Episode 25

Chapitre 17


Juan porta la main à son masque qui le gênait et l’ôter, mais il fut retenu par une main virile. Il ne fit pas attention à cette personne, il ne pensait plus à rien sauf à sa sœur enfermée dans une
cage, à la merci d’Oxford.
« Il faut partir, lui annonça une voix masculine.
– Pas question, je ne peux pas la laisser là.
– Juan, tu ne peux rien faire. »
Il tourna la tête et vit Ethan qui paraissait réellement inquiet, mais il ne pouvait laisser sa sœur là, ils allaient lui faire du mal, il devait la sauver.
« Il faut la sauver !
– Tu ne peux pas l’approcher et s’ils t’attrapent, ils vont te tuer aussi.
– Ils veulent donc la tuer ? Je ne peux pas laisser faire ça !
– On ne peut rien faire, Juan ! intervint Mai qui venait de les rejoindre en compagnie des deux autres. Il faut partir d’ici.
– Non ! cria-t-il, mais personne ne réagit, trop fasciné par ce qu’il se passait sur scène.
– Juan ne fait pas l’idiot.
– Laissez-moi, je…c’est ma sœur, dit-il, la voix brisée.
– Je suis désolée Juan, fit Kirstie, je sais que c’est dur de voir mourir ce que l’on aime, mais dis-toi qu’on la vengera. Partons, maintenant.
– Non, je veux rester jusqu’au bout, je vais prier pour elle, jusqu’à…jusqu’à ce qu’elle soit…
– D’accord, acquiesça Ethan, mais après, filez le plus vite possible. »

—–

Maria regarda la salle mais elle ne put rien distinguer, les spots l’aveuglaient. Sa vie allait donc s’achever là, devant tous ces inconnus qu’elle méprisait plus que tout,
devant la garce blonde qui n’était pas sur la scène, ce qui l’étonna. Devant Oceany qui n’avait pas un si mauvais fond, à bien y réfléchir. Mais sans Juan, son frère, le seul membre de sa famille,
le seul qu’elle avait aimé plus qu’elle.
L’homme de main d’Oxford s’approcha de la cage et ouvrit la porte. Elle se tassa vers le fond, pour tenter de lui échapper, mais elle était totalement impuissante, tout effort de résistance serait
réduit à néant. Un robot entra dans la cage et lui passa des menottes, avant de la pousser à l’extérieur de son abri. Elle se retrouva ainsi sur scène, attraction pathétique d’un spectacle qui
l’était tout autant : comment l’homme pouvait-il prendre du plaisir à voir un des siens mourir ? Elle ne le comprendrait plus jamais, tout comme ces dizaines de questions qu’elle n’aurait plus le
temps de se poser. Au moins, la mort lui apporterait la paix. Là-haut, il n’y avait pas d’élitaires ou d’exclus, tout le monde était l’égal de l’autre.
Les robots la soulevèrent et la couchèrent sur une planche en bois, plaçant sa tête sous la lame qui étincelait, menaçante. A présent, ses larmes lui brouillaient la vue, elle ne distinguait plus
rien, ce n’était peut-être pas plus mal, elle ne voulait pas avoir les idées claires, c’était trop dur. Cependant, elle avait un dernier message à passer.
« Vous allez tous crever, j’ai mis des bombes à retardement dans les piliers, ça va pas tarder à vous exploser à la figure, c’est bien fait, je vous hais tous, vous ne voyez pas plus loin que le
bout de votre nez, vous ne voyez pas le malheur de ceux qui vous sont inférieurs, vous ne voyez pas que vous êtes esclave de cet enfoiré d’Oxford et de sa salope de femme.
– Et bien, en voilà une demoiselle bavarde, je suis obligé de lui couper la parole, en attendant de lui couper la tête. »
Oxford sembla très satisfait de son sinistre jeu de mots, puis il disserta pendant deux minutes sur la répression qu’il était obligé de mettre en place et sur la paix qui allait bientôt régner dans
cette ville dont il était l’heureux maire.
Oceany sentit une larme couler sur sa joue et elle s’empressa de la cacher derrière son masque, pour éviter qu’on puisse la voir, ça pourrait paraître suspect. Elle prit Oliver dans ses bras et le
força à regarder le mur de l’autre côté, pour qu’il ne puisse pas voir la scène, ce qui ne sembla pas le déranger. Il était fatigué et elle le sentait s’endormir dans ses bras. Elle se mit à
pleurer un peu plus fort, ne pouvant s’arrêter et elle sentit soudain une main sur son épaule. Elle se retourna et vit Ethan, anormalement pâle, visiblement aussi bouleversé qu’elle. Sans rien lui
demander, il prit le petit garçon dans ses bras et resta près de sa maîtresse. Elle avait besoin de sa présence, elle avait du mal à rester stoïque, elle devait se sentir fautive.
Oxford termina son discours, puis fit signe aux robots qui défirent le nœud qui retenait la corde à laquelle était attachée la lame, puis après le roulement de tambour, ils lâchèrent tout. En deux
secondes, tout était terminé mais Oceany crut que ça avait duré une éternité et manqua de s’évanouir sous le choc. Le public resta un instant silencieux et se mit à applaudir à tout rompre, heureux
de ce spectacle : étaient-ils donc tous fous ? Maria était morte et ils étaient heureux, mais quels monstres étaient-ils ? Elle avait envie de prendre ses jambes à son cou et de fuir loin d’eux,
mais elle ne pouvait pas, ça la trahirait à coup sûr.
Les lumières se rallumèrent et Mark se précipita vers elle ; heureusement, grâce à son masque, il n’avait pas vu qu’elle avait pleuré.
« Mon père m’avait prédit une belle surprise mais je ne m’attendais pas à ça.
– Moi non plus.
– J’espère que ça vous a plu. J’ai trouvé ça vraiment bien.
– Vous êtes sérieux ?
– Bien sûr ! Vous n’avez pas aimé ?
– Comment pourrais-je aimer voir la mort de quelqu’un devant mes yeux ? Vous croyez que je n’en ai pas assez vu pendant la guerre ? Je trouve ça horrible, je ne comprends pas que ça puisse vous
réjouir, je suis très déçue. Je vais rentrer chez moi, Oliver ne tient plus debout.
– Mais Oceany, ce sont nos fiançailles.
– Et alors ? Je n’ai plus envie de rester. »

—–

Ethan embrassa tendrement l’épaule de sa compagne mais il sentit bien qu’elle était ailleurs. Sans doute repensait-elle aux événements de la soirée, ça l’avait profondément
secouée.
« Arrête de te ressasser tout ça, ça ne sert à rien et ça te fait du mal.
– Je n’ai rien pu faire pour la sauver, répondit-elle d’une voix chevrotante. J’ai été trop faible, je suis incapable de lutter contre lui.
– Tu n’aurais rien pu faire de toute façon, tu me l’as dit toi-même.
– J’aurais dû essayer.
– Pour quoi faire ? Pour te faire guillotiner à ton tour ? Trop de gens ont besoin de toi, ça aurait été tellement bête…
– Tout est de ma faute, c’est moi qui l’ai tuée.
– Tu dis n’importe quoi.
– Si je ne m’étais pas disputée avec elle, elle ne serait pas partie et elle ne serait pas morte, c’est tout. Je me sens tellement responsable, et que va dire Juan ?
– Il sait aussi bien que moi que tu n’y es pour rien. Arrête de te torturer, s’il te plaît.
– Et tous ces gens qui ont applaudi, qui ont…Seigneur, ne ressentent-ils donc plus rien ? Qu’est ce qu’il se passe ?
– Je n’en sais rien, ils n’ont pas vu les choses de la même façon que nous, ils ne connaissaient pas Maria, ils…
– Mais c’est monstrueux d’applaudir la mort d’un autre, c’est révoltant. Comment Oxford fait-il pour être toujours aussi plébiscité, ça m’échappe. Je te jure qu’il va le payer, il ne peut pas s’en
tirer comme ça.
– Ne fais pas n’importe quoi.
– Ne t’en fais pas, je ne veux pas le rater, ni sa chère épouse, je crois qu’elle est encore pire que lui. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais ça ne restera pas impuni, je suis prête à
tout pour ça. Déjà, je vais rompre mes fiançailles avec Mark, je ne veux pas rester avec lui. Il est aussi cruel que son père, je le déteste.
– C’est la pire des choses à faire. Kelly t’a à l’œil, il faut que tu rentres dans ses bonnes grâces et c’est pas comme ça que tu vas y arriver.
– Je sais, mais je peux vraiment pas. Il s’est réjoui de voir Maria mourir, rien que pour ça, je ne supporterai plus qu’il m’approche.
– Chut, arrête, maintenant, tu as besoin de te reposer. Laisse tomber toutes ces idées de vengeance, on verra tout ça demain. »
Il l’enserra tendrement et l’embrassa dans le cou, mais ça n’eut pas l’effet souhaité, elle resta totalement inerte, continuant à ruminer ses idées noires.

—–

« Maintenant, j’en suis sûre, elle s’est trahie ! »
Bryan leva les yeux et regarda Kelly qui tournait en rond dans la salle, d’un air triomphant. Ils avaient dû dormir à peine quelques heures à cause de la réception et elle semblait en pleine forme.
Comment faisait-elle ?
« De quoi parles-tu ? demanda-t-il.
– De quoi je parle ? Mais enfin, tu dors ou quoi ? D’Oceany ! Tu aurais vu sa tête quand vous avez exécuté Anna !
– Maria.
– Peu importe ! Elle n’a pas voulu rester avec moi pour ne pas me montrer son émotion, mais je ne suis pas dupe. Maintenant, je sais que c’est elle, l’élitaire qui fait partie des rebelles, mais je
n’ai pas de preuves, ça m’agace. Alors… j’aurais besoin de toi.
– Qu’est ce que tu veux que je fasse ? Je ne vois pas comment t’apporter ces preuves !
– Envoie-lui des messages subliminaux lui intimant l’ordre de se rendre, c’est pas plus difficile que ça.
– En fait, si, il y a un gros problème. Elle ne se sert quasiment plus de son ordinateur, je ne vois pas comment je pourrais lui envoyer des messages sans ça.
– Merde ! Mais comment ça se fait ? On ne peut rien faire sans ordinateur !
– La preuve que si.
– Je vais trouver une solution, je n’ai pas le choix. En attendant, surveille-la de près, je veux tout savoir.
– Je ferai mon possible mais si elle ne se sert pas de son PC, c’est impossible.
– Débrouille-toi, c’est tout. »
Elle quitta la pièce, énervée. Mais pourquoi tenait-elle tant à éliminer Oceany, ça n’avait aucun sens. Bien sûr, elle souhaitait étouffer tous signes de résistance, c’était tout à fait
compréhensible. Mais rien ne pouvait permettre d’accuser Oceany et cet acharnement le dérangeait. Il était bien décidé à savoir ce qu’il se cachait derrière tout ça.

