Episode 10

(bonus du 1er mai. Attention, il y a une scène assez longue…)

            Elle se réveilla le lendemain matin et entendit des voix dans le salon. Sa mère recevait certainement une de ses
amies. Elle enfila rapidement sa robe de chambre pour saluer les deux femmes et eut la mauvaise surprise de constater que l’invitée en question n’était autre que Lauren Wadeker, en larmes.

« Je suis sûre qu’il lui est arrivé quelque chose ! gémit-elle.

– Mais non, ne vous en faites pas. Il a simplement découché, ça arrive à tout le monde. Vous avez appelé chez sa fiancée pour voir s’il n’avait pas passé la nuit chez
elle ?

– Non, mais il n’aurait jamais fait ça. Il ne l’aime pas vraiment, vous comprenez, et il tient à ne pas la toucher avant le mariage.

– Oh, je vois… Tiens, bonjour Oceany ! Tu te souviens de Mme Wadeker ?

– Oui, bien sûr. Bonjour, Mme Wadeker. Qu’est ce qu’il vous arrive, si ce n’est pas trop indiscret ?

– Mon fils a disparu, sanglota-t-elle de plus belle.
– Oh, je suis désolée.
– Ne le soyez pas, ce n’est pas votre faute, ma petite.

– Je suis sûre qu’il va bien ne vous en faites pas. Il est peut-être parti…faire une pause avant le mariage.

– Oui, sans doute, mais où est-il allé ? J’espère qu’il n’est pas allé traîner dans les bas étages ! L’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la
police et il avait un bleu énorme, là. Le monstre qui l’a attaqué devait mesurer au moins deux mètres et peser cent cinquante kilos ! C’est déloyal de s’attaquer à plus faible
que soit. »

Oceany dissimula son sourire derrière sa main : elle ne ressemblait pas du tout à la description de Lauren. Sans doute Ethan avait-il un peu enjolivé l’histoire : il
devait être honteux d’avoir été battu par une femme. Elle s’excusa auprès des deux femmes, puis retourna dans sa chambre, où elle avait beaucoup à faire. Elle s’habilla élégamment et se maquilla
soigneusement, pour téléphoner à Mark. Les concepteurs avaient eu la mauvaise idée d’installer un visiophone, ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient plus appeler en pyjama ou en petite tenue…ils
n’avaient vraiment plus aucune liberté. Cependant, durant ses préparatifs, elle ne cessa de penser à Lauren. Elle lui avait fendu le cœur et elle s’en voulait de retenir son fils prisonnier, mais
elle ne pouvait pas le libérer, il n’était pas encore prêt et elle se demanda même s’il le serait un jour. Il était raciste, ça n’arrangeait pas les choses. Ils devraient avoir une longue
conversation, tous les deux, elle arriverait peut-être à le faire changer d’avis sur les étrangers.

Elle secoua la tête et soupira : ce n’était pas le moment de penser à ça. Elle se posa devant son écran d’ordinateur et composa le numéro de Mark, qui répondit assez
rapidement. Son visage emplit l’écran et elle put voir sa joie de constater que son interlocuteur n’était autre que sa future fiancée.

« Oh, bonjour Oceany ! Je ne pensais pas que vous m’appelleriez.

– Mon beau-père m’a parlé de nos…projets en commun et je suis très flattée. C’est d’ailleurs pour ça que je vous appelle. En tant que future belle-fille du maire, je souhaiterais
visiter ses bureaux : il paraît qu’ils sont magnifiques et je suis très curieuse, vous savez. Par ailleurs, j’adore l’art ! Vous avez d’ailleurs remarqué ma profonde admiration pour la
fresque de la salle de réception.

– Oh, oui, en effet. Je serai ravi d’être votre guide, Oceany, et vous pourrez rencontrer mon père, ainsi.

– J’en serai enchantée.

– Bien, je passerai vous prendre, vers 15 heures, ça vous ira ?

– Oui, c’est parfait. A tout à l’heure, Mark. »

Elle raccrocha et un large sourire fendit son visage : c’était trop facile. Myo avait raison… Elle n’aimait pas trop se servir de Mark ainsi, mais sans lui, elle n’aurait
jamais pu pénétrer au cœur de Technopolis d’où elle pourrait retirer des informations très intéressantes.

