Modern stalking

Par Audrey

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Le problème des ruptures à l’ère du web 2.0, c’est qu’elle manque de netteté. Comment tourner la page alors que l’autre reste là, à portée de clic. Malgré les résolutions, malgré l’envie d’avancer, comment résister à l’envie d’aller jeter un oeil… Ne serait-ce que pour vérifier qu’on n’est pas la seule à en chier. Sauf que sur les réseaux sociaux, on a tendance à mettre en avant ce que l’on fait de cool. Et là, la curiosité vire à la scarification mentale.

Mais qui est cette pouffe qui like tout ce qu’il poste avec la régularité d’un métronome ?

Benoît était, quand nous étions installés ensemble, la parfaite incarnation du mot « pantouflard ». Plus motivé à l’idée d’un plateau télé ou d’une soirée console que par l’idée d’aller voir dehors ce qu’il se passe. Mais là, depuis qu’il est seul, il semble pas mal sortir. Un coup au concert de Fauve (style de musique qu’il semblait détester quand nous étions en couple), avis posté sur le dernier Woody Allen, expo à Beaubourg… Mais qui est cet homme ? Mais surtout qui est cette pouffe qui like tout ce qu’il poste avec la régularité d’un métronome ?D’ailleurs, pourquoi lors du concert des Artic Monkeys, elle l’a tagué sur une photo ? C’est qui cette Aurélie ?

Côté face, je souris, je joue la fille « la vie devant moi, youhou ! ». Côté pile, mon estomac est en train de se décomposer sous l’effet des giclées de bile aigre provoquées par toutes les apparitions de cette mystérieuse Aurélie dans la vie de mon mec… euh, mon ex. Jusqu’au jour où ça apparaît en toutes lettres sur mon écran, un coup virtuel dans les tripes « Benoît Garassi est maintenant en couple avec Aurélie Chastain ». Je saisis mon clavier et vomis ma colère, prête à lui démontrer l’étendue de mon vocabulaire le plus ordurier.

Mais, sur les conseils de mon amie Elisabeth, je finis par ne pas l’envoyer. Parce que ça sert à rien. Parce qu’il s’excusera d’avoir été maladroit, oui, mais il ne m’aime plus et la scène, même un peu légitime, qu’il va se prendre ne changera rien. Audrey out, Aurélie in, c’est comme ça.

Devant mon Facebook, je me décide enfin à faire ce que j’aurais dû faire depuis le départ

Alors je me plante devant mon Facebook et fais ce que j’aurais dû faire dès le départ mais que je n’avais pas eu le courage d’exécuter pour de fausses raisons (« non mais ça fait mesquin, tu comprends »). « Voulez-vous vraiment supprimer Benoît Garassi de votre liste d’amis ? ». Oui.

T’es que tonique ?

Par Bobby
 

Forcément, la tecktonik, comment ne pas en parler ? Elle a envahi les rues virtuelles d’internet, puis le monde réel. Les TCK (tecktonik killers) sont partout, et à moins que vous
ne soyez des extraterrestres, vous en avez obligatoirement entendu parler.

Puisque je suis le benjamin de la bande des Vingtenaires, je me dévoue pour parler de cet intéressant phénomène de mode, à travers mon propre vécu. Attention lecteurs, dans la
phrase qui vient, je vais me la péter grave. Il se trouve en effet que je suis un véritable dieu de la danse quand j’arrive dans une boîte de nuit. [c’est bon, le mode péteux est passé].
Sans blague, j’ai jamais pris de cours de danse mais je me débrouille franchement bien. Ok, ça reste de la danse « de boîte », me direz-vous. Ce à quoi je répondrai : certes.

Mais il n’empêche que petit à petit, et ce sans avoir jamais entendu dire que ça portait un nom à Paris, j’ai commencé à bouger mes bras dans tous les sens sur les dance-floors.
D’abord, ça restait très anarchique. Puis, Rudolphe, une amie, m’a dit : « ah mais tu sais y a une danse comme ça, ça s’appelle la tectonique ». Alors, moi, direct, je vais sur google
en rentrant chez moi, je cherche « danse tectonique », je ne trouve rien. Forcément. Ca s’écrit « tecktonik ». Haha. La feinte.

