Episode 11

Chapitre 7
 

            Ethan entendit des pas dans le couloir et se prépara à accueillir son geôlier. Il
avait bien l’intention de s’échapper et les menaces d’Oceany n’y changeraient rien. De toute façon, elle ne pourrait rien lui faire, une fois qu’il serait retourné là-haut. Il attrapa donc la
chaise qui se trouvait dans sa cellule et s’apprêta à la lancer à la figure de celui qui allait entrer, mais il s’arrêta net quand il s’aperçut que c’était Oceany. Au fond, il l’appréciait
toujours et ne voulait pas lui faire du mal. Ca aurait été plus facile si ça avait été un de ces métèques.

« En voilà un accueil, Ethan. Je vous conseille de reposer cette chaise ou vous pourriez le regretter. »

Il s’exécuta docilement, tandis qu’elle refermait la porte et allait s’installer sur le lit. Elle lui tendit un objet noir, ce qu’il l’étonna un peu,
puis il se rendit compte qu’il s’agissait d’un visiophone portable.

« Qu’est ce que vous voulez que je fasse avec ça ?

– Appelez votre mère, elle est folle d’inquiétude.

– Qu’est ce qui m’empêchera de la prévenir que je suis en danger ?

– Ca, fit-elle en pointant sur lui un revolver.

– Bon sang, vous avez trouvé ça où ? Je croyais que les armes étaient interdites, ici.

– C’est le cas, mais les cyborgs policiers sont nuls en matière de sécurité, on leur pique ce qu’on veut. Et si vous vous amusiez à la prévenir quand
même, j’ai un de mes hommes juste à côté de chez votre mère. Il l’abattra si je lui en donne l’ordre. Bon, appelez et dites-lui que vous allez bien et que vous êtes chez votre
maîtresse.

– Mais je peux pas dire ça !

– Que vous voulez passer quelques jours avec elle avant de la quitter et d’épouser Neve.

– Mais ça va la tuer si je lui dis ça.

– Non, ce qui va la tuer, c’est que vous ne l’appeliez pas : elle est folle d’inquiétude. Faites-le Ethan.

– D’accord. »

Il attrapa le combiné et composa le numéro de sa mère. Il était plutôt étonné par l’attitude de la jeune femme : il ne s’était jamais imaginé un
ravisseur inquiet pour la mère de sa victime. Enfin, elle décrocha.

« Ethan ! fit-elle, ivre de joie. Je m’inquiétais tellement pour toi, où tu es ?

– C’est assez compliqué, je suis…chez une femme, pour quelques temps, encore, et…

– Une femme ? Oh mon Dieu, Ethan ! N’as-tu pas honte ? Que va dire Neve ?

– Tu n’es pas obligé de lui dire, non plus. Ecoute, je vais rompre avec cette femme, mais je veux vivre mes derniers jours de liberté avec elle, tu
comprends ?

– Oui… De toute façon, je peux pas t’en empêcher, soupira-t-elle. Rappelle-moi dès que tu rentres, d’accord ?

– Oui, maman.

– Je suis contente que tu aies appelé, je me faisais du soucis, tu sais.

– T’en fais pas, je vais bien.

– Je t’embrasse mon chéri.
– Moi aussi, m’man. »

Il raccrocha et rendit le combiné à la jeune femme, qui resta silencieuse, perdue dans ses pensées. Il avait du mal à croire que c’était elle qui le
retenait, elle avait l’air si douce, si inoffensive…Il ne fallait jamais se fier aux apparences, il le savait, mais quand même…

« Merci, dit-il, pour rompre le silence.

– De quoi ?

– De m’avoir permis de téléphoner à ma mère.

– C’était dans mon intérêt : elle n’alertera pas la police, comme ça. Que pensez-vous des Chinois ?

– Pourquoi cette question ?

– Vous êtes raciste, comme les autres, ça ne va pas me faciliter la tâche, mais je ne renonce jamais.

– Je vous promets que je ne garderai votre secret, si vous me relâchez.

– Pas question : j’ai besoin d’alliés et vous vous battez plutôt bien, pour un élitaire. Bon, trêve de plaisanterie, je n’ai pas beaucoup de
temps à vous consacrer, et…

– Fichez-moi la paix, je ne rejoindrai jamais votre groupe. Bon sang, vous trafiquez avec des Chinois, vous êtes une ennemie de la nation et ce n’est
pas parce que vous vous appelez Antelwort Geller qu’ils vont passer l’éponge aussi facilement. Vous allez vous retrouver avec tous vos copains asiatiques au fond d’une cage, c’est tout ce que
vous aurez gagné. Arrêtez de faire n’importe quoi, Oceany : vous jouez avec le feu et vous allez vous brûler.

– Je m’en fiche pas mal, au fond. Je refuse d’accepter cette société telle qu’elle est actuellement, parce qu’elle est mauvaise, mai personne n’a
l’air de s’en rendre compte, là haut.

– Enfin, cette société est celle qui s’approche le plus de la perfection, depuis le début de l’humanité : il n’y a plus de guerre, plus
d’argent, plus de travail, plus de…

– Mais ouvrez les yeux, Ethan ! Tout ça, ce n’est bon que pour nous, là-haut, mais regardez un peu où vous vivez : c’est minable, ici, il y
a vraiment le strict minimum en matière d’hygiène et personne ne voit jamais le soleil. La journée s’est passée et si vous y réfléchissez bien, le soleil ne s’est pas levé, en bas.

– Dans toutes les sociétés, il y a eu des miséreux, des laissés pour compte, c’est inévitable. Mais ici, leur pourcentage est réduit par rapport à la
société d’avant. Et puis, le capitalisme était quelque chose d’horrible, qui broyait les gens faibles. Il fallait travailler encore et encore, quitte à se tuer à la tâche pour gagner quelques
sous pour pouvoir subsister. Maintenant que l’argent a disparu, tout va mieux : pourquoi croyez-vous qu’il y a eu cette maudite guerre ? Parce que les Chinois voulaient agrandir leur
territoire. Pourquoi ? Pour avoir plus de terres à cultiver, plus de matières première, etc. tout ça dans le but de gagner plus d’argent et de devenir une puissance plus importante. L’argent
était un cancer qui rongeait la société précédente et l’a amené à l’inévitable : la destruction. Maintenant, dites-moi sincèrement, pensez-vous vraiment que la vie d’avant guerre était mieux
que celle de maintenant ? Technopolis nous offre tout ce dont nous avons besoin pour pas un sous.

– Je n’ai jamais dit que le capitalisme était mieux que notre système actuel et, de toute façon, on ne peut pas comparer, ça n’a rien à voir. Oui,
c’est vrai que Technopolis offre des avantages fantastiques qu’on aurait pas pu imaginer il y a trente ans, que l’argent était un mal, si vous voulez, ce n’est pas là, le problème. Vous avez déjà
entendu parler de Scott Rogers ?

– Non, je ne sais pas qui c’est et je m’en moque.

– Vous vous souvenez du bombardement de la Chine par le virus, le 24 juin 2004 ? Rogers était un des quatre pilotes de la section spéciale qui a
arrosé Hong Kong, il est mort durant l’opération, avion abattu par une roquette ennemie, ainsi que son collègue. Ce type a donné sa vie pour nous et vous savez comment Oxford a remercié sa veuve
et son fils ? Il les a enfermés dans une cage à lapin au premier étage de la ville, tandis que le colonel Leighton qui dirigeait les opérations, tranquillement, à l’abri dans sa base, se
prélasse sur son balcon, là-haut. Les vrais héros, ceux qui sont morts sur le terrain, personne n’a pensé à leur rendre hommage, vous trouvez ça juste, vous ? Moi, pas. Le classement a été
trop mal fait, mais on ne peut plus rien changer : il n’y a aucune possibilité de promotion sociale. C’est vrai, le capitalisme avait ses défauts et ils étaient nombreux, mais grâce au
travail, un pauvre pouvait espérer se faire une place au soleil, mais maintenant, c’est plus possible. Imaginez un instant que votre mère ait été célibataire, sans mari ou homme à la
maison ou alors que votre père ait été invalide : la guerre débute, votre foyer ne peut envoyer personne sur le front et, à cause de ça, vous échouez au rez-de-chaussée avec des tas de
machines qui font un bruit d’enfer et qui produisent tellement d’ondes électromagnétiques que votre vie est raccourcie d’au moins dix ans. Maintenant, allez-y, recommencez-moi votre belle
apologie sur Technopolis et ses avantages.

– Comment vouliez-vous qu’on fasse pour qu’on détermine ceux qui devaient être en haut et ceux en bas ? Après une guerre, le mérite militaire me
semblait évident. Bien sûr, ce n’est pas juste pour tout le monde, mais qu’est ce qu’on y peut ? Je persiste à dire que cette société est bien meilleure que la précédente.

– Mais, bon sang ! Tout est figé, on ne peut pas avancer ou régresser sur l’échelle sociale, on a fait un bond immense en arrière, on est revenu
au temps de la Monarchie absolue.

– Ca n’a aucun rapport, voyons, nous sommes en démocratie.

– En démocratie ? Ils vous ont lavé le cerveau ou quoi ? Réfléchissez un instant, Ethan : le maire a tous les pouvoirs, ici, OK ?
On peut dire que c’est le président de cette société ; Comment est-il arrivé au pouvoir ? Le peuple ne l’a pas choisi, il s’est imposé et si vous y repensez, vous remarquerez qu’on n’a
jamais parlé d’élections municipales. Oxford est devenu le Roi de la ville et quand il sera mort, c’est son fils qui lui succédera : c’est la Monarchie. D’ailleurs, tous les vieux
comportements se sont remis en place d’eux-mêmes. Vous avez été obligé de vous choisir une fiancée parmi l’élite, même si vous ne l’aimez pas, parce qu’on ne mélange pas les classes. Et toutes
ces réceptions, là-haut, c’est un simulacre de cour du Roi et même les décorations inspirées de Versailles, entre autres…nous sommes totalement prisonniers, Ethan et si personne ne bouge, rien ne
changera.

– Qu’est ce que vous proposez, à la place ?

– Je ne sais pas, mais cette ville sera bientôt détruite, avec ou sans votre aide.

– Vous êtes complètement cinglée, ma pauvre fille, vous me faites de la peine.

– Vous êtes né en quelle année ?

– 1996, mais je ne vois vraiment pas ce que ça peut vous faire.

– Vous aviez donc neuf ans quand la guerre a commencé…vous vous souvenez de la société d’avant, de vos camarades de classes d’avant ? De quelle
couleur étaient-ils ? Ca m’étonnerait qu’ils aient été tous blancs. Vous avez partagé vos jeux d’enfants avec des noirs, des arabes, des asiatiques ou des latinos et, à l’époque, ça vous
paraissait normal, alors que maintenant, ça vous choque de voir des yeux bridés ailleurs qu’en prison. Vous vous souvenez du fameux melting-pot qui faisait la fierté des Etats-Unis ? Si oui,
vous avez de la chance, parce que ce n’est pas mon cas et ma meilleure amie, Mai-Li, est obligée de rester enfermée ici, parce qu’elle risquerait de se faire arrêter si elle mettait le nez
dehors…des milliers d’asiatiques américains ont été arrêtés alors qu’ils étaient innocents, dès qu’ils voient des jaunes, comme ils disent, ils les mettent en prison, sans même savoir s’ils sont
Chinois ou non. Réfléchissez à tout ça, Ethan. »

Elle quitta le lit et repartit sans rien ajouter. Il était surpris de voir tant de maturité chez cette femme, à peine adulte. Même s’il ne partageait
pas ses opinions, il devait avouer que ses arguments étaient troublants et dénotaient une intelligence et surtout une culture remarquable. Il s’étala sur le lit et fixa le plafond, pensif…en
effet, il n’avait pas vu le moindre rayon de soleil de toute la journée.

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Areuh

Il y a 25 ans et quelques heures, le petit Gauthier Marcel venait au monde. Oui je porte comme deuxième prénom celui de mon grand père, il est horrible, mais en même temps on s’en fout royal ! À la façon de Nina, je m’en vais vous conter l’histoire de ma naissance, hautement rocambolesque !

