Nina Bartoldi knows good sex

Depuis maintenant un an que je suis community manager (dites bien « cuomounity »), il m’arrive un phénomène récurrent : je conseille les gens sur leur vie amoureuse. Les ados de mon ancien taf, des gens de tout âge aujourd’hui et même des amis. Mais la question que je me pose est : mais qui suis-je pour donner ce genre de conseils ?

Une âme en détresse sur le net : « au secours, je ne sais plus quoi faire dans mon couple, aidez moi ». C’est le quotidien de pas mal de forums généralistes et féminins. Là, plusieurs internautes débarquent « on va te donner des conseils ». Parmi eux, moi, parfois. Evidemment, mes conseils, les gens font ce qu’ils en veulent, je ne force personne à les suivre, manquerait plus que ça. Mais c’est vrai que des fois, quand on me demande un conseil, je suis un peu étonnée : mais pourquoi à moi ? Ma vie sentimentale est actuellement un joyeux bordel, je sais même pas ce que je veux donc ça aide pas. Mais apparemment, si je suis nulle pour moi, je suis très forte pour les autres. D’un côté, il y a la facette Nina des vingtenaires, la fille qui parle amour et sexe sans complexes (même si c’est vrai que j’ai pas mal changé mon fusil d’épaule depuis quelques temps) mais ce côté conseillère des cœurs, ça date d’avant. Déjà à la fac, mon statut de fille en couple stable faisait de moi l’oreille attentive pour tous les soucis amoureux. Ben oui, j’ai pas le bon timing : en couple
quand mes amies sont célibs et célib quand elles sont en couple.

Alors quand un pote me pose des questions sur les femmes, à la limite, je peux comprendre, vu que j’en suis une. Même si toutes les filles ne fonctionnent pas pareil, il y en a que je ne comprendrai jamais, comme je l’ai déjà dit. Mais quand ça vire à la question « mais
pourquoi il a dit ça, il a fait ça, je fais quoi maintenant », je me demande bien pourquoi on me le demande à moi, surtout que je réponds les ¾ du temps que j’en ai pas la moindre idée. Oui, il est quand même difficile de répondre à ce genre de question quand on est pas un mec et qu’on ne connaît pas non plus le principal intéressé. Parce que contrairement au boulot, en matière d’amour, l’expérience n’est pas toujours des plus utiles. C’est pas parce que j’ai fréquenté X mecs qu’ils fonctionnent tous pareil et même d’ailleurs, je confirme, ils ne marchent pas pareil. Du coup, des fois, on se plante. Par exemple, le Gabriel, j’étais persuadée après le premier rendez-vous qu’on ne se reverrait pas. Puis après le second rendez-vous, quand il est parti après un coït endiablé, qu’on ne se reverrait pas… Là, j’ai été archi nulle.  Et je suis pas forcément plus douée pour les mecs que je ne fréquente pas et qui tourmentent mes copines.

Et pourtant, on continue à me donner conseil. Je pense qu’on aime un peu ma franche touch, c’est-à-dire que quand la conversation tourne en rond, je finis par m’énerver et dire : « mais écoute, t’as qu’à lui en parler, c’est la meilleure façon de savoir ! ». Et voilà, le bon conseil. J’ai un article en préparation sur le sujet, d’ailleurs, la communication dans le couple, j’y reviendrai un autre jour. Il n’empêche que parler, ça résout pas mal de problèmes. Sinon, je dédramatise dans la mesure du possible. Pour les ados, c’était facile « bouh mais si je lui dis que je l’aime et qu’il se moque de moi, hein ? ». Facile mon enfant : « s’il fait ça, c’est qu’il ne méritait pas ton amour ». Bon, ok, quand t’as 15 ans et que tu te paies la méga honte au lycée parce que celui que tu imaginais déjà comme le père de Dylan, Sofia et Zack a fait circuler ta lettre de déclaration, tu t’en fous un peu que ce bâtard ne mérite pas ton amour. Mais honnêtement, des garçons aussi cons, y en avait pas tant que ça, dans ma mémoire. Quoi que je me souviens de la fois où un garçon de ma classe genre un peu beau gosse a fait croire à une niaise de la classe voisine super molle qu’il était amoureux d’elle juste pour se foutre d’elle. Putain, c’est dégueulasse un ado.

Alors, évidemment, des fois, on conseille, on a la bonne solution et la personne en manque de conseil ne nous écoute pas. Donc au bout du même dialogue répété 10 fois de suite, on a un peu tendance à s’énerver. Surtout moi et ma patience légendaire.