Elle se leva et ouvrit son tiroir où traînaient des CD-ROM vierges. Elle allait en avoir besoin pour voler quelques données aux ordinateurs de la mairie. Elle ne savait pas encore
comment elle allait se débrouiller, mais elle trouverait bien une occasion. Il le fallait, de toute façon, ils comptaient tous sur elle, en bas. Avec toutes ces informations, elle pourrait enfin
lutter d’égal à égal avec Bill Oxford. A présent, ça allait devenir dangereux, mais intéressant.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 6
 

            Oceany regarda autour d’elle, frappée par la beauté des lieux : Bill Oxford avait fait de ses bureaux
l’endroit le plus agréable de Technopolis. Sur le plafond se trouvaient différentes reproductions de tableaux célèbres de la Renaissance italienne, tandis que les murs étaient en réalité
d’immenses aquariums dans lesquels nageaient toutes sortes de poissons. Mark la conduisit à travers cet impressionnant labyrinthe de poissons et de peintures jusqu’à une grande porte en fer
forgé, sur laquelle était représenté un ange semblable aux quatre piliers. Le jeune homme tapa un code qu’elle tâcha de retenir, puis la fit entrer dans une sorte de salle d’attente où se
trouvaient quatre ordinateurs commandés par quatre robots, ainsi qu’une dizaine de fauteuil en velours rouge.

« Ces ordinateurs sont reliés aux quatre commissariats de la ville et notent tout ce qu’il se passe d’anormal. L’insécurité est le plus grand problème de Technopolis et même
si elle n’est pas élevée, mon père lutte activement contre les rebelles et essaie de trouver une solution pour que Technopolis soit une ville sûre à 100%. Je vais voir s’il est dans son bureau et
s’il peut vous recevoir. Installez-vous et lisez le journal, si vous voulez, en attendant. »

Dès qu’il fut parti de la pièce, elle s’approcha d’un ordinateur et y glissa un CD-ROM pour y télécharger tous les dossiers. Le robot restant totalement impassible, elle en fit
autant sur les trois autres, puis alla s’asseoir sur un fauteuil, priant pour que les CD soient prêts avant le retour de Mark, ce qui, heureusement pour elle, fut le cas. Apparemment, Oxford
semblait introuvable. Elle glissa les quatre CD dans son sac et ouvrit un magazine qu’elle feuilleta rapidement. La presse de Technopolis avait la particularité d’être totalement futile et sans
intérêt, mais c’était le propre de chaque dictature de contrôler la presse. Personne ne parlait de l’insécurité ou de la misère des bas étages, on préférait lire des articles sur les soirées
mondaines ou quelques conseils beauté connus de tous.

La porte se rouvrit enfin et Mark apparut, souriant.

« Mon père n’est pas là, pour le moment, mais je pense que ce sera plus agréable pour vous de l’attendre dans son bureau : la vue est unique.

– Oh, je ne manquerai ça pour rien au monde. »

En réalité, elle se moquait éperdument de la vue, elle voulait juste approcher le PC d’Oxford et en retirer des informations. Elle suivit docilement jusqu’au bureau d’Oxford,
traversant trois pièces dans lesquelles étaient entreposés divers livres.

« Je n’ai jamais vu autant de livres de ma vie ! s’exclama-t-elle.

– Oui, mon père adore ce genre de vieilleries.
– Où les trouve-t-il ?
– Je n’en ai pas la moindre idée. »

Apparemment, Mark ne partageait pas le goût de son père pour les livres, ce qui était plutôt normal. Cette société avait fait en sorte que plus personne ne s’intéresse à ses
vieilleries et il était devenu impossible de lire un roman antérieur à Technopolis, hormis quelques grands classiques compilés sur CD-ROM. Ils montèrent ensuite un escalier en colimaçon et ils
aboutirent enfin au bureau d’Oxford, une grande pièce circulaire aux murs de verre. Mais le plus étonnant, c’est que tout tournait : assis à son bureau, Oxford pouvait voir toute la ville
sans bouger. Elle resta un moment immobile, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte : elle s’était attendue à tout, sauf à ça. Mark, visiblement très fier de son père, l’entraîna
derrière le pilier carré qui se trouvait au milieu de la pièce et par lequel ils avaient accédé à la place et lui montra la reproduction du « Sacre de Napoléon » de David, exposé face
au bureau. Oxford avait le choix, il pouvait contempler soit la ville, soit le tableau.

