Tous scopophiles ?

L’autre jour (il y a quelques temps), j’ai pris le train pour voir un ami. 20 minutes de trajet, ça laisse un peu de temps pour lire. J’entame donc « l’homme qui regarde » de Moravia. Oui, je suis heureuse, plusieurs de ses romans ont été réédités, je finirai bien par tous les lire. Dans ce roman, le héros, Dodo (oui, je sais) est un professeur de littérature et a tout une théorie sur la scopophilie. La lecture de ce roman m’inspire : sommes-nous tous scopophiles ?

Mais qu’est-ce que la scopophilie ? Ce n’est pas vraiment quelque chose de sexuel, ça peut l’être mais ce n’est pas une position du Kama Sutra. Selon Freud, c’est le plaisir de regarder. En gros, un espèce de voyeurisme. Dans ce roman, Dodo voit de la scopophilie dans toutes les œuvres littéraires, en gros. Après tout, un roman n’est-il pas du voyeurisme en soi ? Ca dépend de la façon dont c’est rédigé, soit on vit l’histoire, soit on l’observe de l’extérieur. Au cinéma, c’est pareil. Moi, j’ai envie d’appliquer le concept aux blogs.

Qu’est-ce qu’un blog de type journal intime ? C’est un peu de l’exhibition mais de l’exhibition contrôlée. Je ne vous montre que ce que je veux. J’étale mes états d’âmes mais je cache mon visage. Je suis impudique sur mes brouettes, un peu plus sur mes amours. Mes histoires de fesses, j’en parle sans complexes. Mes histoires de cœur, je préfère garder l’essentiel pour moi.

 Je suis une blogueuse et une grande amatrice du genre. Pendant mes mois de chômage, mon truc, c’était de trouver un blog et de le lire depuis le début. Récemment, je me suis donc régalée des aventures de Soph, de 7h48, de la salopette et d’Eulalie, je ne commente jamais avant d’avoir tout lu. Une fois que j’ai fini, je le mets dans mes liens et tous les jours, c’est la revue des blogs. Des fois, je commente, d’autre pas. Mais qu’est-ce qui nous pousse à lire des blogs ? Souvent, on lit les blogs de ceux qui nous ressemblent : si on regarde mes liens, ce sont essentiellement des vingtenaires parisiens, à quelques exceptions près. Parce que, mine de rien, ça rassure de voir que les autres vivent la même chose que nous, en bien ou en mal. C’est curieux comme on peut avoir la sensation de connaître des gens qu’on n’a jamais vus, qu’ils sont un peu nos amis. Ils existent pour nous et des fois, on existe pour eux (quand je commente, ce qui n’est pas toujours le cas). Des fois, on se demande si c’est vrai ou pas mais est-ce là l’essentiel ? Les blogs ne sont-ils pas une espèce de genre littéraire néo-réaliste ? J’ai, par exemple, lu le blog de Max, sorti en librairie. Bon, j’ai adoré mais c’était clairement pas réaliste. Trop bien construit, avec un début et une fin. Une trop belle fin à mon goût mais peu importe. Je prends ce que l’on me donne sans discuter. Tant que c’est rédigé avec une belle plume, c’est bien tout ce qui compte.
 

Dans ma vie, je suis plus voyeuse qu’exhib, plus lectrice que blogueuse. Je lis une quinzaine de blogs et quand un blog disparaît, ça me fait un petit pincement au cœur : mais que va-t-il (ou elle) devenir ? Pourquoi avoir fermé cette porte entrouverte par laquelle je matais ? Oh bien sûr, une fois un blog clos, je ne me mets pas à pleurer, j’enlève le lien de mon ordi (et de mon blog) et je passe à autre chose. Mais c’est vrai que c’est assez agréable de lire la vie d’autres, caché derrière son ordi, sans même forcément se signaler. Si je regarde les stats de mon blog et le nombre de commentateur réguliers ou non, je peux dire que pas 10% des lecteurs commentent. Certains se manifestent parfois par mail mais globalement, je ne sais pas qui me lit, qui mate ma vie en cachette avec son café, le matin au bureau. Excitant et flippant à la fois. Le côté flippant c’est pour mes employeurs ou collègues. Non mais imaginez qu’à l’époque, Pierre-Cécil m’ait lue et se soit reconnu ? Bon, je suis sûre que ça lui aurait fait plaisir de savoir qu’il est super choupinou mais ça fait pas très sérieux. Et puis, s’il sait qu’au lieu de partir en reportage comme prévu, je suis repassée chez moi pour une pause crapuleuse de deux bonnes heures avec mon mec de l’époque, heu… Bon, mon boulot fut fait, c’est là l’essentiel, mais quand même ! Sinon, j’ai deux ex collègues de l’asso qui sont blogueuses elles aussi, peut-être me lisent-elles ou m’ont-elles lues, qui sait ?

Mais bon, je laisse la porte entrouverte et je m’exhibe à ma façon. Je dévoile ce qui peut l’être et je cache le reste. Et pour être honnête, ça m’amuse follement !