Du coup, je me demande si je devrais pas proposer mes services de courrieuse des cœurs à un magazine pour ados ou légèrement adulte… Ca me ferait un peu d’argent de poche et puisqu’apparemment, les gens courent après mes conseils, c’est qu’ils doivent pas être si cons que ça. Ce n’est pas une question d’expérience, juste de bon sens.

La psychologie masculine, cette inconnue

Il est 1h34, je suis saoule et je tente une expérience : écrire un article. Alors qu’un homme (que j’ai brouetté dans le temps) m’annonce qu’il vient de jouir en se branlant pendant qu’il parlait sur MSN (où j’avais mis une photo de Kenya, c’est ignoble !), je vais tenter une incursion dans la psychologie masculine. Heu non, je vais plutôt expliquer comment et pourquoi les femmes tentent de saisir la psychologie masculine. En général, elles échouent.
 
Mercredi soir, dans un bar parisien, je rejoins une copine, Tatiana. Cette fille n’a pas de veine, elle attire les cas en ce moment : entre celui qui n’arrive pas à oublier son ex femme et celui qui n’arrive pas à plaquer sa copine, elle est un peu mal… Donc ce fut une soirée sur le thème : « les mecs sont incompréhensibles ». Le meilleur, quand même, c’est le mec en couple. Ils sortent ensemble un soir, il insiste pour aller chez elle, bisous mouillés et là, il arrête tout : « Non mais je suis sorti avec toi pour pas que tu crois que tu me plaisais pas. » Et pourquoi n’a-t-il pas dit : « je te trouve jolie mais je suis en couple » ? Ça suffisait amplement, quand même ! Les hommes ont-ils peur de nous au point de ne pas nous dire non ? Ça se saurait ça, quand même ! Je me suis pris suffisamment de râteaux pour savoir que c’est pas le cas.
 
Alors quoi ? Opération brainstorming, essayons de pénétrer la psychologie de Nikos. Comme des détectives, on dresse la liste des hypothèses mais à l’arrivée, on n’a pas tranché. Pareil, à chaque fois, les mecs qui nous larguent nous disent souvent (tout le temps ?) : « tu m’en veux pas, hein ? ». Veulent-ils se rassurer sur notre état ou sur l’image qu’on a d’eux ? Faut-il comprendre dans cette phrase : « Ok, tu pleures mais rassure-moi, tu crois pas que je suis un connard,
hein ? ». Bon, ils ne sont pas tous comme ça mais ces deux-là, on dirait. Surtout que le Nikos, il est parti en courant le jeudi pour mieux reprendre son jeu de drague le lendemain ! Ben, si, on t’en veut mais qu’est-ce que ça peut faire ? Peu de filles seront suffisamment garces pour appeler madame Nikos et lui avouer la vérité. Tatiana ne le fera pas, en tout cas. De toute façon, s’ils se conduisent en gentlemen, y a pas de raison de leur en vouloir, nous ne sommes pas des harpies (enfin, pas toutes). Nous avons aussi droit au : « tu mérites mieux que moi », quelle modestie ! Ah oui, ça, ça me console. D’ailleurs, il a intérêt à sortir avec un vilain boudin débile après moi : puisqu’il ne me mérite pas, il ne mérite pas mieux que moi ! De toute façon, qu’est-ce qu’il en sait que je mérite mieux que lui ? Il croit que je suis trop conne pour prendre moi-même ce genre de décision ? Je sais ce qui est bien pour moi et ce qui ne l’est pas, qu’il ne me sorte pas cette excuse pour se débarrasser de moi. En plus, je n’aime pas quand mon ex sort avec une fille moche : oui, il a trouvé une fille « qui le mérite » mais c’est quand même vexant pour moi. Certes, M. Bidochon fantasme aussi sur Monica Belluci alors qu’il honore sa vilaine épouse le samedi soir à 21h39 parce qu’après, y a Téléfoot mais quand même… Cette excuse, y a que moi qui ait le droit de la sortir : « tu ne me mérites pas ! » mais pas l’inverse ! La phrase « tu mérites mieux que moi » ne peut être sortie que quand monsieur se rend compte à quel point il a de la chance de nous avoir et que nous lui répondons rassurante : « mais non, ne dis pas ça, tu es parfait pour moi. »
 
Pareil, en journée, j’ai la même conversation avec Zoé : « pourquoi est-ce qu’il fait ça ? Tu crois qu’il pense ça ? Pourquoi il a dit ça comme ça ? » Liste des hypothèses mais aucune affirmation. Je suis journaliste, moi, pas psychologue et je suis aussi désemparée face aux mâles de ma vie, je me tourne vers Gauthier : « et pourquoi il fait ça ? » Même réponse : « je sais pas, peut-être que… ». Remarquez, c’est mieux que Laurent : quand je lui parle comportement masculin, il me répond : « je pense à tes seins » (véridique). Bon, si même les hommes se comprennent pas entre eux, autant lâcher l’affaire…
 
