Donner de l’argent, un réel engagement

Depuis le début de l’année, je me questionne, je doute : comment s’engager, comment aider ces causes que je crois justes ? Tenter d’évangéliser, oui, avoir un comportement le plus responsable possible, ok. What else ? Donner des sous ? Je veux bien mais n’est-ce pas se laver les mains d’un sujet donné ?

concept: giving money to a growing pool of donations

Je donne déjà à certaines associations : j’ai une filleule au Vietnam via une association qui aide la scolarisation des jeunes filles (Plan pour ceux que ça intéresserait), j’ai investi pour permettre à une apicultrice d’installer de nouvelles ruches car les abeilles, c’est important (Un toit pour les abeilles), je me suis abonnée à Mediapart et Arrêt sur images, j’ai donné sans hésiter au Secours Populaire quand les jouets pour les enfants ont été très connement saccagés. Je vous dis pas ça pour me la raconter mais plus pour vous inspirer si jamais… Je n’ai pas le portefeuille en pot d’oursin mais j’ai toujours cette impression que je m’achète une bonne conscience, qu’on ne s’engage pas par l’argent.

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Et puis j’ai vu Paul Watson, le capitaine du Sea Sheperd dont je vous parlais hier, le pirate qui a eu ses bateaux confisqués suite à son opér ation dans les Iles Feroe. Lors du débat suivant la projection du Peuple des Orques, il nous expliquait qu’il avait fait un appel au don pour reconstituer sa flotte mais qu’il avait galéré à réunir la somme alors que “j’ai plus de 300 000 dans sur Facebook, si tout le monde avait donné un euro, le prix d’un café, on aurait refait la flotte. On n’a eu que 6000 donateurs à l’arrivée”. Et c’est là que je percute : l’argent, c’est le nerf de la guerre. Quelle que soit la guerre ou le combat.

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Finalement, donner, ce n’est pas tant se laver les mains d’un problème que de donner à ceux qui peuvent agir sur le terrain le moyen de le faire. J’ai beaucoup de respect pour le travail de Watson et Sea Sheperd, par exemple, et je n’ai pas les moyens d’aller sur les îles Feroe m’opposer au massacre des dauphins (enfin, j’ai pas de bateau et je ne sais pas naviguer, je veux dire). Bien sûr, le mieux serait de monter sur un des bateaux pour agir directement mais on ne peut pas toujours participer à tout, être systématiquement sur le terrain. Les sujets qui me touchent ou m’inquiètent sont nombreux et en ne parvenant pas à choisir ma cause, celle pour laquelle je donne mon temps, pourquoi ne pas filer un petit coup de main par ailleurs… en donnant de l’argent. Parce que si je prends Plan ou un toit sur les abeilles, je peux pas donner 2h de mon temps : ma filleule est quasi à l’autre bout du monde et j’y connais rien du tout en abeilles (déjà, c’est étonnant quand on me connaît, je n’y suis pas allergique). Idem pour Mediapart ou Arrêt sur images, je trouve ça bien cette indépendance d’un média mais à part donner des sous, que faire ?

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Alors oui, finalement, je réalise que donner, ce n’est pas juste pour la bonne conscience ou pour faire genre qu’on a aidé. D’abord, oui, on aide. Moins que du bénévolat, certes, mais c’est déjà un pas et un pas drôlement nécessaire, in fine. Alors, tiens, au lieu de dépenser mes sous n’importe comment, pourquoi ne pas donner plus souvent. Parce qu’évangéliser, c’est bien mais filer un petit coup de pouce, c’est mieux. Ce qui ne m’empêchera pas de mettre les mains dans le cambouis le jour où je trouverai ce que je mets en priorité dans les différentes causes qui m’interpellent

Peut-on rester léger face à  l’effondrement de notre monde ?

Ceci n’est pas un titre grandiloquant.

