Je déteste Sarkozy

C’est un aveu pénible à formuler pour moi mais c’est un fait : à J-2 du premier tour des élections présidentielles, je suis dans un état de rejet total du sarkozysme et tout ce que ça représente. Et je n’aime pas ça.

Il n’y a pas de honte à être opposée au Sarkozysme. En 5 ans, je ne suis pas sûre d’avoir approuvé une seule fois ses propos ou ses actes. Sans doute ai-je occulté, on ne peut être perpétuellement en désaccord avec toutes les idées du camp opposé. Mais j’ai un goût amer en bouche, le sarkozysme se résume pour moi à un mensonge, un rejet de l’autre, la culture des apparences et du bling bling. Tout ce que je déteste en somme. Honnêtement, j’étais pas très joyeuse le soir du 6 mai 2007, déçue mais bon, je me moquais gentiment de ceux qui annonçaient à corps et à cris qu’ils allaient quitter la France si Sarkozy était élu. Bon, je continue de me gausser vu que personne n’est parti mais parallèlement à ça, je souffre, j’ai mal à ma France. Et il est temps que ça s’arrête.

Je déteste Sarkozy. Et là, je parle d’affect et ça me perturbe. En politique, on peut condamner les idées tant que l’on veut, argumenter pour expliquer en quoi on est contre (tout en admettant que l’autre ne nous suivra pas forcément) mais détester un homme politique, je trouve ça stérile et gratuit. Je n’aime pas ce sentiment, c’est trop primaire, trop intestinal et pourtant, c’est un fait. Je crois que j’étais pas préparée à ce qui allait arriver. Enfin, je veux dire, c’était tellement pire que ce que j’aurais cru… Et là, l’idée qu’on pourrait en reprendre pour 5 ans me déprime complètement. Je ne supporte plus cette république mesquine, cette clique de médiocres incultes et méchants.

Je déteste Sarkozy. Je le déteste de me faire ressentir ça, de me faire perdre tout sang froid quand je vois des gens à la limite de l’idôlatrie devant lui. Je comprends qu’on puisse être de droite, c’est une question de vision de la société. C’est un choix qui ne se discute pas. Mais sarkozyste, je ne comprends pas. Il est le seul à pouvoir nous sauver de la crise ? Mais ça fait 5 ans qu’il est au pouvoir et qu’on y est jusqu’au cou, que fera-t-il de plus ? Il a menti, manipulé, insulté… Dès le lendemain de l’élection, celui qui déclarait « si je suis élu, je me retirerai quelques jours dans un monastère pour réfléchir » se pavane sur le yacht d’un patron de presse rempli d’oseille. Ca ne présumait rien de bon. Puis il y eut Carla et l’indécence d’une vie privée exposée. Ray ban et rolex au programme, on a eu le menu un peu tard mais on a dégusté. Puis les « descend me le dire en face », les « casse-toi pauv’ con », une racaille bling bling. Tout, on aura tout eu, jusqu’à la stigmatisation d’un peuple entier, les Roms, responsables de tous les maux. Tellement pratique. A défaut de karchériser les cités, il a défoncé les caravanes. Je ne sais même plus de tout ce qui m’a rendue hystérique, en colère, dégoûtée… Il y en a tant eu que j’ai fini par occulter.

Ainsi va la France. J’espère que ça va pas durer 5 ans de plus.

Et sans trop de rapport et surtout sans la moindre transition, je vous offre mon pronostic premier tour basé sur mon ressenti plus qu’autre chose. Je le balance gratuit, sans le justifier parce que j’ai la flemme (la paresse intellectuelle est un cancer, je sais).

– Nicolas Sarkozy
– François Hollande
– Marine Le Pen
– Jean-Luc Mélenchon
– François Bayrou
– Eva Joly
– Philippe Poutou
– Nicolas Dupont-Aignan
– Nathalie Artaud
– Jacques Cheminade

Oui, je crois que Sarkozy va finir en tête du premier tour car les voix de gauche seront plus éparpillées. Non, je ne crois pas en un phénomène Mélenchon, c’était juste la nouvelle mascotte des médias, comme Chevènement et Arlette Laguiller en 2002 (ahahah) et, il me semble, De Villiers en 1995 (re ahahah).

Dimanche, allez voter ou abstenez-vous pour de bonnes raisons. La pluie n’en est pas une, par exemple.

