La vie est la meilleure fiction

Depuis une semaine, nous regardons tous d’un air hagard du côté du Japon, la bouche ouverte et les bras ballants. Est-ce possible que ce qu’il s’est passé se soit réellement produit ? A quel moment nous sommes-nous endormis et rêvons-nous d’un vrai scénario apocalyptique ?

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Mettons que nous soyons en 2009 ou en 2010. Imaginons qu’un mec arrive dans le bureau d’un producteur de ciné avec un scénario béton “alors c’est l’histoire d’un séisme au Japon qui déclenche un tsunami et réveille un volcan au passage. Mais le plus fort, c’est que le séisme coupe l’électricité d’une centrale nucléaire et le tsunami noie le groupe
électrogène qui a pris le relais et là, la centrale devient incontrôlable, les réacteurs chauffent, les coffres explosent et tout le suspense du film est basé sur la fusion du coeur nucléaire : fusionnera, fusionnera pas ? Et en plus, on aurait tous les ingénieurs qui risqueraient leur vie et leur santé pour sauver le peuple japonais d’une catastrophe nucléaire. Une sorte d’Hiroshima mais la bombe est expédiée par Mère Nature!”. Moi, ce film là, j’aurais pas aimé aller le voir parce que la succession des faits est trop grosse pour être réelle. Et pourtant…

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On est tous déstabilisés par ce qui arrive, d’une façon ou d’une autre. Je n’ai pas d’amis au Japon et mon attirance pour l’archipel nippon est plus lié à une curiosité pour une autre culture que par une réelle passion. Même si j’ai lu plein de mangas dans ma prime jeunesse et que le thème de l’apocalypse y est récurent. Ce n’est pas pour autant que ce qu’il se passe là-bas ne m’angoisse pas, ne me déstabilise pas. Parce qu’une fois de plus, la nature nous rappelle qui maîtrise le jeu, quoi qu’on en pense et quoi qu’on y fasse. L’enchaînement des catastrophes paraît improbable mais finalement pas impossible, la preuve. J’ai lu quelque part que l’archipel japonais était condamné à disparaître tôt ou tard, un peu à la façon d’une Atlantide des temps modernes. Bon, bien sûr, on ne parle pas d’une disparition demain, je ne verrai pas ça dans ma vie mais ça relativise ce que nous sommes. On a beau travailler pour maîtriser la planète du mieux que l’on
peut, elle finit toujours par gagner. 

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Evidemment, parallèlement au drame, les imaginations sont excitées et pas forcément dans le bon sens du terme.On aura bien entendu droit à des milliers de films et téléfilms sur le sujet (et encore, on n’en connaît pas encore la fin) mais cette furie semi-créatrice face à un tel événement, je la comprends et je la ressens. Nous assistons en direct au sacrifice de ces hommes qui essaient de gérer cette centrale nucléaire devenue folle, on voit en direct le regard hébété des survivants, nous sommes abreuvés de photos où les bateaux sont échoués sur des toits. Mais à côté, c’est parti pour toutes les conneries de scénarii apocalyptiques avec le fameux 2012? fin du monde. Non, on ne parle pas des présidentielles mais du calendrier maya (mais en fait, apparemment, le calendrier maya s’arrête à 2116, ça laisse de la marge, aucun de nous ne verra cette fin de calendrier là, à moins de battre le record de Jeanne Calment mais je suis pas sûre qu’à 130 ans, on comprenne bien tout ce qu’il se passe). D’autres interprétations parlent du 28 octobre 2011 (commence à tacher ton slip) ou 2220. Et les 150 mecs qui ont fait circuler un “11/09/01+10/03/11 = 21/12/2012”, j’ai fini par avoir envie de les frapper puis de les secouer très fort en criant “mais t’as fini avec tes conneries!”. Non parce que pardon mais le tsunami 2004 me paraît encore plus violent en terme de pertes humaines et si on commence à jouer avec les dates, on finit par démontrer “mystiquement” tout ce que l’on veut.

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Bref, je sais que tout ceci est excitant, y compris dans une certaine dimension morbide où l’on annonce les morts avec un sensationnalisme qui me gonfle. Il est vrai qu’on n’imaginait pas qu’un pays riche puisse être à ce point victime de la nature, on n’est pas en Indonésie non plus. Et pourtant. Mais les catastrophes de ce type ne sont pas inédites non
plus, il ne s’agit pas d’une catastrophe due à la pollution (mais qui va sans doute en engendrer une mais par effet de domino) ou à une éventuelle fin du monde. Souvenez vous Pompéi, le tsunami de 2004, les tremblements de terre à Mexico en 85 avec 10 000 morts, celui de la Turquie en 1999, le Pakistan, la Chine, Haïti… Ou, tiens, celui de Tokyo en 1923 qui a dégénéré en un gigantesque incendie, 143 000 morts. Aucune apocalypse n’a suivie. Et je vous prédis des tas d’autres catastrophes naturelles avant la fin du monde. 

