Le nouveau champ des possibles amoureux

Par Audrey

audrey-champs-possible1

Sortir d’une rupture subie, ça vous met un peu les neurones au ralenti. Tu es tellement dans le vif, ton coeur éclaté en mille morceaux prend tellement toute la place que tu ne réalises pas alors qu’en sortant d’une relation que tu souhaitais totalement monogame, le champ des possibles amoureux s’ouvre soudain.

« J’ai le droit de draguer sans une once de culpabilité »
Un samedi soir ordinaire, un garçon a pris mon numéro. Hébétée, je lui dictais les 10 chiffres magiques, légèrement paniquée à l’idée que je n’avais pas le contrôle de la situation. Le contrôle de quoi précisément ? C’est à dire que je n’étais pas sûre d’être prête. Même si je savais que mon ex, trop occupé à sauter sa nouvelle poulette, ne reviendrait plus, j’avais encore du mal à envisager une nouvelle relation avec un autre homme. Lente, vous avez dit ?

Et puis, le lundi matin, à la machine à café, j’ai réalisé que cette nouvelle liberté n’était pas si mal. Alors que j’attendais que la machine remplisse un gobelet plastique d’un brouet sombre ressemblant vaguement à du café dans un vombrissement d’enfer, je sentis une présence derrière moi. Indifférente, je jetais un oeil par dessus mon épaule quand je reconnus la silhouette athlétique de Maxime, le directeur artistique. Je le salue poliment quand il lance la conversation « alors, ton week-end ? ». En lui répondant, je remarque soudain pourquoi la plupart des filles parlent de lui comme le fantasme absolu : oui, Maxime est séduisant avec ses yeux clairs qui pétillent, son nez droit et sa petite fossette au menton. Et là, mes neurones connectent enfin : j’ai le droit de le draguer. Je suis célibataire et si je veux, je peux tenter le coup sans une once de culpabilité. En voilà une perspective excitante.

De retour à mon poste, j’ouvre mon Facebook et fais défiler mes contacts pour dresser la liste des éventuels candidats à mon éveil amoureux. Adrien, pas mal, mettons le de côté. François ? Ah non, il est maqué depuis trois mois et ne cesse de poster des photos de son couple. Julien ? Ah non, c’est mort, c’est un copain de Benoît. Je ne suis plus très au fait de ce qui est correct ou pas en temps de rupture mais draguer un pote de son ex me paraît être une mauvaise idée quoi qu’il en soit.

« Je chope un rencard et j’hyperventile »
Toute excitée par ma liste, je n’entends pas mon mobile qui vibre dans mon sac. Ce n’est donc que quelques instants plus tard que je découvre ce message « Hello, c’est Valentin, on s’est croisés au bar samedi soir ! Ca va ? ». Après quelques échanges de textos polis mais peu intéressants, la question tombe enfin : « on va se boire un verre vendredi soir ? Ca te dit ? ». Je suis au bord du vide, un, deux, trois… « Ouais ok ». J’ai sauté, l’élastique est en train de se tendre. Va-t-il craquer ou me permettre de ne pas me fracasser au sol.

En résumé : j’ai un rencard. Le premier rendez-vous avec un homo sapiens sapiens de l’ère post Benoît. Ok, faut que je convoque mon conseil de guerre avant vendredi histoire de calmer mon hyperventilation. SMS aux filles « SOS, j’ai un rencard ! Faut qu’on se voit, viiiiite ». Le champ des possibles amoureux, c’est excitant mais ça file vite le vertige.

 

PS : Je progresse, niveau illustration ! Sinon, j’avais pondu ces 2 versions là :

audrey-champs-possible2

audrey-champs-possible3

Mais cette dernière perd trop le côté un peu BD, non ?

L’’amour, c’’est la guerre

En tant que célibataire de service, actuellement, on me demande pas mal de conseils sur la conduite à suivre avec les mecs. Donc qui dit célibataire dit que précisément, je n’en ai pas donc que puis-je répondre ? Mais je conseille du mieux que je peux parce que, quelque part, le bonheur de mes ami(e)s, c’est le mien. Ainsi, quand une âme en peine a besoin d’aide pour conquérir l’élu de son cœur, je vole à son secours.
 