Un samedi soir aux Halles

Que se passe-t-il quand quatre filles plus ou moins vingtenaires (une l’est moins, une l’autre l’est un peu plus) sortent ensemble le samedi soir ? Ça donne un festival de plan dragues foireux.
 
Acte 1 : le branleur
Nous sommes donc 4, toutes issues du blog de Nicolin : Agnès, Sab, Tink et votre aimable blogueuse, moi. On se retrouve toutes puis on chemine direction la rue St Denis. En chemin, nous croisons un jeune homme un peu étrange qui nous arrête et nous fait : « et les filles, vous connaissez je-sais-plus-quoi ? ». On se regarde, toutes les quatre et on répond par la négative. Pas dépité, le garçon interpelle directement Sab en lui faisant : « si, toi, obligé, tu connais ! ». Comme nous n’avons jamais su de quoi il s’agissait, nous n’avons pas compris pourquoi Sab était censée connaître et nous, non. S’ensuit un dialogue passionnant à base de « non-si-t’es sûre-je te jure » et le monsieur finit par nous lâcher. Ce qui  est particulièrement intéressant dans ce petit plan drague vraiment raté, c’est que durant cette folle conversation, le jeune homme n’a pas arrêté de se tripoter, ce qui nous a légèrement interpellées mais, surtout, ça nous a fait beaucoup rire !
 
Acte 2 : la terrasse
Après s’être délectées d’un délicieux repas japonais et après que Tink nous ait abandonnées, nous voici à trois à la terrasse d’un café à refaire le monde en fumant et en buvant. J’adore les soirées entre filles… Nous avons fui l’intérieur car il y avait une soirée karaoké et…hum…comment dire ? Imaginez les candidats malheureux de la Star Ac, ceux qui ne savent ni chanter, ni danser, qui ont le charisme d’une huître (et la vie sexuelle d’un organisme monocellulaire), ceux qu’on ne prend pas dans le château alors qu’ils ont payé une fortune pour suivre les cours privées de la sorcière violette qui sévit dans ledit château… Et bien imaginez que pour se venger, ils aient tous décidé de laisser exploser leur talent sur la scène étriquée de ce bar des Halles. Un jour, il faudra leur expliquer que gueuler n’est pas chanter mais passons.
Nous étions donc sur cette terrasse quand un mec passe en faisant : « vous voulez passer une bonne soirée » et Sab, inspirée, lui répond : « Non, ça va, on passe déjà une bonne soirée ! ». Sab, je sais que tu liras cet article. Tu sais que je t’adore mais, pitié, la prochaine fois qu’un homme que tu ne connais pas t’adresse la parole dans la rue, ne réponds pas… Car le monsieur a pris cette réponse comme une invitation et le voilà qui commence à vouloir s’asseoir. Sab lui rappelle que nous passions déjà une bonne soirée sans lui mais il semble avoir une audition super sélective et le voilà qui nous baratine, sous nos regards condescendants : « Bon, moi, je n’aime pas parler à des gens que je ne connais pas donc moi, je m’appelle X (j’avoue ne pas du tout me souvenir de son nom), là, c’est mon pote Y, et vous ? » Par politesse, on donne nos vrais prénoms qu’il met deux heures à retenir. A présent que les présentations sont faites, il semble convaincu qu’il va pouvoir poser ses fesses sur la chaise qui reste inoccupée à notre table.
X : « Bon, alors, je peux m’asseoir ?
Sab : Non.
X : Mais c’est toi la chef ou quoi ? Tes copines, elles disent jamais rien ?
Agnès + Nina : Hihihihi ! C’est elle qui a répondu, elle se démerde ! »
Bon, au bout de cinq minutes de monologue, le monsieur comprend ENFIN que nous n’avons absolument pas besoin de lui et finit par nous lâcher, ouf !
 
Acte 3  : le romantique
Aux petites heures de la nuit, après avoir siroté de délicieux cocktails colorés, nous décidons de rentrer dans nos demeures, Agnès nous proposant gentiment de nous déposer chez moi pour que Sab puisse attendre les premiers trains dans la chaleur de mon foyer (aucun double sens sexuel ici). Alors que nous nous acheminons tranquillement vers sa voiture, nous croisons un jeune homme qui nous fait une merveilleuse proposition : « wouah, les filles, ça vous dirait pas une nuit de tendresse ? » Forcément, nous avons ri mais nous n’avons pas accepté, merci bien ! Vu la façon dont la proposition a été formulée, nous n’étions pas du tout tentée. Une « nuit de tendresse », pour lui, ça doit être du pilonnage intensif…
 
A Paris, sortir entre filles est toujours une source de joie et de rire infinie, tant les hommes sont excités par cette gentille troupe. Encore, nous avons la chance d’éviter le : « vous êtes seules ? » Non, connard, on est trois, tu vois pas ! En tout cas, on recommence quand vous voulez, mesdemoiselles !