 Donc en cet été de l’année 1980, monsieur et madame futurs parents de Gauthier décident de mettre en branle leur premier héritier. Cela se déroule dans la maison de famille, elle nous appartient depuis près de deux siècles, et est actuellement la résidence secondaire de mes grands parents maternels. Mes parents estiment que c’est le meilleur endroit qui existe sur Terre pour concevoir l’enfant de l’amour (paroles exactes qu’emploiera ma mère quelques années plus tard pour me raconter ça !). Et puis ils veulent un enfant qui naisse au printemps (en fait ma mère ne veut surtout pas se retrouver enceinte en été, quelle bonne idée qu’elle a eue !).
La mayonnaise prend de suite, mes parents sont doués eux (Nina ne voit ici aucune attaque personnelle). Et voilà maman Gauthier enceinte, heureuse et épanouie. Elle veut un garçon, elle en veut un depuis qu’elle a 12 ans, il s’appellera Gauthier, mon père n’a même pas la voix au chapitre, il accepte ou il accepte. Connaissant ma mère, il n’essaye même pas d’argumenter ! Elle est tellement persuadée d’avoir un garçon qu’elle ne demande pas le sexe à l’échographie. Le gynécologue lui parle donc de mon petit cœur, de mes petits bras, de mes petits yeux, et là il lui dit :

–  Je vois bien les cuisses là !
–         … (ma mère ne comprend pas en quoi le fait que j’ai des cuisses l’extasie à ce point !)
–         Je vois vraiment bien les cuisses là vous savez !
–         Et alors ?
–         Vous voulez pas savoir ce qu’il y a au-dessus des cuisses ?
–         Dites-le-moi uniquement si c’est un garçon ! (ma mère est très joueuse !)
–         Félicitations madame, vous attendez un petit garçon !

Quelques larmes de joies plus tard ma mère annonce la nouvelle à mon père, à ce jour elle a toujours la photo de l’échographie sur elle. Mais tout ne devait pas être aussi rose que ça. À 6 mois, elle retourne chez le gynéco, elle s’assoit dans la salle d’attente, et elle remarque que toutes les autres femmes ont le même ventre qu’elle. Ma maman ne côtoyait pas d’autres femmes enceintes, donc elle ne savait pas trop comment elle devait être à 6 mois de grossesse. Le gynéco arrive dans la salle d’attente et demande à toutes les femmes à terme de se lever. Toutes les femmes se lèvent, sauf ma mère. Grand moment de solitude.

Persuadée qu’elle est enceinte de triplés, elle demande au gynéco de bien vérifier, il lui dit que non je suis tout seul, mais je suis peut-être un peu gros, tout simplement. Pour rajouter à la nouvelle, elle apprend que son col de l’utérus supporte mal le choc. Elle doit donc rester allongée jusqu’à l’accouchement pour éviter que je n’arrive prématurément. Et c’est parti pour 3 mois de sédentarisations totale.

Ma mère est grande (1m80), et svelte (57kg avant la grossesse), une semaine avant ma venue au monde, elle décide d’arrêter de se peser, elle vient de passer les 80 kg et elle en prend un par jour. Elle pense avoir frôlé les 90kg le jour de l’accouchement. L’accouchement justement parlons-en.

Je devais naître le 30 avril. Étant donné qu’elle était au lit depuis 3 mois, le matin du 30 avril, ma maman a senti un immense sentiment de soulagement, se disant « ça y est, je vais me débarrasser du monstre ! ». Mais non. Moi je suis très bien là où je suis. Le 1e mai rien. Le 2 mai rien. Mon père n’en pouvant plus non plus, ils décident de « provoquer » un peu tout ça. Les voilà donc parti sur les chemins creux de la campagne voisine, mon père conduit comme un taré, histoire de secouer ma mère comme une bouteille d’Orangina. En fin d’après-midi, ils rentrent, ma mère n’a toujours pas la moindre contraction, le désespoir s’empare de mes parents.

À 18h, maman est allongé devant la télé, papa bricole. Tout le monde essaye de se calmer. Et là : maman perd les eaux sur le canapé tout neuf pas encore fini de payer ! YOUPI ! Elle appelle mon père, et lui dit qu’elle va aller prendre une douche avant d’aller à l’hôpital. Elle n’a pas le temps de finir sa phrase que mon courageux paternel est dans l’entrée avec les valises et hurlant « allez dépêche toi, sinon tu vas accoucher ici ». Ma mère a eu beau lui expliquer qu’ils avaient encore le temps, il ne veut rien entendre, elle se lavera plus tard. Et les voilà parti pour la clinique. Mes parents ont choisi une clinique assez éloignée de chez eux, pour éviter que je ne naisse dans un hôpital public surchargé. Ils voulaient des soins de qualités et de la tranquillité. Mais tout ceci à un prix : il faut traverser la ville un samedi soir à 18h. Ma mère s’est vue mourir mille fois au moins, mon père a défoncé la voiture de devant puis celle de derrière pour sortir de son créneau. Il a embouti trois autres voitures sur le trajet (sans s’arrêter), il a grillé 4 feux rouges, et au moins autant de priorités. Dieu existe, et il a œuvré ce jour-là pour qu’on arrive tous en entier. Une fois ma mère dans les mains du personnel de la clinique, il s’est posé sur une chaise pour « décompresser », ma mère se souviendra toujours de sa tête à ce moment précis qui disait quelque chose comme « ouf, c’est bon, j’ai fait ma part du job ! ».

Il est donc quelque chose comme 18h30, ma mère s’installe sur la table de travail. Et là c’est parti pour le rodéo ! Je veux bien sortir, mais je n’y arrive pas vraiment. Ma mère est resté sur la table de travail jusqu’à 3h12 du matin (heure officielle de ma naissance). 9h c’est long ! Surtout que là, elle faisait pas du tricot la vieille, elle souffrait ! La pauvre, j’ai honte quand j’y pense (bien que techniquement je ne sois pas responsable !). Bref, pas de péridurale, parce que le travail est trop engagé, pas de césarienne, parce qu’« il finira bien par sortir » comme elle a dit la sage-femme (sage ? mon œil oui !). Par contre on y va gaiement sur les entailles au cutter.

–         Poussez madame, poussez !
–         *pousse*
–         Soufflez, inspirez, soufflez, eeeeeeet pousseeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez
–         MAIS JE POUSSE ESPÈCE DE BATARD, TU VOIS BIEN QUE JE POUSSE ALORS ARRÊTER D’HURLER OU JE TE DÉVISSE LA TÊTE ! ENCULÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ
–         ….

Après deux changements d’infirmiers, que ma mère a, semble-t-il, choqué par son langage de charretier, le troisième arrive avec l’espoir affiché de mettre fin à ses souffrances ! Il enjambe ma mère et se retrouve à califourchon sur son ventre, il pose ses fesses sur la poitrine de ma douce maman, et pousse avec ses bras pour que j’arrive à sortir. Ma maman se retrouve donc avec un gentil monsieur qu’elle ne connaît pas assis sur ses seins. Le problème c’est qu’il doit peser 60kg tout mouillé le monsieur, et ma maman est une femme de 90kg en plein travail depuis 6h maintenant. Moralité : elle attrape l’infirmier d’une main, et il finit dans le mur ! Wonder maman ! Enfin, après encore 3h de travail, et quelques points de sutures chez le personnel médical, je viens au monde. Il était temps.

Mes parents ont acheté pour l’occasion un appareil photo dernier cri, mon père avait pour consigne de prendre la photo juste quand la sage-femme me pose sur le ventre de ma maman, avant qu’on me nettoie. Ma maman voulait avoir cette photo dans son album. Mon papa a donc pris les photos en ce mettant face à ma mère, on voit très bien ma tête sur la première photo, alors que mon corps est encore dans ma mère, puis on me voit en entier sur la seconde ! Je suis tombé sur ces photos, à l’âge de 15 ans, j’en fais encore des cauchemars. Mon père dit pour s’excuser qu’il avait oublié qu’on voyait ma mère à poil en fond, lui il ne voyait que moi à ce moment-là ! Bref inutile de préciser que ces photos n’ont jamais trouvé leur place dans un album.

Pour la suite de l’histoire, je vous dirais juste qu’en fait j’étais mort à la naissance. Ma maman ignorait pourquoi la sage-femme était partie en courant avec moi, sans prendre le temps de me montrer à ma maman. Personne ne voulait lui donner de mes nouvelles. Elle était persuadée que j’étais mort et que personne ne voulait le lui dire. Enfin à midi le gynécologue de garde est venu me ramener à mes parents plus qu’anxieux.

Je faisais 4,780kg pour 55cm, j’étais énorme, plein de poils, déformé par les forceps, et le manque de place dans le ventre de ma mère, le tout avec une jolie couleur violette ! Bref j’étais horrible, ma mère en a pleuré quand elle m’a vu. Il n’y avait que mon père pour me trouver beau. Les membres de la famille ont grimacé quand ils sont venus me voir, y compris ma grand mère :

–         Ah ! Ben il est…
–         Mais dit le qu’il est horrible maman !
–         Mais non, il est…

Elle n’a jamais réussi à le dire ! Mais maintenant je suis tout beau. En fait je suis devenu un beau bébé passé un mois. Le temps que je retrouve une corpulence et une couleur normales ! La preuve, je vous mets ici une photo ou j’avais deux ans. N’étais-je pas le plus adorable des bambins ?????

Je me dois de préciser que le gynécologue a dit à ma maman que plus elle aurait d’enfants, plus ils seraient gros et grands ! Elle a mis 4 ans avant de me donner un petit frère. Et Dieu merci il est né trois semaines avant terme, sachant qu’il faisait quand même 51cm pour 3,600kg, à terme il aurait été plus gros que moi ! La génétique est cruelle parfois.

Pauvre petite chose

Par Mister BigCertains d’entre vous entendent parler de Mister Big, voient mon nom apparaître de ci de là, et, pour les plus curieux qui ont cliqué sur les archives, je représente aussi quelques rares articles. Le pourquoi du comment de cette présence épisodique est simple : la vie et ses déboires. En ce moment, mon meilleur ami vit une de ces périodes difficile où tout semble s’acharner sur lui. Moi, je l’ai vécu entre septembre 2005 et Janvier 2006. Il me semble vous avoir promis, dans une de mes rares apparitions (qui a dit « j’ai vu la vierge ??? »), de vous raconter le pourquoi du comment. Et bien le voilà.

Prenez un Mister Big heureux en amour, avec un CDI lui permettant de poser le préavis de départ de son appart pour aménager avec son cher et tendre, des zozios qui chantent, le soleil qui brille, etc etc… Ca, c’était moi l’été dernier. Et là, cruel comme un enfant qui arrache ses ailes à une mouche pour voir combien de temps elle va survivre sans, le destin a décidé que j’étais trop gâté depuis trop longtemps et m’a fait payé mon bonheur au prix fort.

Premier acte : je te quitte. Pour moi, le vent a tourné le temps d’un WE. J’étais casé, suffisamment alcoolique pour sortir presque tous les WE avec Gauthier, le reste du temps partagé entre son boulot et l’homme que j’aimais, et tout semblait parfait. Fin octobre, je devais quitter ma coloc pour me créer un nid douillet avec mon homme. Et là, à la mi-septembre, sans crier gare, en rentrant d’une journée passée avec des amis, voilà que j’entends un « je ne t’aime plus, ça peut plus durer comme ça ». Un coup de vent sur un château de carte, et vlan, plus rien ! J’étais largué. Lui, le lendemain, prenait le train pour rentrer chez papa-maman et me laissait seul avec un préavis pour nulle part et un hébètement sans fin face à ce qui me tombait sur la gueule. Bon, vous me direz, on se fait tous larguer. Avoir son univers entier qui s’effondre, c’est probablement arrivé à tous ceux qui lisent ces lignes, on y survit. Ca, je suis d’accord avec vous. Mais ce n’était que le premier acte.

Acte deux : tu m’passes ton portable ? Environ 15 jours après m’être fait méchamment lourdé, Gauthier me sort un vendredi soir et on noie nos pensées dans la vodka, mère au sein si réconfortant quand tout va de travers… 5h du mat : faudrait que je rentre, je bosse à midi (hé oui, même le samedi !) Qu’à cela ne tienne : je vais rentrer à pieds, 20 minutes de marche, ça va me dégriser. Je bise tout le monde et hop ! Je décolle… je fais 100mètres, et là, au rond point, une voiture s’arrête, un jeune homme d’obédience nord-africaine (oui, on appelle ça du politiquement correcte, car si j’avais dit un reubeu, on m’aurait traité de raciste ! mais j’y peux rien, moi, si je me suis po fait agressé par un suédois !!!) descend du coté passager et m’apostrophe en me disant « ma voiture est tombée en panne ! Tu peux me passer ton portable ? » « heu… j’ai plus de forfait, désolé ! » D’habitude, ça suffit pour que le type me lâche. Ben pas ce coup-là !  Il continue à m’importuner, moi j’avance, puis d’un coup, je sens une main sur mon épaule gauche genre « tu vas me regarder que tu le veuilles ou pas ! », je tourne légèrement la tête, et, sûrement soucieux que ma coupe de cheveux tienne en place, le type me pulvérise une grande giclée de laque ! Sauf que la laque, c’était une bombe lacrymo, et que c’est pas mes cheveux qui étaient visés, mais mes yeux. Et il avait bien calculé son coup : il me l’a collé à deux centimètres de l’œil gauche et m’en a pulvérisé sur toute la gueule ! Mais pas de chance, suis pas un pédé, moi ! La surprise passée, je me retourne et je lui lance un « t’avais bien calculé ton coup, connard ! » Enfin… courageux, mais pas téméraire, le gars ! Il était déjà en train de courir à toutes jambes pour retourner retrouver son pote dans la voiture soit disant en panne ! Tout fout le camp ! Il m’agresse et oublie même d’essayer de me faucher mon portable que je tiens pourtant dans la main ! Bref… il aura fallu 8 à 10 secondes pour que la lacrymo commence à faire effet, mais après, elle a pas fait semblant de brûler ! Heureusement pour moi, la mère d’un pote habitait la rue d’à coté, donc j’ai foncé chez elle, je l’ai réveillé et j’ai rincé tout ça ! Aucune de mes lentilles n’avaient disparu, mes yeux allaient mieux, et le lendemain, me suis réveillé avec le plus merveilleux peeling qui ne m’ait jamais été fait ! En un mois, je me retrouve largué puis agressé. Ca commence bien.