Depuis deux jours, conversations MSNique avec Zoé, opération « tu vas l’avoir ce con de mec ». Oui parce que ce mec, des fois, il m’exaspère à souffler le chaud et le froid comme il le fait. Hého, ma copine, c’est pas un jouet ! Nous avons donc mis au point une stratégie inédite. En fait, jusqu’à présent, Zoé en faisait beaucoup (trop à mon goût) pour manifester son désir : mails, textos aguicheurs, coups de fil… Avec quelques victoires mais souvent des défaites. Oui, monsieur ne répond pas aux textos. Ça, ce doit être typique des mecs. Quand je reçois un texto, moi, je me sens obligée de répondre dans la minute (enfin, dans la minute où je le lis, of course) alors qu’eux s’en dispensent. Ok, un texto « j’ai envie de toi » ne nécessite pas forcément une réponse mais ça fait plaisir de savoir que ce qu’on dit, ça a touché juste. Le problème ici, c’est que Zoé a tellement signifié sa disponibilité à monsieur que ce dernier prend ses aises, il vient quand il veut sans prévenir et il peut passer de longs moments sans donner signe de vie. Alors retournons contre lui ses propres armes : à partir de maintenant, Zoé ne lui donnera plus signe de vie. Stratégie osée mais qui, à mon avis, sera totalement payante. C’est le « suis-moi, je te fuis, fuis-moi, je te suis. ». Non parce que monsieur, quand il va se rendre compte que sa belle n’est plus là à l’attendre, il va rappliquer fissa.
 
Ce déjeuner me fait me rendre compte que l’amour, c’est vraiment comme la guerre : on établit des stratégies pour conquérir le cœur de l’autre comme d’autre essaient de conquérir le pays voisin. Sauf que là, les victimes sont moins nombreuses : si on se prend un vent, la seule à souffrir, c’est nous. Les filles sont particulièrement tordues quand il s’agit de séduire. Bon, alors, si je lui envoie un texto maintenant, est-ce que je dois lui en renvoyer un dans deux jours ? C’est pas trop tôt, pas trop tard ? Est-ce que je n’en fais pas trop ? Ah merde, j’en fais peut-être pas assez… Ahlala, cette conquête n’est pas aisée. Mais on suit notre stratégie : c’est forcément la bonne, on l’a édifiée avec les copines.
 
Mais comme dans toute guerre, y a des imprévus. Parfois, on remporte une victoire sans s’y attendre : il nous invite à boire un verre ! Bon, du coup, le texto que j’avais prévu d’envoyer demain ne sert plus à rien, toute la stratégie est à redéfinir. Car gagner une bataille ne signifie pas gagner la guerre : un verre, c’est bien mais pour le moment, rien n’est fait. Il ne faut surtout pas commettre d’erreur entre la proposition de sortie et la sortie en elle-même. Car se retrouver face à lui, c’est une nouvelle bataille qui s’engage. Bref, un bon petit soldat de l’amour doit prévoir mais aussi garder en tête que tout n’est pas prévisible.
 
Maintenant, le rendez-vous. Voilà, je suis devant Brad, on boit un verre, je dois déjà faire attention à pas trop boire, ça m’évitera de dire des conneries (déjà qu’à jeun…). Observer et réagir. Saisir les perches qu’il me tend, s’il m’en tend. Là, j’avoue que je suis nullissimale ! Des fois, quand je me refais des conversation avec Brad, je me dis : « merde, là, il m’a tendu une perche et j’ai répondu à côté ! ». Mal joué, petit soldat. Pour le conquérir, je dois être moi, naturelle et gaie, mais aussi séductrice et éviter les bourdes au maximum. Là, j’avoue aussi que c’est pas mon fort du tout. Une fois, Arnaud m’a expliqué qu’il croyait que je me foutais de sa gueule car quand on était allé boire un verre, j’avais dit : « Ouais, c’est nase de parler de ses exs lors d’un rendez-vous galant. Tu vois, mon ex… ». Bon, je ne parlais pas de mon ex d’un ton éploré genre notre rupture fut la plus belle erreur de ma vie mais c’est vrai que ça portait un peu à confusion. Car la guerre de l’amour, c’est un peu une guerre contre soi, contre ses travers, contre ce qui peut faire fuir Brad. Mes défauts, je les lui montrerai quand il sera trop accro pour me plaquer.
 