Et je découvre les vidéos de Jey-Jey, Cali, Spoke, etc. Des petits minets de banlieue parisienne se filmant chez eux (chambre, garage et autres lieux non moins glamours) en train d’exécuter des mouvements bizarre sur de la techno. Ok, bon. Pas fute-futes les mecs, a priori. Un look un peu bizarre, m’enfin, guère pire que les autres modes lycéennes. Avec ma meilleue amie, Léa, toujours en province, on décide de s’y mettre. On va en boîte, on attaque avec maints moulinets brachiaux, et là, hallucinant, un mec se ramène et commence à frapper Léa en criant : « arrête de danser comme ça, ça me saoule trop ». Ok. Le mec, on le connait ni d’Eve ni d’Adam, mais on laisse couler. Bizarre, quand même, la réaction des gens.

Finalement, j’arrive à Paris en octobre dernier. Le soir de mon emménagement, un type me contacte, il veut faire un reportage et il cherche un scénariste. Vu que je suis inscrit
sur pas mal de forums et autres sites de cinéma, je suppose que c’est là-bas qu’il a trouvé mes coordonnées. Le sujet de son reportage ? La tecktonik, bien sûr.

Me voilà donc à retrouver les stars du mouvement, qui ont impulsé cette vague au Metropolis lors de soirées éponymes. Je fais la connaissance « en réel » de Jey-Jey et
Cali, entre autre, afin de mieux cerner leur façon d’être pour m’aider dans l’écriture du scénario (il se trouve au passage que Cali me rappelle Joàn, mon amoureux de Cuba, dont je te parlerai, cher lecteur, très prochainement…). Vous imaginez mon état, tout émoustillé le petit Bobby. A la fin de l’entrevue, dans un élan de sociabilité inouïe, plein d’espoir, je lance au dit
‘Cali’ :

« Bon ben, puisqu’on va bosser ensemble sur ce film, tu pourras m’apprendre les mouvements, haha. » [le « haha » permets de me préparer à un éventuel refus, genre « mais non de toute façon je disais ça pour rire]

Ce à quoi il me répond :

« Ben pour ça, vous regarderez nos vidéos sur internet. »

Connard. Déjà j’ai qu’un an de plus que toi, alors pas la peine de me vouvoyer, et puisque c’est ça, je hais ta danse pourrie. Voilà, en gros, mon expérience avec la chose.

D’un côté, on a les addicts de la tecktonik, tranche d’âge 12-15 ans (voire plus jeune encore). De l’autre, une vague écrasante anti-tecktonik. Alors certes, ces jeunes ‘rebelles’
renvoient une image hautement superficielle et gélifiée de toute une génération. Certes, les mouvements de bras, ça fait bizarre. M’enfin, je me demande, pourquoi une telle animosité à leur égard ? En quoi sont-ils plus ridicules que les danseurs de hip-hop, par exemple ?

Il faudrait alors distinguer deux choses radicalement différentes, que l’on amalgamme sans doute un peu :

–       la tecktonik elle-même, qui est à la fois un titre de soirées ayant
lieu au Metropolis, une marque de vêtement et de boisson énergétique, qui renvoie à un code vestimentaire, une façon de se coiffer, de se comporter, bref, une MODE

–         la danse electro, qui est un prolongement corporel de la
musique electro, et peut s’exécuter sans slim, sans crête, ou sans avoir des joues de minet imberbe, bref, une simple DANSE

Pour ma part, quand il m’arrive de sortir le soir, je n’obéis en rien au cliché ‘tecktonik’, pourtant je fais à peu près la même chose qu’eux avec mon corps, sans mettre le même
nom dessus. On a pas forcément besoin, même si on a vingt ans, d’être rangé dans une case, genre « cool », « rockeur », « clubbeur », « gothique », ou que sais-je encore. Même au lycée, je n’avais pas l’impression de faire partie de ces cercles bien délimités. Un jour j’aime le rock, un jour j’aime la pop, un jour je vais en boîte, un jour j’écoute de grands classiques. Forcément, pour être intégré parmi les autres, ça n’aide pas.

A moins de ne fréquenter que des schizoïdes pluri-fonctionnels.

Et en exclu, la vidéo tecktonic fait par Nina que vous êtes cordialement invités à regarder parce que j’ai passé 5h à la monter, bordel !