—–

Mark se retourna et fut surpris de découvrir sa belle-mère juste derrière lui. Comment était-elle arrivée ici sans se faire remarquer ? De toute façon, elle n’avait rien à
faire à la mairie, il n’aimait pas la voir traîner par-là. Elle semblait cacher des choses et il ne serait pas surpris d’apprendre qu’elle faisait partie des rebelles et que c’était elle qui avait
aidé Kirstie à s’enfuir.
Elle s’avança vers lui et sourit :
« Bonjour, Mark, bien dormi ?
– Pas vraiment : je me suis fâché avec Oceany.
– Quoi ?
– Elle n’a pas du tout apprécié le spectacle, elle a trouvé ça atroce et elle est partie avant la fin de la soirée. J’avais vraiment l’air idiot, après.
– C’est une jeune fille très étrange, tu ne trouves pas ? Je me demande si elle ne cache pas quelque chose.
– Bien sûr que si, et je sais très bien de quoi il s’agit, il faudrait être aveugle pour ne pas s’en apercevoir.
– Je n’ai rien remarqué, moi.
– Enfin, c’est évident : elle a une liaison avec Wadeker.
– Hein ?
– Ils ne se sont pas quittés de la soirée ou presque et c’est avec lui qu’elle est partie, c’est à lui qu’elle a confié son frère, c’est lui qu’elle regardait tout le temps…mais qu’est ce qu’il a
de plus que moi ? C’est un nul, un moins que rien ! Je suis supérieur à lui, je ne comprends vraiment pas.
– Tu te fais peut-être des idées.
– Arrête, je suis pas idiot, je sais ce que je dis. Mais c’est pas grave : c’est moi qu’elle va épouser et je te jure qu’elle va l’oublier, ce minable.
– Je n’en doute pas.
– Bon, je dois aller voir papa, il veut me dire un truc et tu sais qu’il n’aime pas le retard.
– Bien, de mon côté, je vais rentrer. »
Le jeune homme repartit en la laissant seule. Il lui avait donné une information très intéressante, elle pourrait peut-être s’en servir pour neutraliser Oceany.