Acte trois : Toit et moi. Entre toutes ces émotions (car, en plus de ça, mon ex m’a joué pendant presque deux mois le grand jeu du « je sais plus si je sais que je sais pas si je sais vraiment si j’aurais pas mieux fait de savoir avant car au final je me demande si je t’aime pas toujours ») et mon boulot, me voilà arrivé à la fin de mon préavis et toujours pas d’appartement en vue ! Premier novembre : Mister Big remplit un garde meuble et amène ses dernières affaires chez la mère du pote qui m’avait recueillit après l’agression. Que cette femme soit canonisée ! Elle m’a hébergé pendant un mois, et ça m’a énormément aidé ! Mais en décembre, elle avait de la famille qui arrivait, je pouvais pas rester. Un copain connaissant mon problème m’avait proposé une colocation provisoire, je bondis donc sur l’occasion : je prends mon baluchon sous le bras et je passe décembre chez lui. Mais là aussi, chaque chose a une fin. Début janvier, toujours SDF, j’échoue chez Océane chez qui j’avais déjà dormi quelques WE. Mais, détail intéressant, elle aussi lâchait son appart, donc j’avais jusqu’à la fin janvier pour trouver quelque chose, même une vieille niche pour chien, sinon c’était vraiment la rue ! Chez Emma, je repère quelques offres sympa d’appart sur internet, je visite, je visite, mais rien. Je dois en visiter un dernier. Mais le jour même, on m’appelle une heure avant pour me dire « ben on a pas encore récupéré les clefs, on vous prévient dès qu’on les a ». J’étais en deuxième position pour le visiter. Je vais à l’endroit, je regarde l’immeuble, et, me sentant aculé, je décide de prendre le susdit appart sans même l’avoir visité, vu que je n’étais pas prioritaire pour le voir et donc le prendre. Je n’avais jamais fait ça de ma vie, mais aux grands maux les grands remèdes : je joue la Causette à l’agence, qui accepte, puis refuse, mais me promet (-craché-juré !) de me le faire visiter en tout tout premier ! Je visite, je signe ! Et voilà comment j’ai enfin mis fin à presque trois mois de SDFisme mondain.

A tout ceci je rajouterai d’importants problèmes d’argent en Novembre, des pressions à mon boulot de merde, Gauthier qui part pour Paris, mon ex qui me tourmente, et même des morpions en décembre, tant qu’à y être. Mis bout à bout, tout ça, ça use, et ça use même beaucoup. J’étais assez souvent dans un état second, j’ai même décompressé une fois au boulot (pour plus de définitions, demandez à Emma, c’est elle l’infirmière psy !), et je lançais même un « qu’est-ce que je serais mieux si j’étais mort » à l’occasion. Heureusement, ceux qui me connaissent vous le diront, j’ai un moral solide et une personnalité assez prononcée pour dire ce genre de chose mais jamais passer à l’acte ! C’était une sorte d’exutoire à mes idées noires. D’ailleurs on riait beaucoup de nos malheurs avec Gauthier à l’époque en les abordant de façon tragi-comique genre « je me suiciderai jamais, mais si un bus avait la bonne idée de perdre le contrôle et de me faucher au passage, ça serait pas une mauvaise idée… » Bref, je ferai pas un « acte quatre » pour tout ça, mais j’ai été à deux doigts de la dépression nerveuse, et c’est bien parce que j’ai une volonté d’acier, un moral à tout épreuve et des gens qui m’entourent que j’ai réussi à dépasser tout ça ! Maintenant, je finis de me reconstruire, que ça soit au niveau de mon cocon à moi (mon appart, en gros !) comme de penser les plaies de mon cœur et de réaliser tout ce qui m’est arrivé en l’espace de quelques mois. Le prochain acte sera de réellement faire quelque chose de ma vie. Dans l’immédiat, je garde mon boulot de merde le temps de finir de me reconstruire (et surtout de tout payer !) et après, je tente de trouver ma voie. Mais ma priorité number one maintenant, c’est d’être égoïste et de ne penser qu’à moi. J’ai toujours pensé aux autres, taché de leur faire plaisir, tout sacrifié pour mon mec, et voilà où ça m’a mené ! Je passe en premier, désormais. Quand je vivrai la vie que je veux vivre, là, je pourrai penser aux autres.

Voilà en gros un aperçu de la vie de Mister Big et de ses petits tracas. Présentations et explications faites, je vais enfin pouvoir plus participer à ce blog !

Episode 10

(bonus du 1er mai. Attention, il y a une scène assez longue…)

            Elle se réveilla le lendemain matin et entendit des voix dans le salon. Sa mère recevait certainement une de ses
amies. Elle enfila rapidement sa robe de chambre pour saluer les deux femmes et eut la mauvaise surprise de constater que l’invitée en question n’était autre que Lauren Wadeker, en larmes.

« Je suis sûre qu’il lui est arrivé quelque chose ! gémit-elle.

– Mais non, ne vous en faites pas. Il a simplement découché, ça arrive à tout le monde. Vous avez appelé chez sa fiancée pour voir s’il n’avait pas passé la nuit chez
elle ?

– Non, mais il n’aurait jamais fait ça. Il ne l’aime pas vraiment, vous comprenez, et il tient à ne pas la toucher avant le mariage.

– Oh, je vois… Tiens, bonjour Oceany ! Tu te souviens de Mme Wadeker ?

– Oui, bien sûr. Bonjour, Mme Wadeker. Qu’est ce qu’il vous arrive, si ce n’est pas trop indiscret ?

– Mon fils a disparu, sanglota-t-elle de plus belle.
– Oh, je suis désolée.
– Ne le soyez pas, ce n’est pas votre faute, ma petite.

– Je suis sûre qu’il va bien ne vous en faites pas. Il est peut-être parti…faire une pause avant le mariage.

– Oui, sans doute, mais où est-il allé ? J’espère qu’il n’est pas allé traîner dans les bas étages ! L’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la
police et il avait un bleu énorme, là. Le monstre qui l’a attaqué devait mesurer au moins deux mètres et peser cent cinquante kilos ! C’est déloyal de s’attaquer à plus faible
que soit. »

Oceany dissimula son sourire derrière sa main : elle ne ressemblait pas du tout à la description de Lauren. Sans doute Ethan avait-il un peu enjolivé l’histoire : il
devait être honteux d’avoir été battu par une femme. Elle s’excusa auprès des deux femmes, puis retourna dans sa chambre, où elle avait beaucoup à faire. Elle s’habilla élégamment et se maquilla
soigneusement, pour téléphoner à Mark. Les concepteurs avaient eu la mauvaise idée d’installer un visiophone, ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient plus appeler en pyjama ou en petite tenue…ils
n’avaient vraiment plus aucune liberté. Cependant, durant ses préparatifs, elle ne cessa de penser à Lauren. Elle lui avait fendu le cœur et elle s’en voulait de retenir son fils prisonnier, mais
elle ne pouvait pas le libérer, il n’était pas encore prêt et elle se demanda même s’il le serait un jour. Il était raciste, ça n’arrangeait pas les choses. Ils devraient avoir une longue
conversation, tous les deux, elle arriverait peut-être à le faire changer d’avis sur les étrangers.

Elle secoua la tête et soupira : ce n’était pas le moment de penser à ça. Elle se posa devant son écran d’ordinateur et composa le numéro de Mark, qui répondit assez
rapidement. Son visage emplit l’écran et elle put voir sa joie de constater que son interlocuteur n’était autre que sa future fiancée.

« Oh, bonjour Oceany ! Je ne pensais pas que vous m’appelleriez.

– Mon beau-père m’a parlé de nos…projets en commun et je suis très flattée. C’est d’ailleurs pour ça que je vous appelle. En tant que future belle-fille du maire, je souhaiterais
visiter ses bureaux : il paraît qu’ils sont magnifiques et je suis très curieuse, vous savez. Par ailleurs, j’adore l’art ! Vous avez d’ailleurs remarqué ma profonde admiration pour la
fresque de la salle de réception.

– Oh, oui, en effet. Je serai ravi d’être votre guide, Oceany, et vous pourrez rencontrer mon père, ainsi.

– J’en serai enchantée.

– Bien, je passerai vous prendre, vers 15 heures, ça vous ira ?

– Oui, c’est parfait. A tout à l’heure, Mark. »

Elle raccrocha et un large sourire fendit son visage : c’était trop facile. Myo avait raison… Elle n’aimait pas trop se servir de Mark ainsi, mais sans lui, elle n’aurait
jamais pu pénétrer au cœur de Technopolis d’où elle pourrait retirer des informations très intéressantes.

Elle se leva et ouvrit son tiroir où traînaient des CD-ROM vierges. Elle allait en avoir besoin pour voler quelques données aux ordinateurs de la mairie. Elle ne savait pas encore
comment elle allait se débrouiller, mais elle trouverait bien une occasion. Il le fallait, de toute façon, ils comptaient tous sur elle, en bas. Avec toutes ces informations, elle pourrait enfin
lutter d’égal à égal avec Bill Oxford. A présent, ça allait devenir dangereux, mais intéressant.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 6
 

            Oceany regarda autour d’elle, frappée par la beauté des lieux : Bill Oxford avait fait de ses bureaux
l’endroit le plus agréable de Technopolis. Sur le plafond se trouvaient différentes reproductions de tableaux célèbres de la Renaissance italienne, tandis que les murs étaient en réalité
d’immenses aquariums dans lesquels nageaient toutes sortes de poissons. Mark la conduisit à travers cet impressionnant labyrinthe de poissons et de peintures jusqu’à une grande porte en fer
forgé, sur laquelle était représenté un ange semblable aux quatre piliers. Le jeune homme tapa un code qu’elle tâcha de retenir, puis la fit entrer dans une sorte de salle d’attente où se
trouvaient quatre ordinateurs commandés par quatre robots, ainsi qu’une dizaine de fauteuil en velours rouge.

« Ces ordinateurs sont reliés aux quatre commissariats de la ville et notent tout ce qu’il se passe d’anormal. L’insécurité est le plus grand problème de Technopolis et même
si elle n’est pas élevée, mon père lutte activement contre les rebelles et essaie de trouver une solution pour que Technopolis soit une ville sûre à 100%. Je vais voir s’il est dans son bureau et
s’il peut vous recevoir. Installez-vous et lisez le journal, si vous voulez, en attendant. »

Dès qu’il fut parti de la pièce, elle s’approcha d’un ordinateur et y glissa un CD-ROM pour y télécharger tous les dossiers. Le robot restant totalement impassible, elle en fit
autant sur les trois autres, puis alla s’asseoir sur un fauteuil, priant pour que les CD soient prêts avant le retour de Mark, ce qui, heureusement pour elle, fut le cas. Apparemment, Oxford
semblait introuvable. Elle glissa les quatre CD dans son sac et ouvrit un magazine qu’elle feuilleta rapidement. La presse de Technopolis avait la particularité d’être totalement futile et sans
intérêt, mais c’était le propre de chaque dictature de contrôler la presse. Personne ne parlait de l’insécurité ou de la misère des bas étages, on préférait lire des articles sur les soirées
mondaines ou quelques conseils beauté connus de tous.

La porte se rouvrit enfin et Mark apparut, souriant.

« Mon père n’est pas là, pour le moment, mais je pense que ce sera plus agréable pour vous de l’attendre dans son bureau : la vue est unique.

– Oh, je ne manquerai ça pour rien au monde. »

En réalité, elle se moquait éperdument de la vue, elle voulait juste approcher le PC d’Oxford et en retirer des informations. Elle suivit docilement jusqu’au bureau d’Oxford,
traversant trois pièces dans lesquelles étaient entreposés divers livres.

« Je n’ai jamais vu autant de livres de ma vie ! s’exclama-t-elle.

