Yves Saint Laurent de Jalil Lespert

Cette année, il m’est arrivé un truc incroyable (je sais, on est le 2 février mais 2014 s’annonce déjà pleine de promesses, espérons qu’elles soient tenues): je suis allée au cinéma de moi-même et j’ai même tanné mes collègues pour y aller. Même si j’ai fait la gueule en payant mes 11,50 la place, me voici le cul posé dans une salle de cinéma pour découvrir Yves Saint Laurent.
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Pour resituer dans le contexte, je suis une fan de l’univers Saint Laurent, de sa délicatesse, de son élégance, de son audace, de sa curiosité qui l’a mené à tester tous les styles, toutes les extravagances. Si j’avais du fric, je serais une femme Saint Laurent. Mais bon, pour le moment, je reste une femme H&M… Donc des attentes, j’en avais mais pas qu’un peu. Moteur, action !
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Balayons le sujet des acteurs : ils sont bons. Pierre Niney reprend à la perfection le phrasé particulier de Saint Laurent, Guillaume Gallienne est irréprochable, Charlotte Le Bon surprenante (j’en étais restée à la fille rigolote mais assez lourde à l’accent québécois improbable de Canal, ça aide à être surprise). Bémol sur Marie de Villepin qui ne sert pas à grand chose dans le film et qui doit avoir 4 répliques en tout et pour tout donc difficile de mesurer son talent. Bref, les acteurs, c’est dit, Niney « ouahou, super, on dirait Saint Laurent », c’est dit, passons à la suite.
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Il faut savoir que j’ai une grande méfiance dans les biopics ou plutôt les hagiographies. D’abord parce que c’est souvent chiant, long et que je ne peux jamais m’empêcher de me demander où s’arrête la vraie histoire et où commence la fiction. Par exemple, dans ce film, Saint-Laurent est déclaré maniaco-dépressif, j’ai pas trouvé d’éléments là dessus. Pareil, quelques scènes se passent dans le dos de Saint Laurent, on se demande ce qui est vrai ou non. Genre : Bergé s’est-il vraiment sauté Victoire, l’égérie de Saint Laurent ? Donc y a toujours ce petit souci et là, c’est assez violent car si ce film s’appelle « Yves Saint Laurent », le vrai titre devrait être « Yves Saint Laurent vu par Pierre Bergé qui a contrôlé la moindre virgule du scénario voire l’a écrit lui-même ». Car dans les faits, c’est ça. D’abord, Bergé est le narrateur de l’histoire, ça vous pose de suite le truc. Alors évidemment, on se pose la question de ce qui est réel et de ce qui est « arrangé » : Bergé était-il cet homme dévoué pour son artiste maudit ou était-il d’une telle jalousie maladive qu’il l’empêchait de vivre ? Alors comme il nous est impossible de savoir, prenons de la hauteur et examinons cette histoire comme s’il s’agissait de l’histoire d’amour entre deux hommes dont un est un couturier célèbre et l’autre son pygmalion.
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Il est vrai que l’histoire est belle, que l’on envie parfois Saint Laurent, l’angoissé chronique, soutenu par son cher et tendre, on se dit qu’on aimerait bien un tel amour pour nous épauler dans les moments les plus intenses, ceux où on joue nos vies ou à peu près. Et puis surgit l’infect Saint Laurent, le drogué fouteur de merde et infidèle qui ne peut s’empêcher de se détruire, de se livrer à la débauche, encouragé par ses amies Betty et Loulou de La Falaise. Là, j’avoue m’être parfois ennuyée. Les parties à Marrakech sont longues et ne servent in fine pas à grand chose. Le personnage de Betty Catroux ne sert strictement à rien, elle est juste un indice pour nous dire que ça va dégénérer, on la voit rouler des pelles à des femmes histoire de… de je ne sais pas quoi, en fait. Karl Lagerfeld nous fait aussi pas mal d’apparition comme le bouffon teuton, le semi raté de la bande. A la limite, ça sert de référence pour comprendre où en était la mode « Lagerfeld, il préfère le prêt à porter, il pense que la haute couture est morte ». Tout ça nous rend Bergé immensément sympathique, le pauvre, qu’est-ce qu’il souffre par amour, ohlala. Et une petite voix dans la tête revient : où est la vérité ?
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Bref, ce qui est un peu troublant dans ce film, c’est son inégalité. Entre scènes poignantes, les sublimes scènes de défilé et les ennuyeuses scènes de débauche qui ne servent qu’à démontrer que Saint Laurent n’était pas un saint et que Bergé a beaucoup souffert. La mode passe trop souvent au second plan et le film s’arrête à la fin des années 70 en zappant des moments essentiels et les futures égéries de Saint Laurent. J’aurais aimé que l’on voit la fin de son dernier défilé, quand Deneuve lui chante « ma plus belle histoire d’amour » et qu’il est au bord des larmes, ça me fout la chair de poule à chaque fois. Une sensation de demi déception qui ne donne qu’une envie : voir l’autre film sur Saint Laurent de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel qui sortira en octobre histoire de comparer les points de vue.

