La guerre des sexes

Par Gauthier

Nina nous a pondu hier un très bel article sur les méandres de la psychologie masculine. C’est de bonne guerre. Elle conclut par ceci « parce que, finalement, ce que l’on prend pour une incompatibilité entre les sexes n’est ni plus ni moins que deux personnalités différentes qui se rencontrent ». Et bien moi je dis non ! Pourquoi ? Mais je m’en vais vous l’expliquer. Avant de commencer, je rappelle que je n’ai aucun diplôme de psychologie et que tout ceci est uniquement la conséquence de mon vécu et de mon ressenti.


Passons outre le fait que naturellement deux personnes qui se rencontrent ont du mal à se comprendre. Il faut passer par un long travail d’apprentissage de l’autre, je suis entièrement d’accord avec cette affirmation. Bien entendu ça ne vient pas uniquement de la différence de sexe, j’ai du mal à comprendre les hommes, alors que je suis pénissalement équipé (oh il me plait ce néologisme !!!!). Mais revenons à nos moutons.

L’homme a changé, pour plusieurs raisons, mais surtout parce que la femme a changé avant lui. Je suis un féministe convaincu, par moment je suis plus féministe que les femmes. Certaines de mes amies me hérissent le poil quand elles me disent « c’est une salope, elle couche avec tout le monde », moi aussi je couche avec tout le monde, « mais toi c’est pas pareil t’es un mec ! ». ET ALORS ???? Oui bon je me bats à mon niveau pour faire avancer les choses, même si je suis d’accord avec vous, ça semble plutôt futile…

Aujourd’hui les femmes travaillent, sans l’accord de leur mari (et seulement depuis 1967 ou 1969, là j’ai un trou, j’avoue), elles peuvent avorter, elles élèvent seules des enfants, elle sont carriéristes, elles peuvent même se présenter à l’élection présidentielle en étant crédible (n’est ce pas Madame Royal ?). Bref que de chemin parcouru en un demi-siècle d’émancipation du « sexe faible » ! Oui « sexe faible », c’est bien là que réside le problème. Parce que si tout le monde se réjouit de l’évolution de nos sociétés occidentales, les préjugés et les stéréotypes sont coriaces. Je ne vous referais pas ici le cours de communication sur les préjugés et les stéréotypes que j’ai eu le bonheur de suivre cette année. Tout ce que je vais vous dire c’est que l’image que nous avons des femmes (tout sexe confondu) dans la société actuelle ne représente plus la réalité. Pourquoi doit-on s’extasier devant une cadre sup’ qui allie parfaitement une vie de famille (trois enfants) et un salaire annuel supérieur à 50 K€ ? « Quelle femme « ! ». Je ne vois pas où il est impossible pour une femme de réussir ça ! Je ne vois pas pourquoi je devrais être admiratif, elle a travaillé, elle a réussi. Point barre ! Ah mais oui bien sûr c’est une femme, le « sexe faible »…

Alors que se passe-t-il concrètement chez les mâles ? Et bien ils changent aussi. Combien de magazines de société ont consacré des unes à ces « hommes nouveaux », à « l’homme beau », ou au « métrosexuel » ? L’homme assume son corps, assume ses faiblesses, et surtout il assume sa « féminité ». Aujourd’hui quoi de plus naturel qu’un homme de 30 ans qui passe deux fois par semaine dans un club de gym, qui met des crèmes de jour, et qui assume pleinement d’avoir un jour recours à la chirurgie esthétique. Et je ne parle pas que des stars de cinéma ou des hommes politiques, non, toutes les csp sont concernées. Mais surtout ce qui change c’est son rapport à la femme, à l’autre sexe, à cet ex « sexe faible » que l’on ne comprend plus.