« C’est…

– Grandiose, époustouflant, génial…mon père voulait avoir un bureau dans lequel il était agréable de travailler et c’est réussi, non ? Et dans quelques années, ce bureau sera
à moi : n’est-ce pas merveilleux ?

– Je…heu…

– Et après, ce sera notre fils qui prendra la succession…et quand nous serons mariés, vous pourrez venir tant que vous voudrez, dit-il en lui prenant les mains. Je pourrais…je
pourrais installer un autre bureau, de l’autre côté de la pièce, derrière le pilier, ça serait le vôtre, vous y feriez ce que vous voudriez.

– Je ne vois pas trop ce que je ferai avec un bureau.

– Vous m’aiderez bien sûr ! Je trouve que mon père a tort de toujours tout faire tout seul, il est beaucoup trop stressé et ne peut demander conseil à personne. Moi, quand je
serai maire, vous gouvernerez avec moi, je vous le promets.

– Oh…je suis flattée. »

Il sourit et l’embrassa affectueusement sur la joue, ce qui la mit mal à l’aise. Il lui faisait entièrement confiance et elle en abusait, ce n’était pas loyal, mais la fin justifie
toujours les moyens. Cette société était profondément inégalitariste et inégalitaire, on ne pouvait permettre tout ce cirque plus longtemps, elle le savait bien.

« Je vais chercher mon père. C’est si grand, ici, c’est pas facile de retrouver quelqu’un dans ce labyrinthe. Installez-vous dans le fauteuil, si vous voulez, ne vous gênez
pas. Je me dépêche. »

 Il la laissa seule une nouvelle fois et elle attrapa un nouveau CD-ROM vierge. Heureusement, elle en avait pris plusieurs. Elle commença à y copier tous les fichiers, mais
l’opération semblait s’éterniser et pour s’occuper en attendant, elle alla se planter devant l’excellente reproduction du tableau de David, qui correspondait exactement au caractère
d’Oxford : un despote mégalomane.

« Il est réussi, n’est ce pas ?  »

Elle se retourna vivement et eut la désagréable surprise de voir Bill Oxford qui la détaillait d’un air malveillant.

« Je…hum…je suis Oceany Antelwort Geller, je suis la future fiancée de votre fils.

– Je sais qui vous êtes.

– Oh. Je suis enchantée de vous rencontrer, dit-elle en lui tendant la main.

– Où est mon fils, répondit-il en ignorant la main tendue.
– Il est parti vous chercher.

– Ne vous offensez pas, mais je n’aime pas qu’on fasse entrer quelqu’un dans mon bureau sans mon autorisation : nous sommes dans le cœur même de Technopolis.

– Oui, je sais, et c’est pour ça que j’ai demandé à Mark de me faire visiter. Cette ville est un vrai paradis sur terre, j’admire tellement tout ce que vous avez fait pour nous,
c’est…

– Oh, c’est bien peu de chose. »

Apparemment, elle venait de rentrer dans ses bonnes grâces, il suffisait de le flatter un peu, comme la plupart des mégalomanes et elle se mit à le haïr encore plus qu’avant. Il ne
consentait à être poli avec elle que si elle se pâmait devant son œuvre, alors qu’en réalité, elle exécrait cette ville.

L’ordinateur bippa, indiquant que l’opération était terminée et Oceany sentit la panique monter en elle : elle allait être découverte.

« Qu’est ce que c’est ? demanda Oxford.

– Oh, je n’en sais rien. Vous avez peut-être reçu un message, sans doute rien d’important.

– Non, ça ne fait pas ce bruit là, c’est autre chose, c’est curieux. Je me demande si…

– Ah, tu es là, papa !  »

Oxford se retourna et regarda son fils des pieds à la tête, d’un air sévère et oublia instantanément l’ordinateur, ce qui soulagea profondément Oceany qui avait vraiment eu peur
pendant un instant. Mark s’avança vers eux et prit la jeune femme par le bras.

« Papa , je te présente Oceany, ma future femme. Oceany, voici mon père, le maire de Technopolis.

– Pour les présentations, c’est un peu tard, maugréa Bill. Ta jeune amie s’est déjà présentée d’elle-même.

