Nina est une voyeuse de la vie

En tant que journaliste, je suis censée faire des titres clairs et efficaces. Mais c’est pas drôle donc je fais des titres à la con, c’est plus marrant ! Et puis si je mettais que « Nina la voyeuse », on allait croire que je matais des gens en train de brouetter alors que pas du tout.

Comme je l’ai déjà dit dans un article précédent, je suis une sociologue de la rue. J’adore mater les gens, m’imaginer leurs histoires et tout ça. Même si, des fois, je passe une heure avec deux hommes à déconner dans un café et que l’un d’eux ne me fait remarquer qu’en partant que le couple à côté de nous semblait adultérin. Merdum, j’ai raté un couple à observer ! Bref, j’adore ça observer. Et le net m’aide dans ma quête de potins sur des gens que je ne connais pas.

Il y a quelques temps, Gaor m’avait laissé un comm ici pour me parler du site dilelui. Qu’est-ce que donc ? Le principe est simple. Imaginons qu’un mec super mignon me donne un briquet dans la rue et que, comme une conne, j’oublie (ou plutôt je n’ose) de lui demander son numéro. Grâce à ce site, je peux poser une annonce pour tenter de le retrouver ! Ou alors imagine que toi, lecteur, tu prennes le métro et tu vois une petite nana châtain avec la coupe au carré au manteau noir, avec un petit sac à carreau imitation burberry (oui, j’ai cassé mon sac à dos en cuir sur lequel était accroché mon lapin, ça marche plus comme indice), que tu te dises : putain mais quelle est trop belle, son visage me fait penser à une madone. Oui, je me la pète, et alors ? Tu n’oses lui parler par timidité, tu échanges quelques regards avec elle mais la belle s’enfuit à une station, tu ne sais si elle fuit en courant ce foutu accordéoniste accompagné d’un violoniste approximatif (vécu encore lundi soir) ou si elle est à la bourre à cause de ces foutus grèves SNCF de mes fesses (vécu lundi soir alors que j’allais revoir Lady Brind’zingue et que j’avais peur de rater le début). Alors, malin que tu es, tu notes qu’elle descend à la station St George, tu constates qu’il est 19h25. Tu rentres chez toi et tu vas sur dilelui.com et tu rentres une annonce. Tu dis que je suis une jeune fille entre 18 et 30 ans (c’est mieux que 25-40 pour mon ego, surtout que je fais pas mes 26 ans), tu rédiges ton annonce à base de « tu soupirais à cause des musiciens, tu semblais un poil excédée, j’ai été charmé par tes yeux bleus comme le ciel. Tu avais un manteau noir et un petit sac trop mimi, on a échangé un regard »… Enfin, t’écris ce que tu veux. Là, si tu veux être sûre que c’est bien elle qui répond et pas une nana qui traque le désespéré sur le net, tu peux même poser une question comme : « de quels instruments jouaient les musiciens ? ». Et là, miracle de la technologie, la fille lit l’annonce et te répond et c’est le début d’une love story.

Donc prenons une Nina. Elle est abonnée au service, elle n’a rentré qu’un trajet comme alerte car elle ne fait pas toujours les mêmes trajets (ben ouais !). Mais de temps en temps, elle va fureter sur le site, prend des trajets au hasard et lit les annonces, se régale de ses histoires d’anonymes. Bon, il y en a qui semblent mal barrées. « Tu étais trop belle, habillée comme ç et lisant ça. Je veux te revoir » et là, la question : « quelle était la couleur de mon pull ? ». Non, non et non. Déjà, perso, un mec qui me mate dans le métro, je fais pas forcément gaffe ! Et même si je fais gaffe et même s’il me plaît, j’enregistre pas la couleur de son pull. Donc si la nana veut répondre et se souvient pas de la couleur dudit pull, voilà comment une belle histoire potentielle ne se réalisera pas.

Parfois, les gens se sont adressés la parole et là, on sent l’acte manqué « on a parlé, on s’est pas échangés nos numéros ». Là, ça, ça me plaît. Parce qu’en dix lignes d’annonce, moi, je la vis la scène. J’imagine ses deux individus assis côte à côte qui se sourient et commencent à discuter sur tout et rien. Elle quitte le métro, il regrette d’en rester là. Et là, si l’annonce marche, mais quelle histoire !