– Oui, mon père adore ce genre de vieilleries.
– Où les trouve-t-il ?
– Je n’en ai pas la moindre idée. »

Apparemment, Mark ne partageait pas le goût de son père pour les livres, ce qui était plutôt normal. Cette société avait fait en sorte que plus personne ne s’intéresse à ses
vieilleries et il était devenu impossible de lire un roman antérieur à Technopolis, hormis quelques grands classiques compilés sur CD-ROM. Ils montèrent ensuite un escalier en colimaçon et ils
aboutirent enfin au bureau d’Oxford, une grande pièce circulaire aux murs de verre. Mais le plus étonnant, c’est que tout tournait : assis à son bureau, Oxford pouvait voir toute la ville
sans bouger. Elle resta un moment immobile, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte : elle s’était attendue à tout, sauf à ça. Mark, visiblement très fier de son père, l’entraîna
derrière le pilier carré qui se trouvait au milieu de la pièce et par lequel ils avaient accédé à la place et lui montra la reproduction du « Sacre de Napoléon » de David, exposé face
au bureau. Oxford avait le choix, il pouvait contempler soit la ville, soit le tableau.

« C’est…

– Grandiose, époustouflant, génial…mon père voulait avoir un bureau dans lequel il était agréable de travailler et c’est réussi, non ? Et dans quelques années, ce bureau sera
à moi : n’est-ce pas merveilleux ?

– Je…heu…

– Et après, ce sera notre fils qui prendra la succession…et quand nous serons mariés, vous pourrez venir tant que vous voudrez, dit-il en lui prenant les mains. Je pourrais…je
pourrais installer un autre bureau, de l’autre côté de la pièce, derrière le pilier, ça serait le vôtre, vous y feriez ce que vous voudriez.

– Je ne vois pas trop ce que je ferai avec un bureau.

– Vous m’aiderez bien sûr ! Je trouve que mon père a tort de toujours tout faire tout seul, il est beaucoup trop stressé et ne peut demander conseil à personne. Moi, quand je
serai maire, vous gouvernerez avec moi, je vous le promets.

– Oh…je suis flattée. »

Il sourit et l’embrassa affectueusement sur la joue, ce qui la mit mal à l’aise. Il lui faisait entièrement confiance et elle en abusait, ce n’était pas loyal, mais la fin justifie
toujours les moyens. Cette société était profondément inégalitariste et inégalitaire, on ne pouvait permettre tout ce cirque plus longtemps, elle le savait bien.

« Je vais chercher mon père. C’est si grand, ici, c’est pas facile de retrouver quelqu’un dans ce labyrinthe. Installez-vous dans le fauteuil, si vous voulez, ne vous gênez
pas. Je me dépêche. »

 Il la laissa seule une nouvelle fois et elle attrapa un nouveau CD-ROM vierge. Heureusement, elle en avait pris plusieurs. Elle commença à y copier tous les fichiers, mais
l’opération semblait s’éterniser et pour s’occuper en attendant, elle alla se planter devant l’excellente reproduction du tableau de David, qui correspondait exactement au caractère
d’Oxford : un despote mégalomane.

« Il est réussi, n’est ce pas ?  »

Elle se retourna vivement et eut la désagréable surprise de voir Bill Oxford qui la détaillait d’un air malveillant.

« Je…hum…je suis Oceany Antelwort Geller, je suis la future fiancée de votre fils.

– Je sais qui vous êtes.

– Oh. Je suis enchantée de vous rencontrer, dit-elle en lui tendant la main.

– Où est mon fils, répondit-il en ignorant la main tendue.
– Il est parti vous chercher.

– Ne vous offensez pas, mais je n’aime pas qu’on fasse entrer quelqu’un dans mon bureau sans mon autorisation : nous sommes dans le cœur même de Technopolis.

– Oui, je sais, et c’est pour ça que j’ai demandé à Mark de me faire visiter. Cette ville est un vrai paradis sur terre, j’admire tellement tout ce que vous avez fait pour nous,
c’est…

– Oh, c’est bien peu de chose. »

Apparemment, elle venait de rentrer dans ses bonnes grâces, il suffisait de le flatter un peu, comme la plupart des mégalomanes et elle se mit à le haïr encore plus qu’avant. Il ne
consentait à être poli avec elle que si elle se pâmait devant son œuvre, alors qu’en réalité, elle exécrait cette ville.

L’ordinateur bippa, indiquant que l’opération était terminée et Oceany sentit la panique monter en elle : elle allait être découverte.

« Qu’est ce que c’est ? demanda Oxford.

– Oh, je n’en sais rien. Vous avez peut-être reçu un message, sans doute rien d’important.

– Non, ça ne fait pas ce bruit là, c’est autre chose, c’est curieux. Je me demande si…

– Ah, tu es là, papa !  »

Oxford se retourna et regarda son fils des pieds à la tête, d’un air sévère et oublia instantanément l’ordinateur, ce qui soulagea profondément Oceany qui avait vraiment eu peur
pendant un instant. Mark s’avança vers eux et prit la jeune femme par le bras.

« Papa , je te présente Oceany, ma future femme. Oceany, voici mon père, le maire de Technopolis.

– Pour les présentations, c’est un peu tard, maugréa Bill. Ta jeune amie s’est déjà présentée d’elle-même.

– Oh, je suis désolé : j’étais en train de te chercher. C’est si grand, ici ! Oceany est la fille d’Hank Antelwort.

– Je sais qui c’est, je ne suis pas né de la dernière pluie. J’ai connu votre père, il y a quelques temps, maintenant.

– Vraiment ? J’aimerais encore qu’il soit parmi nous, vous savez. Il est mort quand j’avais treize ans, et…

– Je sais. Mais les choses sont ce qu’elles sont, on ne peut rien changer. Bien, j’ai à faire, je ne peux pas rester plus longtemps ici. Je suis heureux d’avoir fait votre
connaissance, Oceany, nous nous reverrons bientôt, sans doute. Mark, tu peux l’amener à la maison, c’est autrement plus agréable qu’ici. »

Il fit un vague signe de tête puis partit, les laissant seuls. Oceany calcula comment récupérer son CD, mais ça n’allait pas être facile : ils allaient partir, eux aussi et
quand Oxford trouverait l’objet dans son PC, il comprendrait très vite d’où ça provenait.

« Je suis désolé pour mon père. Il est comme ça depuis la mort de ma mère, il ne l’a pas supporté.

– Il s’est remarié, pourtant.

– Oh, il n’aime pas Kelly, il l’a juste épousé pour la façade, en quelque sorte. Mais c’est une salope, je ne l’aime pas.

– Vraiment ?

– Oui : y a que mon père pour croire que Bryan est son demi-frère. C’est son amant, en réalité.

– Oh !  »

Il n’était pas aussi naïf qu’elle l’avait cru, en fin de compte, il avait au moins compris les véritables relations de sa belle-mère et de son prétendu frère.

« Nous ferions mieux d’y aller.

– Attendez, j’aimerais…regarder le paysage, je n’ai pas eu le temps de bien l’apprécier, encore et c’est tellement plaisant, cette pièce qui tourne.

– Si ça vous amuse. »

Ils se rapprochèrent de la baie vitrée, mais elle se rendit compte qu’elle ne pouvait pas récupérer son bien sans attirer l’attention du jeune homme. Il fallait le divertir, mais
que faire ? Elle le savait bien, mais ça l’ennuyait, parce qu’elle avait vraiment l’impression de se moquer de lui et de ses sentiments envers elle, qui paraissaient sincères.

« Nous ne devrions pas nous attarder, mon père est de mauvaise humeur, aujourd’hui et… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle se jeta sur lui et l’embrassa avidement, ce qui sembla totalement le déstabiliser, au départ, mais il s’adapta très vite et lui
rendit son baiser. Elle s’arrangea pour reculer légèrement, l’entraînant avec elle et put enfin accéder à l’ordinateur ; heureusement, elle connaissait le clavier par cœur et put faire
sortir le CD-ROM du PC. Quand le terminal bippa pour indiquer qu’il avait bien saisi la commande, Mark fit mine de regarder ce qu’il se passait, mais elle l’attira encore plus vers elle et il
oublia l’ordinateur. Quand elle eut fini son opération, elle le relâcha et il s’éloigna, puis se retourna, gêné. Elle en profita pour glisser le CD-ROM dans son sac.

« Je…je suis désolée, fit-elle enfin, faussement dépitée. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je…

– Ce n’est pas grave, après tout, on va bientôt se fiancer, non ?

– Oui, mais ce n’est pas une raison pour me conduire comme je l’ai fait. Je suis désolée, Mark.

– Ce n’est rien, vraiment. De toute façon, moi aussi, j’en avais envie. Bien, ne nous attardons pas ici, mon père serait furieux s’il nous trouvait ici en revenant. »

Il lui prit la main tendrement et la reconduisit à travers les longs couloirs de la mairie, sans rien ajouter, visiblement satisfait de la tournure que prenaient les choses. Quant
à elle, elle était surprise de la facilité qu’elle avait eu à voler toutes ces informations. Ca leur permettrait d’apprendre beaucoup de choses sur leurs rivaux et ils pourraient alors le
vaincre. Ils allaient sortir quand Bryan, le frère de Kelly se posa en travers de leur chemin.

« Sécurité, annonça-t-il. Je dois vérifier que vous n’emportez rien. »

Oceany se sentit prise au piège : elle ne pouvait pas se débarrasser discrètement des CD sans se faire remarquer…ils allaient tous comprendre ses véritables intentions, elle
était perdue.

« Bryan, je t’en prie, arrête ce numéro : je ne vois pas ce que j’aurais pu prendre ici. Tout sera à moi, un jour.

– Je ne parle pas de toi, mais de la demoiselle, là. Veuillez ouvrir votre sac.

– Arrête, c’est ma fiancée, fiche-lui la paix. Viens Oceany, on s’en va. »

Il l’entraîna vers la sortie, fusillant Bryan du regard, au passage. Quand ils furent sortis, il explosa :

« Quel crétin, ce type, je peux pas le supporter ! Non, mais il se prend pour qui ? Je vous jure que, quand je serai maire, je le virerai en vitesse.

– Comment se fait ce que ce ne soit pas un robot qui assure la sécurité ? Je croyais que les hommes n’avaient plus à travailler.  

– Lui, c’est différent. Mon père a besoin d’un garde du corps infaillible et les robots ne sont pas parfaits, dans ce domaine. Et puis, Bryan est un hyper actif, il a besoin de
bouger, de s’occuper…alors mon père a eu pitié et l’a fait travailler.

– Ah, je comprends.

– C’est qu’un petit merdeux, il a besoin de se sentir important, alors il abuse un peu de son autorité. Bon, j’en ai assez de parler de ce pauvre type, si nous allions chez
moi ?

– Oh, je…oui, mais je ne dois pas rentrer trop tard.
– D’accord. »

Ils se rendirent à la station de monorail la plus proche et grimpèrent dans l’engin dès qu’il arriva. C’était un des éléments de Technopolis le plus réussi : silencieux et
écologique, le monorail était d’une rapidité inégalée et desservait parfaitement tous les recoins de la ville. Sauf le rez-de-chaussée, où personne ne voulait jamais aller, sauf elle, bien
évidemment. De plus, avec ses larges baies vitrées, il était assez lumineux et offrait à ses voyageurs une vue de la ville originale.

Ils arrivèrent à destination et Mark l’entraîna vers son appartement dont il semblait très fier. Il s’agissait en fait d’une sorte de maison sur le toit d’un grand immeuble, avec
un étage. L’avantage de vivre tout en haut était que l’on avait que le ciel au-dessus de la tête, et non l’étage supérieur, comme les autres. L’extérieur était une sorte d’imitation miniature de
l’ancienne maison blanche, qui avait été détruite longtemps auparavant. Quant à l’intérieur, il ressemblait tout à fait à son propriétaire : totalement mégalomane. Un immense miroir
tapissait le mur de l’entrée tandis que, de l’autre côté se trouvait un énorme escalier en marbre blanc qui menait à l’étage. En longeant la grande glace, on aboutissait à un immense salon où se
trouvaient, entre autre, une cheminée, un piano deux immenses bibliothèques et un tableau surdimensioné de Bill Oxford qui prenait une pose similaire à celle de Louis XIV sur le tableau de
Hyacinthe Rigaud. Au moins, il affichait clairement ses ambitions. Une jeune noire entra dans la pièce et se planta devant Mark. Oceany fut plutôt surprise de voir une personne de couleur dans
les étages de l’élite, mais à la façon dont elle était habillée et dont elle fuyait leur regard, elle comprit avec effroi qu’il s’agissait d’une esclave.

« Oceany, vous voulez boire quelque chose ?
– Non, ça ira, merci.

– Bon. Dans ce cas, Kirstie, apportez-moi juste un verre de muscat bien frais. Kelly est ici ?

– Madame est dehors, au bord de la piscine.

– Oh, oui, la piscine ! Il faut que vous voyiez ça !  »

Il la prit par la main et l’amena sur le balcon sur lequel se trouvait un grand bassin entouré de verdure et de palmiers ; décidément, Oxford ne se refusait rien.

Kelly, vêtue d’un simple bikini était tranquillement étalée sur une chaise longue, en train de prendre le soleil, un luxe que seuls les plus riches pouvaient s’offrir. Elle souleva
paresseusement ses lunettes de soleil pour étudier rapidement la nouvelle venue, puis les rebaissa et reprit sa séance de bronzage. Mark ne fut pas rebuté par cette attitude et se dirigea droit
vers elle.