—– 

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Episode 24

Chapitre 16


    Oceany donna son carton d’invitation au robot qui l’autorisa à entrer en allumant une petite lampe verte et en bippant. Elle ne put s’empêcher de sourire : la sécurité était
réduite au minimum, c’était parfait. Ses amis pourraient rentrer sans difficulté. Elle avança et découvrit le théâtre municipal où elle n’avait encore jamais mis les pieds, vu qu’il n’y avait
jamais eu de spectacles. Il avait été bâti  «à l’italienne », avec des balcons richement décorés de frises dorés et de masques souriants et grimaçants, évoquant ainsi la commedia dell’arte.
Mais elle n’eut pas le temps de détailler plus la salle, Mark venait d’arriver à ses côtés et lui prit la main pour l’embrasser.
«  Vous êtes ravissante, ce soir, Oceany ! »
Elle sourit poliment et regarda son costume, une jolie tenue de marin. Il était, certes, très séduisant ainsi, mais elle ne put s’empêcher de penser à Ethan : en quoi allait-il être déguisé ?
«  Merci, répondit-elle enfin. Vous êtes très séduisant, dans cette tenue.
– Merci, j’ai réussi mon but. Charmer la seule femme qui en soit digne d’intérêt : vous.
– Oh, je… merci. J’ai hâte de voir ce ballet.
– Oui, sans doute…si nous allions nous installer ? Nous sommes placés là-haut, au balcon, à la meilleure place, avec mon père et vos parents.
– Oh ! C’est fantastique, mais allez vous installer sans moi. Je dois voir quelqu’un, avant.
– Comme il vous plaira. »
Il sourit et partit en direction du balcon. Il était vraiment charmant et elle avait vraiment du mal à croire qu’il ait pu faire du mal à Kirstie ou à qui que ce soit, d’ailleurs. Elle le suivit un
instant du regard et soupira. Elle n’avait aucune envie de se fiancer avec lui et ce n’était pas très honnête de prétendre publiquement le contraire, mais elle n’avait pas le choix. Elle sentit
soudain une présence derrière elle et sut instantanément que c’était Ethan, elle avait reconnu son parfum.
«  Vous êtes ravissante, ce soir, Mlle Antelwort Geller. »
Elle se retourna et détailla le jeune homme de la tête aux pieds : il portait un smoking noir par dessus lequel il avait mis une cape rouge, le tout accompagné d’un chapeau haut de forme noir et
d’un masque blanc qui ne lui masquait que les yeux et la naissance du nez.
« Vous n’êtes pas mal non plus, M Wadeker, mais en quoi êtes-vous déguisé ?
– Arsène Lupin, gentleman cambrioleur. C’était un héros d’avant, je ne l’ai même pas connu, mais j’ai trouvé le costume très joli.
– En effet. Qu’est ce que tu as fait de ta chère et tendre ?
– Je l’ai semée : elle est déguisée en fée.
– Et ?
– Je préfère ne rien te dire, je te laisse la surprise. C’est pas génial, l’intimité, ici, on va pas pouvoir trouver un coin tranquille pour tous les deux.
– Surtout que je suis la fiancée, je risque de ne pas avoir une minute à moi.
– Et moi qui avais très envie de t’embrasser, je vais être horriblement frustré. A la limite, je peux venir faire un tour chez toi, après, non ?
– Il vaut mieux l’inverse. Je vis encore chez mes parents et ça ne va pas être facile de te faire entrer. Je passerai te faire un petit coucou.
– C’est pas d’un petit coucou que j’ai envie, mais d’un gros câlin !
– Chut ! Ne dis pas ça en public, il ne faut pas qu’on nous entende. On… »
Elle fut interrompue par une arrivée de rubans et de froufrous rose fuchsia au milieu desquels apparaissait Neve, qui aimait bien se ridiculiser en public. Sa robe qui avait la forme meringue que
détestait Oceany était d’un goût douteux et les grandes ailes en plastique irisé menaçaient d’éborgner tout son entourage. Quant à son masque, on aurait cru qu’il avait été peint par une petite
fille de cinq ans ayant une adoration pour le rose.
« Oceany ! s’écria-t-elle d’une vois suraiguë. Je suis ravie de vous revoir ! Félicitations, vous allez faire un beau mariage avec Mark, j’espère que vous aurez vite beaucoup d’enfants.
– Pardon ?
– Je crois qu’il est temps d’aller s’installer, intervint Ethan. A plus tard, Oceany, nous nous croiserons certainement pendant le bal.
– Oui, certainement. »
Elle lui sourit puis partit rejoindre Mark qui était en compagnie de son père, sa belle-mère et Bryan, ainsi que la famille de sa fiancée qui venaient de s’installer. Elle s’assit à sa place, entre
Mark et sa mère et ne put s’empêcher d’admirer le confort de ses fauteuils qui étaient si moelleux. Son futur fiancé se pencha vers elle.
« Ils sont confortables, n’est ce pas ?
– Oui, en effet !
– J’ai tout fait pour que ce soit confortable, ici, intervint Bill, pour inciter les gens à aller au théâtre.
– C’est une bonne idée, mais il faudrait songer à donner des représentations, dans ce cas.
– Ca ne saurait tarder, c’est juste que j’avais d’autres priorités, avant. »
Oceany crut sentir une certaine hostilité dans sa voix, mais elle l’avait un peu cherché. Elle n’avait pas été très aimable avec lui, elle ferait mieux de se rattraper si elle voulait  être
dans ses petits papiers. Elle jeta un œil sur la salle pour constater que toutes les places, ou presque, étaient occupées, puis elle étudia un peu mieux le balcon, admirant les décorations finement
ciselées. Soudain, son regard croisa celui de Kelly et elle frissonna : elle semblait si haineuse ! Elle portait une toge blanche qui semblait d’inspiration grecque, accompagné d’une épée en fer
blanc et d’une balance dorée, assortie à son masque doré joliment décoré. Elle devait être déguisée en justice, quelle drôle d’idée ! Oceany lui sourit et la jeune femme lui rendit son amabilité,
mais elle sentait une menace dans ce sourire, ce qui était ridicule. Elle ne connaissait pas Kelly et n’avait aucune raison de se sentir menacée par elle, après tout, pourquoi lui en voudrait-elle
?
Oceany préféra cependant détourner son attention sur la salle et chercha Ethan, qu’elle n’eut aucun mal à repérer. Il suffisait de rechercher un gros point rose, il était à côté. Ils étaient tous
les deux dans le même cas : obligés de se fiancer à quelqu’un qu’ils n’aimaient pas, pour satisfaire les codes de cette foutue ville. Quelle société pouvait affirmer s’approcher de la perfection si
elle ne respectait pas le sentiment des hommes ? C’était d’une prétention inouïe. Elle aurait tout donné pour passer la soirée seule avec lui, plutôt que de faire des ronds de jambes à ces
personnes dont elle se moquait éperdument. Depuis qu’ils étaient ensembles, ils n’avaient pas eu beaucoup de temps seuls, tous les deux, et elle se sentait horriblement frustrée. Elle avait envie
de passer toute sa vie auprès de lui et de l’aimer jusqu’au bout de la nuit, mais il y avait trop de gens autour d’eux, et pas assez de temps. Elle n’avait à présent qu’une hâte : en finir avec
Technopolis et vivre à fond cet amour naissant et encore fragile.
Une jolie mélodie retentit pour avertir le public que le spectacle allait commencer, puis quelques instants plus tard, la lumière s’éteignit et le lourd rideau en velours rouge se leva. Oceany
ressentit une certaine excitation puérile l’envahir. Elle qui n’avait connu que la guerre ou presque n’avait jamais vu le moindre ballet et elle se demandait ce que ça allait donner. Sa mère lui
avait dit que le Lac des cygnes était très bien, elle l’avait vu étant plus jeune, et elle avait compté les minutes avant le lever de rideaux.
Les danseurs entrèrent sur scène et racontèrent l’histoire de la  jolie princesse transformée en cygne et qui reprenait sa forme humaine la nuit. Elle avait toujours aimé les contes et se
souvenait des froides nuits dans les camps de survivants, quand sa mère leur racontait Cendrillon, la Belle a Bois Dormant ou d’autres histoires de princes et de princesses. Mais là, c’était encore
mieux, la musique était si belle, jouée avec tant de finesse, on aurait dit une musique divine. Quant aux danseurs, des cyborgs, ils étaient d’une grâce étonnante, compte tenu de leur nature, et
semblaient flotter dans les airs. C’était tout simplement magnifique, si fort, si émouvant, elle fut totalement incapable de détacher ses yeux de la scène et pendant toute la représentation, elle
oublia Mark, Oxford, Technopolis et même Ethan, il n’y avait plus que ces robots mimant cette histoire avec de si beaux gestes.
Quand la lumière se ralluma et que le rideau tomba, elle bondit sur ses pieds et applaudit avec chaleur, accompagnant ainsi le public enthousiaste. C’était vraiment une réussite et quand elle
regarda Oxford, il semblait au bord de l’orgasme, tellement il était fier de son œuvre. Elle eut presque honte d’avoir été charmée aussi facilement, mais il ferait mieux de ne pas trop se réjouir,
il n’allait pas tarder à pleurer.
Il sourit à sa future belle-fille, ne se doutant pas de ce qu’elle pensait, puis s’éclipsa pour rejoindre la scène où les cyborgs saluaient encore et prit le micro.
« Merci beaucoup, merci, je suis touché par votre enthousiasme, et je dois avouer que c’était un spectacle magnifique. Bien, à présent, il est temps d’ouvrir le bal, mais pour ça, nous devons faire
de la place, je demanderai donc aux personnes assises en bas de bien vouloir se lever et se mettre sur le côté, merci. »
Il y eut un grand mouvement et chacun se leva pour se pousser, mais la plupart des élitaires étant assez âgés, l’opération prit plusieurs minutes, ce qui amusa Oceany. Technopolis se vantait d’être
la cité parfaite et minutieusement organisée, mais il fallait attendre cinq minutes pour voir tous ces pauvres vieux quitter leur siège. Quand ils furent tous debout, Oxford leva le bras pour faire
un signe et les fauteuils se tassèrent les uns sur les autres pour rentrer dans le mur sous leur balcon, libérant ainsi toute le rez-de-chaussée pour le bal ; il fallait avouer que c’était
ingénieux.
« Bien, à présent, que le bal commence ! Pour ouvrir ce bal, je vais demander à mon fils Mark et à sa nouvelle fiancée, Oceany de venir sur la piste pour lancer la première danse. Bonne soirée à
tous. »
Oceany fut assez gênée à l’idée de danser devant tout le monde avec Mark, mais elle n’avait pas le choix et fit semblant d’accepter avec joie. Ils descendirent au rez-de-chaussée et commencèrent à
valser, peu à peu rejoints par d’autres couples, dont Ethan et Neve. Pendant toute la danse, ils ne cessèrent de se chercher, croisant fugitivement leurs regards et, à la danse suivante, ils
valsèrent ensemble. Elle rapprocha le plus possible son visage de lui et lui chuchota à l’oreille :
« Je sais pas si je vais résister toute la soirée.
– Résister à quoi ?
– A l’envie de t’embrasser.
– Et bien, ne te gêne pas, ça me fera plaisir.
– Je suis la fiancée, je peux pas me lâcher comme ça. Tu as vu les autres ?
– Je les aperçois de temps en temps mais ils bougent tout le temps, c’est pas facile de les repérer.
– C’est plutôt une bonne chose. La sécurité est vraiment minimale, ici, c’est étonnant. N’importe qui peut rentrer.
– S’il est muni d’une invitation, ce qui n’est pas le cas des exclus, sauf exceptions. Je ne vois pas l’utilité de renforcer la sécurité.
– Oxford sait que les exclus peuvent monter ici, il l’a appris à ses dépends, et tu ne trouves pas ça curieux qu’il n’y ait aucun dispositif de sécurité renforcée ? Toute l’élite est ici, ce soir.
Une bombe et tout est fini.
– Tu penses à Maria ?
– En effet. Elle avait un passe pour accéder aux derniers étages et elle est très douée pour les explosifs. Je ne suis pas rassurée du tout.
– Il doit y avoir un truc, Oxford n’est pas un suicidaire. Il a dû prévoir une parade pour éviter tout risque d’attentat.
– Je ne vois pas…attends une minute, ça me fait penser à quelque chose. Mai pensait que la soirée avait lieu à la salle de réception, c’est ce qui avait été annoncé dans les médias.
– Tu crois que c’était fait exprès ?
– Peut-être. Si j’étais Maria et que je voulais faire sauter tout le monde, j’irais donc à la salle de réception et pas ici, c’est logique, mais…
– Mais quoi ?
– Maria savait qu’il fallait détruire les quatre piliers pour anéantir la ville, j’ai peur qu’elle ait fait une bêtise.
– Elle n’est pas suicidaire, quand même.
– Non, elle est extrémiste, c’est pire. »
Il ne répondit pas et l’enlaça plus fort pour tenter de la rassurer, mais elle avait semé le doute dans son esprit. Il ne connaissait pas vraiment Maria, mais il en avait beaucoup entendu parler et
ce qu’il avait appris semblait corroborer les suppositions d’Oceany. Elle était tout à fait capable de tout faire sauter pour tuer Oxford, quitte à éliminer en même temps des milliers
d’innocents.
Le bal continua normalement sans signe d’explosions et ils durent se séparer pour ne pas trop attirer l’attention. Oceany se retrouva donc dans les bras de son fiancé, avant de passer à Nicholas et
de finir dans les bras d’Oxford. Elle fit mine d’apprécier de danser avec lui mais elle était plutôt mal à l’aise. Ce n’était pas courant de valser ainsi avec son pire ennemi.
« Vous êtes très courtisée.
– Pardon ?
– Il me semble que le jeune Wadeker n’a d’yeux que pour vous.
– Ethan ? Oh non, c’est un très bon ami, c’est pour ça. De toute façon, il est fiancé avec Neve Woodart, maintenant.
– Oui, c’est vrai. Vous avez l’air de vous amuser.
– Oui, la soirée est très réussie.
– Et ce n’est pas fini ! Que pensez-vous des rebelles ?
– Quoi ?
– Les rebelles : ces exclus qui sèment la zizanie dans les bas étages en espérant renverser le pouvoir.
– Oui, je sais. Je n’en pense pas grand chose, c’est surtout un mythe, pour moi. On ne risque absolument rien, ici. Quoique…Mark m’a parlé de votre esclave et je me demandais si nous étions en
sécurité, ici. C’est très facile de rentrer ici et je crains un attentat.
– Ne vous en faites pas, j’ai tout prévu. J’avais donné un mauvais lieu de réception, pour éviter tout risque et j’ai bien fait.
– Pourquoi dites-vous ça ?
– Certains petits oiseaux imprudents se sont retrouvés enfermés dans la cage.
– Qu’est ce que vous voulez dire par-là ?
– Vous n’allez pas tarder à le savoir. D’ailleurs, je dois m’éclipser, excusez-moi, charmante enfant. »
Il lui baisa la main et partit en direction de la scène, la laissant seule. Qu’est ce qu’il avait bien pu vouloir dire ? Elle regarda autour d’elle, aperçut deux des rebelles mais ne put savoir
lesquels et aperçut enfin Ethan en compagnie de sa fiancée. Elle se précipita vers lui et demanda à Neve de les laisser, ce qu’elle fit avec plaisir. Les bonnes relations entre Oceany et son fiancé
allaient l’aider à accomplir ses desseins.
« Qu’est ce qu’il se passe ? demanda-t-il à voix basse. Tu es toute pâle.
– Je crois qu’Oxford a attrapé l’un d’entre nous, mais je ne sais pas qui, je les ai cherchés mais j’en ai vu que deux, il y a trop de monde.
– Qu’est ce qu’il te fait dire ça ?
– Il m’a expliqué qu’il avait donné une mauvaise information sur le lieu, puis il a ajouté : j’ai bien fait, des oiseaux sont rentrés dans la cage ou un truc comme ça.
– Ca ne peut pas être l’un d’entre nous, puisque personne n’est allé là-bas.
– Oui, c’est vrai, mais il vaut mieux qu’ils disparaissent immédiatement, allons les prévenir.
– OK. »
Ils se séparèrent mais Oceany n’eut pas le temps d’aller bien loin, elle fut stoppée par Kelly qui se posa devant elle.
« Vous ne dansez pas ?
– Non, je cherche…mon petit frère, pour savoir comment il va.
– Bien, il est juste là, en train de jouer avec des enfants de son âge. Il est très mignon, habillé comme ça.
– Je trouve aussi. Excusez-moi, je dois partir.
– Pourquoi êtes-vous si pressée, nous avons toute la soirée.
– Oui, mais…
– Restez ici, c’est la meilleure place.
– La meilleure place pour quoi ?
– Chut, ça va commencer. »
Oceany cligna des yeux et regarda son interlocutrice, d’un air curieux : de quoi parlait-elle donc ? Ca ne lui plaisait pas du tout, cette histoire, elle sentait que ça allait mal tourner. Les
lumières s’éteignirent sauf deux spots qui se braquèrent sur la scène où Oxford apparut, le sourire aux lèvres.
« Mes chers amis, mes chers citoyens, je vous ai préparé une surprise pour ce soir, un spectacle digne des plus grands Rois ! Comme vous le savez, cette ville  compte parmi ces citoyens
quelques…hum…brebis galeuses, dirons-nous, qui ont décidé de semer la panique. Mais je ne vais pas les laisser faire, ils n’ont pas le droit de menacer votre bien-être et votre bonheur. Alors, ce
soir, devant vous, je vais leur donner une leçon. Cette soirée restera dans les mémoires comme celle qui a marqué le début de la paix totale dans cette ville. Rideaux ! »
L’étoffe se leva lentement pour laisser apparaître un drôle d’accessoire lourdement décoré de torsades dorées et d’ornements grotesques, si bien qu’elle ne sut dire ce que c’était. Puis une
demi-douzaine de robots accompagnés de Bryan entrèrent sur scène en tirant une cage dans laquelle se trouvait une femme, qu’elle reconnut immédiatement : Maria. Elle cessa de respirer un instant,
mais reprit vite ses esprits. Kelly était juste à côté d’elle et elle ne devait pas se trahir, mais il fallait agir vite : elle devait retrouver Juan et le faire sortir immédiatement. S’il voyait
sa sœur souffrir, il allait perdre la tête et pourrait agir dangereusement. Elle fit un pas en arrière, mais Kelly la retint par le bras.
« Où allez-vous donc ? C’est la meilleure place, ici.
– Qu’est ce que vous allez lui faire ?
– La guillotiner.
– Quoi, mais c’est atroce !
– C’est le sort réservé à tous les rebelles, même pour ceux qui font partie de l’élite.
– Excusez-moi, je ne veux pas que mon frère voit ce massacre. »
Apparemment, Kelly savait qui elle était exactement et c’était très dangereux. C’était elle qui  tenait les rênes et non pas son mari. Il fallait donc agir comme si elle n’avait pas saisi le
sous-entendu ou, mieux encore, si elle ne s’était pas sentie visée. Elle fendit la foule et retrouva Ethan qui regardait la scène, médusé.
« Trouve les autres et neutralise Juan, il doit partir immédiatement.
– Qu’est ce que c’est ?
– Une guillotine.
– Oh mon Dieu, on doit faire quelque chose.
– On ne peut rien faire, Kelly m’a à l’œil. Elle sait que je fais partie des rebelles, mais j’ignore comment. De toute façon, si on tente quoi que ce soit, on y passera aussi, on est dans
l’impasse.
– Alors, on va la laisser mourir.
– On n’a pas le choix, malheureusement. Bon, dépêche-toi.
– Et toi, qu’est ce que tu vas faire ?
– Je vais empêcher Oliver de voir ça. »
Elle repartit en direction de son frère et le trouva enfin. Apparemment, il n’avait pas compris ce qui allait se passer et ce n’était pas plus mal. Il était trop jeune pour être confronté à la
mort, c’était déjà miraculeux qu’il ne soit pas souvenu des atrocités de la guerre qui avait émaillées ses premières années.
« Hé, Oceany, c’est quoi, ce spectacle ?
– Quel spectacle ?
– Le truc, là, sur la scène.
– Ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas pour les enfants.

