Ciao papier, bonjour livre électronique

Vous le savez, je suis une aventurière de la vie, toujours à tenter des trucs de folie. Mais toujours pas le saut en parachute à cause de mon genou (et de ma terreur rien qu’à y penser). Non récemment, j’ai pris une décision : tester le livre électronique. Crânement, j’ai donc consulté la librairie virtuelle liée à mon iPad et ai jeté mon dévolu sur S’organiser pour réussir de David Allen.


J’étais pourtant une fervente supportrice du livre papier. Le livre papier a une matérialité, un lien charnel avec nous, je peux le sortir dans le métro sans avoir peur de me le faire piquer (contrairement à l’iPad même dans son adorable porte iPad). Pour peu que je l’achète chez un bouquiniste, il sentira un peu la poussière, les pages seront jaunies et peut-être que quelques notes griffonnées par un ancien propriétaire surgiront au détour d’une page, tel un clin d’oeil d’un autre temps. D’ailleurs ma grand-mère Bartoldi m’a toujours dit qu’elle me lèguerait sa bibliothèque mais m’a formellement interdit de vendre un livre de mythologie où mon grand-père avait annoté des pages. Ça fait 25 ans que je regrette de n’avoir pas pu plus connaître mon grand-père, il est inenvisageable que je ne vive pas la joie de partager un jour ses réflexions sur la mythologie.


Mais le livre électronique a marqué un gros point l’autre jour alors que je désespérais du manque de place dans mon appart et du manque de place dans ma bibliothèque pour tous les livres que j’achète. D’autant qu’en matant les titres s’étalant sur mon nez, je réalisais que je pouvais me séparer au moins de la moitié sans un pincement au coeur. A part les Moravia et quelques beaux livres, les autres ne méritent pas tant que je les conserve. Puis entre un livre de poche neuf et un livre électronique, quelle est finalement la différence ? La plupart des livres que j’achète n’ont aucun cachet et ne sont même pas écologiques, pourquoi donc m’en encombrer ?


Pourtant, je n’ai acheté qu’un livre pour le moment. Car avant de crier au génie, faut que j’étudie un peu le confort de lecture. Ce qui m’a longtemps rebuté dans l’idée du livre électronique, c’est la brillance de l’écran. Je passe ma vie devant, mon ophtalmo s’en frotte les mains mais moi, beaucoup moins. Et puis je sais pas comment tenir le truc, c’est peut-être pas pratique, surtout que mon iPad me paraît hyper fragile, il a tendance à souvent me tourner l’écran. Bonjour la gymnastique ! Surtout que j’avoue beaucoup m’agiter quand je lis, j’aime bien. Donc je vais passer mon livre électronique au crash-test puis vous ferai un rapport complet. Puis y a ce léger problème éthique : actuellement Google est prépondérant dans la numérisation des livres, je vous dis pas le pouvoir que ça lui confère… Est-ce que consommer le livre électronique renforce son hégémonie culturelle sur la littérature dématerialisée ou le succès croissant de ce type d’ouvrages va-t-il encourager les concurrents à se jeter dans le marché. Mais surtout que vont devenir les vieux ouvrages, çeux jamais réédites ? Tomberont-ils dans l’oubli ? La littérature dématerialisée sera-t-elle l’avènement des Musso, Lévy et Brown au détriment de petits romans charmants mais moins connus et vendus ? Le débat mérite d’être posé.


Alors je renonce définitivement aux livres papier ? Non et j’ai décidé de m’inscrire à la bibliothèque. Bon, j’en ai une à côté de chez moi mais elle est minuscule : comme ça je vais pouvoir lire des tas d’ouvrages gratis. Ensuite, si j’aime vraiment un livre, rien ne m’empêchera de l’acheter au format papier. Et peut-être qu’un jour, ma petite-fille sera émue de lire quelques mots griffonnés sur un coin de page.

Femme des années 2010, femme jusqu’au bout du clitoris

 (Vanne aperçue sur Twitter mais je ne me souviens pas de l’auteur, désolée !)

