La fine limite entre le cynisme et l’aigreur

Si je devais me comparer à un personnage de fiction, ce serait sans hésitation Miranda de Sex and the city : carriériste, décomplexée, directe et cynique. Sauf que parfois, force est de constater que le cynisme de Miranda a des odeurs un peu aigres parfois et que sous sa volonté de sarcasme se cache un vrai sujet de frustration. Mince, est-ce que c’est pareil pour moi ? Puis-je déjà être aigrie avant 30 ans ?


Prenons un cas : les amoureux qui se bécotent en public. Les réactions cyniques fusent toujours sur ce genre de comportements : « roh, mais non, ça devrait être interdit en public ! ». Mais souvent, être énervée face à un couple du genre n’est ni plus ni moins que de la jalousie et un rejet de notre propre célibat, voire solitude. Bon alors, concrètement, quand un couple s’embrasse, je réagis comment ? Bon, déjà, il faut que je les voie, ce qui élimine facilement 50% des cas vu que dans les lieux publics, j’ai souvent la tête dans les nuages. Pour le reste, tout est fonction de la situation : certains m’amusent car ils ont tatoué sur leur comportement « couple illégitime » (on les trouve généralement au fond d’un bar à se rouler des pelles à n’en plus finir). D’autres m’ énervent car un peu de décence n’a jamais nui à personne et que voir des amygdales de parfaits inconnus tâtés par des langues inquisitrices tandis que l’on sent une excitation des corps, bof. J’ai envie de dire, prenez une chambre. Mais par contre, ceux qui m’énervent le plus au monde, ce sont ceux qui s’embrassent en plein milieu du passage, ce plein milieu étant par exemple une entrée/sortie de station de métro. Qu’ils aiment se faire bousculer est une chose mais un individu statique au milieu d’une foule est toujours un boulet… Alors deux…


Autre cas intéressant : notre réaction quand un(e) ami(e) nous annonce triomphalement qu’enfin, ça y ‘est, il/elle est en couple. Si la première réaction est un « mais pourquoi elle ? Je suis quand même mieux », là ok, on se vautre dans l’aigreur la plus complète. Surtout si la fille en question est de l’acabit d’Halle Berry, non, on n’est pas mieux qu’elle (est-ce que tous les mecs fantasment sur Halle Berry ?). Si vous balancez un cynique : « c’est le début des emmerdements » cynique mais que vous le pensez, ce n’est pas bon non plus. Par contre, si vous dites ça pour taquiner votre amie car vous êtes sincèrement heureuse pour elle, c’est bon, vous restez du bon côté de la ligne.


Mais finalement, est-ce qu’être cynique, ce n’est pas marcher sur un filin et risquer de tomber dans l’aigreur justement ? Pour éviter l’aigreur, soyons Bisounours ? Non, je ne crois pas que ce soit le cas. Je pense d’abord que c’est une question de personnalité. La guimauve m’a toujours plus ou moins écoeurée alors que le cynisme, j’adore. Surtout quand il est clairement et volontairement mâtiné de mauvaise foi.  De plus, à trop croire en une vie idéale, la chute n’est-elle pas trop dure quand on ouvre les yeux et qu’on voit le monde tel qu’il est ? Ca me rappelle un épisode des Bisounours, justement, un des seuls que j’ai vus de toute ma vie car ma grand-mère avait la cassette vidéo. Ca se passait dans une ville où tout était en noir et blanc à part quelques enfants menacés eux aussi de la grisaille mais les bisounours remettaient de la couleur et tout allait mieux, youpi ! Ben voilà, là, c’est découvrir que la vie, c’est juste gris et qu’aucune peluche ne descendra du ciel pour corriger ça. Donc ouvrir les yeux sur ce monde sinistre ne risque-t-il pas de pousser notre ami guimauve dans les tréfonds de l’aigreur et de la frustration, là où aucun cynique n’a mis les pieds ?




Je ne sais pas. En attendant, va falloir que je fasse gaffe, une aigreur est vite arrivée

Le baiser

Sur ce blog, on parle brouette sans complexes mais jusqu’à présent, personne n’a évoqué le prélude à toute brouette qui se respecte, ce qui donne le
coup d’envoi de la montée d’excitation : le baiser.
 
Le baiser est le premier acte d’amour que l’on sait maîtriser. Petit, on fait des bisous à tout le monde, à son papa, sa maman, son frère et sa sœur
(ça change, ça, après…). Par contre, on n’aime pas trop quand on nous en fait, surtout les bises baveuses. A la maternelle, on embrasse notre petit amoureux, nos parents trouvent ça 
« trooooop mignon ». Bref, le baiser, c’est naturel, c’est doux, tout le monde aime ça.
 