Mes parents sont nés dans les années 50, bien qu’ils soient de la génération post-soixante-huitarde, ils sont relativement conventionnels. Par exemple ma mère s’est mariée, elle a eu deux enfants, elle a arrêté de travailler, et elle a consacré sa jeunesse à nous élever, mon frère et moi. Par la suite elle a repris un travail « quand nous sommes devenus assez grand », comme elle nous dit. Et il y a 4 ans lors d’un déjeuner, elle m’avoue ceci :
– Tu sais je ne suis pas heureuse avec ton père !
– Tu veux divorcer ?
– Non… (gros blanc) Je me suis mariée jeune, je vous ai eu jeune, je suis très heureuse de vous avoir tous les deux, mais avec ton père ça ne se passe pas bien.
– Je ne comprends pas pourquoi tu restes alors !
– Je ne suis pas heureuse, mais je ne suis pas malheureuse, ton père est gentil, il subvient à nos besoins, si j’étais malheureuse je partirais, si je tombe amoureuse de quelqu’un d’autre je partirais.
– Tu n’es plus amoureuse ?
– Je ne le suis plus depuis que j’ai 17 ans…
Pour l’histoire ma mère a rencontré mon père à 16 ans, elle s’est mariée à 18, et à l’heure actuelle ils sont toujours ensemble.

J’ai mis longtemps à comprendre pourquoi elle restait, à présent je suis assez grand pour supporter le divorce de mes parents, mon frère aussi, alors pourquoi ? Parce que ma mère estime que sa place est auprès de mon père, de même que mon père ne pourrait pas vivre sans sa femme. C’est un compromis, une sorte d’accord qu’ils ont passé tacitement, tant que ça tient, ça tient. Qui à l’heure actuelle se verrait dans ce genre de situation ? Quelle fille de mon entourage verrais-je faire ça ? Franchement personne !

Les femmes ont changé, et les hommes aussi. Maintenant le fond du problème est le suivant : messieurs, ces dames n’ont plus besoin de vous. Une femme aujourd’hui a envie d’un mari, elle a envie d’avoir des enfants, elle a envie de réussir sa vie professionnelle. Mais elle n’a plus besoin d’un mari pour exister, elle n’a plus besoin d’être mère pour être reconnue. Là réside le fond du problème, les relations ne peuvent plus être les mêmes quand on remplace le besoin par l’envie. Alors on cherche des solutions pour se comprendre, pour pouvoir s’aimer comme se sont aimées des générations avant nous. Mais l’amour n’est qu’une illusion, on ne peut plus reproduire ce que faisaient nos aïeux, pourtant on s’y accroche.

Outre les changements dans les mentalités des deux sexes, ce sont les changements dans leurs rapports qui vont encore faire couler beaucoup d’encre. Surtout en France où nous sommes si cartésiens, et où tout semble décorticable et compréhensible pour peu qu’on veuille vraiment comprendre. À mon sens, le vrai défi de ce siècle naissant n’est pas de percer les mystères de la psychologie, mais de savoir comment nous allons interagir. De là découle une nouvelle conception du couple, de l’amour, et, bien entendu, de la famille.

La psychologie masculine, cette inconnue

Il est 1h34, je suis saoule et je tente une expérience : écrire un article. Alors qu’un homme (que j’ai brouetté dans le temps) m’annonce qu’il vient de jouir en se branlant pendant qu’il parlait sur MSN (où j’avais mis une photo de Kenya, c’est ignoble !), je vais tenter une incursion dans la psychologie masculine. Heu non, je vais plutôt expliquer comment et pourquoi les femmes tentent de saisir la psychologie masculine. En général, elles échouent.
 
Mercredi soir, dans un bar parisien, je rejoins une copine, Tatiana. Cette fille n’a pas de veine, elle attire les cas en ce moment : entre celui qui n’arrive pas à oublier son ex femme et celui qui n’arrive pas à plaquer sa copine, elle est un peu mal… Donc ce fut une soirée sur le thème : « les mecs sont incompréhensibles ». Le meilleur, quand même, c’est le mec en couple. Ils sortent ensemble un soir, il insiste pour aller chez elle, bisous mouillés et là, il arrête tout : « Non mais je suis sorti avec toi pour pas que tu crois que tu me plaisais pas. » Et pourquoi n’a-t-il pas dit : « je te trouve jolie mais je suis en couple » ? Ça suffisait amplement, quand même ! Les hommes ont-ils peur de nous au point de ne pas nous dire non ? Ça se saurait ça, quand même ! Je me suis pris suffisamment de râteaux pour savoir que c’est pas le cas.
 