Bon, premier rendez-vous concluant mais Brad est resté sage, pas de baisers et encore moins de brouettes. J’appelle l’état-major, je fais quoi ? Je laisse tomber ou je poursuis mes efforts ? Là, c’est la phase « je réunis le conseil de guerre » : en gros, je demande l’avis à mes copines et surtout mes copains pour qu’ils me disent ce que je dois faire. Oui parce que moi, je suis trouillarde comme soldate, je prends pas d’initiatives sans avoir été sérieusement conseillée, comme la plupart des filles, il me semble. Et là, on repart en phase 1 de la stratégie : un texto ou un coup de fil dès maintenant ou plus tard ? Feindre l’indifférence ou manifester notre désir ? Raaaaaah !
 
Le problème en amour, c’est qu’on ne connaît pas forcément « l’ennemi ». Bah oui, Brad n’a pas forcément d’ami commun avec nous alors c’est difficile de savoir dans quoi on se lance. Dans le cas de Zoé, je connais un peu son bonhomme, je l’ai déjà vu mais je ne le connais pas intimement donc difficile d’avancer. On ne se base que sur ce que l’on pressent, que l’on devine. Stratégie un peu casse-gueule mais faute de mieux…
 
Et si la stratégie, c’était de faire appel à un pays ami ? A deux contre un, on va y arriver, non ? Cet ami planifierait le terrain, expliquerait à Brad combien je suis merveilleuse et géniale et comme il aurait tort de ne pas m’épouser. Bon, dans la mesure où on n’est plus au lycée, ça me paraît hautement casse-gueule comme stratégie, ne serait-ce que parce que le jeu amoureux, ça se joue à deux. Multiplier les intermédiaires, c’est risquer de faillir et de voir Brad partir loin, loin… Faut se méfier des interventions des pays amis à qui on n’a rien demandé, aussi. Des fois, je me dis que j’aimerais prendre Monsieur Zoé entre quatre yeux et lui dire : « Bon, t’as fini de la faire souffrir ma copine ? Tu comprends pas qu’elle t’aime et que tu trouveras pas mieux ? ». Mais je ne le ferai pas car : c’est pas à moi de lui dire qu’elle l’aime, ce n’est pas à moi de me mêler de ça et j’ai pas son numéro. Etre conseillère en stratégie, c’est aussi rester extérieure. Un couple, c’est deux, pas trois ou plus. Le pire du pire étant les lourdingues qui viennent casser la douce ambiance que l’on se crée à deux. Voilà, imaginons, je suis à une tablée d’amis avec Brad, notamment, on commence à flirter à deux et là, gros lourdaud arrive : « Ah ben ça drague sec, par ici ! » Ben merci, grâce à toi, ça drague plus du tout, tu as cassé l’ambiance, pauvre nase… Bon, draguer en communauté, ce n’est pas la bonne stratégie, c’est clair.
 
Mais des fois, dans notre stratégie de conquête, on oublie parfois qu’on a un ennemi caché ou on l’ignore. Oui, on ne sait pas que Brad est convoité par une pétasse même pas belle et qu’elle aussi a mis au point une stratégie. Et que, s’il le faut, la sienne est meilleure que la nôtre (quoi qu’avec moi comme conseillère… oui, bon, c’est possible). Le pire, c’est si Brad a déjà une greluche : tenter de conquérir un pays déjà conquis, c’est un peu mission impossible… Mais on n’est pas obligées de le savoir non plus, y a pas écrit sur le front des hommes en couple qu’ils le sont.
 
Mais dans la guerre de l’amour, notre pire ennemi n’est-il pas nous-mêmes ? A force de se poser des questions, de mettre sur pied stratégies sur stratégies, n’oublie-t-on pas l’essentiel ? L’amour est un jeu qui se joue à deux, faudrait pas oublier de convier monsieur.
 
Finalement, ça me manque la maternelle, quand on se disait « je t’aime » spontanément et qu’on se faisait des bisous sous le toboggan car, au fond, on n’avait pas peur de la défaite. C’était le bon vieux temps.