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Episode 23

Mark regarda sa montre et soupira. Il avait une demi-heure d’avance et ne savait pas quoi faire pour passer le temps. Il aurait bien discuté avec quelqu’un, mais son père était en
train de régler certains détails avec les danseurs tandis que Kelly avait disparu en compagnie de Bryan, pour changer. Il n’y avait vraiment que son père pour ne pas voir leur petit manège mais,
comme on dit, l’amour rend aveugle.
Il poussa un nouveau soupir et s’assit dans l’un des fauteuils en velours du théâtre, qui étaient d’un confort remarquable, et contempla un instant la scène encore vide sur laquelle allait se
déroulait ce ballet qui promettait d’être d’un ennui prodigieux. Pourquoi son père s’acharnait-il à vénérer l’art de l’ancienne société, ce n’était qu’une perte de temps. Il y avait tellement
d’autres choses à régler, comme attraper tous ces rebelles qui étaient venus les narguer jusque chez eux. S’il avait le pouvoir, il les traquerait nuit et jour et quand il les aurait enfin
capturés, il les aurait torturés jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais son père était trop mou pour ça. Le pouvoir, pour lui, c’était de collectionner de vieux tableaux sans intérêt et d’aligner des
tas de bouquins inutiles et poussiéreux sur des étagères. C’était évident, Bill n’était pas fait pour gouverner, il était trop faible. Il ferait mieux de s’écarter pour laisse la place à son fils
mais Mark savait bien que son vieux père ne ferait jamais ça. Il était beaucoup trop orgueilleux pour avouer son incompétence.
Il regarda l’heure et soupira : ça ne passait vraiment pas vite ! Il avait hâte de se fiancer avec Oceany, car ça le rapprochait du mariage et, surtout, de la nuit de noce. Il avait été
profondément frustré quand elle l’avait repoussé en prétextant vouloir rester vierge jusqu’au mariage. Quelle idée stupide ! C’était digne du Moyen-âge, ça, c’était tellement dépassé ! Il était
certain que si on examinait toutes les futures mariées élitistes, le nombre de vierges devait se compter sur les doigts d’une seule main et il était tombé sur l’une d’entre elles. Mais dès qu’elle
aurait la bague au doigt, il allait rattraper le temps perdu, qu’elle soit consentante ou non. De toute façon, il serait bientôt l’homme le plus puissant de la ville, donc du monde, et elle ne
pourrait rien faire pour l’empêcher de faire ce qu’il voulait. Mais, en attendant, il était condamné à jouer le fiancé gentil et prévenant, alors que ça ne lui correspondait pas du tout, mais
Oceany était le meilleur parti de la ville et il voulait épouser une femme de son rang.
Il regarda l’heure et soupira : que le temps lui paraissait long !

—–

Kelly passa derrière le rideau et longea les coulisses pour arriver dans une grande cage où était enfermée la rebelle dont elle avait oublié le nom. Mais elle n’en avait cure,
elle allait mourir de toute façon. Cependant, elle voulait essayer une dernière fois de lui soutirer le nom de leur chef. Elle s’assit sur un fauteuil qui traînait et regarda sa prisonnière d’un
air dédaigneux.
« On fait moins la maligne, maintenant, n’est ce pas…c’est quoi votre prénom ?
– Maria, Maria Ramirez. Ne l’oubliez pas, c’est moi qui vais faire sauter cette putain de ville.
– Ah oui, c’est vrai, les bombes…vos complices les désamorceront forcément, quand ils verront que vous n’avez pas réussi votre mission, à savoir tuer tous les élitaires. Quel déshonneur !
– Je travaillais seule, pour la vingtième fois.
– Je ne vous crois pas, vous aviez des complices et votre chef fait partie de l’élite, j’en suis sûre. Dites-nous son nom et elle mourra à votre place.
– Elle ? Qui vous dit que c’est une femme ?
– Intuition féminine, sans doute.
– Je ne vous donnerai aucun nom, je ne suis pas une balance et, de toute façon, j’ai agi seule dans cette histoire. Mais vous faites fausse route : il n’y a pas qu’un seul élitaire, il y en a deux,
sans compter tous leurs complices passifs. L’édifice tombe en ruine, les gens commencent à prendre conscience que cette ville est un enfer, ils vont tous se rebeller et vous allez vous faire
lyncher, blondasse.
– Nous tenons tous ces gens sous notre contrôle, il n’y a aucun risque de rébellion dans l’élite, sauf pour quelques brebis égarées. Mais ce n’est pas trois péquenots qui vont tout détruire.
– Comment pouvez-vous en être si sûre ?
– On contrôle tout le monde grâce aux messages subliminaux : plus ils utilisent leurs ordinateurs, plus ils sont convaincus que Technopolis est un paradis terrestre. Vos élucubrations sur une
révolte élitiste sont vraiment ridicules ! Votre mort ne sera vraiment pas une perte. Bien, je pense qu’il est temps de vous dire adieu, nous ne nous reverrons plus. J’aurais volontiers tranché
votre tête moi-même, mais c’est un peu trop salissant à mon goût. J’espère que vous apprécierez autant le spectacle autant que moi.
– Dégage, salope.
– C’était bien mon intention. Vous n’avez pas beaucoup de conversation, vous êtes ennuyeuse à mourir. Au moins, grâce à moi, vous mourrez en beauté. »
Maria frappa violemment la cage, comme si elle avait voulu la détruire, mais elle échoua : apparemment, c’était très solide. Elle regarda Kelly d’un œil noir, comme si elle avait pu la tuer rien
qu’en la regardant, mais ça n’eut pas l’effet escompté. Kelly éclata de rire et se leva, pour tapoter sur les grilles, ce qui énerva encore plus sa proie, qui était hors d’elle et qui donnait, à
présent, de grands coups dans la porte de sa cage pour tenter de la défoncer. Elle détestait cette femme blonde, elle la haïssait plus que tout et se jura de la maudire au moment de sa mort.

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Episode 22

Maria jeta un œil par la fenêtre et soupira. Depuis qu’elle vivait dans cette ville, elle avait rêvé de revoir ce ciel bleu qui lui manquait tant. A présent qu’elle le pouvait, elle
aurait voulu être ailleurs, dans l’ombre, avec Juan. Dans quelques heures, elle allait mourir et elle avait peur. Elle regrettait d’avoir quitté le groupe de rebelles et d’avoir agi sans réfléchir,
ça l’avait amenée directement à sa perte.
Elle s’assit sur le sol humide de la cellule et se recroquevilla sur elle-même pour pleurer, tout en récitant des prières à la Vierge. Auparavant, elle ne s’était jamais rendue compte qu’elle avait
peur de la mort, ça lui semblait si abstrait. Elle était beaucoup trop jeune pour mourir et pourtant, le lendemain soir, elle servirait de spectacle à tous ses élitaires égoïstes et bouffis
d’orgueil. C’était vraiment une fin peu réjouissante !  Avec de la chance, ses bombes allaient quand même exploser, ce qui lui permettrait de se venger à titre posthume. Mais c’était vraiment
une consolation un peu trop maigre à son goût. Elle voulait revoir Juan une dernière fois pour lui dire au revoir, mais si on lui demandait ses dernières volontés, ce qui l’étonnerait beaucoup,
elle ne parlerait pas de son frère. Il serait accusé de faire partie des rebelles et serait condamné à son tour et il en n’était pas question, elle ne pouvait pas livrer son frère. Elle n’avait
même pas donné le nom d’Oceany, d’une part parce qu’elle voulait être la seule martyre, mais aussi parce que la blonde n’attendait que ça et elle lui avait été trop antipathique. Il n’était pas
question de lui donner satisfaction. De toute façon, Oceany n’était absolument pour rien dans cette histoire, la dénoncer aurait été malhonnête et, même si elle avait beaucoup de défauts. Ce
n’était pas son genre de faire porter le chapeau aux autres, elle assumait pleinement ses actes.
Elle écrasa une larme qui lui coulait le long des joues et regarda sa main où se trouvait la goutte d’eau, réfléchissant à un moyen de s’enfuir. Il était encore trop tôt pour baisser les bras, elle
avait encore un faible espoir. Après tout, elle n’était pas encore morte.

—–

    Kelly referma soigneusement la porte de la « chambre » du grand patron et s’apprêtait à repartir dans le bureau de son mari. Elle se retrouva nez à nez avec
Bryan, ce qui la fit sursauter, mais elle garda son sang-froid. Bryan ne savait rien du grand patron, c’était tout juste s’il connaissait son existence et c’était déjà bien suffisant.
« Qu’est ce que tu fais ici ?  demanda-t-il.
– Je pourrais te poser la même question.
– Je te cherchais. Qu’y a-t-il derrière cette porte ?
– Rien que tu n’as besoin de connaître.
– Tu sembles savoir énormément de choses, alors que moi, j’avance dans le brouillard et je commence à en avoir assez.
– Je n’en sais pas plus que toi.
– Vraiment ?  Je suis sûr que tu connais l’identité du grand patron et qu’il n’est pas loin, dans l’immeuble même de la mairie, pour tout contrôler e tu viens juste d’aller le voir. N’est ce
pas ?
– Ca ne te regarde pas, je fais ce que je veux.
– Vraiment ?  Tu sais, je pourrais tout raconter à ton cher Bill sur tes activités et sur le grand patron, ça pourrait foutre tes plans en l’air.
– Tu me fais chanter ?
– On peut appeler ça comme ça, oui. »
Elle éclata de rire ce qui mit Bryan mal à l’aise. Il la connaissait, elle allait lui sortir un de ses tours de passe-passe qu’il haïssait et il ne se trompa pas. Elle sortit un petit revolver de
son sac et le pointa sur lui.
« Je te laisse une dernière chance parce que tu es très mignon et que je prends bien mon pied avec toi, mais encore une menace de ce style et je t ‘élimine sans hésiter. C’est  moi qui mène la
barque, tu rames ou tu coules, tu choisis.
– OK, c’est bon, répondit-il en avalant difficilement sa salive. Je ne te demanderai plus rien sur notre chef mystérieux.
– C’est mieux comme ça. Bon, viens, il faut qu’on organise l’exécution de ce soir. Il pensait l’écarteler, mais je trouve ça trop…difficile comme spectacle, il y a des enfants et ça pourrait donner
une mauvaise image de nous. Alors je pensais à quelque chose de plus classique mais de très sophistiqué.
– Tu es bien la première personne que je connais qui qualifie une exécution publique de sophistiquée.
– Je n’ai pas demandé ton avis, tu gardes des remarques pour toi. Bon, j’ai pensé qu’on pourrait la guillotiner, ce n’est pas trop affreux mais assez spectaculaire et ça fait très royal !  En
plus, nous avons une très belle guillotine au théâtre, pas besoin de la fabriquer.
– Il y a une guillotine au Théâtre ?
– Oui, c’était un élément de décor, à la base, mais il suffit juste de mettre une vraie lame et le tour est joué. Oh, j’ai vraiment hâte de voir ça et, avec de la chance, la rebelle va nous donner
le nom de son chef au dernier moment. Une double exécution, le pied !
– C’est la double exécution qui t’excite ou la possibilité de te débarrasser d’Oceany ?
– Elle doit payer pour ce qu’elle a osé me faire et je te jure que je vais m’arranger pour qu’elle souffre un maximum.
– Est-ce que tu as envisagé la possibilité qu’elle soit totalement innocente ?
– Elle ne l’est pas et puis, si c’était le cas…elle mourra sur l’autel de la justice, c’est tout.
– Mais bon sang, qu’est-ce qu’elle t’a fait, cette pauvre gosse, pour que tu lui en veuilles à ce point ?
– Elle s’est foutue de nous, elle a voulu nous défier, elle va s’en mordre les doigts !  Bon, si tu allais voir Bill, il a sûrement besoin de toi. Moi, je vais me préparer pour ce soir. »
Elle le planta là et partit en direction de la sortie. Plus ça allait, plus il se sentait mal à l’aise avec elle. Elle était dangereuse et au moindre faux pas, elle n’hésiterait pas à se
débarrasser de lui, idée vraiment peu réjouissante. Pourquoi ne lui faisait-elle donc pas confiance ? Pourquoi refusait-elle de lui révéler l’identité du grand patron ? Ca devait être un élitiste
très connu et très respecté, ça expliquait peut-être son attitude, mais qui ? La plupart étaient trop vieux pour avoir deux idées claires à la suite et les autres n’avaient pas assez de volonté
pour diriger toute cette ville. La réponse se trouvait dans le fichier confidentiel auquel personne n’avait accès à l’exception de Kelly et de son cher patron, mais il allait travailler dessus
activement. S’il découvrait le nom de ce mystérieux dirigeant, il comprendrait peut-être mieux le comportement de sa maîtresse et tous ces secrets autour de lui.
Mais pour le moment, il n’avait pas le temps de s’en occuper, il avait trop à faire avec la réception de fiançailles qui approchait à grands pas.