Alors quoi ? Opération brainstorming, essayons de pénétrer la psychologie de Nikos. Comme des détectives, on dresse la liste des hypothèses mais à l’arrivée, on n’a pas tranché. Pareil, à chaque fois, les mecs qui nous larguent nous disent souvent (tout le temps ?) : « tu m’en veux pas, hein ? ». Veulent-ils se rassurer sur notre état ou sur l’image qu’on a d’eux ? Faut-il comprendre dans cette phrase : « Ok, tu pleures mais rassure-moi, tu crois pas que je suis un connard,
hein ? ». Bon, ils ne sont pas tous comme ça mais ces deux-là, on dirait. Surtout que le Nikos, il est parti en courant le jeudi pour mieux reprendre son jeu de drague le lendemain ! Ben, si, on t’en veut mais qu’est-ce que ça peut faire ? Peu de filles seront suffisamment garces pour appeler madame Nikos et lui avouer la vérité. Tatiana ne le fera pas, en tout cas. De toute façon, s’ils se conduisent en gentlemen, y a pas de raison de leur en vouloir, nous ne sommes pas des harpies (enfin, pas toutes). Nous avons aussi droit au : « tu mérites mieux que moi », quelle modestie ! Ah oui, ça, ça me console. D’ailleurs, il a intérêt à sortir avec un vilain boudin débile après moi : puisqu’il ne me mérite pas, il ne mérite pas mieux que moi ! De toute façon, qu’est-ce qu’il en sait que je mérite mieux que lui ? Il croit que je suis trop conne pour prendre moi-même ce genre de décision ? Je sais ce qui est bien pour moi et ce qui ne l’est pas, qu’il ne me sorte pas cette excuse pour se débarrasser de moi. En plus, je n’aime pas quand mon ex sort avec une fille moche : oui, il a trouvé une fille « qui le mérite » mais c’est quand même vexant pour moi. Certes, M. Bidochon fantasme aussi sur Monica Belluci alors qu’il honore sa vilaine épouse le samedi soir à 21h39 parce qu’après, y a Téléfoot mais quand même… Cette excuse, y a que moi qui ait le droit de la sortir : « tu ne me mérites pas ! » mais pas l’inverse ! La phrase « tu mérites mieux que moi » ne peut être sortie que quand monsieur se rend compte à quel point il a de la chance de nous avoir et que nous lui répondons rassurante : « mais non, ne dis pas ça, tu es parfait pour moi. »
 
Pareil, en journée, j’ai la même conversation avec Zoé : « pourquoi est-ce qu’il fait ça ? Tu crois qu’il pense ça ? Pourquoi il a dit ça comme ça ? » Liste des hypothèses mais aucune affirmation. Je suis journaliste, moi, pas psychologue et je suis aussi désemparée face aux mâles de ma vie, je me tourne vers Gauthier : « et pourquoi il fait ça ? » Même réponse : « je sais pas, peut-être que… ». Remarquez, c’est mieux que Laurent : quand je lui parle comportement masculin, il me répond : « je pense à tes seins » (véridique). Bon, si même les hommes se comprennent pas entre eux, autant lâcher l’affaire…
 