Arrivé à l’adolescence, nous devons franchir une nouvelle étape : le baiser avec la langue. J’avoue ne pas me souvenir quand j’ai appris qu’un baiser, ça se faisait avec la langue, j’ai dû trouver ça dégueulasse sur le coup mais ça m’a pas traumatisée plus que ça (ou alors, j’ai occulté). Je me souviens, en centre aéré, Anne et mo étions très intriguées par la question et elle avait piqué le OK podium de sa sœur aînée pour apprendre comment faire. Bon, alors, lecteur, si tu es jeune et que tu veux savoir comment embrasser, c’est pas en lisant un magazine sur le sujet que tu sauras, j’ai rien compris à ce qu’ils disaient. De toute façon, en grandissant, je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas vraiment de
technique.
 
Lors du premier baiser, allez savoir pourquoi, ça bave toujours mais quelle volupté, Seigneur ! Deux langues qui se caressent, c’est quand même super agréable, il faut dire ce qui est. Evidemment, tout dépend du partenaire. Y a-t-il de mauvais embrasseurs ? Je ne crois pas, c’est plus une question de compatibilité, sans doute. Tout comme la brouette. Personnellement, j’aime pas les mecs qui confondent baiser et examen approfondi de mes amygdales. J’aime pas non plus les langues trop inquisitrices ou trop insistantes, j’ai pas envie d’avoir la sensation qu’on me viole la bouche.
 
J’avoue que ce que j’aime dans le baiser, c’est quand c’est tout doux, de tendres caresses qui me mettent en émoi. Le baiser peut vouloir dire peu et beaucoup à la fois. Il peut y avoir le baiser pré-brouette entre deux amants qui ne partagent rien d’autre que cette envie de s’envoyer en l’air. Ce sont des baisers qui vont directement au but, si j’ose dire, les langues se mêlent aussi sec dans un ballet torride et le baiser ne veut rien dire de plus que l’ouverture officielle des préliminaires. Puis il y a le baiser qui scelle une nouvelle union. Je ne parle pas du prude bisou échangé le jour du mariage, non ! Je parle du premier baiser d’un couple. Avant ce baiser, il reste toujours une petite parcelle de doute : a-t-il vraiment envie de moi ou ne fait-il que jouer ? Est-il censé m’embrasser ou dois-je prendre l’initiative ? Comme je disais sur un autre article, moi trop petite, moi
pas prendre initiative, à moins que je ne jette mon dévolu sur passe-partout. Je me contente de mettre des étoiles dans les yeux et de jouer avec mes cheveux (signaux clairs, quand même). Donc 
juste avant : « va-t-il m’embrasser ? »  Et là, enfin, le premier baiser. Idéalement (enfin, je ne parle que pour moi), ça ne doit pas être une soupe de langue, ça fait
trop pelle pré-brouette, ça. Ce doit juste être nos lèvres qui se rencontrent, se caressent, tout doucement, puis je sens poindr délicatement sa langue qui vient un peu titiller la mienne et,
là, nos langues peuvent se rencontrer mais pas de façon trop violente. Je suis pas chez l’ORL, mes amygdales ont juste envie d’avoir la paix. Ensuite, ce baiser scelle une union. Maintenant, nous 
sommes ensemble, toi et moi… Et on n’a pas fini d’en baver. Ce simple baiser est très riche en signification. Selon le couple, il veut dire à la fois don de soi, fidélité, fin des aventures amoureuses (le temps que durera le couple, évidemment), on ne dira plus « je » mais « nous »… Enfin, pour ce dernier point, faut le temps que ça se mette en place mais c’est l’idée. Quant au dernier baiser… Ben, celui-là, je ne l’aime pas car on le voit rarement venir. Par exemple, je ne me souviens pas de mon dernier baiser avec Guillaume 1er… Je me doute qu’il s’agissait d’un simple smack, plus amical qu’amoureux mais après. Je me souviens de celui qui faillit être notre dernier baiser. Alors que nous avions mis un terme définitif à notre
relation et que nous pleurions dans les bras l’un de l’autre, on a failli s’embrasser, pur réflexe. Mais non, nous ne sommes plus ensemble, c’est terminé, les baisers. Pour mes deux dernières 
relations en date (Arnaud et Guillaume 2), le dernier baiser eut lieu à la gare, mais pas la même. Pour le premier, je ne le savais pas mais curieusement, quand mon train a quitté la gare et que je l’ai vu sur le quai, j’ai eu comme un pressentiment. Pour Guillaume, je le savais mais ce n’était pas comme dans les films, le grand baiser à la Withney Houston et Kevin Kostner dans Bodyguard
(bravo les références cinématographiques), non, un doux baiser plus amical qu’amoureux et rapidement donné car mon train partait. En même temps, la vie n’est pas un film.
 