« Kelly, je te présente ma future fiancée, Oceany.

– Oui, je me souviens de vous. Vous dansiez avec Mark, à la réception des Wadeker, n’est ce pas ? Tu as de la chance, Mark, elle est très jolie. »

Oceany ne put s’empêcher de rougir : elle n’était pas trop habituée au compliments et elle était toujours un peu gênée quand on lui en faisait. La jeune femme quitta enfin son
transat et tendit la main à la nouvelle venue.

« Bienvenue dans la famille, Oceany. Je crois que Mark a fait le bon choix, vous ferez certainement une bonne épouse. Nous devons fêter ça. Kirstie !  »

La jeune noire apparut presque immédiatement et avança jusqu’à sa maîtresse, en évitant soigneusement de la regarder dans les yeux. Que c’était triste !

« Apportez-nous trois bouteilles de champagnes et prêtez un maillot à Mlle Antelwort.

– Oh, je ne voudrais pas…

– Ici, c’est une tradition : nous buvons toujours le champagne dans la piscine, ça lui donne un meilleur goût. Kirstie, conduisez notre invitée dans une des chambres d’amis
pour qu’elle puisse se changer.

– Oui, madame. »

Kirstie la guida dans l’immense demeure, sans jamais la regarder, jusque dans une grande chambre dans les tons bleues, décorée avec goût. L’esclave lui offrit un maillot et allait
partir, mais Oceany la retint et referma la porte de la pièce, pour pouvoir discuter un instant seule avec elle.

« Ca fait longtemps que vous êtes ici ?
– Depuis que M Oxford est maire.
– Mmm, je vois. Où se situe votre chambre ?
– Pourquoi me demandez-vous ça ?

– Parce que j’ai envie de vous sortir de là : vous êtes un être humain et c’est lamentable de vous traiter ainsi.

– Pourquoi vous feriez ça ? demanda-t-elle, méfiante.

– Parce que je suis contre l’esclavagisme, d’une part, et parce que je suis contre l’injustice qui existe dans cette ville et qui crée trop de miséreux. Faites-moi confiance, je
suis de votre côté. »

Pour la première fois, la jeune noire la regarda droit dans les yeux, cherchant à voir si elle disait la vérité ou non. Sans doute rassurée, elle répondit à sa question avant de la
laisser se changer. Oceany considéra un instant le bikini mauve qu’on venait de lui prêter et essaya désespérément d’enfiler le haut, mais il était trop petit.  Apparemment, Kelly avait une
poitrine plus petite que la sienne. Mais elle ne pouvait pas apparaître avec uniquement le bas, ce serait terriblement déplacé et puis, elle ne voulait pas que Mark se fasse trop d’idées. Déjà,
elle commençait à regretter de l’avoir embrassé, mais elle n’avait vraiment pas eu le choix : c’était ça ou se faire attraper. Elle s’escrima donc avec le maillot et réussit à l’enfiler.
Même si elle n’avait pas fière allure, mais c’était déjà mieux que de sortir à moitié nue.

Elle rejoignit Kelly et Mark, qui étaient déjà dans l’eau et se dépêcha d’aller les y retrouver ; au moins, dans la piscine, on voyait moins sa poitrine compressée dans le
petit maillot. Kirstie arriva à sa suite, apportant trois coupes de champagnes qu’elle apporta à ses maîtres, ce qui fit bouillir Oceany . Ils ne la considéraient même pas comme un être
humain, ils auraient manifesté plus d’affection à un chien.

« Bien, fit Kelly en tendant sa coupe. Aux heureux fiancés. Que votre mariage soit réussi et que…vous ayez pleins de petits.

– Aux fiançailles !  » répéta Mark, euphorique.

Oceany avala rapidement son verre et sentit que sa tête commençait à tourner. Elle ne buvait jamais et ne supportait pas du tout l’alcool, mais apparemment, personne ne s’en rendit
compte : Kelly sirotait tranquillement son champagne, tandis que Mark continuait de sourire comme un idiot.

« Tu lui as fait visiter la maison ?
– Non, pas encore, j’y vais sur-le-champ.
– Heu, Mark, attendez : j’aimerais me changer, avant.

– Ah, oui, bien sûr. Faites comme chez vous, je vous en prie. »

Elle se rendit donc dans la chambre où se trouvaient ses vêtements et retrouva avec bonheur ses affaires qui étaient à sa taille. Quand elle fut changée, elle sortit de la pièce et
se retrouva nez à nez avec Mark, ce qui la fit sursauter : elle ne pensait pas le trouver là. Il sourit et la prit par la main pour la guider. Avec lui, elle avait un peu l’impression d’être
une petite fille qui suivait sagement son papa et ça l’énervait prodigieusement. Il lui montra toute la maison, qui était écœurement luxueuse, remplie d’objets d’art, de miroirs sur lesquels se
promenaient de fins fils d’or. Tout était en marbre, ronce de noyer, or, argent…elle pensa à tous ses amis, en bas, qui avaient tout juste une pièce pour se loger et un matelas défoncé pour
dormir, quel déséquilibre, c’était inadmissible.

Il finit la visite par sa propre chambre, plutôt dépouillée, par rapport au reste de la maison. Pas d’œuvres d’art, pas de bibliothèque, un petit miroir accroché au-dessus de la
commode et un simple lit, sans fer forgé, ni rien.

« C’est différent, ici.
– C’est moi qui l’ai décorée.

– Vous ne semblez pas partager la passion de votre père pour l’art et les livres.

– Non, je trouve que c’est une perte de temps. Je préfère la simplicité et puis, je trouve que tout ce luxe est futile : ça ne sert à rien de vouloir en mettre plein la vue
aux autres, tout ça ne représente rien. Quand je serai maire, je ne perdrai pas mon temps à tout ça, je chercherai plutôt des solutions aux vrais problèmes.

– Les vrais problèmes ?

– L’insécurité. Quand ce sera résolu, cette ville sera parfaite.

– Vous croyez ?
– Oui, j’en suis certain. »

Non, Technopolis ne serait pas parfaite tant qu’il existerait les exclus, mais Mark, tout comme son père, ne semblait pas s’en soucier. Sans doute parce qu’ils représentaient un
pourcentage assez faible de la population et que la plupart des élitaires ne savaient pas dans quelles conditions vivaient les exclus. Elle le savait et devait faire quelque chose pour les aider
à se sortir de là.

Soudain, Mark se jeta sur elle, la faisant tomber sur le lit et l’embrassa sauvagement. Elle comprenait mieux pourquoi il avait terminé la visite par sa propre chambre, pour
arriver tranquillement à ses fins, sans être dérangé. Mais il n’était pas question de se laisser faire, il fallait qu’elle se sorte de là. Elle repoussa la main baladeuse qui commençait à se
glisser sous sa jupe et se redressa brutalement, ce qui surprit le jeune homme.

« Qu’est ce qu’il se passe ?

– Il se passe que…hum…je veux rester vierge jusqu’au mariage.

– Quoi ?

– Oui, c’est comme ça. Ma mère m’a toujours appris que, quand on faisait partie de l’élite, il fallait se préserver pour la nuit de noce, alors, c’est ce que je fais.

– J’ai jamais entendu dire ça.

– Mais si, regardez : Neve Woodart et Ethan Wadeker n’ont pas encore consommé leur union.

– Oui, mais eux, ils ne s’aiment pas.

– Il y a tout un tas d’exemples, vous vous arrêtez à des détails. De toute façon, je dois y aller, j’ai beaucoup à faire.

– Je vous raccompagne. »

Il quitta le lit d’un air renfrogné et la reconduisit jusqu’à la porte d’où il la salua poliment, mais sans chaleur. Il devait se sentir très frustré, mais elle devait poser les
limites dès le début, sinon, elle allait perdre totalement le contrôle et il ne fallait pas que ça arrive. La moindre faute pouvait être très dangereuse pour les rebelles et pour
elle-même.

Episode 9

Ethan ouvrit péniblement les yeux et regarda autour de lui sans reconnaître l’endroit. Il voulut se passer la main sur le visage mais constata qu’il était attaché
par des menottes à une chaise. Cette information eut pour effet de le réveiller totalement.

Il inspecta mieux l’endroit et découvrit qu’il était dans une espèce de placard très sombre et humide qui sentait mauvais. Que s’était-il passé ? Il se
souvenait du cri d’Oceany, puis plus rien. Il avait été stupide : il savait qu’elle n’était pas seule, puisqu’il l’avait entendue parler à un homme, mais il n’y avait pas fait attention,
trop occupé à savourer sa brève victoire sur elle.

Il essaya de voir s’il ne pouvait pas libérer ses mains des bracelets de fer, mais il n’y parvint pas. Il poussa un cri de rage. Il ne pouvait pas rester là, il
devait s’échapper…qu’est ce qu’on allait lui faire ? Au moins, ils ne l’avaient pas tué, c’était peut-être bon signe. Il continua à s’agiter dans tous les sens pour tenter de se détacher,
mais il fut interrompu. La porte du réduit venait de s’ouvrir et la lumière l’éblouit, si bien qu’il ne vit d’abord qu’une vague silhouette féminine. Quand ses yeux se furent habitués, il
constata avec effroi qu’il s’agissait d’une Chinoise. Il détestait ces gens, ils avaient tué beaucoup de ses compatriotes.

La fille s’avança vers lui, le regarda un instant, sans rien dire, ce qui l’énerva prodigieusement.

« Qui êtes vous ? Qu’est ce que vous voulez ? Espèce de sale garce, tu comprends même pas l’anglais.

– Je n’aime pas qu’on me traite de garce gratuitement. Continue à me traiter comme ça et je t’en colle une. Tu as faim ?

– Pardon ?

– Je te demande si tu as faim. Tu comprends pas l’anglais ?

– Non, je veux partir.

– Je ne crois pas que ce soit à l’ordre du jour pour le moment. Tu as soif ?

– Un peu oui.

– D’accord. »

Elle sortit et revint un instant plus tard avec une bouteille d’eau, qu’elle lui colla sur la bouche. Il but avec avidité, content de pouvoir enfin se désaltérer.
Il s’en voulait un peu de l’avoir insultée, alors qu’elle s’occupait de lui. Il avait eu de la chance qu’elle ne soit pas rancunière car elle l’aurait laissé se dessécher. Quand il eut fini, il
décida de s’excuser.

« Je suis désolé pour ce que j’ai dit, tout à l’heure, vous n’êtes pas une garce.

– Je suis une Chinoise : pour vous, les Américains, les deux vont de paire. »

Elle reprit la bouteille et ressortit en refermant la porte : où était-il donc ? Les Chinois étaient tous des esclaves… Celle-ci avait dû s’enfuir, ce qui
signifiait qu’elle devait avoir une dent contre tous les Américains. Il risquait de passer un mauvais quart d’heure quand elle déciderait de le torturer. Mais comment avait-elle pu
s’évader ? Il était persuadé que la sécurité de Technopolis était sans faille…Quoique Oceany était parvenu à entrer sans problème dans la salle de réception alors qu’elle n’avait pas la
clef.

La porte se rouvrit et il reconnut immédiatement Oceany, qui avait enlevé son masque. Elle referma la porte à clef, puis lui ôta les menottes.

« Ca sera mieux comme ça, je pense. Vous avez récupéré assez vite, finalement. Vous êtes plus solide que ce que je ne pensais. Bon, il faut que nous
discutions : nous avons un sérieux problème. »

Elle tira sur une ficelle qui alluma une vieille ampoule qui se balançait du plafond. Il croyait que ce genre d’éclairage n’existait même plus, il était habitué aux
spots halogènes qui éclairaient si bien…il put alors constater qu’il n’était pas dans un petit placard, mais dans une sorte de cellule avec un petit lit de camp, un bidet, un lavabo et la chaise
sur laquelle il avait été attaché. Oceany s’assit sur le lit et grimaça.

« Hou ! Il n’est pas aussi confortable que votre grand lit, mais il faudra vous y habituer. Je suis navrée de ne pas vous offrir autant de confort qu’en
haut, mais nous sommes au rez-de-chaussée, ici, c’est un tout autre univers.

– Qu’est ce que vous allez faire de moi ?

– Pour le moment, rien, après, on verra. Disons que si vous nous rejoignez, vous  survivrez, sinon, on se débarrassera de vous.

– On va remarquer mon absence.

– Oui, ce pauvre Ethan Wadeker a disparu ; il faut avouer qu’il a la mauvaise habitude de se balader dans les bas quartiers, il fallait bien que ça arrive. On
raconte que l’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la police. Peut-être a-t-il une maîtresse, en bas ? Ca expliquerait sa disparition. Il préfère rester avec elle
plutôt qu’avec son odieuse fiancée…je ne crois pas qu’on s’inquiète beaucoup pour vous.

– Ma mère sait que je n’ai pas de maîtresse, ici.