—–

    Oceany se regarda dans son miroir et sourit. Oliver avait beaucoup de goûts pour un petit garçon de 9 ans. Sa robe, d’un joli bleu pastel, était striée de
fils d’argent et lui permettait une assez grande liberté de mouvements grâce à la grande fente sur les côtés, mais surtout, il ne lui avait pas trouvé une affreuse robe meringue qu’elle détestait
et trouvait ridicule. Elle soigna sa coiffure en passant plus d’une heure à se faire de jolies anglaises et se maquilla légèrement, car elle ne comptait pas garder son masque toute la soirée, même
s’il était très joli. Argenté, il s’harmonisait bien avec la robe et présentait un visage rieur, ce qu’elle trouvait charmant. Elle s’assit sur son lit et resta un instant, les yeux dans le vague,
à considérer tout ce que cette soirée représentait pour elle. Elle allait se fiancer avec Marc dans quelques heures et le seul homme auquel elle ne cessait de penser, c’était Ethan. Elle avait hâte
de le revoir, même s’ils ne pourraient pas être seuls durant toute la soirée. Rien qu’être près de lui, ça lui suffisait pour être heureuse.
On frappa la porte et Oliver fit irruption dans la chambre dans sa tenue de lutin et sauta sur le lit, à côté de sa sœur.
« Alors, il te plaît, ton costume ?
– Oui, tu as très bien choisi, je suis fière de toi. Tu sais que tu es très mignon en lutin ? Toutes les filles vont être amoureuses de toi, ce soir.
– Ah non ! Beurk ! Pas les filles ! Elles sont trop gnangnan !
– Gnangnan ? Tu trouves que je suis gnangnan ?
– Non, toi, tu es une grande, c’est pas pareil.
– Tu vas bientôt changer de discours, crois-moi !
– Dis, maman m’a dit que tu allais bientôt partir avec Mark, c’est vrai ? Parce que moi, je veux pas que tu partes !
– On verra, Oliver, on verra. »
Elle embrassa tendrement le front de son frère et le serra contre elle. Avec de la chance, s’ils agissaient tous à temps, elle n’aurait pas à se marier avec Mark, elle pourrait quitter cette
maudite ville et vivre avec ceux qu’elle aimait. Finalement, le bonheur, ce n’était pas le luxe et le faste, c’était juste mener une vie simple avec les siens.

—–

    « On ne peut pas y aller armés, on va se faire attraper ! »
Mai leva les yeux au ciel et soupira. Juan ne mettait vraiment aucune bonne volonté dans cette mission et rien ne l’exaspérait plus que celui qui faisait exprès de retarder les choses.
« Voyons, nous avons des invitations et ils sont minuscules, ces revolvers, ils tiennent dans la main ! De toute façon, on aura pas à s’en servir, c’est juste au cas où. On va bien s’amuser, tu vas
voir. J’ai hâte de voir la tête d’Oxford quand notre gâteau va lui exploser à la figure ! Avec les félicitations des rebelles !
– Je la sens mal, cette soirée, il va se passer quelque chose, j’en suis sûr. Je crois qu’on ferait mieux de tout annuler.
– Non, on n’annule rien ! Nous voulons montrer à tous ces élitaires que nous pouvons les atteindre sans problème et qu’ils prennent conscience qu’il y a un problème à Technopolis. Nous devons être
plus convaincant que leur propagande.
– Oui, je sais tout ça, ça fait vingt fois que tu me le répètes, mais je le sens mal quand même, c’est tout. Où sont Myo et Kirstie ?
– Ils se préparent. Tiens, mets-toi ça sur la figure.
– Qu’est ce que c’est que cette pâté blanche ?
– Du maquillage : c’est pour éviter qu’on remarque la couleur de nos peaux un peu trop colorées au goût de cette foutue ville. En plus, les gens ne pourront pas nous différencier et ne verront pas
que nous sommes quatre. »
Il soupira et commença à étaler la crème sur son visage. C’était tout simplement grotesque, mais Mai avait raison : même si les gens ne les détaillaient pas de la tête aux pieds, ils verraient bien
la couleur noire de Kirstie et comprendraient qu’ils étaient tous des rebelles. La jeune Noire arriva d’ailleurs à ce moment-là, vêtue de sa combinaison en latex qui la moulait parfaitement et
mettait en valeur ses formes féminines.
« Je me demande bien pourquoi je viens, commença-t-elle.
– Pour t’amuser avec nous. On va ridiculiser tous ces esclavagistes égocentriques, ça va être très chouette. Tu vas voir, tu vas adorer.
– Je trouve ça inutilement dangereux. Si on se fait attraper, c’est fini et je suis beaucoup plus exposée que vous. Mon masque ne couvre pas tout mon visage et ils vont bien voir que je suis noire,
et mes mains.
– Hop ! Voici des gants pour tes mains et voici de la crème pour ton visage, il sera encore plus blanc que blanc !
– Mai, je crois qu’on fait une erreur.
– Enfin quelqu’un qui est d’accord avec moi ! s’exclama Juan.
– Votre optimisme vous tuera, à tous les deux ! Il va y avoir des centaines de personnes, là-bas, comment pourront-ils nous reconnaître, c’est tout simplement impossible !
– Et tu n’as pas peur qu’ils fouillent la salle pour vérifier qu’il n’y a pas de rebelles quand le gâteau va exploser ? Si j’étais Oxford, c’est ce que je ferais.
– Et ton fils aura une superbe fin de fiançailles : une fouille en règle de chaque invité ! Je ne  crois pas que ce cher Bill veuille gâcher la fête de son fils.
– Oxford n’aime qu’une seule personne, à savoir, lui, intervint Kirstie. A mon avis, sa blessure d’amour propre sera plus forte que son amour paternel, j’en suis sûre.
– D’accord, on va préparer un plan de repli ! On va garer les motos sous les fenêtres du théâtre, comme ça, en cas de coup dur, on file. De toute façon, arrêtez de vous inquiéter, tout se passera
bien, j’en suis sûre. Et en cas de pépin, Oceany et Ethan pourront nous aider, alors relax. Bon, où est Myo ?
– Je suis là, mon trésor ! fit-il en apparaissant costumé et maquillé. Je te plais ?
– Et bien…arrête le maquillage, ça te va vraiment pas.
– Oh ! Femme cruelle qui me brise le cœur ! Bon, je vois que tout le monde est prêt, on va pouvoir partir. Parfait, pile dans les temps. Bon, Juan, tu pars avec Kirstie, moi, je voyage avec ma
charmante épouse.
– D’accord.
– Ca va aller, Juan ! dit Mai. Relaxe-toi, je sens que tout va bien se passer. Intuition féminine.
– Espérons que tu as un bon feeling. »

Episode 21

« Si je ne m’étais pas retenue, je l’aurais descendue sur place, cette sale latino ! On aurait dû les mettre hors la loi, ceux-là aussi !
– Ma mère était mexicaine. J’aurais été un esclave, moi aussi, si ça avait été le cas.
– Chacun sa croix. Cette petite garce ne nous a même pas donné le nom d’Oceany ! J’étais persuadée que je pourrais l’avoir, cette salope, mais ça a échoué.
– Maria prétend travailler seule.
– Elle la couvre, t’as pas compris ? Bon sang, je suis entourée d’incapables ! Par moment, je me dis que tu ne vaux pas mieux que Bill, qui n’est pourtant pas une lumière.
– Parce que tu te crois supérieure à nous, peut-être ?
– Je ne me crois pas supérieure, je le suis. Je n’ai qu’à lever le petit doigt et on retrouvera ton cadavre dans une benne au rez-de-chaussée à moitié bouffé par les chiens. Alors, un conseil, ne
me parle plus jamais comme ça. »
Elle le fusilla du regard puis quitta la pièce, pour aller voir le grand patron. Seul lui la comprenait, il l’apaisait, il était si bon avec elle. Elle l’aimait plus que tout et elle s’était jurée
de faire tout ce qu’il lui demandait, y compris épouser et coucher avec Oxford. Quant à Bryan, il n’était rien pour elle, elle couchait juste avec lui pour compenser car elle ne pouvait pas faire
l’amour avec le grand patron. Elle pouvait à peine le toucher, mais elle était devenue la seule personne avec qui il communiquait et ce privilège suffisait à la rendre heureuse. Il allait oublier
ceux et celles qu’il avait aimés avant, même s’ils se comptaient sur les doigts de la main. Elle serait bientôt la seule femme de sa vie, la seule.

—–

Oceany sortit de sa chambre et alla à la cuisine, le cœur battant ; Et si quelqu’un s’était aperçu de son absence ? Mais elle fut rassurée dès qu’elle entra dans sa pièce et
vit sa mère lui sourire, tandis que son frère était en train d’engloutir un immense bol de céréales : tout était normal. Elle avait une folle envie de tout raconter à sa mère, de lui parler du
bonheur qu’elle ressentait, mais elle ne pouvait pas. Elle était censée se fiancer à Mark le lendemain soir et Alyson semblait avoir tellement été blessée par l’amour dans sa jeunesse qu’elle
réagirait peut-être mal. Elle s’assit donc à sa place et resta un instant à regarder les deux êtres qu’elle aimait le plus que tout, le cœur gonflé d’amour et de confiance. Au moment où elle avait
commencé à douter, Ethan lui avait montré la voie à suivre, et elle était plus déterminée que jamais.
« Bonjour ma chérie ! commença Alyson. Bien dormi ?
– Ca va.
– Tu as l’air particulièrement rayonnante, ce matin ! J’imagine que tu es pressée de te fiancer.
– Oui, ce doit être ça.
– Tu dois commander un joli costume pour l’occasion. Tu seras la personne la plus importante de cette fête, tu dois montrer à tous que tu es digne de ton rang et de ton nom.
– Tu te déguiseras en princesse, dis ? demanda Oliver.
– Je ne sais pas encore.
– Moi, j’aimerais bien ! Moi, je vais me déguiser en petit lutin.
– Tu seras très mignon, j’en suis certaine.
– Si tu veux, je peux te montrer mon costume.
– Non, je veux que tu me fasses la surprise pour demain soir. D’accord ?
– Oui, mais alors, toi, tu te déguises en princesse, d’accord ?
– Promis.
– Super ! Bon, je vais aller regarder ce qu’il y a de beau pour toi. Tu viens dans ma chambre avec moi ?
– J’arrive, je prends mon petit déjeuner et je suis à toi. »
Le petit garçon poussa un cri de joie et partit en courant dans sa chambre car il avait beaucoup à faire. Il était si sage pour un enfant de son âge, c’était une véritable perle. Oceany espérait
avoir un fils comme lui, un jour.
« Ca va lui fendre le cœur quand tu partiras.
– Quand je partirai où ?
– Tu te fiances demain soir, Oceany. Tu vas bientôt te marier avec Mark et tu iras vivre avec lui.
– Ah, oui, c’est vrai. Je n’ai pas envie de vous quitter.
– Tu ne pourras pas rester éternellement avec nous, voyons ! Tu dois vivre ta vie.
– Tu aimerais te baigner dans l’océan ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Pour savoir. Moi, j’aimerais savoir ce que ça fait de se baigner dans ces eaux salées et puissantes. Ca change des piscines chlorées et désespérément immobiles.
– Je me souviens quand j’étais adolescente, je passais mes étés au bord de la mer, sur la plage, à regarder les garçons faire du surf et à m’éclabousser joyeusement avec mes amis. Mais c’était un
autre temps.
– Je veux que tu viennes avec moi te baigner un jour.
– Enfin, chérie, l’océan est pollué et c’est trop loin et puis, pourquoi quitter la ville ? On est très bien ici, je…oh, Seigneur, ça recommence !
– Quoi ?
– Je n’ai jamais rien détesté autant que cette ville et pourtant, je n’arrête pas d’en dire du bien. Je deviens folle !
– Non, ça n’a rien à voir avec la folie, c’est juste que tu es endoctrinée comme tout le monde. Je ne sais pas comment ils s’y prennent, mais chaque habitant vénère cette ville alors que c’est une
véritable prison. Sans doute parce qu’ils n’ont plus besoin de rien et qu’ils n’ont plus vraiment de raisons de se plaindre.
– Toi, tu es comme moi alors pourquoi tu n’es pas victime de leur propagande ?
– Je ne sais pas. Peut-être parce que je ne me sers pas beaucoup de tous les outils qu’on m’offre, ce qui m’évite de m’extasier à tout bout de champ. Qui sait ?
– Je veux partir d’ici, ma vie en dépend. Si je reste ici trop longtemps, je vais devenir folle. Aide-moi à sortir d’ici.
– Oh, maman, je suis tellement contente que tu me le demandes ! Je t’aiderai, toi et Oliver et même Nicholas si tu y tiens. Nous serons tous heureux, ailleurs. Je te le promets. »
Elle étreignit sa mère et ne put s’empêcher de verser quelques larmes de bonheur. Tout s’arrangeait comme elle le voulait, elle espérait que ça allait continuer.