– Oh, je suis désolé : j’étais en train de te chercher. C’est si grand, ici ! Oceany est la fille d’Hank Antelwort.

– Je sais qui c’est, je ne suis pas né de la dernière pluie. J’ai connu votre père, il y a quelques temps, maintenant.

– Vraiment ? J’aimerais encore qu’il soit parmi nous, vous savez. Il est mort quand j’avais treize ans, et…

– Je sais. Mais les choses sont ce qu’elles sont, on ne peut rien changer. Bien, j’ai à faire, je ne peux pas rester plus longtemps ici. Je suis heureux d’avoir fait votre
connaissance, Oceany, nous nous reverrons bientôt, sans doute. Mark, tu peux l’amener à la maison, c’est autrement plus agréable qu’ici. »

Il fit un vague signe de tête puis partit, les laissant seuls. Oceany calcula comment récupérer son CD, mais ça n’allait pas être facile : ils allaient partir, eux aussi et
quand Oxford trouverait l’objet dans son PC, il comprendrait très vite d’où ça provenait.

« Je suis désolé pour mon père. Il est comme ça depuis la mort de ma mère, il ne l’a pas supporté.

– Il s’est remarié, pourtant.

– Oh, il n’aime pas Kelly, il l’a juste épousé pour la façade, en quelque sorte. Mais c’est une salope, je ne l’aime pas.

– Vraiment ?

– Oui : y a que mon père pour croire que Bryan est son demi-frère. C’est son amant, en réalité.

– Oh !  »

Il n’était pas aussi naïf qu’elle l’avait cru, en fin de compte, il avait au moins compris les véritables relations de sa belle-mère et de son prétendu frère.

« Nous ferions mieux d’y aller.

– Attendez, j’aimerais…regarder le paysage, je n’ai pas eu le temps de bien l’apprécier, encore et c’est tellement plaisant, cette pièce qui tourne.

– Si ça vous amuse. »

Ils se rapprochèrent de la baie vitrée, mais elle se rendit compte qu’elle ne pouvait pas récupérer son bien sans attirer l’attention du jeune homme. Il fallait le divertir, mais
que faire ? Elle le savait bien, mais ça l’ennuyait, parce qu’elle avait vraiment l’impression de se moquer de lui et de ses sentiments envers elle, qui paraissaient sincères.

« Nous ne devrions pas nous attarder, mon père est de mauvaise humeur, aujourd’hui et… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle se jeta sur lui et l’embrassa avidement, ce qui sembla totalement le déstabiliser, au départ, mais il s’adapta très vite et lui
rendit son baiser. Elle s’arrangea pour reculer légèrement, l’entraînant avec elle et put enfin accéder à l’ordinateur ; heureusement, elle connaissait le clavier par cœur et put faire
sortir le CD-ROM du PC. Quand le terminal bippa pour indiquer qu’il avait bien saisi la commande, Mark fit mine de regarder ce qu’il se passait, mais elle l’attira encore plus vers elle et il
oublia l’ordinateur. Quand elle eut fini son opération, elle le relâcha et il s’éloigna, puis se retourna, gêné. Elle en profita pour glisser le CD-ROM dans son sac.

« Je…je suis désolée, fit-elle enfin, faussement dépitée. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je…

– Ce n’est pas grave, après tout, on va bientôt se fiancer, non ?

– Oui, mais ce n’est pas une raison pour me conduire comme je l’ai fait. Je suis désolée, Mark.

– Ce n’est rien, vraiment. De toute façon, moi aussi, j’en avais envie. Bien, ne nous attardons pas ici, mon père serait furieux s’il nous trouvait ici en revenant. »

Il lui prit la main tendrement et la reconduisit à travers les longs couloirs de la mairie, sans rien ajouter, visiblement satisfait de la tournure que prenaient les choses. Quant
à elle, elle était surprise de la facilité qu’elle avait eu à voler toutes ces informations. Ca leur permettrait d’apprendre beaucoup de choses sur leurs rivaux et ils pourraient alors le
vaincre. Ils allaient sortir quand Bryan, le frère de Kelly se posa en travers de leur chemin.

« Sécurité, annonça-t-il. Je dois vérifier que vous n’emportez rien. »

Oceany se sentit prise au piège : elle ne pouvait pas se débarrasser discrètement des CD sans se faire remarquer…ils allaient tous comprendre ses véritables intentions, elle
était perdue.