– Oh, regardez la pauvre Lauren : elle est persuadée que son fils est un petit saint. La pauvre, si elle savait…

– Vous allez vous faire attraper, vous ne pourrez pas me garder ici, indéfiniment.

– Ce n’est pas mon but. J’ai besoin d’alliés, en haut, et j’aimerais vraiment que vous vous joigniez à nous.

– Si je dis oui, vous me relâchez ?

– Pas immédiatement. Ce serait trop facile, pour vous : si je vous relâchais maintenant, vous fileriez à toute vitesse et je n’aurais plus aucune nouvelle de
vous. Il faut d’abord que vous vous rendiez compte des conditions de vie, ici.

– Mais…

– Vous ne pouvez pas vraiment discuter. Je devrais peut-être vous présenter ceux qui vont s’occuper de vous, ce sont mes amis, évitez de les traiter de tous les
noms, d’accord, sinon… »

Elle se releva et ouvrit la porte. Cinq personnes entrèrent, ce qui réduisit considérablement l’espace libre de la cellule. Il y avait la jeune fille chinoise qui
lui avait donné à boire et un autre nippon et deux hispaniques: quelle mosaïque ! Ce devait tous être des esclaves évadés, des ennemis des anciens Etats-Unis et de Technopolis.

« Bon, Ethan Wadeker, je vous présente, Mai-Li, Myo, Juan et Maria. Si j’étais vous, j’éviterais de leur faire de mauvais coups. Si vous aviez la mauvaise idée
de vous enfuir, je viendrais régler votre compte en personne et vous risquez de regretter toute votre vie de m’avoir énervée. Bon, j’aurais bien aimé discuter avec vous plus longtemps, mais je
dois rentrer. Bonne nuit, Ethan, vous pouvez faire comme chez vous, ici. Bonsoir. »

Elle sortit, suivie par tous ses amis, le laissant seul dans sa « chambre ». Il était tout simplement furieux, il avait été trop présomptueux en croyant
pouvoir récupérer les quatre passes volés. Au fait qui était la quatrième victime d’Oceany ? Peu importait, il ne pouvait pas lui rendre son bien, il était coincé ici. Il devait à tout prix
s’échapper ! Il n’était pas question de rester dans cet endroit avec tous ces étrangers, ça le rendait malade rien que d’y penser…des Chinois, des Espagnols, et tout ce bruit qui ne cessait
jamais, qu’est ce que c’était ? Comment Oceany avait-elle pu pactiser avec ces gens, ça semblait totalement impensable…Elle devait être folle, il n’y avait pas d’autres
explications.

—–  

            Oceany referma le cadenas qui maintenait la porte de la cellule fermée et rejoignit les autres,
installés autour de la table sur laquelle ils travaillaient sur leur plan.

« Je viens d’avoir une idée, annonça Myo.

– A quel propos ? le questionna Maria.

– Nous ne connaissons pas exactement le fonctionnement de la mairie, nous ne voyons que ce qu’Oxford veut bien nous montrer, d’accord ? Nous ne pouvons donc
difficilement attaquer si nous n’avons pas un minimum d’informations sur l’ennemi.

– Où veux-tu en venir ?

– Et bien, puisque notre chère Oceany va se fiancer avec Mark, le propre fils du tyran, on va l’exploiter à fond. Oceany, ma chère, demain, tu vas appeler Mark et
t’arranger pour te faire inviter à la mairie et récolter un maximum d’infos.

– Oh, je ne sais pas si je pourrai entrer dans l’antre de la bête, fit-elle avec une voix exagérément grave. Mark ne semble pas très au courant des
affaires de son père.

– C’est une bonne idée, approuva Maria.

– Vas-y, ma grande ! renchérit Mai.

– D’accord, je vais essayer, mais je ne vous garantis rien. Ca pourra toujours nous servir. Bon, je dois vraiment rentrer, il ne faudrait pas qu’on s’aperçoive de
mon absence.

– OK, je te ramène, annonça Juan.

– Je préfèrerais que tu restes ici, au cas où… Ethan est assez fort, pour un élitaire. Il vaut mieux que Myo et toi montiez la garde, au cas où.

– Je te raccompagne, déclara Maria. Surveillez notre nouvel invité, il va nous faire un coup tordu : c’est un raciste.

– Comme tous, ici, soupira Oceany. Bon, on y va. »

Les deux jeunes femmes se rendirent près des motos et décollèrent rapidement. Durant le trajet, elles ne parlèrent pas, mais ce n’était pas vraiment étonnant :
elles n’avaient pas beaucoup d’atomes crochus, toutes les deux. Maria arrêta l’engin devant le balcon de sa passagère et attendit qu’elle soit descendue.

« Je ne sais pas à quoi tu joues, mais tu devrais faire attention : ça pourrait se retourner contre toi.

– De quoi tu parles ?

– Tu sais très bien de quoi je parle : laisse mon frère tranquille et il ne t’arrivera rien de fâcheux.

– Ton frère ? Mais pourquoi tu me parles de lui ?

– Tu crois que j’ai pas remarqué comment tu le regardais ?

– Mais, pas du tout, je…

– Arrange-toi pour que ça ne se reproduise pas. »

Elle redémarra et partit en trombe. Ce n’était pas bon signe, il ne fallait surtout pas commencer à avoir des inimités dans le groupe. Ils étaient déjà en position
de faiblesse, par rapport à Oxford et ses sbires. S’ils n’étaient pas parfaitement soudés, ils étaient certains d’échouer. Elle éclaircirait la situation avec Juan dès le lendemain et parlerait à
Maria de leur petit différend : ça ne pouvait pas continuer.

Début / Episode précédent / Episode suivant

Changement de cycle

 Reste donc lecteur, je ne compte pas de parler de machine à laver, même si je pourrais faire un article sur la mienne tellement chaque lavage se transforme en épopée fantastique. Par exemple, la dernière fois, ma machine a voulu me livrer sa propre version du déluge. Principales victimes : mes pauvres pantoufles déjà pas très en forme. Mais passons mes histoires de machine, tout le monde s’en fout, même Gauthier qui a vécu l’aventure en direct.


 Je le sentais, ce foutu vent qui se décidait enfin à tourner ! Le déclic a eu lieu lors de mon dernier voyage chez mes parents, fin mars. D’abord l’espoir. Après un trajet un peu pénible avec des histoires de vomi et de place réduite dans le train (pourquoi je paye 5 euros pour avoir le droit de faire voyager mon chat alors que je n’ai pas le droit à plus de place ?), je retrouve enfin ma maison, je papote avec ma maman (aussi bavardes l’une que l’autre, imaginez) et je vais faire un tour sur le net pour voir un peu ce qu’il s’est passé sur le blog pendant mon absence et vérifier qu’aucun amoureux transi ne m’a envoyé de mails. A défaut d’une demande en mariage de Brad, je trouve un mail curieux me proposant un stage. Bon, je sais que ça va capoter, je peux pas avoir de conventions mais je vais quand même donner suite, on ne sait jamais. Et là, tout s’enchaîne.
 
Vie pro

J’ai déjà raconté l’histoire de cet entretien surprise. Au départ, je dois réaliser un stage non conventionné de 2 mois, payé 25% du SMIC. Bon, la rémunération est minable mais je ne peux prétendre à mieux sans convention et, de toute façon, pour une fois qu’on me rémunère pour un stage… Je repars de l’entretien surexcitée, emballée par le projet et par Pierre Cécil, le DRH choupinou qui ressemble à David Duchovny. Ils me prennent, c’est sûr. Le lendemain, coup de fil, choupinou et sa voix sexy : « Oui, alors comme on peut pas faire un stage non conventionné de 2 mois, je te propose un CDD de 3 semaines, parce qu’on peut pas plus, niveau salaire. » Forcément, je m’empresse d’accepter. Forcément, je préviens ma sœur et Zoé sur MSN, forcément, j’appelle ma mère (qui, comme d’hab, n’a pas compris qu’un portable, ça marche mieux quand c’est allumé). Je suis carrément euphorique. Non parce qu’un stage, on ne sait jamais trop ce qu’il y a derrière, je peux avoir été stagiaire « je fais le même boulot qu’un journaliste » ou une stagiaire « je suis la pro de la photocopie ». Alors que là, c’est un CDD. Pour la première fois de ma vie, me voici pleinement journaliste, avec les responsabilités qui vont avec. Et ça, c’est la classe !

Après une première semaine, je suis comme un poisson dans l’eau. Pierre-Cécil me présente des tas de gens tous les jours que je ne retiens pas mais je leur adresse un grand sourire : « Salut ! Tu vas bien ?

– Oui, oui. »

Bon, ça va, le fait que je n’utilise pas son prénom ne l’a pas traumatisée. En plus, en RH, y a que des bonnes femmes, sauf choupinou donc c’est pas facile de les différencier. Puis je m’en fous, c’est pas avec elles que je bosse. Quoi qu’il en soit, après une première semaine, ce que j’ai rendu les satisfait donc je continue sur ma lancée. Cette semaine, je dois finir le rédactionnel pour la dernière semaine ne faire que de la mise en place et seconder Pierre-Cecil s’il a besoin de moi. Enfin, tout ça s’annonce bien.

La vie perso

Là aussi, piou piou les petits oiseaux. Déjà, côté familial, les bonnes nouvelles pleuvent. En ce moment, je m’entends à la perfection avec tout le monde, tant mes parents que ma sœur. De plus, le copain de ma sœur a été admis aux Pompiers de Paris ce qui semble être plutôt une exploit car le concours est difficile mais je me faisais pas vraiment de soucis pour lui pour être honnête. D’abord, les cartes m’avaient dit qu’il allait réussir. Ensuite, ça fait 5 ou 6 ans qu’il est pompier volontaire donc il sait quand même de quoi il s’agit. Donc voilà, il va bientôt entamer sa formation.

Côté « ma maman est une farceuse », il y a un mois, elle m’appelle et mauvaise nouvelle :

« mes analyses sanguines sont mauvaises, j’ai peut-être un lupus.

– Heu… Je sais pas ce que c’est.

– C’est une maladie dégénérative. Bon, c’est pas rapide, ça se dégrade sur 50 ans mais bon… »

Oups, en effet, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle. Bon, on fait le tour des médecins car les analyses sont curieuses : disons que tous les tests sont négatifs sauf son taux d’agents antinucléaires. Donc son médecin lui fait arrêter les bétabloquants qu’elle prenait pour son hypertension « pour voir ». Samedi, elle m’appelle : « Bon, j’ai tous mes résultats, tout va bien et en plus, ton père va me payer une nouvelle voiture ! ». Les deux parties de cette même phrase n’ont aucun rapport l’une avec l’autre mais elle était euphorique comme une gamine à qui on offre la maison Playmobil. Du coup, sa voiture actuelle échoit à Anthony et Alice mais elle me rassure : « tu sais, si tu as besoin d’une voiture, un jour, on t’en achètera une, hein, te sens pas lésée ! ». Je ne me sens pas du tout lésée et je vois pas ce que je ferais d’une voiture ! Actuellement, j’ai 15 mn de bus pour aller bosser, je peux lire Courrier International durant le voyage, j’ai pas à m’emmerder à garer mon véhicule où que ce soit… Qu’est-ce que je ferais d’une voiture ? De toute façon, j’ambitionne de devenir une vraie citadine à la Carrie Bradshaw, moi, c’est-à-dire, prendre le taxi en toute circonstance. D’ailleurs Carrie Bradshaw a-t-elle le permis ? Rien n’est moins sûr.

Vous me direz, ne reste que l’amour pour que le tableau soit complet. Et bien, il l’est complet, le tableau, une histoire qui se dessine à une vitesse peu croyable mais ce n’est pas encore le moment d’en parler, je le garde pour moi. Disons que l’histoire est merveilleusement résumée par cette chanson d’Etyl, « Moi, je » (oui, c’est ma came musicale, en ce moment) :

 
Moi qui suis pourtant restée seule,
Pour n’en vouloir qu’à moi-même
Quand ça va pas
Fatiguée de reprocher
Les mêmes manques, les mêmes
Erreurs, les même faux pas
 
Refrain : Moi qui me protège, qui court qui vole
Je me vois aujourd’hui
Sûre de vouloir être là
Oh j’ai tant cru en de belles paroles
Que tes silences timides
Me rassurent tout bas
 
Moi qui suis pourtant malhabile,
Encombrante, jamais docile
Me voilà
Avec toi, devenue plume
Une fois la nuit tombée devenue lune
Devenue chat
 
(refrain)
 

J’ai retrouvé le sourire, il ne me quitte plus. Et c’est le pied ! Vu toutes les loses qui se sont accumulées les 6 derniers mois, pour compenser, je ne peux avoir que le bonheur.