—–

« Ce serait l’occasion rêvée pour un coup d’éclat, non ? »
Mai était plantée devant Juan, les mains sur les hanches, bien décidée à le persuader de marcher dans sa combine, mais son acolyte ne semblait pas d’humeur à discuter. Depuis sa dispute avec Maria,
il s’était un peu refermé sur lui-même et ses grands yeux noirs trahissaient sa tristesse. Oceany et Ethan choisirent ce moment-là pour arriver, ce qui ne pouvait pas mieux tomber. Si elle arrivait
à convaincre la jeune femme, Juan suivrait forcément.
« Oceany vient voir deux minutes ici. Juan et moi ne sommes pas d’accord sur la marche à suivre.
– A propos de quoi ?
– De tes fiançailles : pourquoi ne pas en profiter pour faire un coup d’éclat ?
– Parce que je n’ai pas envie de sauter à cause d’un attentat.
– Je ne pensais pas à ça, mais à une bonne blague. On va semer la zizanie dans cette stupide fête.
– Ca s’appelle de la provocation, ça, Mai.
– Oui, je sais, mais qu’est ce que tu as fait, toi, en allant libérer Kirstie ? Si c’est pas de la provocation, ça ! J’ai juste envie qu’on fasse une bonne blague à tout ce monde et qu’on leur
fasse comprendre qu’il ne faut pas nous sous-estimer.
– C’est totalement inutile, Mai ! protesta Juan. Je n’ai pas envie de jouer à ce jeu-là et puis, avec tes yeux bridés, tu risques de ne pas aller bien loin.
– C’est une soirée costumée, personne ne verra mon visage. Et si on faisait exploser le gâteau ? Ca arroserait tout ce joli petit monde, ce serait amusant.
– Là, je ne suis pas trop pour. Normalement, je devrai couper le gâteau avec Mark et je n’ai pas envie de bousiller ma robe pour faire une blague.
– Depuis quand une robe a autant d’importance à tes yeux ?
– Cette robe, c’est Oliver qui me l’a choisie ; j’y tiens.
– Oh, je comprends. J’y pense : M Oxford va faire un discours, sans doute. Après tout, ce sont les fiançailles de son fils.
– Oui, en effet, c’est ce qui est prévu.
– Parfait : on va s’inviter à la soirée, préparer un gâteau piégé qui sera amené par un robot piraté par nos soins.
– Tout le monde ne peut pas venir, on n’a pas assez de passes.
– Je dois venir, c’est mon idée, ainsi que Myo parce que c’est un génie pour pirater les robots. Quant à Juan, ça lui ferait du bien de faire un peu la fête.
– J’aimerais que Kirstie vienne aussi, intervint soudain Ethan qui n’avait encore rien dit.
– Pourquoi ? demanda Juan.
– Je pense que ça lui fera du bien de voir son ancien maître ainsi ridiculisé.
– Il faudra qu’on se procure un nouveau passe, alors, Maria nous en a volé un. Je m’en occuperai demain. Ma mère est de notre côté et ne dira rien si j’emprunte le sien.
– OK, je vais m’occuper immédiatement du gâteau ! »
Mai repartit gaiement vers son mari, pour lui parler de leur projet, mais Juan n’arrivait pas à partager sa joie, il avait un mauvais pressentiment. Il allait se passer quelque chose de dramatique,
il le sentait.

Chapitre 15


Oceany fourra les invitations dans son sac et se dépêcha de quitter l’appartement avant d’être attrapée par sa mère. Cette dernière était surexcitée à cause des fiançailles de sa fille et ne
cessait de harceler cette dernière pour qu’elle se prépare correctement afin d’être la plus belle. Mais Oceany s’en moquait éperdument ; peu lui importait ce que Mark pensait d’elle, elle ne
l’aimait pas. De toute façon, et si tout se déroulait correctement, elle n’aurait pas à l’épouser.
Elle prit le monorail qui la conduisit vers les premiers étages, puis se dirigea d’un pas vif vers le hangar où il n’y avait pas grand monde. Le jour, la plupart des rebelles menaient une vie
normale pour ne pas être suspecté.
Mai l’accueillit joyeusement et l’entraîna vers le centre de la pièce pour lui montrer son costume, qui n’était en fait que sa tenue habituelle de rebelle, à savoir sa combinaison argentée et son
masque ressemblant vaguement à un papillon.
« Alors, qu’est ce que tu en penses ?
– C’est marrant, j’ai la même à la maison.
– Je sais : ça va devenir notre marque. Ce soir, on sera tous déguisés comme ça.
– Tu n’as pas peur qu’on vous remarque un peu ? Quatre personnes déguisées de la même façon, c’est étonnant.
– Enfin, il va y avoir des centaines de gens, on sera masqué et maquillé ! Au pire, ils remarqueront qu’il y a deux personnes vêtues pareil, un homme et une femme, mais ils ne pourront pas savoir
que nous sommes quatre en réalité, ils penseront que Myo et Juan ne sont qu’un et me confondront avec Kirstie.
– A propos de Kirstie, si les gens voient sa peau noire, tu crois pas qu’ils vont se douter de quelque chose ?
– Juan nous a fourni du maquillage, on va tous se tartiner la figure de blanc, comme ça, personne ne verra la couleur suspecte de notre peau.
– OK, ça va, je vois que tu as tout prévu ! Alors, voilà, quatre invitations pour entrer dans la salle, plus le passe de ma mère que tu donneras à Kirstie afin de monter là-haut.
– J’ai hâte de voir cette fameuse salle de réception, Juan m’a dit qu’elle était remarquable.
– Oui, sauf que ça a lieu au Théâtre municipal.
– Ah ? Tu es sûre ? J’ai entendu à la radio que c’était à la salle de réception.
– Ce sont mes fiançailles, je suis quand même un minimum au courant. Ils ont dû faire une erreur, c’est tout. J’espère que tout se passera bien.
– Tu as le trac ?
– Hein ? Oh non, je ne parlais pas de mes fiançailles, mais de ton plan tordu.
– Tu n’as pas envie de te fiancer avec lui, n’est ce pas ?
– Tu sais, Mark est un garçon gentil, malgré tout ce qu’on m’a dit sur lui et je l’apprécie. Mais je ne l’aime pas et je crois que ce sera comme ça jusqu’à la fin de ma vie.
– C’est à cause d’Ethan ?
– Pardon ?
– J’ai bien vu qu’il te faisait de l’effet et j’ai senti que vous étiez très proches depuis quelques jours. A mon avis, vous vous ennuyez pas quand vous êtes tout seul.
– Mai ! On ne peut rien te cacher. Comment tu as su ?
– Tu oublies que je suis ta meilleure amie et une meilleure amie doit toujours deviner ce qui se passe dans la tête de l’autre. C’est un gentil garçon, tu as fait un bon choix, même s’il m’a
traitée de salope. Mais il a changé à ton contact, il a perdu ses idées racistes et ça, c’était vraiment pas gagné. J’espère que vous serez heureux.
– Je l’espère aussi. »

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Episode 20

Maria jeta un coup d’œil furtif autour d’elle. Quand elle se fut assurée qu’il n’y avait personne, elle sauta dans la pièce. Elle se trouvait dans
les entrepôts à l’intérieur de l’ange Est, qui servaient à stocker les vestiges des civilisations passées en attendant l’ouverture du Musée municipal qui ne verrait probablement jamais le jour.
Les gens voulaient oublier le passé et étaient résolument tournés vers le futur. D’après ce qu’Oceany lui avait dit, il suffirait de faire exploser ces quatre statues pour faire disparaître la
ville, rien ne serait plus facile. Elle avait toujours été douée pour les explosifs et elle avait fabriqué quatre bombes de forte puissance télécommandées à distance, plus une moins importante
mais qui ferait quand même pas mal de dégâts qu’elle poserait sous la salle de réception. Puis elle la programmerait pour qu’elle explose en premier, pour être certaine que ses sales élitaires
crèveraient avant les autres.

Elle se dirigea vers un mur, accrocha sa bombe grâce à un système de ventouse et entra un code pour l’activer : à présent, personne ne pourrait
l’enlever sans tout faire exploser. Elle n’avait plus qu’à appuyer sur un bouton pour tout faire sauter. Elle les avait tous devancés ! Un agréable sentiment de victoire et de vengeance
l’envahit : elle avait eu le dessus sur Oceany, ce qui prouvait que le prestige ne pesait pas lourd dans la balance, seule la combativité et le courage comptait. Pourtant, elle avait un peu
peur pour Juan, mais elle ne pouvait pas le prévenir. Si elle lui avouait ses projets, il allait mettre en garde Oceany et elle refusait de faire quoi que ce soit pour la sauver. Elle devait
mourir avec les autres élitaires. De toute façon, elle n’avait jamais été de leur côté, elle les avait rejoint juste pour assouvir son besoin de dominer et contrôler les plus
faibles.