« Bryan, je t’en prie, arrête ce numéro : je ne vois pas ce que j’aurais pu prendre ici. Tout sera à moi, un jour.

– Je ne parle pas de toi, mais de la demoiselle, là. Veuillez ouvrir votre sac.

– Arrête, c’est ma fiancée, fiche-lui la paix. Viens Oceany, on s’en va. »

Il l’entraîna vers la sortie, fusillant Bryan du regard, au passage. Quand ils furent sortis, il explosa :

« Quel crétin, ce type, je peux pas le supporter ! Non, mais il se prend pour qui ? Je vous jure que, quand je serai maire, je le virerai en vitesse.

– Comment se fait ce que ce ne soit pas un robot qui assure la sécurité ? Je croyais que les hommes n’avaient plus à travailler.  

– Lui, c’est différent. Mon père a besoin d’un garde du corps infaillible et les robots ne sont pas parfaits, dans ce domaine. Et puis, Bryan est un hyper actif, il a besoin de
bouger, de s’occuper…alors mon père a eu pitié et l’a fait travailler.

– Ah, je comprends.

– C’est qu’un petit merdeux, il a besoin de se sentir important, alors il abuse un peu de son autorité. Bon, j’en ai assez de parler de ce pauvre type, si nous allions chez
moi ?

– Oh, je…oui, mais je ne dois pas rentrer trop tard.
– D’accord. »

Ils se rendirent à la station de monorail la plus proche et grimpèrent dans l’engin dès qu’il arriva. C’était un des éléments de Technopolis le plus réussi : silencieux et
écologique, le monorail était d’une rapidité inégalée et desservait parfaitement tous les recoins de la ville. Sauf le rez-de-chaussée, où personne ne voulait jamais aller, sauf elle, bien
évidemment. De plus, avec ses larges baies vitrées, il était assez lumineux et offrait à ses voyageurs une vue de la ville originale.

Ils arrivèrent à destination et Mark l’entraîna vers son appartement dont il semblait très fier. Il s’agissait en fait d’une sorte de maison sur le toit d’un grand immeuble, avec
un étage. L’avantage de vivre tout en haut était que l’on avait que le ciel au-dessus de la tête, et non l’étage supérieur, comme les autres. L’extérieur était une sorte d’imitation miniature de
l’ancienne maison blanche, qui avait été détruite longtemps auparavant. Quant à l’intérieur, il ressemblait tout à fait à son propriétaire : totalement mégalomane. Un immense miroir
tapissait le mur de l’entrée tandis que, de l’autre côté se trouvait un énorme escalier en marbre blanc qui menait à l’étage. En longeant la grande glace, on aboutissait à un immense salon où se
trouvaient, entre autre, une cheminée, un piano deux immenses bibliothèques et un tableau surdimensioné de Bill Oxford qui prenait une pose similaire à celle de Louis XIV sur le tableau de
Hyacinthe Rigaud. Au moins, il affichait clairement ses ambitions. Une jeune noire entra dans la pièce et se planta devant Mark. Oceany fut plutôt surprise de voir une personne de couleur dans
les étages de l’élite, mais à la façon dont elle était habillée et dont elle fuyait leur regard, elle comprit avec effroi qu’il s’agissait d’une esclave.

« Oceany, vous voulez boire quelque chose ?
– Non, ça ira, merci.

– Bon. Dans ce cas, Kirstie, apportez-moi juste un verre de muscat bien frais. Kelly est ici ?

– Madame est dehors, au bord de la piscine.

– Oh, oui, la piscine ! Il faut que vous voyiez ça !  »

Il la prit par la main et l’amena sur le balcon sur lequel se trouvait un grand bassin entouré de verdure et de palmiers ; décidément, Oxford ne se refusait rien.

Kelly, vêtue d’un simple bikini était tranquillement étalée sur une chaise longue, en train de prendre le soleil, un luxe que seuls les plus riches pouvaient s’offrir. Elle souleva
paresseusement ses lunettes de soleil pour étudier rapidement la nouvelle venue, puis les rebaissa et reprit sa séance de bronzage. Mark ne fut pas rebuté par cette attitude et se dirigea droit
vers elle.

« Kelly, je te présente ma future fiancée, Oceany.

