Tom à la ferme de Xavier Dolan

Ou comment le cinéma québécois, c’est vraiment trop fort.

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Et oui, pour la 3e fois de l’année, je suis allée au cinéma. Encore deux séances et je bats mon score 2013, c’est fou ! Et pour le coup, j’ai choisi un film un peu atypique, un peu t’es pas sûr de pouvoir le rentrer dans une case… et c’est plutôt une bonne nouvelle.
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Donc l’histoire : Tom part à l’enterrement de son compagnon dans le fin fond de la campagne québécoise, dans une ferme très moderne. Il rencontre la mère de son défunt compagnon et comprend vite qu’elle n’est pas au courant de l’homosexualité de son fils. Puis y a le frère, cette lointaine silhouette massive menaçante. Tom va vite comprendre que tout ne tourne pas rond dans la tête de ce frère qui s’exprime par la violence et à qui personne n’adresse la parole, excepté sa mère. Mais plus ou moins prisonnier de la ferme, il va développer une relation sado masochiste avec ce fameux frère.
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Je n’ai vu que peu de films québécois : les invasions barbares (bien trop bavard à mon goût) et La grande séduction (bien marrant pour le coup) donc je ne sais pas si c’est typique du cinéma québécois ou si c’est le style de Dolan mais ce film est un ovni. Un coup, tu commences à hyperventiler tellement tu es mal à l’aise dans cette ambiance pesante, un coup tu t’esclaffes devant une scène surréaliste. Tu n’as aucun repère, tu n’arrives pas à savoir où tu vas, tu crois voir se dessiner quelque chose mais le virage suivant va dans l’autre sens. le cinéma de Dolan secoue. Vraiment. Tu commences à te détendre, à ta dire que les choses s’apaisent quand soudain, les coups pleuvent. T’as envie de prendre le héros par les épaules et de le secouer violemment pour qu’il réagisse comme toi, tu aimerais qu’il le fasse. Mais contrairement à certains héros qui me fatiguent par manque de réaction logique (la fille dans le Diable s’habille en Prada, Sansa Stark pour l’ensemble de son oeuvre), Tom, on l’aime, on compatit.
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Niveau réalisation, les plans ne ressemblent pas toujours à ce que l’on connaît, ça dépayse pas mal. De l’intro où une voiture file sur une route droite entourée de champs sur une version a capella des « Moulins de mon coeur » jusqu’à des plans très très serrés, des jeux de lumière, le jeu sur la menace du frère au départ sans visage… Ca change des réalisations sans imagination des blockbusters.
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Bref, si tu dois aller voir un film ce mois-ci, c’est celui-ci. Pour ma part, je vais tenter d’aller profiter de la diffusion de ses 3 autres films au MK2 d’Hautefeuille pour me mettre à la page, en attendant son nouveau film présenté à Cannes. Franchement, moi qui ne vais quasi jamais au ciné car je suis trop souvent déçue, ça fait du bien de se prendre une bonne petite claque.

Le cinéma fait-il encore rêver ?

Comme je suis une nana au top de l’actualité ou presque, en cette période de festival de Cannes, je me sens obligée de parler cinéma. Enfin, obligée, non, c’est juste que ça m’interroge. Je me demande si le cinéma d’aujourd’hui fait toujours autant rêver qu’autrefois. Non parce qu’à première vue, j’aurais tendance à dire que non.
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Quand on parle cinéma, on pense souvent aux films et acteurs d’un autre temps. Par exemple, je lisais dans un vieux Technikart que le cinéma français peinait à trouver ses nouvelles stars masculines. Qui sont les nouveaux Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo ou Alain Delon ? Ben… Personne. Le cinéma d’aujourd’hui nous donne beaucoup de stars (en ce moment Dujardin, Cornillac, Cassel, Canet, Magimel) mais ce sont des consommables, ils font deux ou trois films et disparaissent. Ou retournent à la télé. Genre Frédéric Diefenthal. Du côté féminin, c’est pas forcément mieux, ça défile mais ça ne reste pas bien longtemps. Quant aux films actuellement, on ne sait plus bien ce qui fait leur aspect mythique. Par exemple, y a 5 ans, le super film culte, c’était Matrix. Aujourd’hui, je n’en entends plus du tout parler. Y a quelques temps, on avait Mélanie Doutey qui était incontournable, je ne sais pas ce qu’elle devient. Comme Alexandra Lamy, Marina Fois ou même Monica Bellucci.

De fait, la production cinématographique s’emballe, de plus en plus de films sortent donc il devient de plus en plus difficile de tirer son épingle du jeu, certains ne restant pas un mois à l’affiche. L’autre jour, je lisais la chronique hilarante de François Reynaerts sur Spiderman 3. Oui, je sais, suis chiante avec mon François Reynaerts mais c’est mon idole en matière de chronique hilarante. Il disait donc que ce qui était dramatique dans ce genre de film, c’est que le principal argument vente c’est « c’est le film le plus cher de l’histoire du cinéma ». Avant lui, on avait eu Independance Day, qui s’en souvient, sans déconner ? Je crois qu’il y a eu le Seigneur des Anneaux, aussi. Là, par contre, je pense que ces films resteront plus dans les annales mais est-ce dû au film seul ou au fait que ce sont des adaptations de livres cultissimes ? Je me pose la question.
 

Quand vous demandez à des cinéphiles quel est leur film préféré, on vous répond rarement un film sorti ces 5 dernières années. Voire ces 10. Est-ce parce que les films récents ne sont plus de l’art ou est-ce parce qu’on ne gagne le titre de culte qu’après quelques années ? Pourtant quand on regarde des acteurs mythiques comme James Dean, ils n’ont pas tourné 150 films. Bon, ok, Dean, il est mort, Marilyn aussi, c’est peut-être pour ça qu’ils sont mythiques. Mais je sais pas, j’ai globalement l’impression que le cinéma fait moins rêver. Si on regarde le Festival de Cannes, y a quelques années, c’était le rendez-vous incontournable du cinéma mondial, on avait droit à un plateau quotidien de Nulle Part Ailleurs… Aujourd’hui, le festival est de plus en plus boudé par les artistes qui lui préfèrent Berlin, par exemple, ou Venise. Cette année, j’ai pas l’impression qu’on en parle plus que ça, Paris Première a bien mis sa chaîne à l’heure de la croisette mais en dehors de ça…

Je me demande si, globalement, trop de cinéma tue le cinéma, en gros. On a une telle offre qu’on ne peut plus voir tous les films à moins d’y passer ses journées mais pour ça, faut soit être critique ciné, soit chômeur et vu le prix du cinéma… Les films balancés cultes avant même de sortir sont vite oubliés car remplacés très vite par un nouveau « film culte de toute une génération ». Ouais, ma génération, on a tellement de films cultes qu’on sait plus quoi faire des DVD, ensuite. Ok, on est la génération zapping mais nous filer un film culte tous les mois, c’est pas un peu too much ? Faut dire qu’on n’attend plus l’avis du public pour donner ce qualificatif de culte. Sauf que vu qu’on peut pas tout voir, certains films attendus comme le succès de l’année sont de fantastiques fours. Moi j’avoue que ça me fait un peu marrer quand même.
 

Pourtant, des films récents et bons, y en a. Genre Requiem for a dream qui est le seul film à l’heure actuelle à m’avoir fait pleurer. Y a eu pas mal de films de Burton (mais pas tous quand même) qui sont de petits bijoux, d’autres films que j’ai vraiment aimé. Mais souvent, ils sont noyés dans la masse, oubliés à peine sortis de l’affiche. Alors, le cinéma est-il en train de perdre sa capacité à nous faire rêver ?