La femme conquérante des années 2000

Il y a quelques années, alors que je me préparais à entrer à la fac (je ne dirais pas quand c’était exactement, la nature féminine est pudique lorsqu’il est question d’âge), j’avais lancé un jour cette expression dans une conversation. En fait, je consolais une copine après une rupture amoureuse. Très inspirée, je lui avais parlé de la fac comme d’un immense
supermarché à mecs. Imaginez que sur environ 30 000 étudiants, si on compte à peu près 10 000 hommes (oui, c’était une fac plutôt littéraire), il y en a pour tous les goûts : petit, grand, blond, brun, noir, blanc, jaune, vieux, jeune… On trouve tout ce qu’il nous faut ! Et dans mon délire féministe, j’avais lancé cette merveilleuse phrase : « Nous sommes des femmes conquérantes des années 2000 ».

 

Qu’est-ce que c’est ? En gros, des femmes qui prennent les hommes, les consomment et les jettent s’ils ne sont pas à la hauteur. Car nous sommes des princesses, voyez-vous. Des hommes, il y en a à la pelle donc il ne faut pas nous traiter comme de vulgaires faire-valoir. Nous ne demandons pas d’être couvertes de bijoux et autres cadeaux onéreux mais juste que les hommes nous aiment pour ce que nous sommes. S’ils ne sont pas à la hauteur, on passe au suivant.

Aujourd’hui, c’est un peu plus facile pour une femme de multiplier les conquêtes même si l’image de « salope » reste encore présente. Si je suis un homme et que je me vante d’avoir couché avec 10 femmes dans la vie, je suis un loser. Si je suis une femme et que je me vante d’avoir couché avec 10 hommes dans la vie, je suis une salope. Pourquoi faut-il
toujours qu’il y ait deux poids, deux mesures ? Au XXe siècle, les femmes ont presque rattrapé leur retard social sur les hommes : droit de vote, droit au divorce, à contrôler leur corps, on les rattrape au niveau des salaires, on s’habille à peu près comme on veut… Mais ça bloque toujours au niveau de la sexualité. J’exagère ? Non et je le prouve : regardez,
quand une jeune fille se fait violer, il y a toujours une âme bien pensante pour dire : « Oui mais si elle ne s’était pas habillée comme ça, aussi… ». Et là est le problème. En été, j’aime m’habiller court, j’ai chaud, c’est normal. Sauf que les hommes (enfin, certains, pas tous) y voient une invitation coquine. Ainsi, en été, ils ont la fâcheuse tendance à laisser des mains traîner, surtout dans les transports en commun. Enfin, messieurs, vous êtes stupides ou vous le faites exprès ? Pensez-vous sérieusement que caresser une fille sans son consentement va vous permettre de conclure avec elle ? J’aimerais qu’un jour, un sociologue fasse une étude sur les techniques de drague et celles qui ont le plus de succès. Je suis sûre que le tripotage dans le bus ou, pire, le métro par 30° arrive bon dernier.

Les femmes conquérantes des années 2000 essaient donc de s’assumer et écrasent de leur talon aiguille les tabous liés à une sexualité féminine libre et exacerbée. Quand je suis arrivée dans ma nouvelle région, j’ai porté haut les couleurs de ce nouveau type de féminisme : « je baise et je fais ce que je veux ! ». Sauf qu’aujourd’hui, je me rends compte que ma carapace de femme sensuelle ne protégeait pas mon cœur et j’en suis perturbée. M’adressant à mes ami(e)s vingtenaires, j’ai eu soudain une révélation : « la femme conquérante des années 2000 n’existe pas ! ».

