron d’une grosse boite dans les 20 prochaines années. Cette réponse, c’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Ça veut dire qu’il était libre, heureux d’être là malgré tout…

Et pour les autres ?
Le temps de réaction pour se remettre sur les rails variait de 2 à 20 secondes. Et la réponse était unanime :
Je suis un Haut Potentiel parce que j’ai un Bac + 5.
Authentique et Affligeant.
A croire que plus on étudie, plus on est abêti…
Et en originalité t’as un BEPC moins 15 ?

Pas un mec, pas une nana capable de me répondre franchement :
« Parce que je suis intelligent et que je suis graaaave motivé » (eh oui en France on ne se met pas en avant, c’est mal d’assumer son talent)
ou même une boutade du style :
« Parce que je le vaux bien« .

Des qu’on crée les aspects d’un cadre officiel (et encore c’était uniquement pour un soi disant site web) les gens ont tellement peur de donner une mauvaise image qu’ils sont tétanisés ! C’est le règne du recruteur lobotomiseur. Ça m’exaspère !

Hier je suis allé à un rdv d’embauche. A l’accueil, c’est une stagiaire qui m’a conduite jusqu’aux bureaux. Quand je lui ai dit mon prenom ds l’ascenseur elle a souri : « Ah c’est vous ! M. Raoul va vous recevoir dans 10 mns. Vous savez, il nous a tous forwardé votre lettre de motivation ! Il a adoré. Il a dit que c’était la première fois qu’il recevait une vraie lettre de motivation et pas un tissu de conneries » !
Le même Monsieur Raoul qui me dit une demi heure plus tard qu’il est d’accord pour m’embaucher mais que le conseil en stratégie en
Banque va me tuer et que vue ma LM j’ai mieux à faire que ça…
Surréaliste l’entretien…

Tout ça pour dire…

Cette année, j’irais bien au Palais Brongniart avec un CV bidon de chez bidon disant que j’ai un DESS en lettres classiques, que j’ai fait un mémoire sur le rôle des virgules dans l’œuvre de Stendhal,et qu’en préparant l’agrégation j’ai eu une illumination. Que j’ai envoyé tout balader pour passer 6 mois dans les bouquins de Manadgemeunte histoire de me farcir le pgm d’une école de commerce et que maintenant que j’ai tout assimilé je me lance sur le marché du travail et donc que je suis un haut potentiel…
Un vrai.
Rien que pour voir leurs gueules

« C’est une blague ? »
« Bah non pas du tout. Je vous donne l’impression de blaguer ? » Vous n’aimez pas les convertis ? Vous êtes intégristes ?
 » Je suis dubitatif. Comment calcule t-on la VAN d’une entreprise ? »
 » Dans un milieu avec impôt ou sans impôts ? Si c’est pour vous ressortir du Modigliani et Miller, on a ptete mieux à faire, non ? Si vous n’aimez pas les profils atypiques la queue derrière moi est encore longue et ya surement des tas de gens monocordes et malléables Manifestement, c’est ce que vous recherchez. Au revoir Mada…
« Non, c’est bon, restez… »

Comme je suis toujours à la recherche d’un boulot, si je vais au Salon dans 15 jours, il va falloir que je me retienne pour ne pas foutre des baffes à tout le monde. J’insiste comme un gros lourd mais un seul mot qualifie les gens dans ces moments là : pusillanime. Pourquoi ?

1) Parce que la crainte de faire mauvaise impression inhibe tout naturel. Et quand on cherche un job, chose vitale pour son existence, on ravale ses réflexes. Pourtant combien de recruteurs vus à des conf à l’école m’ont dit que c’est exactement ce qu’ils cherchaient…
2) Parce que la culture française taxe de fanfarons les gens qui se mettent en avant même s’ils ont toute légitimité pour le faire. C’est assimilé à de la vantardise et en France, là ou la religion reine c’est le culte de la Modestie voire de la Médiocrité, ce genre d’action est hérétique…
Je n’irai pas plus loin je suis trop blasé.

Je peux quand même avoir vos avis les gens ?