En fouillant sur le site, j’ai la délicieuse sensation de jouer les voyeuses. Je picore des histoires vécues à droite, à gauche. Ca ne fait de mal à personne, je ne réponds pas à des annonces qui ne me concernent pas et c’est pas du voyeurisme malsain. Vaut mieux ça que mater la foire des monstres télévisuelle (Y a que la vérité qui compte, la nouvelle émission de Delarue dont j’ai pas retenu le nom, la nouvelle émission d’Evelyne Thomas qui refait C’est mon choix sur le câble…). Et puis ça stimule l’imagination… C’est un peu comme si on vous donnait une pièce de puzzle et que j’imaginais l’image qu’il faut recomposer. Ca m’éclate ! Et en plus, ce qui est bien avec ce site, c’est que ce n’est pas que Parisien, ça marche pour les grandes villes !

Alors si vous croisez une belle personne dans le métro, n’hésitez plus ! Le net peut bien faire les choses, parfois !

Dans le métro

Aujourd’hui, je rédige un petit article typiquement parisien mais qui peut s’adapter à plusieurs grandes villes. Parce qu’aujourd’hui, j’ai envie de faire dans le léger, je vais vous parler du métro (et RER). Prenez votre ticket (ouais, c’est pas beau la gruge) et asseyez-vous sur un strapontin et on y va.
 
Bon, le métro, j’ai pas découvert à Paris, on en a un à Toulouse, un métro super moderne avec portes automatiques et sans chauffeur. Et on avait aussi nos heures de pointes, si, si ! Je me souviens, quand je sortais de cours à 18h, je devais partir vers la banlieue pour descendre à la station suivante et repartir vers le centre ville pour squizzer le monde à la station du Mirail. A la fin, je devais même partir deux stations plus loin vu qu’on était nombreux à appliquer la même combine.
 
Mais le métro parisien, c’est une autre dimension. 14 lignes plus 5 lignes RER, je ne sais combien de stations, c’est quand même quelque chose. Certaines stations sont purement dantesques. Par exemple Châtelet ou Auber, vous descendez d’un côté, vous prenez des tapis roulants, des escalators, des ascenseurs pour aller d’une ligne à l’autre. Montparnasse aussi, c’est pas mal avec le tapis « ultra rapide » avec une voix qui dit : « gardez vos pieds à plat. Gardez vos pieds à plat. Gardez vos pieds à plat » parce que si vous levez les pieds au moment où vous passez du tapis à bille (hyper casse gueule, soit dit en passant) au tapis roulant, ben paf ! vous tombez. Outre le ridicule de la situation, je vous le conseille pas, un coccyx, c’est fragile. Et puis un bleu aux fesses, c’est délicat et douloureux, pas top de passer sa vie assise sur une fesse car l’autre est hors service.
 
Mais surtout le métro parisien, c’est une aventure olfactive de tous les jours. Ca pue. Selon les stations où vous vous arrêtez, vous êtes agressé par une forte odeur de viennoiserie industrielle et bien lourde, à éviter en cas de nausée. D’ailleurs, le jour où je suis enceinte, je prendrai plus le métro parce que ce genre d’odeurs, ça vous fait rendre une femme qui va enfanter ! Et encore, ces odeurs sont les plus sympathiques ! Parce qu’un peu plus loin, vous avez droit à la forte odeur d’œufs pourris venant des égoûts voisins ou pire, l’odeur chaude et piquante de l’urine. Alors, ça, c’est un truc que je ne comprends pas ! Comment peut-on se laisser aller dans les couloirs du métro, c’est vraiment dégueulasse ! On n’est pas des chiens, que je sache ! C’est pas comme si y avait pas des sanisettes partout en ville ! Enfin, vous passez dans toute cette forêt d’odeurs pour le moins agressives, un vrai bonheur !
 
