Engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient !

[Je vous parle de Venise bientôt, l’article est fait mais je traîne lamentablement sur les photos]

En ce moment, j’ai une nouvelle marotte : la théorie de l’engagement. Enfin la psychologie de façon plus large mais la théorie de l’engagement en particulier, je la ressors à toutes les sauces. C’est quoi donc ? Pour schématiser, la théorie de l’engagement, c’est ce qui vous pousse à persister car vous vous êtes déjà trop impliqués et que vous refusez de lâcher prise pour ne pas perdre ce que vous avez déjà investis. Typiquement : vous attendez le bus qui ne vient pas. A un moment, vous auriez plus vite fait de terminer le trajet à pied mais vous attendez depuis trop longtemps pour renoncer. La théorie de l’engagement peut aussi s’appeler « je peux pas faire marche arrière sans passer pour un(e) con(ne) ».


Et ça s’applique à tout. Prenez une relation amoureuse par exemple. Au début, pioupiou les petits oiseaux mais à un moment, tôt ou tard dans la relation, peut se lever un gros gros orage. Vous vous accrochez comme une bête et vous arrivez à sauver votre couple, quitte à faire quelques sacrifices au passage, sacrifices plus ou moins importants selon la situation. C’est à dire que pour éviter que la mongolfière de votre amour ne s’écrase, vous avez tout balancé par dessus bord et ne reste dans la nacelle que votre partenaire et vous, tout le reste git désormais sous le sol au-dessous de vous. Sauf que voilà, la croisière en mongolfière continue et finalement, votre partenaire vous gâche la vie, vous avez fait une erreur. Le balancer par dessus bord lui aussi ? Non, vous avez déjà trop sacrifié, vous passeriez pour un con à vous en débarrasser aussi. Vous noterez que je viens moi-même d’être à fond dans la théorie de l’engagement en filant cette piètre métaphore jusqu’au bout alors que j’aurais dû la laisser tomber y a trois phrases déjà mais j’aurais eu l’air trop conne.


C’est pareil pour une cause sur laquelle vous vous engagez. Au début, vous y croyez, forcément, vous voilà porte-parole, égérie, ce que vous voulez, vous partez la fleur au fusil, la main sur le coeur pour dire à tous que vous savez, tel un Jésus des temps modernes. C’est bien d’avoir des convictions et de se battre pour les défendre, bien entendu. Sauf que parfois, ben on change ou on se rend compte qu’on s’est trompés. Que le monde n’est pas noir et blanc comme on le pensait mais plutôt tout en nuance de gris. Typiquement, je m’esclaffe toujours de constater que nos politiques de droite ont souvent été un peu de gauche dans leur prime jeunesse. Je citerai un ami avec qui je faisais de la radio dans ma prime jeunesse : « je comprends même pas qu’on puisse être de droite quand on est jeune ». Sans être aussi péremptoire, je constate quand même qu’en vieillissant, nos engagements politiques glissent parfois un peu vers la droite. Bref, je continue à être victime de la théorie de l’engagement, je fais de la socio de merde aussi, vous avez vu. Donc on s’engage, on devient une figure de la cause que l’on défend. Et si en se levant un matin, on se rend compte que l’on est dans l’erreur ? Je me souviens de ce livre sur la vie privée des magazines d’Anne Steinger qui, en tant que bonne journaliste sexo, avait réalisé moult reportages sur cet univers trouble et fascinant du libertinage. Bon, en vrai, tout le monde s’en fout de ce que font quelques anonymes en quête de leurs 15 mn de gloire de leur cul mais ça remplit les pages. Anne avait donc rencontré des acharnés du libertinage qui ne pensait pas qu’il puisse exister d’autres façons de vivre et de s’ébattre. Quelques temps plus tard, elle avait retrouvé une des figures de proue du libertinage médiatique… Elle avait tout laissé tomber et retourné à une vie moins libertine et bien plus anonyme. Mais pour renoncer à ce que l’on a tant prôné, il en faut du courage.


Au fond, la théorie de l’engagement marche sur deux ressorts essentiels : l’orgueil et l’opiniâtreté. Oui, il y a des choses qui méritent qu’on poursuive, l’opiniâtreté est une bonne chose en soi. Sauf que parfois, on se trompe et c’est humain. Que celui qui ne s’est jamais trompé me jette la première pierre et je le traiterai de mythomane. Oui, on choisit des voies et parfois, on se rend compte que ce n’était finalement pas la bonne. Faire demi-tour, passer pour un con mais cheminer plus gaiement ou persister des fois que… des fois que ce soit mieux après ? C’est un possible mais à un moment, on sait qu’on est dans une impasse mais on ne veut pas admettre qu’on a eu tort, on continue, quitte à travestir nos pensées, à sourire de toutes nos dents par devant alors que dans notre tête, notre petite voix est en train de nous traiter de tous les noms (ma petite voix est très agressive parfois). L’engagement est parfois lâcheté : il est plus facile de faire le dos rond et nier les problèmes plutôt que d’avouer que l’on s’est trompés. C’est du courage de dire stop, de rebrousser chemin, d’admettre que l’on s’est fourvoyés quand on s’en rend compte. Ca fait 15 mn que j’attends un bus qui ne vient pas, stoppons les dégâts… Bon, l’exemple du bus n’est pas bon car en général, c’est quand je décide de marcher qu’il finit par arriver (mais j’ai déjà quitté l’arrêt de bus, voyez). Passer pour un con ? C’est pas très agréable mais finalement, ne vaut-il mieux pas être en accord avec soi même plutôt que de bien paraître auprès de gens qui ne sont pas capables d’être magnanimes avec nos erreurs ?