La vie est la meilleure fiction

Depuis une semaine, nous regardons tous d’un air hagard du côté du Japon, la bouche ouverte et les bras ballants. Est-ce possible que ce qu’il s’est passé se soit réellement produit ? A quel moment nous sommes-nous endormis et rêvons-nous d’un vrai scénario apocalyptique ?

apocalypse-now.jpg

Mettons que nous soyons en 2009 ou en 2010. Imaginons qu’un mec arrive dans le bureau d’un producteur de ciné avec un scénario béton “alors c’est l’histoire d’un séisme au Japon qui déclenche un tsunami et réveille un volcan au passage. Mais le plus fort, c’est que le séisme coupe l’électricité d’une centrale nucléaire et le tsunami noie le groupe
électrogène qui a pris le relais et là, la centrale devient incontrôlable, les réacteurs chauffent, les coffres explosent et tout le suspense du film est basé sur la fusion du coeur nucléaire : fusionnera, fusionnera pas ? Et en plus, on aurait tous les ingénieurs qui risqueraient leur vie et leur santé pour sauver le peuple japonais d’une catastrophe nucléaire. Une sorte d’Hiroshima mais la bombe est expédiée par Mère Nature!”. Moi, ce film là, j’aurais pas aimé aller le voir parce que la succession des faits est trop grosse pour être réelle. Et pourtant…

2012.jpg

On est tous déstabilisés par ce qui arrive, d’une façon ou d’une autre. Je n’ai pas d’amis au Japon et mon attirance pour l’archipel nippon est plus lié à une curiosité pour une autre culture que par une réelle passion. Même si j’ai lu plein de mangas dans ma prime jeunesse et que le thème de l’apocalypse y est récurent. Ce n’est pas pour autant que ce qu’il se passe là-bas ne m’angoisse pas, ne me déstabilise pas. Parce qu’une fois de plus, la nature nous rappelle qui maîtrise le jeu, quoi qu’on en pense et quoi qu’on y fasse. L’enchaînement des catastrophes paraît improbable mais finalement pas impossible, la preuve. J’ai lu quelque part que l’archipel japonais était condamné à disparaître tôt ou tard, un peu à la façon d’une Atlantide des temps modernes. Bon, bien sûr, on ne parle pas d’une disparition demain, je ne verrai pas ça dans ma vie mais ça relativise ce que nous sommes. On a beau travailler pour maîtriser la planète du mieux que l’on
peut, elle finit toujours par gagner. 

tsunami_inde_gigantesque.jpg

Evidemment, parallèlement au drame, les imaginations sont excitées et pas forcément dans le bon sens du terme.On aura bien entendu droit à des milliers de films et téléfilms sur le sujet (et encore, on n’en connaît pas encore la fin) mais cette furie semi-créatrice face à un tel événement, je la comprends et je la ressens. Nous assistons en direct au sacrifice de ces hommes qui essaient de gérer cette centrale nucléaire devenue folle, on voit en direct le regard hébété des survivants, nous sommes abreuvés de photos où les bateaux sont échoués sur des toits. Mais à côté, c’est parti pour toutes les conneries de scénarii apocalyptiques avec le fameux 2012? fin du monde. Non, on ne parle pas des présidentielles mais du calendrier maya (mais en fait, apparemment, le calendrier maya s’arrête à 2116, ça laisse de la marge, aucun de nous ne verra cette fin de calendrier là, à moins de battre le record de Jeanne Calment mais je suis pas sûre qu’à 130 ans, on comprenne bien tout ce qu’il se passe). D’autres interprétations parlent du 28 octobre 2011 (commence à tacher ton slip) ou 2220. Et les 150 mecs qui ont fait circuler un “11/09/01+10/03/11 = 21/12/2012”, j’ai fini par avoir envie de les frapper puis de les secouer très fort en criant “mais t’as fini avec tes conneries!”. Non parce que pardon mais le tsunami 2004 me paraît encore plus violent en terme de pertes humaines et si on commence à jouer avec les dates, on finit par démontrer “mystiquement” tout ce que l’on veut.

illuminatis.jpg

Bref, je sais que tout ceci est excitant, y compris dans une certaine dimension morbide où l’on annonce les morts avec un sensationnalisme qui me gonfle. Il est vrai qu’on n’imaginait pas qu’un pays riche puisse être à ce point victime de la nature, on n’est pas en Indonésie non plus. Et pourtant. Mais les catastrophes de ce type ne sont pas inédites non
plus, il ne s’agit pas d’une catastrophe due à la pollution (mais qui va sans doute en engendrer une mais par effet de domino) ou à une éventuelle fin du monde. Souvenez vous Pompéi, le tsunami de 2004, les tremblements de terre à Mexico en 85 avec 10 000 morts, celui de la Turquie en 1999, le Pakistan, la Chine, Haïti… Ou, tiens, celui de Tokyo en 1923 qui a dégénéré en un gigantesque incendie, 143 000 morts. Aucune apocalypse n’a suivie. Et je vous prédis des tas d’autres catastrophes naturelles avant la fin du monde. 

1923_Tokyo_kanto.jpg

En attendant, peut-être que cette catastrophe va motiver la création d’un vrai débat sur l’énergie nucléaire. Le souci c’est qu’actuellement, on est dans l’affect. Demain, on sera passé à autre chose. Après tout, Tchernobyl n’a rien changé…