Sauf que c’est pas possible. Plus je me penche sur les relations amoureuses des autres, plus je constate que les femmes ont besoin de comprendre, un
besoin viscéral. On voudrait entrer dans la tête du vilain mâle qui nous fait de la peine, comprendre pourquoi il a signé « mille baisers » et pas « bisous ». Pourquoi il nous a pas rappelé le lendemain de notre folle nuit mais trois jours plus tard pour nous demander un DVD ? C’est le maître mot, ça, « pourquoi ? ». Ce phénomène est amplifié par le fait qu’on parle tout le temps des hommes. Quand je parle de mon chômage, ça dure… deux minutes. Et plus on en parle, plus on se noie dans les hypothèses. Si les hommes avaient leurs règles, ce serait plus simple : Pourquoi il m’a pas appelée ? Parce qu’il a ses règles. Pourquoi il m’a appelée par mon prénom et pas ma biquette d’amour (le premier mec qui m’appelle comme ça, je le plaque) ? Parce qu’il a ses règles ? Pourquoi il a couché avec une autre ? Parce que c’est un connard (oui, là, les règles, ça marche pas).
 
Le problème, c’est qu’on veut mais on ne peut pas savoir. L’autre jour, Zoé s’enflammait, m’expliquant par A+B que si M.Zoé agissait comme ça, c’était parce qu’il ressentait telles choses et telles choses. Non, là, on ne peut pas aller trop loin et je le lui explique : nous ne sommes pas lui, nous ne pouvons que supputer. La seule façon de savoir, c’est de demander. Et en demandant, on passe pour de sacrées casse-couilles. J’imagine les conversations de M.Zoé ou de Nikos en parlant de ces demoiselles : « mais qu’est-ce qu’elle est prise de tête, elle passe son temps à me harceler de questions pour savoir si le fait que je pose mon verre à gauche de mon assiette signifie que je veux l’épouser. ». J’exagère, mais à peine. Parce que les femmes aiment les longues conversations « explique-moi pourquoi ? » mais les mecs non… Enfin, en général. Ils nous répondent : « c’est comme ça » ou le pire « parce que ». Mais parce que quoi, tu crois qu’on va se contenter de ça ? Remontons à ta petite enfance pour comprendre…
 
Comprendre, c’est se rassurer, ne pas être surprise si monsieur n’agit pas selon le plan qu’on a établi pour notre relation. J’ai l’impression que la différence fondamentale entre les hommes entre les femmes en matière d’amour, c’est que les hommes prennent sans se poser de questions, les femmes se posent tellement de questions qu’elles oublient parfois de prendre. Est-ce typiquement féminin de manquer tellement de confiance en soi qu’on veut à tout prix comprendre le moindre geste de l’autre pour se rassurer ? Avons-nous une inclinaison naturelle pour la psychologie qui nous pousse à analyser tout et à voir un signe de rupture dans la façon dont il a fait ses lacets ? Sommes-nous masochistes au point de ne pas goûter au bonheur tout simplement ? Là, j’avoue que j’ai pas la réponse.
 
Bon, il est manifeste qu’on ne parviendra pas à comprendre les hommes entre nous. Alors on triche, on utilise les cartes, moyen pas très fiable mais ça détend au moins. Donc, mes cartes ont dit ce soir que Tatiana devait laisser tomber son Nikos car elle court tête baissée vers le mur et elle le sait. Mais bon, sans les cartes, j’aurais dit pareil. Enfin, c’est marrant, on veut tellement comprendre, on est prêtes à tout.
 
Seulement, il y a une erreur fondamentale, il me semble : on veut comprendre les mecs, on n’arrête pas de râler : « putain, les hommes, ils sont compliqués ! ». Certes mais pourquoi on s’entête, nous aussi, à mettre tous les hommes dans le même panier ? Si les hommes se comprennent pas entre eux, c’est qu’il y a bien une raison : ils sont différents les uns des autres. M.Zoé n’est pas Nikos ou Sagamore (oui, en ce moment, l’homme de ma vie, c’est Sagamore Stévenin, ça m’occupe). Après tout, nous, les femmes, sommes différentes les unes des autres, Dieu merci. Parce que, finalement, ce que l’on prend pour une incompatibilité entre les sexes n’est ni plus ni moins que deux personnalités différentes qui se rencontrent. Et nous, on veut à tout prix rentrer dans la tête de l’autre.
 
Maintenant, je vais me coucher. Seule mais moi, au moins, je me comprends.