A chacun de se poser la question. Pour ma part, j’ai déjà été capable de dire stop, de ne pas persister quand je comprenais que ça n’allait pas dans le sens de mon bien être général. Mais bon, dans mon cas, c’est parfois légèrement de l’inconscience. Et surtout je me contrefous de ce que pensent les gens et surtout, ça me permet de faire le tri entre mes amis et… les autres.

Liberté d’expression, ça marche à tous les coups ?

Depuis quelques jours, je réfléchis à la liberté d’expression. Pas la mienne, non, en général. Premier cas soumis à ma réflexion : le vilain Stéphane Guillon. Puis deuxième cas : le poète très fleuri Orelsan qui voudrait avorter sa copine infidèle avec son opinel. Entre autre.

Guillon d’abord. Autant le dire de suite, il ne me fait pas rire du tout. Je trouve qu’il se vautre dans la vanne facile et l’autosatisfaction, pile tout ce qui m’énerve. Le fait de savoir qu’il n’animera plus sa chronique sur France Inter l’an prochain ne m’émeut pas vraiment dans la mesure où je ne l’écoutais déjà pas. Ceci étant dit, je tique un peu quand même. Même si je n’aime pas ce qu’il fait, je n’aime pas vraiment la polémique qu’il y a autour de lui. Strauss Kahn n’a pas aimé la chronique que Guillon lui a réservé. C’est pas le premier et sans doute pas le dernier donc pourquoi en faire un tel foin ? Il est vrai que la chronique était trèèèèèèèèèès lourde mais bon, pourquoi ça a été monté en épingle comme ça ? Ca m’échappe. Quoi qu’il en soit, ça me navre qu’une chronique soit arrêtée parce qu’elle fâche les « puissants ». Si c’est la réelle raison de l’arrêt de la chronique parce que là, on arrive un peu dans une impasse : si les gens se mobilisent pour qu’elle reste parce qu’elle gratte justement ceux qui ont du pouvoir, Guillon va devenir indéboulonnable et pas forcément pour de bonnes raisons.

Maintenant, arrivons-en à Orelsan, le monsieur qui chante de belles chansons intitulées sale pute et suce ma bite à la St Valentin. Quand j’ai vu le clip de Sale Pute (que je vous laisse chercher, je vais pas diffuser ça ici), j’ai vraiment cru à une blague. Le mec qui chante avec sa bouteille d’alcool dans la main, c’est sérieux ? Ah oui. Tellement que des blogueuses ont lancé une pétition pour retirer la chanson du net. Chanson tellement assumée par son auteur qu’il a préféré ne pas la mettre sur son album. Premier abord : c’est clair que cette chanson est atroce et qu’il faut arrêter d’encenser un mec qui dit « on verra comme tu suces quand je t’aurai défoncé la mâchoire » ou à peu près. Puis j’ai regardé un peu les débats sur le net et me voilà moins tranchée. D’abord, je rejette l’argument du « ça encourage la violence envers les femmes ». La banaliser, oui, l’encourager, non.  Disons que je
pense qu’il est toujours un peu trop facile d’aller chercher les causes d’une femme battue ou de n’importe quel délit ou crime ailleurs. C’est pas la faute à un chanteur ou à un jeu vidéo, faut
accepter à un moment que les gens sont pleinement responsables de leurs actes. Mais il n’en reste pas moins que ça banalise.

Et la liberté d’expression dans ce cas, on fait quoi ? Pourquoi cette chanson est condamnable et les chansons appelant à casser du flic sont adulées ? En gros, où poser la limite ? C’est vrai que si sale pute s’appelait sale arabe, hop, raciste, ça ne serait pas passé. Alors qu’un sale pute, sale pédé ou sale gouine, ouais. Sale fils de pute aussi. Mais justement, il y a la limite par rapport au racisme, pourquoi les autres injures sont tolérées ? Après réflexion, je trouve que cette chanson devrait juste terminer à la poubelle, d’abord parce qu’elle est mauvaise mais surtout car elle est inutilement violente et agressive. C’est de la haine à de l’état pur et je pense qu’on peut tous s’en passer. Parce qu’au fond, ce qui me dérange le plus là dedans, c’est cette sensation de haine gratuite et nauséabonde qui ne sert et ne dessert rien. Au moins, ça a fait du buzz autour du chanteur mais ça risque de lui coûter. Le gars, qui n’a pas mis cette chanson dans son album est actuellement en tournée et je lui souhaite bien du courage.