En effet, faisons un tour d’horizon de nos vingtenaires. Il y a d’abord Victoire, femme extrêmement sensuelle et qui le revendique, multipliant les brouettes avec son Fulbert. Elle ne l’aime pas, elle s’en moque mais… son cœur n’est pas plus protégé que le mien. Sous le vernis de la femme conquérante, se cache une femme blessée qui tente d’oublier l’homme qu’elle aime, William, qu’elle a quitté il y a peu. Les brouettes ne sont pas un baume au cœur : en voulant l’oublier dans les bras d’un autre, Victoire n’a fait que prendre conscience de ses sentiments pour William et lui a envoyé un e-mail de déclaration…

Lucie peut paraître un excellent exemple de cette femme conquérante : parfois, en rentrant de discothèque, alors que d’autres ramènent une gueule de bois, elle rentre avec un homme sous le bras. Quelques brouettes et il repart, c’était sympathique mais faudrait voir à pas s’attacher. Il y a trois ans, Lucie a ramené un homme, un soir, Damien. L’expérience étant concluante, il est revenu une deuxième fois, puis une troisième… Deux ans et demi plus tard, elle a finalement fini par le congédier mais elle l’a aimée, son Damien, et même souffert lorsqu’elle a appris qu’il brouettait avec d’autres filles. Furieuse, elle l’avait congédiée, s’était vengée mais elle l’avait repris, finalement. Reprenant ses airs de femme conquérante, elle n’est pas allée bien loin, finalement, retombant dans les bras du charmant Jérôme, jeune et inexpérimenté mais tellement attendrissant. Si leur histoire n’a duré que quatre mois, elle s’était beaucoup attachée à lui. Quand elle m’en parlait, ses yeux brillaient et elle s’inquiétait de savoir qu’il poursuivait ses études à une bonne centaine de kilomètres d’elle. Sous ses airs de femme dure, Lucie a un cœur, elle aussi. Seuls ses concours la sauvent d’une nouvelle histoire d’Amour, avec un grand A.

Anne ne se la joue pas femme conquérante des années 2000 même si elle en adopte le discours de temps en temps mais ce n’est pas vraiment son genre. Elle espère que chaque coucherie se terminera à la mairie mais sexe et amour, ça ne rime pas. Dernièrement, son cœur a chaviré pour un Allemand, Tobias, qui lui en a fait voir de toutes les couleurs. Elle s’énerve contre lui, pleure, le déteste… mais dès qu’il revient, elle fond devant lui et ne peut pas lui résister. D’ailleurs, il retraverse le Rhin, cette semaine. « Moi, je m’en fiche ! Il dormira sur mon canapé et si on peut se faire plaisir, tant mieux, mais je m’en fiche ! » Je lui adresse un regard interrogateur et elle avoue. « Non, c’est pas vrai, j’ai peur de le
revoir. »

Clara est la seule à ne pas se vanter d’être une femme conquérante des années 2000 et c’est sans doute la plus honnête d’entre nous. Cette fille est merveilleuse, son romantisme est si pur, l’entendre parler d’amour fait rêver. Clara ne rêve pas de l’amour comme on le lit dans la mauvaise littérature de gare, non, elle cherche juste un homme qui l’aimera et qu’elle aimera en retour. Elle prend le temps de faire les choses, elle ne passe pas sous la couette dès le premier soir… Oui, sur ce blog, il y a également des non-obsédés sexuels (enfin, il y en a une).

Même Gauthier, qui a du mal à être une femme conquérante des années 2000 vu qu’il est un homme, a sa part de sensibilité. Collectionnant les conquêtes comme d’autres les billes dans les cartouches d’encre, il cherche également l’amour, sans succès. Un soir de fête, alors qu’il me ramenait chez moi aux petites heures du matin, il me confiait sa peine de ne jamais arriver à tomber amoureux des hommes qu’il fréquentait. Sous ses airs de mangeurs d’homme, il est tout aussi en manque d’amour que nous.

Et moi. Cela fait maintenant un an que je suis célibataire, à quelques jours près, et pendant dix mois, j’ai multiplié les non-relations amoureuses, craquant systématiquement sur des hommes déjà en couple et fidèles (précision importante car la fidélité est une donnée toute relative). Ce n’est pas bon pour l’ego de désirer un homme qui ne nous voit que comme une fille sympathique, peut-être jolie, mais pas comme une petite amie potentielle… Même pas comme partenaire de brouette occasionnelle. Bref, quand j’ai débarqué dans ma nouvelle région, j’ai décidé de m’amuser un peu : la meilleure façon de ne pas souffrir en amour, c’est de ne pas tomber amoureuse. Donc je suis partie dans de folles aventures meetiques jusqu’au jour où ma route a croisé celle de Julien. Et ce que je voulais éviter à tout prix est arrivé : j’ai craqué sur lui. Ma nature de jeune fille romantique est revenue au galop car, comme dit Gauthier : « Toi, ce que tu veux, c’est te réfugier dans les bras de ton chéri pour pleurer devant des soaps ». C’est vrai et faux : j’aime bien me réfugier dans les bras de mon chéri mais j’ai jamais pleuré devant des soaps, je les regarde pas !

Ainsi, en réfléchissant à ma propre vie sentimentale et à celle de mes amis, j’en arrive à cette conclusion : la femme conquérante des années 2000 n’existe pas.