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En attendant, peut-être que cette catastrophe va motiver la création d’un vrai débat sur l’énergie nucléaire. Le souci c’est qu’actuellement, on est dans l’affect. Demain, on sera passé à autre chose. Après tout, Tchernobyl n’a rien changé…

DESPROGES MON AMOUR

Par DianeFrançaises, français, belges, belges, vingtenaires, vingtenettes,Pierre, pierrot, lecteurs chéris mon amour,

 
Voilà aujourd’hui 20 ans que Pierre Desproges est mort. Oui, je sais, il est mort en avril et on est en janvier, donc techniquement ça fait pas encore 20 ans, mais je vous ferais
remarquer que s’arrêter à de tels détails tatillons et puérils n’est pas franchement intelligent, et puis ne commencez pas à m’interrompre comme ça dès le début ça va m’énerver.
20 ans, disais-je, que ce fabuleux trublion politiquement incorrect a cessé de trublioner et de titiller nos zygomatiques pour aller s’enterrer au père Lachaise, entre Petrucciani
et Chopin.
Une dernière résidence dont l »épitaphe originelle a malheureusement été jugée un peu trop trublionement incorrecte (« Pierre Desproges est mort d’un cancer sans l’assistance du professeur Schwartzenberg») par les biens pensants qu’il assaisonnait copieusement et régulièrement de sa haine ordinaire. 
Mais qu’est ce que tu dirais, Pierrot (tu permets que je t’appelle Pierrot), si tu pouvais voir ce qu’on est devenus, sans toi?
On tient sa langue, on est mous, on lit closer, voici et la biographie de cécilia sarkozy, on a élu un mec gréffé à ses ray-ban et à ses faires valoirs (hommes, femmes enfants,
faux amis et rolex) qui se shoote à l’ego, au pouvoir et aux photos pipole comme représentant de tous les français aux piteux yeux du monde, on dégomme mère Nature, on fait la gueguerre, on piste les délinquants à la maternelle, on écoute nos MP3 à fond dans le métro sans écouteurs, on s’excite plus à la publication de photos de manaudou à poil sur le net qu’à la mort de Nougaro, on veut travailler, travailler, travailler, pour avoir du fric, du fric, du fric, pour pouvoir consommer, consommer, consommer, nous ruer dans les magasins, encore, courir avec une délectation vibrante d’extase consumériste nous coller à d’autres chercheurs d’or suintants d’excitation fébrile et se prendre une ou deux vieilles emperlouzées à chihuahua et vison véritable en pleine face, et leur planter notre talon dans les tibias, parce qu’on l’avait vu en premier, le sac vuitton à -50%, on va pas se laisser marcher dessus par une vieille mamie-la-tremblotte non plus merde!!
Tu avais raison, Pierre, on peut rire, de tout, mais pas avec tout le monde. On peut même pas  s’moquer de Mahomet sans se retrouver avec une bombe sous le paillasson ou se
faire attaquer en justice (heureusement charlie hebdo est revenu…)
 
COUVERTURE MAHOMET 
 
Les aveugles ont bon dos d’être les bénéficiaires d’une puante bienséance qui les fait hypocritement appeler « non voyants » tandis qu’entourés de centaines de
personnes à st lazare le matin ils se prennent les murs avec bienséance, aussi.
 
Mais où est-elle, Pierronounet (tu permets que je t’appelles pierronounet), où est-elle, cette fièvre, cet enthousiasme vibrant, cette passion fébrile, cette intarissable soif de
savoir, de justice et de raison qui embrasait naguère avec ardeur et éloquence nos plus brillants cerveaux d’une inextinguible flamme humaniste? Nous sommes mous, taris, vidés,lympathiques, décérébrés, légumineux, exsangues,atrophiés du bulbe,diminués,hypo-courroucés,neurasthéniques,flegmatiques et gélatineux. Gracq est mort, tout le monde s’en fout. Pour un peu que Mme de Fontenay aille casser sa pipe, on lui ferait des funérailles nationales. 
Mais je m’égare, et pas seulement au gorille.
J’ai peur, Pierrot, l’ombre misanthropique plane sur ma foi en l’humanité. Je lis Axel Kahn, Picouly et Philippe Val, et mon petit coeur se gonfle d’un léger espoir qui croit entrevoir en l’homme l’émergence, ou plutot la survivance d’une foi, d’une croyance, voire d’une certitude qui fait penser à l’homme qu’il peut vivre son éphémère vie en regardant plus loin que le bout de son pouvoir d’achat, qu’il peut être utile, qu’il peut découvrir, apprendre, et vivre sa vie sans corruption, en étant, tout simplement, raisonnable et humain.
Ca me rappelle ce que tu me racontais jadis:
« On a envie d’aimer mais on ne peut pas. Tu es là, homme mon frère, mon semblable, mon presque-moi. Tu es là, près de moi, je te tends les bras, je cherche la chaleur de ton
amitié. Mais au moment même où j’espère que je vais t’aimer, tu me regardes et tu dis :
— Vous avez vu Serge Lama samedi sur la Une, c’était chouette. »
 
Pourtant je persiste. Il y a 20 ans que tu es mort, et je ne m’en fous pas! Je suis triste! J’ai les badigoinces à l’envers et la rate en berne, et ce soir, ma choucroute a un arrière-goût d’atrabile. Je t’ai écouté, j’ai lu Vialatte et Aragon, et délaissé un peu ( un peu) Pif gadget. Aragon justement, rappelle toi:
 
« votre enfer est pourtant le mien
nous vivons sous le même rêgne
et lorsque vous saignez je saigne
et je meurs de vos mêmes liens.
 
Quelle heure est-il, quel temps fait t-il,
j’aurais tant aimé cependant
gagner pour vous pour moi perdant
avoir été peut-être utile.
 
C’est un rêve modeste et fou,
il aurait mieux valu le taire
vous me mettrez avec en terre,
comme une étoile au fond d’un trou. » 
 
Rhhaa je souffre, ver de terre amoureuse d’une étoile; mais du fond de ton trou tu m’éclaires toujours Pierrot, alors vivons heureux en attendant la mort, et d’ici là, n’oublions
pas qu’il faut rire de tout. c’est extrêmement important.C’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans.
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