La semaine dernière, j’ai vraiment été troublée, la goutte d’eau. Depuis quelques temps, l’actualité me rend enragée. Je ne m’étendrai pas sur la politique française et européenne, tout ça n’est finalement qu’un détail par rapport au drame qui touche d’autres personnes, des populations qui vivent au quotidien dans la violence, dans la peur, qui sont prêts à donner tout ce qu’ils ont pour tenter de survivre ailleurs. Leur sort me fait mal, les réactions déconnectées de ceux qui ne comprennent pas ces “poltrons qui fuient la guerre” encore plus et tout le dégueulis raciste qui l’accompagne me rendent folle. Puis il y a eu cet enfant, ce petit corps sans vie, le même âge que Saturnin, à peu près. La goutte d’eau de trop.

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Et à côté, il y a ma vie. J’ai tout pour être heureuse, entre mon mec, ma nièce à naître incessamment sous peu. J’ai la santé, un boulot, je voyage à travers le monde, mon dernier souci fut une fièvre qui m’a clouée au lit dimanche et qui m’a empêchée de profiter pleinement de Victor. Le grand drame donc. Et j’ai envie d’écrire des tas de banalités, rire des facéties de mon neveu, la semaine à 4 qu’on a vécue avec Victor (nous deux et nos deux chats), mes périples… Bref, les petites choses qui font le sel de la vie.

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Mais peut-on vraiment continuer à faire comme si de rien n’était ? Se réjouir de nos petites vies bourgeoises où on peut obtenir tout ce dont on a besoin ou envie, où on surconsomme. On passe nos soirées à regarder des histoires futiles où un homme et une femme s’aiment mais se compliquent la vie pour des bêtises, des gens qui meurent mais on s’en fiche car ce qui nous intéresse, c’est de savoir qui est le meurtrier. On envoie des SMS pour laisser des gens enfermés dans de fausses maisons ou pour qu’ils continuent à chanter, on regarde les gens qui meurent pour de vrai dans un JT, entre deux pubs pour du Coca ou un iPhone qui coûte plus cher qu’un loyer.

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Peut-on rester léger quand, à côté, des gens, des enfants, voient leur vie réduite en miette ? Qu’ils ne leur restent que des ruines pour espérer se protéger d’un tir de missile ou d’une rafale de kalach ? Peut-on continuer à supporter notre impuissance face à ces drames ? Je veux dire, on peut faire des micro choses, donner de l’argent, apporter un peu de chaleur aux migrants sur notre territoire mais n’est-ce pas déjà trop tard pour eux ? Pour un qui a réussi à arriver sain et sauf sur nos plages, combien sont déjà morts ? Trop tard, trop tard. Evidemment, dès qu’il n’y a plus gaz ou pétrole, les défenseurs des Droits de l’Homme détournent le regard…

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Vous me direz que ce n’est pas la première fois que l’Humanité traverse ce genre de crises et que les migrations importantes de populations fuyant une guerre sont presque un phénomène séculier. Il y a 80 ans, c’étaient les Espagnols qui traversaient les Pyrénées pour venir chez nous. Et puis même, si on parle de migration, il suffit d’aller faire un tour du côté de Lampedusa et visiter son musée des Invisibles pour bien voir que ça ne date pas non plus d’hier.

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Et peut-être qu’on a justement besoin d’un peu de futilités, de petits bonheur, pour ne pas sombrer dans le désespoir ? Je sais pas…

Culpabilisons, pauvre de nous

Mercredi midi, je déjeune chez mes parents devant le JT de 13h de France 2. J’avoue que je ne regarde plus du tout les infos télé depuis pas mal de temps et je ne
m’en porte pas plus mal, finalement. Donc, là, reportage écolo « youpi, sauvons la planète en faisant des économies, remplaçons l’eau potable des WC, de la douche et de la machine à laver par de l’eau de pluie ! ». Ouais, génial, moi, je suis pour. Et là, reportage chez un mec de Toulouse qui a une baraque comme je n’en aurai jamais qui a installé un système hyper onéreux pour pouvoir récupérer l’eau de pluie. Alors les économies, je pense qu’il en verra la couleur dans 10 ans mais surtout, je pense pas que la mairie de Plumes soit très contente si j’installe ça sur le trottoir…

Autres choses vues à la télé : les Enfoirés et le sidaction. Le principe : des artistes généralement en pleine promo viennent chanter leur chanson en groupe en répétant à longueur d’émission qu’on doit acheter le CD et même faire des dons. « On compte sur vous ! ».