Maintenant, prenons une Nina, un poil étourdie et pas vraiment douée du sens de l’orientation, et mettons là dans les dédales du métro parisien. Ca nous fait plein d’anecdotes. Par exemple, hier soir, je suis sortie au théâtre, j’avais rendez-vous avec Sab à Bastille. Inspirée, je décide de quitter le RER A à Auber plutôt qu’à Châtelet et prendre la ligne 8 pour gagner du temps. Je sors donc du RER et suis les indications « ligne 8 », je prends un tapis roulant et là, je me retrouve face à deux escalators, l’un en direction de Créteil, l’autre Balard et aucun panneau pour me dire quelle direction je dois prendre donc au hasard, je prends Balard. En montant les escaliers, je me représente le plan. Ah bien y réfléchir, Créteil est à droite du plan, Bastille aussi, par rapport à Auber/Opéra, je prends pas la bonne direction, je suis sûre ! (droite = est mais bon, je suis pas géographe, moi). Le métro arrive, je monte dedans et regarde le plan : ouais, je suis pas dans le bon sens ! Bon, je ressors aussi sec, je décide d’aller de l’autre côté mais les panneaux m’indiquent pas l’autre ligne 8 (oui, je suis pas censée la rejoindre à partir de ce quai-là !) donc je dois ressortir de la station et re-rentrer. Bravo le gain de temps !
 
Un autre jour, je déjeunais dans le sentier avec une collègue de l’asso. En repartant, j’étais perdue dans mes pensées, occupée à dresser la liste de tout ce que je devais faire (bonjour le truc) et donc, je fais pas gaffe, je le prends dans le mauvais sens. Donc je descends à la station suivante, Réaumur-Sébastopol, et décide de rejoindre Les Halles en prenant la ligne 4. Mais y avait pas les panneaux indiquant la liste des stations donc je choisis une direction au hasard et évidemment, je prends pas la bonne. Du coup, je suis descendue à la station suivante pour prendre la ligne 9 et rejoindre St-Lazare. Oui, j’ai un art certain pour perdre du temps. Par contre, une fois, j’ai été trop forte : en suivant la direction que je pensais la bonne, je me suis plantée et me suis retrouvée dans l’autre sens… Et finalement, je me suis rendue compte que j’ai bien fait de me planter puisque j’avais choisi la mauvaise direction. Oui, je sais, des fois, faut que je descende de ma planète.
 
Sinon, le métro est un haut lieu culturel où se produisent des artistes au talent… particulier. Quand je bossais en CDD, je devais prendre le RER pour aller dans la ville sur laquelle je travaillais. Systématiquement, à une station, montait tout un tas d’artistes, accordéonistes ou chanteuses avec ampli qui avaient toutes la même voix (mais je ne dirai pas qu’elles font du playback), des trucs cauchemardesques, j’entendais même plus mon lecteur mp3 ! Le pire c’est un jour, j’attendais le RER dans ladite ville pour retourner bosser, j’étais au téléphone avec Gauthier. La rame arrive, je m’avance vers une porte et je vois un accordéoniste ! Donc je cours dans la voiture suivante… et tombe sur la chanteuse à ampli. Et meeeeeeeeeeeeerde !
 
Enfin, le métro est un haut lieu de drague. J’en ai subi pas mal, comme la plupart des filles. Des mecs qui me matent fixement, ce qui me met extrêmement mal à l’aise, de ceux qui me parlent de mon lapin en peluche accroché à mon sac. Le pire ? La main au cul. Classique aussi mais très désagréable. Maintenant, j’ai la solution : le bouquin et le strapontin. Dès que je peux, je m’assois et me plonge dans la lecture de tout et n’importe quoi comme ça, je fais abstraction de tout, une vraie petite bulle de détente ! Et franchement, je crois que c’est la seule façon de pas virer dépressive !
 
Alors, lecteur, si tu croise une petit châtain qui lit dans le métro et même continue sa lecture en sortant de la rame parce qu’elle a pas fini son paragraphe, avec un lapin en peluche sur son sac et qui ne regarde pas du tout où elle va (sans doute dans la mauvaise direction), y a de fortes chances que ce soit moi !