Ces derniers temps,je ne sais pas pourquoi mais l’envie d’aller cramer mon soutien-gorge me démange. Peut-être parce que j’ai plus ou moins arrêté de fumer (j’ai une technique particulière, je vous dirai ça dans un prochain article) et que je ne sais plus quoi faire de mon briquet. Ou peut-être parce qu’en ses temps troublés où notre prochain est forcément un délinquant en puissance, surtout s’il a la peau noire, qu’on fait du mauvais communautarisme à outrance, qu’on nous répète à l’envi que c’est la crise, qu’on va tous crever, que la
guerre n’est plus très loin, le féminisme en prend aussi un sacré coup. Force est de constater que nous sommes dans une phase de repli réactionnaire. Elles sont loin les années 80 « working girl ». On a tué Angela Bower, là… D’ailleurs, pour découvrir l’étendue des dégâts, n’hésitez pas à aller faire un tour sur Vie de Meuf, édifiant.


angela-bower.gif

 

Mais revenons en au coeur de l’article, ce que je voulais dénoncer haut et fort, montrer du doigt et lapider virtuellement avec des mots. La version 2010 d’Etre une femme de Sardou. Alors avant d’aller plus loin dans l’article, mon honnêteté intellectuelle (ahem) me force à préciser que je déteste Michel Sardou et son réactionnisme puant. La première version d’Etre une femme me débectait (et dire que mon ex, Guillaume 1er, la chantait toujours en karaoké…), la seconde est encore pire. Je vous propose une petite analyse de texte et de clip. Oui, je vais regarder le clip une nouvelle fois pour toi, lecteur. Mon abnégation m’auto émeus.

masochiste.jpg

Bon, je vous passe l’intro façon Johnny d’un Sardou qui n’a plus 20 ans qui explique qu’il s’imagine être une femme, le tout en montant un escalier bordé de bonnasses nues. Okay… Donc là, il dit « le drame d’être une femme », gros plan sur une nana qui met du gloss. Alors déjà, je tiens à préciser que le maquillage est précisément un truc génial. J’adore me maquiller, ce sont mes 5 minutes totalement égoïstes de la journée. Puis si je réussis bien mon coup, je me trouve bien jolie, ça fait plaisir de bon matin. Bref, M. Sardou ne semble
pas aimer le gloss, passons. Là, on a droit à un chorus chiant sur musique techno où les nanas semblent littéralement jouir de leur féminité et Sardou fait d’étranges gestes avec les mains qui ne sont pas sans rappeler un bon pelotage de fesses en règle.

main-aux-fesses.jpg

Sardou se positionne comme un homme de son temps donc pour bien le souligner, on a droit à une image quasi subliminale d’iPad. Je ne vois pas bien pourquoi. Cependant, j’en veux un donc si à tout hasard, tu ne sais pas quoi faire de quelques centaines d’euros et que tu as envie de me faire plaisir, tu sais ce qu’il te reste à faire. Bref, ça commence fort avec une nana à moitié à poil qui s’habille, on apprend qu’on a plus besoin de ne rien revendiquer vu qu’on a tout obtenu. J’ai envie de dire HIN HIN HIN. Michel n’a pas l’air de connaître vie de meuf. Notre héroïne enfile tailleur et chaussures à talons, c’est une femme dominatrice, sûre d’elle. On apprend que la demoiselle est chef d’entreprise, qu’elle n’a pas besoin d’hommes. Elle mène sa boîte avec toute l’hystérie dont elle est capable en semblant insulter ses collaborateurs, une patronne dont on rêve tous… Mais elle n’en reste pas moins féminine puisqu’elle passe
chez le coiffeur et se maquille dans l’ascenseur. Débordée mais pas négligée, nous voici rassurés. Mais pas pour longtemps car cette (triste) vie est épuisante, elle ne regarde même plus la télé et se gave d’aspirine. Alors, juste, je m’interroge un peu sur cette histoire de télé, ça semble un peu dramatique que nous, femme des années 2010, ne regardions plus la télé. Il est sponsorisé par TF1 ? Bref, on continue. Refrain, orgasmes des choristes nues dans une ambiance à la limite du saphisme qu laisse Sardou globalement indifférent. Il n’a pas pris son viagra pépé ? A moins qu’il ne prenne des forces pour la « meilleure » partie de la chanson, celle qui parle d’amour. Accrochez vous à vos slips et vos culottes, c’est parti !