Sitcom Gauthier, épisode 4728

Par Gauthier

Vous le savez tous, je suis beau, intelligent, et tellement désirable que tous les hommes me courent après. C’est plus une malédiction qu’autre chose par moments. Quoique je m’en accommode très bien la plupart du temps. Oui ça me permet d’avoir une vie sexuelle complètement débridée. Alors bon, en ces moments de vaches maigres, je repense à tous ceux que j’aurais pu avoir et à qui j’ai dit non. Souvent c’était plutôt une bonne idée, d’autres fois ça me retourne l’estomac, genre : à m’en mordre sauvagement les doigts (et le reste).

Je vais vous raconter une énième anecdote sur ma vie si riche en rebondissement. Dernièrement j’ai fait la connaissance de Larouquine, fille délicieuse s’il en est. Elle est jeune (salope, moi suis vieille à côté !), gentille, cultivée, douce, complètement barrée, alcoolique, et moi je suis fan ! Lors de notre première rencontre, elle me fait une impression du feu de Dieu, elle me parle de tous ces pédés qu’elle côtoie (son frère en étant un, forcément, ça aide), de ces soirées VIP où elle traîne, bref je décide d’en faire ma nouvelle meilleure amie (Moumour pleure pas, tu reste la number 1 !). Et on en vient à causer cul (forcément). Et elle me parle de son mec.

Donc son homme, pour situer, est acteur porno gay, si si si si vous avez bien lu « acteur porno gay ». Sur le coup ça fait un choc, je sais. Alors moi pas peur, je demande des infos complémentaires. En fait il tourne de temps en temps pour une boîte de prod dont je tairai le nom. Il est bisexuel à la base. Moi je lui demande « mais comment peux-tu accepter que ton mec te trompe comme ça, et en plus des pervers se masturbent devant ses prouesses ! ». Le pire c’est que je fais partie des pervers sans le savoir, bref on s’en fout ! Donc elle m’explique que c’est avec des mecs, qu’en plus il est payé pour ça, et ça ne la dérange absolument pas. On entre dans les détails et elle m’explique qu’elle ne voit pas non plus pourquoi elle interdirait à son mec de coucher avec d’autres mecs, du moment qu’elle est au courant. Elle, de son côté, pourrait se permettre quelques infidélités. Bref je suis sur le cul, un tel couple je pensais que ça n’existait qu’à la télévision moi !

Quelque temps après, je rencontre son copain. PUTAIN MAIS IL EST BEAU !!!!!!!! Oui bon forcément qu’il est beau, mais il a quelque chose de … sexuel… et d’indescriptible, ça me mets en feu ! Et je crois que ça se voit que je suis en train de baver, donc les blagues vont bon train sur mes envies de lui profaner la tombe ! Pour rajouter à son dossier, il est gentil, agréable, et on peut parler de tout et de rien, bref il y a de quoi tomber sous le charme de suite ! Après ce premier contact, ma copine rouquine me dit quelque chose comme ça :
« Mais Gauthier tu en penses quoi de mon homme ?

– Ben il est très beau, tu en as de la chance !

– Tu sais on parlait des gens qui dégage sexuellement, tu sais les hormones, les gens qui sentent le cul, ils se reconnaissent entre eux, t’es pas d’accord ?

– Si, moi je repère les chauds comme ça, j’ai un radar, et j’en attire pas mal !

– Oui on est d’accord tu sens le cul Gauthier, comme mon mec et moi…

– Oui c’est plus flagrant pour ton mec de mon point de vue, vu que je suis gay !

– Tu as envie de coucher avec ?

– …

– Non parce que lui, oui, donc si vous voulez moi ça me dérange pas, et je dois avouer que l’idée m’excite d’ailleurs !

– …
 

Alors là, le Gauthier il ne sait plus quoi dire ! Et une fois que je retrouve mes esprits, je réalise donc qu’une bombe sexuelle, acteur porno, petit ami d’une amie, veut coucher avec moi, et tout le monde trouve ça tout à fait normal !

La semaine qui suit on en reparle, et Larouquine milite pour que je fasse une partie de jambes en l’air avec son homme ! Mais moi je peux pas. Je peux pas vous expliquer pourquoi, mais ça me bloque complètement. Si je ne connaissais pas Larouquine, peut-être que j’y arriverais. Et encore il faut que je me décomplexe, parce que coucher avec un mec qui a fait de la fellation et de la sodomie son métier, ça me complexe grave. Je ne suis pas Rocco Siffredi bordel ! Et quand bien même je suis un Dieu du sexe, j’ai peur de ne pas pouvoir rivaliser. Et puis s’il simule ? Comment le saurais-je ??? ARGH monde cruel !

Donc voilà où j’en suis : coincé par ma conscience et mes complexes, je pensais pas que ça pourrait m’arriver un jour, vraiment là je suis emmerdé. Je préfère quand je suis une enflure de première, je fais n’importe quoi sans me poser de questions, et tout le monde y trouve son compte (surtout moi).

Mais bon le problème ne se pose plus, je suis sexuellement non-opérationel pour quelques semaines. C’est juste que ça me perturbe « et si je l’avais fait avant ? », chienne de vie !

Episode 8

Oceany allait se coucher quand on frappa à sa porte. Elle enfila rapidement une robe de chambre et donna la permission d’entrer, ce que firent sa
mère et son beau-père. Elle appréciait beaucoup Nicholas et trouvait qu’il était le compagnon idéal pour sa mère : d’une part, il était très séduisant, avec ses cheveux blonds dans lesquels
serpentaient de fins cheveux d’argent et son visage droit. Mais par-dessus tout, il était très tendre et patient avec elle et s’occupait parfaitement de l’éducation d’Oliver.

Alyson s’approcha d’elle, posa une main sur son épaule et se mit à sourire bêtement, tandis que Nicholas lui annonça la nouvelle :

« Oceany, nous sommes heureux de te t’apprendre que nous t’avons trouvé un fiancé idéal.

– Mais je ne veux pas me fiancer, je suis trop jeune.

– Enfin, ma chérie, j’avais 22 ans quand je t’ai eu, soit quasiment ton âge, ce n’est pas trop jeune, crois-moi.

– Mais je ne me sens pas prête, moi, je…

– Attends de savoir de qui il s’agit.

– Oui, figure-toi, reprit Nicholas, que, ce soir, Mark Oxford en personne est venu me demander ta main et j’ai accepté avec joie.

– Mark ?

– N’est ce pas merveilleux ? Il est très joli garçon et vous vous entendez si bien ! Et puis, il sera maire de la ville dans un futur assez
proche et ton fils sera à son tour maire, etc. Tu dois être heureuse, non ?

– C’est pas exactement le mot que je cherchais. »

Sa mère l’étreignit affectueusement dans ses bras et repartit, toute guillerette vers son époux, ils la saluèrent tous les deux puis quittèrent la
pièce. Oceany s’écroula sur son lit et soupira : elle n’avait pas la moindre envie de se marier. D’abord, elle était trop jeune et devait accomplir sa mission avec les rebelles. Cependant,
Mark était naïf et certainement influençable et s’il devenait maire, elle pourrait améliorer les choses…mais il n’aurait pas le pouvoir avant trente ans, au moins : son père n’avait pas
soixante ans et semblait avoir une santé de fer. C’était trop long, il fallait agir avant. Par ailleurs, elle commençait à s’inquiéter sérieusement de l’attitude de sa mère : elle savait
qu’Alyson ne montrait pas sa haine envers cette ville et son système devant Nicholas, mais elle ne jouait pas la comédie, quand elle lui avait manifesté sa joie quelques minutes auparavant.
Avait-elle été conquise par cette vie facile comme tous les autres ? Non, il y avait quelque chose qui n’allait pas dans tout ça. Alyson n’avait jamais été une femme influençable, elle avait
toujours fait preuve d’une volonté à toute épreuve. Mais, à présent, elle semblait s’être abandonnée à la cause d’Oxford, comme tous les autres d’ailleurs… seuls les exclus n’étaient pas dupes,
mais pourquoi étaient-ils moins sensibles à la propagande que les autres ? Parce qu’ils n’avaient pas d’ordinateurs, télés et tous les appareils qui facilitaient la vie et qu’ils étaient si
insignifiants qu’Oxford ne s’était pas donné la peine de les séduire : s’ils se rebellaient, ils ne pourraient jamais renverser le pouvoir en place, il n’avait pas les moyens. Mais Oxford
n’avait pas imaginé qu’une élitaire allait se joindre à eux et leur fournir de quoi se battre. D’ici quelques temps, ils pourraient enfin faire entendre leur voix, dénoncer le caractère
inégalitaire de la ville. Elle imaginait déjà la réaction du Maire, il allait en faire une syncope. Mais ils avaient encore des détails à régler, tout n’était pas encore prêt. Mais, bientôt,
cette ville allait connaître la révolution.

—– 

            Ethan soupira et s’écroula sur son canapé, épuisé : il avait cru que cette
soirée ne se finirait jamais. Mais Dieu dans sa miséricorde lui avait enfin accordé le droit de se reposer.

« Ethan !  »

Dieu était donc un sacré farceur. Sa mère venait d’entrer dans le salon et semblait furieuse, mais il n’avait pas la moindre idée de ce qui avait pu
la mettre dans cet état.

« Mon passe a disparu !

– Quoi ?

– On a aussi volé mon passe durant ta réception ! Mon Dieu, c’est un comble ! Je croyais que l’entrée était rigoureusement
surveillée ! Je vais écrire à l’agence de sécurité pour qu’ils améliorent leur robot, parce qu’apparemment ils ne fonctionnent pas bien.

– Ca ne sert à rien d’écrire, cette société est régie par des machines, comme toutes les autres et les machines ne lisent pas le courrier. Tu l’as
peut-être perdu.

– Bien sûr que non ! Je ne suis pas aussi gâteuse que Mme Thornton, je sais que je l’avais mis dans mon sac. Est-ce que tu crois que c’est un de
tes invités ?  »

Il ne répondit pas immédiatement, se demandant s’il devait l’avouer ce qu’il avait découvert sur Oceany Antelwort Geller ou s’il valait mieux se
taire. Après tout, il n’avait aucune preuve et il avait peut-être commis une erreur.

« C’est certainement Bill Oxford qui a pris le tien parce que le sien n’était plus valable, ironisa-t-il. Non, bien sûr que non, ça ne peut pas
être un de nos invités, il n’y avait que l’élite.

– Tu sais, la cleptomanie, ça touche toutes les couches sociales. Qui s’est rendu aux vestiaires ?

– Et bien, si on excepte ceux qui sont allés poser leurs affaires et qui sont allés les chercher, personne. Tout le monde a pu voler ces passes,
s’ils ont bel et bien été volés, et…

– Tu doutes de ce que je te dis ?

– Non, mais…

– Tu prétends que l’on ne m’a pas volé mon passe, alors qu’il a disparu de mon sac ? Seigneur, Ethan, comment oses-tu traiter ta mère de la
sorte ?

– D’accord, on a peut-être, non, on a certainement volé ton passe, mais pour les Thornton, j’ai des doutes. Tu sais comme moi qu’elle n’a plus toute
sa tête, la pauvre femme. Quant au tien, tu l’as peut-être fait tomber en cherchant quelque chose dans ton bric-à-brac : ton sac est un vrai capharnaüm, avoue-le. J’irai faire un tour de la
salle, demain soir, pour vérifier que tu ne l’as pas perdu là-bas, et puis, je retrouverai certainement de petits objets comme des boucles d’oreilles, des papiers sans importances et
compagnie : tu sais qu’on perd toujours quelque chose dans ce genre de soirée.

– Si tu veux, mais je suis sûre que ces passes ont été volés. Bon, je retourne chez moi me coucher. Bonne nuit, Ethan. La soirée était très réussie,
si l’on excepte cette petite mésaventure, je suis fier de toi.

– Je n’aurais pas pu réussir sans toi et sans…sans Neve. C’est un travail d’équipe, en quelque sorte.

– Oui, et une équipe du tonnerre. »

Elle déposa un baiser sur la joue du jeune homme et repartit dans son appartement, qui communiquait avec celui de son fils. Il était plutôt heureux
de savoir que la soirée lui avait plu, parce que c’était uniquement pour elle qu’il avait accepté ce rituel ridicule appelé « fiançailles » et qui était, à son avis, parfaitement
inutile.

Il se rendit dans sa chambre, se déshabilla et enfila le bas de son pyjama avant de se coucher. Il n’avait jamais autant apprécié de se retrouver sur
ce matelas moelleux dans ses draps en soie bleue. Il ferma les yeux mais constata avec une certaine surprise qu’il n’arrivait pas à trouver le sommeil, parce qu’une question le tourmentait :
était-ce vraiment Oceany qui avait volé les passes ? Si ce n’était pas le cas, il risquait d’être très mal vu et le mariage entre leurs futurs enfants semblait compromis…De toute façon, il
trouvait ridicule de faire des projets à si long terme. C’était bien Neve, ça : elle ne ferait des enfants que pour satisfaire ses idées de grandeur et ça l’attristait. Ces pauvres enfants
allaient devoir se démener comme des fous pour arriver à combler les désirs de leur mère qui ne les aimerait qu’à partir du moment où ils réussiraient. Mais lui, il se moquait bien de marier ses
enfants à ceux du maire ou de la voisine, du moment qu’ils étaient heureux… Mais cette société ne privilégiait pas le bonheur individuel.