Alors, là, je commence à saturer de cette espèce de culpabilisation systématique. L’écologie, ça m’intéresse, je fais des efforts mais arrive un moment où une
célibataire locataire ne peut pas faire plus. Acheter des produits au format familial ? Super, je finirai par en jeter la moitié ! Installer des panneaux solaires pour avoir de
l’énergie ? Bah tiens, ça va me coûter l’équivalent d’un loyer annuel pour un studio où je ne compte pas passer ma vie. Acheter bio ? Tu veux que je te parle de mon pouvoird’achat ? Donc, tu l’as compris, pour être écolo, faut être riche car sinon, c’est plus compliqué. Alors évidemment, je prends jamais l’avion ni la voiture, on dira que ça compense.

Et comme si on me faisait pas assez culpabiliser avec tous mes déchets et le fait que j’ai pas le solaire chez moi, on vient encore me demander d’acheter des CD ou
de faire des dons parce que moi, j’ai la chance d’avoir un toit au dessus de ma tête et de la bouffe au frais et que je suis séronégative. Je comprends bien que la recherche a besoin de fonds et que les restos du cœur ne peuvent pas tourner sans rien, c’est pas le problème. Mais là, je regarde les 4400 et je vois l’énorme « appelez le 110 », impératif. Et j’avoue que quelque part, cette volonté de demander aux petites gens, dans le sens financier du terme, ça m’énerve. Prenons les Enfoirés : une quarantaine d’artistes globalement tous en promo (tiens, Céline Dion sort un nouvel album et revient après 14 ans d’absence, par exemple) chantent globalement faux pendant deux heures en répétant à l’envi qu’acheter leur CD, ça équivaut à 5 repas. Alors,
perso, le CD, faudrait plutôt me payer pour que je l’écoute. L’autre matin, je descends de ma chambre et rejoins ma mère dans la cuisine, elle écoute un truc atroce, chanté faux, une reprise de je ne sais plus quel tube « ah non, c’est nul ! C’est quoi que tu écoutes ? ». Ben, c’étaient les Enfoirés alors perso, je préfère donner direct les 20 euros aux Restos qu’acheter un CD inaudible où les artistes chantent leur propre chanson et ne donnent que 2h de leur temps et leurs droits d’auteur. Mais ont-ils déjà donné de l’argent ? Ont-ils déjà distribué des repas direct sur place ? Les Enfoirés, en plus, c’est pas n’importe qui qui y chante ! Parce que figurez-vous que pour y entrer, il faut y être invité. En gros, si tu es un artiste pas très connu mais que t’as envie de participer, ben non, tant pis pour toi. Pour le sidaction, on prend globalement les mêmes et on recommence.

Alors évidemment, on me dira que tout ça, c’est comme le téléthon, ça permet de parler de la cause, tout ça, tout ça. Ouais ok, je le concède, il ne faut pas
oublier la recherche, les gens qui n’ont pas de quoi vivre… Sauf que la dernière fois que j’ai fait un don pour Aides suite à un démarchage dans la rue, je me suis retrouvé avec un don de 40 euros mensuel alors que je pensais que c’était juste pour une fois. Et la seule façon que j’ai eu de l’arrêter fut de demander à ma conseillère financière de bloquer le prélèvement vu que sur mon espace Internet, il n’y avait rien pour le stopper.

Alors oui, je veux bien donner pour le sidaction, le téléthon, les Enfoirés, les mecs dans le métro… Mais faudrait-il encore que j’en ai les moyens. Quand je vois
que ma grand-mère qui reçoit 400 euros de retraite par mois donne 15 euros chaque année au Téléthon, je trouve qu’il y a une certaine indécence à voir des mecs gagner des millions d’euros par an nous supplier de donner.