Mais revenons au premier baiser. Si je réfléchis trente secondes, je me rends compte que la plupart de mes premiers baisers ont eu lieu dans un lieu privé. En fait, si on excepte mes changements de salive en soirée et en boîte, ils ont tous eu lieu dans un lieu privé et ce n’est pas plus mal, je crois. Je ne suis pas anti baiser dans la rue, pas du tout, mais je sais pas, le premier, c’est un moment à vivre à deux et j’ai pas forcément envie que tout le monde partage ça. Même si tout le monde s’en fout car personne ne connaît mon histoire et personne ne va se dire : « oh, la petite châtain à chapeau, là-bas, c’est la première fois qu’elle embrasse ce charmant garçon. Qu’est-ce qu’il est mignon, elle en a de la chance ! » (la dernière phrase sert juste à flatter mon ego). Honnêtement, c’est très con, mais j’adore les histoires de premier baiser, même si elles diffèrent rarement. C’est généralement du genre : « on était chez lui ou chez moi, à l’aise, on discutait sur le canapé, j’avais mis toutes les étoiles que je pouvais dans mes yeux et de l’or dans mes cheveux, j’étais tellement près de lui que plus près, j’étais sur ses genoux puis il y a eu un blanc et le baiser est arrivé ! ». J’avoue que dans mon cas, ce fut souvent ce scénario ou quelque chose d’approchant, sauf Reno qui m’a embrassée alors que j’étais en train de parler, ce qui m’a surprise. N’empêche que je m’en souviendrai, de ce baiser-là.
 
Le premier baiser est quand même un moment que j’adore, que j’attends et que je redoute un peu en même temps. D’abord, je l’attends car tant que ce n’est pas fait, je doute de l’issue de l’histoire. Quand bien même le mec m’envoie tous les signaux possibles pour me manifester son intérêt pour moi, y a toujours un moment où je me demande si ce n’est pas juste un jeu, limite il me dit que je suis jolie par politesse. Avec Guillaume 1er, je fus particulièrement lourde : il a fallu qu’une copine me fasse remarquer que ce n’était pas normal qu’un type qui avait une vingtaine d’amis à la cafétéria passe son temps avec un groupe qu’il ne connaissait que depuis trois jours. Alors qu’il me disait clairement qu’il voulait sortir avec moi (il n’a pas dit texto ça mais quelque chose plein de sens dont je ne me souviens pas particulièrement, honte à moi), je n’osais lui répondre franchement, de peur de me prendre un vent. Bon, depuis mes 20 ans, j’ai progressé et suis un peu plus audacieuse mais quand même. Tant qu’il ne m’a pas embrassée, rien n’est fait. J’en parlais à Sally l’autre soir, elle
m’a dit que c’était pareil pour elle, ça me rassure. Je le redoute aussi car s’il embrasse mal, qu’est-ce que je fais ? Grosso merdo, je ne suis tombée que sur des bons embrasseurs, enfin, 
des gars qui embrassaient comme j’aime et qui me mettaient les reins en feu. Selon mes souvenirs, trois exceptions : Pierre, un mec qui m’avait draguée en boîte, il m’avait déchiqueté les lèvres. Pas grave, ça ne dura qu’une soirée. Ensuite, Louis, je n’ai jamais rien compris à sa façon d’embrasser. Et le dernier, Arnaud. Là, j’étais franchement emmerdée parce que je savais que ce n’était pas le coup d’une nuit et ça calmait un peu mes ardeurs à faire de lui le père de mes enfants. Pour les smacks, il pinçait un peu les lèvres et pour les baisers profonds, ils étaient effectivement très profonds, genre je tâte ta glotte pour voir si tout va bien. Du coup, c’était bizarre et je me retrouvais le contour des lèvres irrité par sa barbe (oui parce que très poilu et
même quand il se rasait le matin, il y avait du poil le soir). Franchement, je suis sortie avec quelques poilus et j’ai jamais été irritée comme ça.
 
L’avantage du baiser, par rapport à la brouette, c’est que c’est quand on veut, où on veut et ça peut être tout aussi excitant. Après tout, qui peut démarrer des préliminaires sans de longs baisers passionnés ? Moi, j’adore.