Elle ressortit de la pièce et enfourcha la moto qu’elle avait volée quelques jours plus tôt à la police, puis fonça en direction des sommets.
Avant de quitter le groupe de rebelles, elle avait pris soin de prendre un passe pour les sommets qu’Oceany avait volé, elle avait su que ça lui serait utile et elle ne s’était pas trompée.
Heureusement, elle avait bien écouté Juan quand il lui avait raconté son expédition à cette fameuse salle et elle se souvenait parfaitement du chemin, ce qui lui fit gagner un temps précieux.
Elle mit son engin en mode lévitation et grimpa sur le balcon, comme l’avaient fait Oceany et Juan tantôt, puis elle trafiqua la serrure pour entrer. Elle était aussi forte que sa pire ennemie en
informatique et technologie, si bien qu’elle avait pu, elle aussi, fabriquer son propre passe, ce qui lui fut très utile. Elle entra dans la pièce et resta un instant à étudier le lieu :
c’était très beau, ces grandes baies vitrées et ses peintures au plafond, une excellente copie des œuvres de Michel Ange à la chapelle sixtine. Elle avait toujours aimé l’art et ne put s’empêcher
d’admirer la fresque pendant quelques instants. L’imitation était si parfaite, quel travail admirable !

Elle fut interrompue par un bruit qui la fit sursauter : il devait y avoir quelqu’un près d’ici, elle ne devait pas s’attarder. Elle s’avança
vers la porte d’entrée quand celle-ci s’ouvrit brutalement et une vingtaine d’agents-robots fondirent sur elle. Elle resta un court instant immobile, paralysée par la surprise et la peur, puis
elle prit ses jambes à son cou. Mais ils la rattrapèrent facilement et, malgré sa lutte acharnée pour échapper aux griffes des policiers, elle ne put s’échapper. Ils la poussèrent vers l’entrée
où se tenait un homme brun, très séduisant, vêtu d’un grand manteau en cuir et d’un jean noir. Il se pencha vers elle et prit le menton de sa prisonnière entre ses mains et attira ce joli visage
vers le sien.

« En voilà un joli oiseau, il égaiera un peu ma cage. Amenez-la à la Mairie et enfermez-la, M Oxford l’interrogera demain.

– Lâchez-moi, sale enfoiré.

– Voyons, que ces mots sont laids quand ils sortent de votre jolie bouche. Gardez plutôt votre salive pour demain, vous en aurez besoin. Allez-y,
amenez-la, elle me fatigue.

– Salaud ! Tu vas payer, je te le jure, je vais éclater ta sale gueule de frimeur !

– Tsss ! Plus elles sont jolies, plus elles sont vulgaires. »

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 14
 

            Oceany posa sa tête sur le torse de son compagnon et regarda par la fenêtre. Le
ciel s’éclaircissait et le soleil n’allait pas tarder à se lever. La nuit lui avait paru si courte, elle était étonnée de voir qu’il était déjà si tard.

Ethan bougea légèrement et le changement de sa respiration lui indiqua qu’il venait de se réveiller, mais elle ne bougea pas. Elle était si bien près
de lui, elle aurait aimé y rester pour toujours. Il passa son bras autour de ses épaules et lui caressa doucement la peau nue de son avant-bras.

« Bonjour, fit-il. Bien dormi ?

– Peu mais bien. C’est étrange.

– Quoi ?

– De me réveiller à tes côtés, je n’aurais jamais cru ça possible. Il y a quelques temps, je te considérais comme un ennemi et
maintenant…

– Oui, c’est vrai, la vie nous réserve de drôles de surprises. Neve serait folle de jalousie si elle savait que j’avais partagé mon lit avec un des
meilleurs partis de la ville.

– Ah, Neve…toi, tu es fiancé avec elle, moi je vais l’être avec Mark et on ne peut rien faire pour changer ça, alors que ça nous emmerde tous les
deux. Tu imagines, si on était nés 20 ans plus tôt, on aurait pu s’aimer tranquillement, avoir une jolie maison près de l’océan et se prélasser sur la plage… Alors que là, on ne peut plus voir
l’océan qu’à l’horizon et les rayons du soleil sont déviés par cette sale vitre géante pour éviter l’effet de serre. Tu t’es déjà baigné dans l’océan ?

– Oui, quand j’étais gosse.

– Moi, j’ai jamais pu : pendant la guerre, on se terrait dans des camps éloignés de la mer en cas de débarquement aquatique et après, l’eau
était polluée par le virus, c’était trop risqué. Maintenant, je sui sûre que les germes sont morts et qu’on pourrait se baigner sans risque, mais on ne peut pas sortir de cette foutue ville.
Oxford veut pouvoir nous contrôler en permanence. Que nous reste-t-il ?

– L’amour.

– Même pas. Si je ne t’avais pas rencontré, je n’aurais jamais su ce qu’était l’amour ; tout le monde reste chez soi, les ordinateurs nous
apportent tout ce dont nous avons besoin, plus personne ne sort et si on ne sort pas, on ne peut pas rencontrer l’amour. Nous ne sommes plus que de pauvres âmes solitaires, c’est horrible. Je ne
veux pas qu’Oliver grandisse dans cet univers, sans amis, isolé dans son coin et je ne veux pas…que ma mère finisse sa vie ici, je veux partir avec elle voir l’océan.

– Réussirons-nous ?

– Il le faut, je dois le faire pour ma mère et mon frère, tout ce que je fais, je le fais pour eux.

– Moi, maintenant, je me battrai pour toi. Je veux que tu vois l’océan et nous irons nous baigner tous les deux, je te le jure. »

Elle ne répondit pas, touchée par cette déclaration. Ce matin resterait sans doute l’un des plus beaux de sa vie, tout annonçait que le bonheur était
à portée de main. Comme pour être le témoin de la promesse qu’Ethan venait de lui faire, le soleil apparut au-delà des immeubles et ils le regardèrent s’élever en silence, jusqu’à ce qu’un des
rayons vint frapper la bulle de verre et les éblouit.

 « On ne peut même plus regarder un lever de soleil sans risquer de devenir aveugle, c’est atroce, gémit-elle.

Courage, on trouvera un moyen de sortir de là, promis. Comme ça, on pourra aller prendre un bain de minuit dans le pacifique, tous les
deux !

– C’est malin !  »

Elle attrapa un oreiller et lui jeta à la figure, ce qui le fit rire. Il n’hésita à riposter, donnant le coup d’envoi d’une joyeuse bataille
d’oreiller qui stoppa quand ils n’eurent plus de munitions. Alors le jeune homme plaqua son adversaire sur le matelas et lui administra son arme secrète pour la faire capituler : un baiser
fougueux qui fit totalement fondre sa partenaire.

—–

            Kelly entra dans le bureau de son mari et l’observa un instant : il était
plongé dans la contemplation de sa ville et semblait béat. Quel crétin ! Il s’imaginait qu’ils étaient tous à ses pieds, mais il n’était qu’un pantin et elle avait hâte de se débarrasser de
lui. Mais le grand patron n’était pas d’accord avec elle : Oxford avait encore toute son influence et sa popularité, personne ne voulait le voir quitter son poste hormis un minuscule groupe
de rebelles. Et tant qu’il en serait ainsi, il resterait à sa place.

Il se retourna et appuya sur un bouton pour stopper la rotation de son bureau. Il adressa à sa femme d’un œil lubrique qui l’écœurait plus que tout.
Il la dégoûtait de plus en plus et c’était une véritable corvée de partager le même lit que lui, mais elle n’avait pas le choix. Quitter Bill revenait à signer son arrêt de mort.

« Kelly ? Je suis étonné de te voir ici. Tu veux quelque chose ?

– Oui : je veux assister à l’interrogatoire de la rebelle. Après tout, c’est grâce à mon plan qu’on l’a arrêtée, je veux savoir ce qu’elle va
dire.

– Oh…pourquoi pas, après tout ? De toute façon, quoi qu’elle dise, elle sera exécutée, je ne vois pas en quoi ta présence serait
gênante.

– C’est ce que je m’étais dit et… »

Elle n’eut pas le temps de finir qu’une douce sonnerie retentit, indiquant que quelqu’un voulait monter. Bill appuya sur un bouton et le visage de
ses visiteurs, en l’occurrence Bryan accompagné de la rebelle et d’une demi-douzaine d’agent-robots, apparut sur l’écran de son ordinateur ; il tapa sur autre bouton pour ouvrir la porte,
les autorisant ainsi à entrer, ce qui fit doucement ricaner Kelly. Son cher époux adorait ce genre de gadget totalement inutile, puisqu’on entrait dans son bureau comme dans un
moulin.

La petite troupe fit irruption dans le bureau et Bryan força la prisonnière à s’asseoir dans un fauteuil, où deux robots la menottèrent pour éviter
qu’elle s’échappe. Elle leva les yeux vers le couple le plus important de la ville et les défia du regard, croyant encore qu’elle allait s’en sortir, ce qui plut à Kelly. Elle n’aimait pas les
faibles et préférait triompher sur ceux qui avaient de l’énergie à revendre. Or cette femme semblait avoir un tempérament ardent. Bill, de son côté, remarqua la beauté de ses traits et il se
demanda un instant comment une femme aussi esthétique pouvait être une rebelle, une incarnation du mal alors qu’elle aurait pu faire un superbe modèle pour une statue de la madone. D’ailleurs,
quand elle serait morte, il ferait sculpter une statue à son image représentant la vierge, il mettrait cette œuvre dans son bureau comme symbole de son pouvoir illimité.

« Alors, mademoiselle, on vous a surprise dans la salle de réception de la ville en possession d’une bombe. C’est ce qu’on appelle du flagrant
délit, commença Bill.

– Appelez ça comme vous voudrez, vos beaux discours ne m’impressionnent pas.

– Je vois. Alors, mademoiselle…quel est votre nom ?

– Qu’est ce que ça peut vous foutre ?

– Elle s’appelle Maria Ramirez, elle vit dans les plus bas étages. C’est une exclue, indiqua Bryan.

– Vous avez trouvé ça tout seul où on vous a aidé ?

– Quel tempérament ! Je suis impressionnée, annonça Kelly. Vous deviez être un précieux atout pour votre groupe de rebelle, dommage que vous
ayez été capturée.

– J’agis seule.

– J’ai du mal à vous croire, excusez-moi. Si nous faisions un marché, Mlle Ramirez ?

– Je ne traite pas avec des ordures de votre genre, surtout quand il s’agit d’une pauvre potiche.

– Donnez-nous le nom de votre chef et nous vous relâchons.

– Kelly…

– Laisse-moi faire, Bill, je sais très bien ce que je fais. Alors ?

– Je vous ai déjà dit que je travaillais seule.

– Vraiment ? On a trouvé sur vous le passe d’une certaine Mme Margaret Thornton. Or ce passe a été volé lors d’une réception dans cette même
salle où on vous a arrêtée, hier soir. Comment vous l’êtes vous procuré ?

– Vous l’avez dit vous-même : je le lui ai volé.

– Vous n’avez pas pu avoir accès à cette salle, l’entrée était scrupuleusement surveillée et si vous avez ce passe maintenant, c’est que vous
n’en aviez pas avant. Sinon vous n’auriez pas pris le risque insensé de vous balader parmi les membres de l’élite pour voler ce malheureux passe. Vous ne pouvez pas être seule.

– Je n’étais pas seule, à l’époque, c’est vrai, mais c’est le cas maintenant, foutez-moi la paix.

– Alors, dites-nous qui était l’élitaire qui vous a fourni ce passe et on vous relâche.

– Allez vous faire foutre, sale blondasse. »

Kelly toisa son adversaire du regard et lui colla une gifle. Elle ne supportait que cette exclue, cette moins que rien lui tienne tête, mais elle
allait le payer très cher. Elle allait mourir pour cet affront.

« Tous vos efforts auraient été vains, de toute façon, Mlle Ramirez. La fête aura lieu au Théâtre municipal et non pas à la salle de réception.
Nous avons fait exprès de donner de mauvaises informations pour piéger les rebelles en mal d’attentat et pour éviter tout risque d’explosion. Et grâce à vous, nous pourrons ajouter une nouvelle
attraction à cette soirée qui s’annonce déjà follement amusante.