Sauf que c’est pas possible. Plus je me penche sur les relations amoureuses des autres, plus je constate que les femmes ont besoin de comprendre, un
besoin viscéral. On voudrait entrer dans la tête du vilain mâle qui nous fait de la peine, comprendre pourquoi il a signé « mille baisers » et pas « bisous ». Pourquoi il nous a pas rappelé le lendemain de notre folle nuit mais trois jours plus tard pour nous demander un DVD ? C’est le maître mot, ça, « pourquoi ? ». Ce phénomène est amplifié par le fait qu’on parle tout le temps des hommes. Quand je parle de mon chômage, ça dure… deux minutes. Et plus on en parle, plus on se noie dans les hypothèses. Si les hommes avaient leurs règles, ce serait plus simple : Pourquoi il m’a pas appelée ? Parce qu’il a ses règles. Pourquoi il m’a appelée par mon prénom et pas ma biquette d’amour (le premier mec qui m’appelle comme ça, je le plaque) ? Parce qu’il a ses règles ? Pourquoi il a couché avec une autre ? Parce que c’est un connard (oui, là, les règles, ça marche pas).
 
Le problème, c’est qu’on veut mais on ne peut pas savoir. L’autre jour, Zoé s’enflammait, m’expliquant par A+B que si M.Zoé agissait comme ça, c’était parce qu’il ressentait telles choses et telles choses. Non, là, on ne peut pas aller trop loin et je le lui explique : nous ne sommes pas lui, nous ne pouvons que supputer. La seule façon de savoir, c’est de demander. Et en demandant, on passe pour de sacrées casse-couilles. J’imagine les conversations de M.Zoé ou de Nikos en parlant de ces demoiselles : « mais qu’est-ce qu’elle est prise de tête, elle passe son temps à me harceler de questions pour savoir si le fait que je pose mon verre à gauche de mon assiette signifie que je veux l’épouser. ». J’exagère, mais à peine. Parce que les femmes aiment les longues conversations « explique-moi pourquoi ? » mais les mecs non… Enfin, en général. Ils nous répondent : « c’est comme ça » ou le pire « parce que ». Mais parce que quoi, tu crois qu’on va se contenter de ça ? Remontons à ta petite enfance pour comprendre…
 
Comprendre, c’est se rassurer, ne pas être surprise si monsieur n’agit pas selon le plan qu’on a établi pour notre relation. J’ai l’impression que la différence fondamentale entre les hommes entre les femmes en matière d’amour, c’est que les hommes prennent sans se poser de questions, les femmes se posent tellement de questions qu’elles oublient parfois de prendre. Est-ce typiquement féminin de manquer tellement de confiance en soi qu’on veut à tout prix comprendre le moindre geste de l’autre pour se rassurer ? Avons-nous une inclinaison naturelle pour la psychologie qui nous pousse à analyser tout et à voir un signe de rupture dans la façon dont il a fait ses lacets ? Sommes-nous masochistes au point de ne pas goûter au bonheur tout simplement ? Là, j’avoue que j’ai pas la réponse.
 
Bon, il est manifeste qu’on ne parviendra pas à comprendre les hommes entre nous. Alors on triche, on utilise les cartes, moyen pas très fiable mais ça détend au moins. Donc, mes cartes ont dit ce soir que Tatiana devait laisser tomber son Nikos car elle court tête baissée vers le mur et elle le sait. Mais bon, sans les cartes, j’aurais dit pareil. Enfin, c’est marrant, on veut tellement comprendre, on est prêtes à tout.
 
Seulement, il y a une erreur fondamentale, il me semble : on veut comprendre les mecs, on n’arrête pas de râler : « putain, les hommes, ils sont compliqués ! ». Certes mais pourquoi on s’entête, nous aussi, à mettre tous les hommes dans le même panier ? Si les hommes se comprennent pas entre eux, c’est qu’il y a bien une raison : ils sont différents les uns des autres. M.Zoé n’est pas Nikos ou Sagamore (oui, en ce moment, l’homme de ma vie, c’est Sagamore Stévenin, ça m’occupe). Après tout, nous, les femmes, sommes différentes les unes des autres, Dieu merci. Parce que, finalement, ce que l’on prend pour une incompatibilité entre les sexes n’est ni plus ni moins que deux personnalités différentes qui se rencontrent. Et nous, on veut à tout prix rentrer dans la tête de l’autre.
 
Maintenant, je vais me coucher. Seule mais moi, au moins, je me comprends.