Par ailleurs, il regrettait d’avoir fini la soirée sur une mauvaise note, avec Oceany. Il appréciait la jeune femme et aurait bien aimé gagner son
amitié, mais il avait probablement tout gâché par son manque de tact …Il aurait mieux fait de se taire. Mais ce qui était fait ne pouvait se refaire et il s’arrangerait pour lui présenter
ses excuses quand il la reverrait. Sauf s’il avait la preuve qu’elle était bien la coupable, évidemment. S’il ne s’était pas trompé, il aurait la réponse dès le lendemain soir. D’ailleurs, il
avait besoin de repos : elle savait se battre et s’il était à moitié endormi, elle le mettrait au tapis en moins de deux.

Il se retourna et regarda l’heure : déjà six heures et demie. Il resterait au lit toute la journée, il n’avait rien de mieux à faire de toute
façon : Technopolis avait éliminé le travail et lui avait offert du temps libre. Il en faisait ce qu’il lui plaisait, tout était prévu pour que l’homme n’ait pas le temps de s’ennuyer et il
fallait avouer que c’était articulièrement réussi. Une société presque idéale. Presque.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 5
 

            Oceany regarda plusieurs fois autour d’elle et bondit sur le balcon, suivie de
Juan qui avait placé la moto en mode « lévitation ». Elle essaya d’ouvrir la porte-fenêtre mais constata qu’elle était verrouillée, alors elle saisit une carte magnétique et la passa
devant le montant qui fit entendre un déclic et ils purent ouvrir la porte.  Oceany avait fabriqué elle-même son passe-partout en suivant les indications sur le web : grâce aux
perturbations magnétiques que provoquait cette carte, tous les verrous électroniques cessaient de fonctionner pendant cinq à dix secondes, largement le temps d’ouvrir n’importe quelle porte. Ils
entrèrent dans la pièce qui était à présent vide et s’avancèrent vers le vestiaire, mais avant d’y pénétrer, Juan la retint par le bras.

« Attends, je dois te parler.

– De quoi ? Je ne crois pas que ce soit le moment de parler de quoi que ce soit, il faut agir vite.

– Oui mais tu me parais préoccupée. Tout va bien ?

– Oui, oui…

– Tu peux te confier à moi, je suis ton ami.

– Je… je… je vais me fiancer.

– Hein ?

– Mark Oxford a demandé ma main à mon beau-père : on se croirait revenu au XVIème siècle ! Et puis, on est trop différents, tous les deux
et…laisse tomber.

– Ne t’en fais pas, on aura détruit le système en place avant ton mariage.

– Sans doute…on reparlera de tout ça plus tard, ce n’est pas le moment. Bon, je vais récupérer les passes et toi, tu vas monter la garde : à la
moindre alerte, tu me préviens d’accord ?

– Compte sur moi. »

Elle sourit puis se dirigea rapidement vers les vestiaires. Ils ne risquaient rien et même si quelqu’un les apercevait, ils avaient leur masque, mais
elle ne sentait pas très à l’aise, sans doute parce que c’était la première fois qu’elle évoluait ainsi dans son propre milieu. Le risque d’être reconnue était multiplié par cent, au
moins.

Elle ouvrit précautionneusement la porte et jeta un œil dans la pièce : tout semblait en ordre ; elle entra et fila vers sa cachette d’où
elle extirpa, à l’aide d’une pince à épiler l’enveloppe qui était admirablement bien dissimulée. Elle allait la glisser dans son sac quand elle perçut un mouvement derrière elle. Elle se retourna
et évita de justesse un manche à balai qui aurait dû frapper sa tête et l’assommer. Elle fit un bond sur le côté et frappa le manche qui se brisa en deux et regarda enfin son agresseur pour
constater avec surprise qu’il s’agissait d’Ethan Wadeker. Encore lui.

« Tiens donc, comme on se retrouve, fit-il. J’étais sûr que vous étiez mêlée à la disparition des trois passes.

– En fait, j’en ai volé quatre.

– Cette fois, vous ne m’échapperez pas. »

Elle recula légèrement, prête à lui sauter dessus au moindre geste, mais il avait tout prévu. Il n’aurait pas pu gagner à la régulière, il avait donc
du trouver un moyen de la désavantager et il n’avait rien trouvé de mieux que d’accrocher un filet au plafond, retenu par une corde qu’il tenait dans la main. Il bougea légèrement, la faisant
reculer et, dès qu’elle fut sur le filet, lâcha la corde. Elle réagit au quart de tour et sauta sur le côté mais pas assez rapidement et ses pieds s’emmêlèrent au piège, la faisant chuter. Il se
jeta sur elle et lui arracha son masque ayant la confirmation de ce qu’il avait pensé : il s’agissait bien d’Oceany Antelwort.

« J’en étais sûr, je savais que c’était vous.

– Et alors, qu’est ce que vous y gagnez ? Personne ne vous croira si vous racontez ça.

– Et comment vous expliquerez votre présence ici, ce soir ?

– Je n’aurai pas à me justifier. »

Elle se mit à crier étonnement fort, ce qui le fit reculer. Il la regarda, médusé, se demandant ce qu’elle cherchait à faire et n’entendit pas Juan
arriver par derrière. Le latino lui administra un magnifique cou sur la nuque, ce qui assomma immédiatement le jeune homme, qui s’écroula lourdement sur le sol. Oceany se débarrassa du filet et
rejoignit son complice.

« Bien joué. Faut pas traîner ici, on a pu m’entendre. Qu’est-ce qu’on fait de lui ?

– On le tue ?

– Non, il ne faut pas qu’ils sachent qu’on peut accéder aux sommets. On l’embarque.

– Pourquoi ne pas le laisser ici ?

– Il sait qui je suis, c’est trop risqué ; quand on s’inquiétera de sa disparition, je m’arrangerai pour rappeler qu’il aime bien se promener
dans les bas étages. Bon, ne traînons pas, il ne vaut mieux pas se faire attraper. »

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Des Nouvelles De Moi

Par  Emma -Parce que je le vaux bien-

            Je pense qu’il est temps de faire le point. Cela fait un petit moment que je ne me suis pas penchée sur mon nombril et que je ne vous ai pas fait part des circonvolutions de ce dernier. Donc, comme je sens que le sujet vous passionne d’avance, je m’en vais vous parler de MOI.

            1ère étape, ô combien essentielle, ma semaine parisienne mode « squattage chez Gauthier ». Je prends l’avion le samedi en début d’après-midi, encore assez floue (oui j’ai bu le vendredi soir). Je fais le point pendant le vol, j’ai un commandant de bord charmant qui nous fait les commentaires « Nous survolons actuellement Limoges, notre descente vers Paris commencera aux abords d’Orléans blabla ». Très communicatif le monsieur. Limite névrosé. Bref, j’atterris à Orly et là commence l’enfer. Je suis une fille. Je pars en voyage une semaine. Il est donc absolument évident que j’ai besoin d’avoir avec moi TOUTE ma garde-robe. Vous avez déjà traversé la moitié de la capitale avec une valise bon marché pas pratique pour un sou pesant exactement 18.7kg ??? Je vous assure que le parcours du combattant à la Légion c’est une promenade de santé à côté. PUTAIN QUELLE GALERE ! 2h plus tard, j’arrive enfin chez Gauthier.

            Première soirée. J’ai le choix entre retrouver Jeff, mon musicien dont je vous avez parlé dans un précédent article, sortir avec Gauthier et Nina, ou rien. 1ère option : Jeff, qui doit me « téléphoner demain » depuis environ 2 mois. 2ème option : soirée vodka chez une amie de Gauthier, alors que j’ai fait tout le trajet avec la gueule de bois de ma soirée de la veille. J’opte donc pour la 3ème option, et je me fais une balade dans le quartier suivie d’une sympathique soirée Mac Do/MSN/les 100 et quelques chaînes de télé de mon logeur. Gauthier découche ce soir-là, j’ai donc le lit pour moi toute seule… Franchement, vous me direz que c’est pas la peine d’aller jusqu’à Paris pour ça, mais j’ai passée une TRES bonne soirée. Dimanche. J’ai l’immense privilège d’apercevoir le joli petit américain de Gauthier au réveil. Repas à midi entre Vingtenaires à la gare (oui, et alors ?) en charmante compagnie. L’après-midi, promenade à Montmartre avec Gau-gau, Nina et son triptyque, puis on se pose prendre un verre dans un café. Tirages de cartes, Coca à 5€ pour les 2 compères (sic), chocolat chaud pour moi, conversations graveleuses coquines et fous rires pour tout le monde. Le soir, nous avons mangé des cocktails dans notre bar préféré à nouveau entre Vingtenaires à nouveau en charmante compagnie.

            Bon, je vais pas vous faire toute ma semaine, ça risque de vous lasser. Donc, ce qu’il faut retenir :

Versailles c’est humide, tout plein de tractopelles et d’enfants aux profs d’Histoire-Géo sadiques.

Le Sexodrome de Pigalle ne vaut pas le Sexy Center toulousain. Si vous avez des achats sexy à faire, descendez dans le Sud ou allez sur Internet.

Nina peut avoir un orgasme à la simple vue d’une baignoire cassée abandonnée sur un trottoir.

Lors de mon prochain séjour, je jette le réveil de Gauthier par la fenêtre, voir même Gauthier avec.

Je n’y connais rien en rap américain. La prochaine fois que je bois un chocolat chaud à côté d’un rappeur hyper connu, je veux qu’on me le signale.

On peut très bien survivre une semaine en ne se nourrissant presque exclusivement que de Mac Do, de Kinder Délice et de cigarettes. Et on grossit même pas.

On peut parler cul à voix haute dans les cafés parisiens, personne ne comprend c’est rempli de touristes étrangers.

Quand il y a un ivrogne bien relou dans le métro, il est forcément pour moi. Ca doit être mon côté psy…

Les serveurs du Mac Do Bastille sont les plus lents du monde. Je dirai même que l’appellation « Fast-Food » devrait leur être retirée.

Je hais le Tango. La prochaine fois que j’entends du Tango je mords quelqu’un.

Les films de cul gays sont aussi nazes que les films de cul hétéros. Si, c’est possible.

Je veux un MAC (j’avais l’air fine à mon retour à faire F9 toutes les 10 secondes sur mon PC).

Gauthier et Nina se partage un neurone unique. C’est vous dire le boulot qu’il a.

J’adooore Paris.

            Voilà. Ca, c’est fait. Revenons à mon Jeff. Je l’ai finalement vu la veille de mon départ, il jouait avec son groupe dans un club très sympa. Il s’est bien évidemment confondu en excuses plus ou moins bidon à propos de son silence. Je lui ai bien évidemment fait comprendre qu’il avait pas assuré une cacahouète. Mais je dois bien avouer que le coup de cœur est toujours présent, même si carrément refroidi. J’ai passé une excellente soirée, qui s’est soldée par un nouveau petit bisou entre nous. Je sais, il ne le méritait pas, mais j’en avais envie. Et puis avec ce que je lui ai dit, il doit encore s’en ronger les doigts de ne pas m’avoir donné de nouvelles pendant ces 2 mois !!! Donc, tout va bien de ce côté-là, il va gratter les murs jusqu’à ce que l’on se revoie cet été.

            Sujet délicat maintenant : mon petit cœur. Comme je n’aime pas trop parler de ce qui m’importe vraiment quand c’est encore à chaud, je serai brève, précise, claire et directe.

MAIS PUTAIN POURQUOI J’AI PAS DE BOL COMME CA C’EST PAS HUMAIN UNE LOSE PAREILLE PUTAIN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

            Voilà. Depuis le début de la semaine Nina me répète inlassablement 2 choses : « Dérivatif » et « I Will Survive », donc, bon, je commence à me faire à l’idée. N’empêche, je commence à me poser des questions, et je pense que je suis loin d’être la seule. J’ai 26 ans, et je trouve que le temps passe très vite. J’apprécie toutes mes expériences de vie, les bonnes comme les mauvaises, mais va arriver un moment où j’en aurai ma claque des expériences, et où j’aimerai bien arrêter d’expérimenter. J’espère juste que ce moment n’arrivera pas trop tard (s’il arrive un jour ce con-là). Prince Charmant, toi qui m’écoutes, montre-toi ! Où te caches-tu ? Oh ducon !!!! J’te cause !!!!

             Donc d’ici-là, ben je dérivatif-e à fond (du moins, j’essaye) et j’écoute Gloria Gaynor à fond toute la journée (non, là je mens, j’y arriverai jamais).

(Si cet article dépasse le quota autorisé de « moi », de « je », de « j’ », de « ma/mon/mes », c’est normal. Je vous avais prévenu, ce texte est essentiellement, entièrement, totalement, honteusement à donf narcissique.)