– Oui, je me souviens de vous. Vous dansiez avec Mark, à la réception des Wadeker, n’est ce pas ? Tu as de la chance, Mark, elle est très jolie. »

Oceany ne put s’empêcher de rougir : elle n’était pas trop habituée au compliments et elle était toujours un peu gênée quand on lui en faisait. La jeune femme quitta enfin son
transat et tendit la main à la nouvelle venue.

« Bienvenue dans la famille, Oceany. Je crois que Mark a fait le bon choix, vous ferez certainement une bonne épouse. Nous devons fêter ça. Kirstie !  »

La jeune noire apparut presque immédiatement et avança jusqu’à sa maîtresse, en évitant soigneusement de la regarder dans les yeux. Que c’était triste !

« Apportez-nous trois bouteilles de champagnes et prêtez un maillot à Mlle Antelwort.

– Oh, je ne voudrais pas…

– Ici, c’est une tradition : nous buvons toujours le champagne dans la piscine, ça lui donne un meilleur goût. Kirstie, conduisez notre invitée dans une des chambres d’amis
pour qu’elle puisse se changer.

– Oui, madame. »

Kirstie la guida dans l’immense demeure, sans jamais la regarder, jusque dans une grande chambre dans les tons bleues, décorée avec goût. L’esclave lui offrit un maillot et allait
partir, mais Oceany la retint et referma la porte de la pièce, pour pouvoir discuter un instant seule avec elle.

« Ca fait longtemps que vous êtes ici ?
– Depuis que M Oxford est maire.
– Mmm, je vois. Où se situe votre chambre ?
– Pourquoi me demandez-vous ça ?

– Parce que j’ai envie de vous sortir de là : vous êtes un être humain et c’est lamentable de vous traiter ainsi.

– Pourquoi vous feriez ça ? demanda-t-elle, méfiante.

– Parce que je suis contre l’esclavagisme, d’une part, et parce que je suis contre l’injustice qui existe dans cette ville et qui crée trop de miséreux. Faites-moi confiance, je
suis de votre côté. »

Pour la première fois, la jeune noire la regarda droit dans les yeux, cherchant à voir si elle disait la vérité ou non. Sans doute rassurée, elle répondit à sa question avant de la
laisser se changer. Oceany considéra un instant le bikini mauve qu’on venait de lui prêter et essaya désespérément d’enfiler le haut, mais il était trop petit.  Apparemment, Kelly avait une
poitrine plus petite que la sienne. Mais elle ne pouvait pas apparaître avec uniquement le bas, ce serait terriblement déplacé et puis, elle ne voulait pas que Mark se fasse trop d’idées. Déjà,
elle commençait à regretter de l’avoir embrassé, mais elle n’avait vraiment pas eu le choix : c’était ça ou se faire attraper. Elle s’escrima donc avec le maillot et réussit à l’enfiler.
Même si elle n’avait pas fière allure, mais c’était déjà mieux que de sortir à moitié nue.

Elle rejoignit Kelly et Mark, qui étaient déjà dans l’eau et se dépêcha d’aller les y retrouver ; au moins, dans la piscine, on voyait moins sa poitrine compressée dans le
petit maillot. Kirstie arriva à sa suite, apportant trois coupes de champagnes qu’elle apporta à ses maîtres, ce qui fit bouillir Oceany . Ils ne la considéraient même pas comme un être
humain, ils auraient manifesté plus d’affection à un chien.

« Bien, fit Kelly en tendant sa coupe. Aux heureux fiancés. Que votre mariage soit réussi et que…vous ayez pleins de petits.

– Aux fiançailles !  » répéta Mark, euphorique.

Oceany avala rapidement son verre et sentit que sa tête commençait à tourner. Elle ne buvait jamais et ne supportait pas du tout l’alcool, mais apparemment, personne ne s’en rendit
compte : Kelly sirotait tranquillement son champagne, tandis que Mark continuait de sourire comme un idiot.

« Tu lui as fait visiter la maison ?
– Non, pas encore, j’y vais sur-le-champ.
– Heu, Mark, attendez : j’aimerais me changer, avant.