amour-romantisme.jpg

Les femmes 2010 ne baisent plus. Voilà, c’est le drame. Elles essaient de choper du mâle jetable comme des salopes qu’elles sont mais le travail les rappelle à l’ordre et le monsieur dormira sur la béquille. Bref, la femme est débordée, tellemet qu’elle est toujours habillée pareil avec son chignon strict mais déjà, la faille pointe chez Superwoman, Michel le dit : on n’a pas le temps d’être nostalgiques mais dès que le premier cheveu blanc pointera, on va changer. D’ailleurs, notre demoiselle commence à tirer la gueule et paraît fatiguée.
D’ailleurs, Sardou nous explique que depuis les années 80, on a tout perdu et même pas gagné de salaire (il disait précisément l’inverse en début de chanson puisqu’on était censées avoir tout cequ’on revendiquait. Souffrerait-il d’Alzheimer ?). Il n’est pas content de cette évolution, Michel, il regarde en l’air d’un air exaspéré : ce qu’elles peuvent être connes, les femmes !

ravissante-idiote-copie-1.jpg

Là, on sent que ça va basculer, l’héroïne prend une longue douche pour se détendre, on l’a vue tracassée dans la salle de bain. Non pas à cause d’un test de grossesse positif mais parce qu’elle se rend compte que sa vie, c’est de la merde. Même quand elle chante « Etre une femme », elle ne jouit plus. Heureusement, Michel nous comprends, il sait que « beaucoup en ont marre » et va nous donner la clé du bonheur. J’en frétille d’impatience. Là, je vous copie colle les paroles, c’est beau comme du Baudelaire : « il suffit de retrouver l’adresse du type gâché de leur jeunesse, un homme gentil qu’elles ont laissé au port des occasions manquées, refaire sa vie et pourquoi pas être une femme et belle à la fois. L’amour d’automne c’est encore mieux, laisser un homme faire ce qu’il veut et puis s’endormir contre lui et jeter les dossiers aux orties ». Notons que l’héroïne a les cheveux désormais détachés. Bon, là, j’ai envie de hurler. PUTAIN BORDEL DE MERDE ! Ca veut dire quoi ? Qu’une femme qui s’accomplit par elle-même est forcément dans le faux ? Elle doit forcément se trouver un mec et plaquer sa vie professionnelle pour être heureuse ? Vraiment ? Bon, fin du clip, les 4 demoiselles chantent nues les unes contre les autres, Sardou s’en va. Moi, je pleure de désespoir. On en est encore là.

feminisme.gif

Alors, okayyy, Sardou, c’est Sardou, c’est normal. Mais ça me rend dingue ! Ca paraît vraiment à ce point inconcevable d’imaginer une femme qui a une vie professionnelle intense et satisfaisante et une vie privée tout aussi chouette ? On est soit mère au foyer sans ambition soit malheureuse ? Vraiment ? Je ne vous referai pas le laïus sur la maternité, il n’en parle pas, ceci dit. Et ce qui me déprime le plus, c’est que des femmes, oui, des femmes, se reconnaissent parfaitement dans cette chanson. Moi pas. Je bosse la journée sans aboyer sur mes collaborateurs (bon, faut dire que je suis pas la chef non plus), je sors le soir et si je ramène un homme chez moi, c’est pas un coup de fil qui va m’empêcher de conclure (mais je la soupçonne d’avoir fait la vieille technique du coup de fil urgent pour se débarrasser de l’importun), oh que non. Et je ne change pas de mec tous les soirs non plus, il m’arrive d’avoir des relations suivies. Au passage, j’aimerais savoir comment la fille de la chanson peut se trouver tant de coups d’un soir vu qu’elle est débordée. Chez le coiffeur ou elle couche avec ses employés ? Et bah bravo ! Personnellement, je ne me reconnais pas dans cette loseuse qui ne
cherche finalement qu’un mari pour apprendre à respirer. Supeeeer.

femme-tticot.jpg

Et puis les choristes au bord de l’orgasme et nues, faudra m’expliquer quand même. Pour ceux qui n’ont pas vu le clip, je les invite à le trouver tout seul, j’ai pas envie de le diffuser ici.

PS : Oui, je suis très fière d’avoir fait tout un article sans poster une seule fois la photo de Sardou.