– Ah, oui, bien sûr. Faites comme chez vous, je vous en prie. »

Elle se rendit donc dans la chambre où se trouvaient ses vêtements et retrouva avec bonheur ses affaires qui étaient à sa taille. Quand elle fut changée, elle sortit de la pièce et
se retrouva nez à nez avec Mark, ce qui la fit sursauter : elle ne pensait pas le trouver là. Il sourit et la prit par la main pour la guider. Avec lui, elle avait un peu l’impression d’être
une petite fille qui suivait sagement son papa et ça l’énervait prodigieusement. Il lui montra toute la maison, qui était écœurement luxueuse, remplie d’objets d’art, de miroirs sur lesquels se
promenaient de fins fils d’or. Tout était en marbre, ronce de noyer, or, argent…elle pensa à tous ses amis, en bas, qui avaient tout juste une pièce pour se loger et un matelas défoncé pour
dormir, quel déséquilibre, c’était inadmissible.

Il finit la visite par sa propre chambre, plutôt dépouillée, par rapport au reste de la maison. Pas d’œuvres d’art, pas de bibliothèque, un petit miroir accroché au-dessus de la
commode et un simple lit, sans fer forgé, ni rien.

« C’est différent, ici.
– C’est moi qui l’ai décorée.

– Vous ne semblez pas partager la passion de votre père pour l’art et les livres.

– Non, je trouve que c’est une perte de temps. Je préfère la simplicité et puis, je trouve que tout ce luxe est futile : ça ne sert à rien de vouloir en mettre plein la vue
aux autres, tout ça ne représente rien. Quand je serai maire, je ne perdrai pas mon temps à tout ça, je chercherai plutôt des solutions aux vrais problèmes.

– Les vrais problèmes ?

– L’insécurité. Quand ce sera résolu, cette ville sera parfaite.

– Vous croyez ?
– Oui, j’en suis certain. »

Non, Technopolis ne serait pas parfaite tant qu’il existerait les exclus, mais Mark, tout comme son père, ne semblait pas s’en soucier. Sans doute parce qu’ils représentaient un
pourcentage assez faible de la population et que la plupart des élitaires ne savaient pas dans quelles conditions vivaient les exclus. Elle le savait et devait faire quelque chose pour les aider
à se sortir de là.

Soudain, Mark se jeta sur elle, la faisant tomber sur le lit et l’embrassa sauvagement. Elle comprenait mieux pourquoi il avait terminé la visite par sa propre chambre, pour
arriver tranquillement à ses fins, sans être dérangé. Mais il n’était pas question de se laisser faire, il fallait qu’elle se sorte de là. Elle repoussa la main baladeuse qui commençait à se
glisser sous sa jupe et se redressa brutalement, ce qui surprit le jeune homme.

« Qu’est ce qu’il se passe ?

– Il se passe que…hum…je veux rester vierge jusqu’au mariage.

– Quoi ?

– Oui, c’est comme ça. Ma mère m’a toujours appris que, quand on faisait partie de l’élite, il fallait se préserver pour la nuit de noce, alors, c’est ce que je fais.

– J’ai jamais entendu dire ça.

– Mais si, regardez : Neve Woodart et Ethan Wadeker n’ont pas encore consommé leur union.

– Oui, mais eux, ils ne s’aiment pas.

– Il y a tout un tas d’exemples, vous vous arrêtez à des détails. De toute façon, je dois y aller, j’ai beaucoup à faire.

– Je vous raccompagne. »

Il quitta le lit d’un air renfrogné et la reconduisit jusqu’à la porte d’où il la salua poliment, mais sans chaleur. Il devait se sentir très frustré, mais elle devait poser les
limites dès le début, sinon, elle allait perdre totalement le contrôle et il ne fallait pas que ça arrive. La moindre faute pouvait être très dangereuse pour les rebelles et pour
elle-même.

11 réflexions sur “Episode 10

  1. mdr si les serveurs se lancent aussi dans la course au podium ça va devenir franchement perilleux de tenter une médaille d’or à l’avenir…

    en tous cas vivement samedi prochain 😉

  2. si t’as besoin d’une correction orthographique en 2eme lecture, n’hesite pas, j’aime bien ca. et puis avec mon portable francais a la maison, j’ai meme les accents !!! lol

  3. et ben moi je te propose de te le traduire en anglais si tu veux…
    ça pourrait être marrant non?
    (moi non plus j’ai plus rien à faire en ce moment ! fini les cours j’ai plus qu’a faire la fête pendant un mois donc j’ai du temps)

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