– Grâce à moi ? Qu’est-ce que vous voulez me faire ?

– Vous exécuter publiquement. Alors, vous ne voulez toujours pas parler ?

– Non et quand mon petit feu d’artifice explosera, je serai heureuse de vous retrouver en Enfer.

– De quoi parlez-vous ? s’inquiéta soudain Bill.

– J’ai installé quatre bombes trois fois plus puissantes que celle que je voulais faire exploser à votre réception à la base des quatre piliers. Une
fois que les piliers auront sauté, Technopolis sera réduite en poussière.

– Comment savez-vous ça ?

– J’ai mes sources. Le premier qui les touche les fera exploser, c’est ennuyeux, non ? La seule façon de les désamorcer est d’entrer le code
d’accès et je suis la seule à le connaître.

– Et alors ? Si vous ne les déclenchez pas, elles n’exploseront pas, rétorqua Kelly.

– N’en soyez pas si certaine, starlette de pacotille. Je les ai programmées pour qu’elles explosent une semaine après la réception, au cas où il
m’arriverait quelque chose. Et si vous avez le malheur d’entrer le mauvais code d’accès, ça vous explosera à la figure. Nous sommes tous morts. »

Elle défia une nouvelle fois Kelly du regard, puisque ça ne se passait plus qu’entre elles, à présent et un immense sourire se dessina sur son
visage. Elle allait peut-être mourir, mais ils la suivraient tous en enfer, en particulier cette blonde qui tirait toutes les ficelles. C’était elle, le véritable ennemi et non pas Oxford qui
semblait totalement soumis à sa belle. Elle aurait peut-être pu sauver sa vie en dénonçant Oceany et même Wadeker, mais elle n’était pas une traîtresse. Elle avait trop de fierté pour s’incliner
devant ces pontes et, surtout, Oceany n’était pour rien dans cette histoire et les survivants expliqueraient que c’était elle, Maria Ramirez qui les avait sauvés de cette ville maudite. Elle
passerait pour une héroïne martyr, il lui avait bien pire comme mort.

La dénommée Kelly jeta un regard à l’homme de main d’Oxford et quitta le bureau. Le jeune homme ordonna aux robots de la ramener dans sa cellule et
s’éclipsa à son tour. Ca ne l’étonnerait pas si ces deux-là trafiquaient quelque chose ensemble.

Episode 19

« Quel crétin, ce Bill ! »
Bryan se retourna et vit sa maîtresse dans une robe moulante époustouflante, mettant en valeur sa silhouette irréprochable. Elle s’avança vers lui mais ne prit pas la peine de l’embrasser.
« Qu’est ce qu’il se passe ?
– Tu n’as pas entendu la nouvelle ?
– A propos des fiançailles ? Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas être au courant. En quoi ça fait de lui un crétin ?
– Cette idée est de moi et je n’ai eu qu’à lui faire les yeux doux pour qu’il accepte.
– Je ne vois pas pourquoi tu as voulu organiser cette fête, ce n’est pas vraiment ton genre, les mondanités.
– C’est très simple : les rebelles vont profiter de cette soirée pour faire un coup d’éclat, certainement, et c’est l’occasion rêvée de démasquer leur chef.
– Oceany ?
– Exactement : le soir de ses fiançailles, la pauvre chérie sera découverte et nous l’exécuterons.
– C’est pas un peu sévère ?
– Elle m’a défiée, elle est donc devenue mon ennemie et je ne fais aucun cadeau à mes ennemis. Souviens-toi de ça, Bryan, on ne sait jamais.
– Tu me considères comme un ennemi ?
– Non, pas pour le moment, mais l’ambition a vite fait d’éliminer les bons sentiments. »
Elle se pencha vers lui et l’embrassa fougueusement, puis elle éloigna son visage de quelques millimètres et murmura :
« Trahis-moi et je n’hésiterai pas à faire sauter ta jolie petite gueule ,OK ? »

Chapitre 13

Kirstie observait Oceany qui était en train de trafiquer une arme quand Ethan posa une main sur son épaule, ce qui la fit sursauter.
« Vous êtes au courant, n’est ce pas ?
– Au courant de quoi ?
– Des fiançailles de Mark et d’Oceany qui auront lieu dans deux jours.
– Oui.
– Vous lui avez parlé de ce que vous a fait subir Mark ?
– Non, et vous ?
– Non. Vous devriez le faire.
– Je ne vois pas pourquoi.
– Parce qu’il pourrait la violer, elle aussi et qu’on ne peut pas le laisser faire.
– Si vous l’aimez tant que ça, vous n’avez qu’à lui dire, moi, je n’en ferai rien.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est humiliant, d’une part, et aussi parce qu’elle le mérite, au fond.
– Pardon ?
– Son père a tué toute ma famille, ma seule vengeance sera de savoir que sa fille se fait violer par son mari.
– Mais Kirstie…
– J’en ai assez, tout le monde, ici, me dit toujours ce que je dois dire et ce que je dois faire. Mais foutez-moi la paix ! Vous dites que vous vous battez au nom de la liberté, alors commencez par
me laisser agir comme il me plaît. »
Elle partit à l’autre bout de l’entrepôt et n’accorda plus la moindre attention au jeune homme ; Il allait devoir tout avouer à Oceany et il avait peur de sa réaction. Elle semblait assez sauvage
avec lui, il ne savait pas exactement pourquoi. Ca devait avoir un rapport avec le baiser qu’il lui avait donné l’autre soir. Il devait admettre qu’il n’avait pas été particulièrement galant, mais
il en avait eu subitement envie et il ne s’était pas gêné. Comment allait-elle réagir ? Avec de la chance, elle lui serait reconnaissante et…
« Elle a un sacré caractère, hein ? »
Il tourna la tête et vit Mai à ses côtés, qui regardait en direction de Kirstie. A présent, il regrettait de l’avoir traité de salope la première fois qu’il l’avait vue et comprenait pourquoi
Oceany était farouchement antiraciste, elle avait raison : c’était stupide de juger les gens en fonction de leur nationalité.
« Je me demande si elle va épouser notre cause, un jour ? répondit-il.
– Oui, évidemment.
– Vous avez l’air bien sûre de vous.
– J’étais comme elle, au départ, je me demandais pourquoi ces Américains m’avaient sortie de ma cage, je pensais qu’il y avait quelque chose de louche, là-dessous, mais j’ai compris que ce n’était
pas le cas et Kirstie va réagir de la même façon, tôt ou tard, ne vous en faites pas.
– Je voudrais vous demander autre chose.
– Bien sûr, quoi ?
– Voilà, je…j’ai appris quelque chose sur Mark d’assez…inquiétant et je ne sais pas si je dois en parler à Oceany ou pas.
– De quoi s’agit-il ?
– Et bien, Kirstie m’a avoué que…Mark avait abusé d’elle plusieurs fois et j’ai peur qu’il s’en prenne à Oceany.
– Oh Seigneur ! Je ne pense pas qu’Oceany soit réellement menacée, elle fait partie de l’élite et on la croirait si elle se plaignait, ce qui n’était pas le cas avec Kirstie. Mais elle doit quand
même se méfier.
– Je dois donc lui dire.
– Je ne crois pas.
– Mais vous venez de dire qu’elle doit se méfier !
– Si elle le sait, elle risque de changer de comportement vis à vis de lui, ce qui pourrait peut-être lui mettre la puce à l’oreille et on ne doit pas se trahir. Si elle se fait coincer, elle est
morte.
– Et si elle se fait violer, comment elle va réagir, d’après vous ? Elle va sauter de joie dans tous les sens ? Elle est en danger
– Vous exagérez.
– Je ne le pense pas, non. D’ailleurs, j’ai pris ma décision, je vais tout lui dire.
– Vous aviez déjà pris votre décision avant de m’en parler, à quoi ça rime tout ça ? Si vous vouliez mon consentement pour avoir la conscience tranquille, je suis désolée mais vous avez fait fausse
route.
– Je veux la protéger.
– Je ne suis pas certaine que ce soit la vraie raison. Vous voulez juste la séparer de Mark.
– Pas du tout, je veux juste qu’elle sache la vérité ! Quel intérêt j’aurais à la séparer de lui ?
– Posez-vous d’abord la question à vous-même. »
Il la dévisagea, interloqué : qu’est ce qu’elle voulait dire par là ? Il allait rétorquer quand Oceany les rejoignit et il n’osa pas continuer. Il préférait lui parler de tout ça en privé, ça ne
regardait pas les autres. Les deux jeunes femmes parlèrent un instant mais il ne les écouta pas, absorbé par ses pensées : pourquoi Mai-Li pensait-elle qu’il avait un motif différent de celui qu’il
avait invoqué ? Il aimait beaucoup Oceany et il ne voulait pas qu’il lui arrive des bricoles.
« Bon, il est tard, je crois que nous devrions rentrer, Ethan. Je vais voir qui peut nous ramener.
– Et si nous rentrions à pieds ?
– Vous avez envie de vous faire agresser à nouveau ?
– Non, j’ai envie de prendre l’air et on va pas se faire agresser, je le sens. Vous pouvez vous fier à mon sixième sens.
– D’accord, je vous fais confiance, mais je me demande si c’est une bonne idée. Bon, je préviens les autres et on y va. »
Elle se rendit vers un petit groupe de rebelle et discuta un instant avec eux, mais Ethan n’était pas vraiment pressé et il espéra que la conversation allait durer. Il commençait à douter :
devait-il vraiment tout lui dire ? Oui, évidemment, c’était trop grave pour qu’elle ne soit pas au courant. Elle était directement menacée dans cette histoire et il ne voulait surtout pas qu’elle
soit violée alors qu’il avait les moyens d’empêcher ça. Malheureusement pour lui, Oceany ne s’attarda pas et vint le retrouver, souriante. Apparemment, elle allait beaucoup mieux, elle semblait
sûre de vouloir continuer à se battre avec eux.
Ils sortirent du hangar et marchèrent en silence d’un pas alerte. Il cherchait comment lui annoncer ce qu’il savait, mais il avait du mal à démarrer : ce n’était pas une nouvelle anodine, c’était
tout de même très important. Quand ils arrivèrent dans les derniers étages, il ne lui avait toujours rien dit et il commença à paniquer : ils allaient bientôt arriver chez eux et elle allait se
coucher sans savoir. Ils étaient en train de traverser le parc Hart, qui portait le nom d’un des concepteurs de la ville mort avant la fin des travaux, quand il s’arrêta brutalement de marcher.
Oceany se retourna et le regarda, surprise.
« Ca va Ethan ? Qu’est-ce qu’il vous prend ?
– Je…et bien, j’ai quelque chose à vous dire.
– A quel propos ?
– A propos de…de Mark.
– Je vous écoute.
– Kirstie m’a dit que…qu’il avait profité d’elle à de nombreuses reprises, voilà. Je n’ai pas envie qu’il vous arrive la même chose. Ce type est un salopard, vous ne devez pas lui faire
confiance.
– Pourquoi Kirstie ne m’a rien dit ?
– Elle ne voulait pas, parce que vous êtes…
– La fille d’Hank, je sais. Pourquoi vous me dites ça ?
– Pour vous protéger, évidemment.
– Je peux très bien me protéger toute seule et je ne crois pas que Mark soit un violeur. Parce que si c’était le cas, il n’aurait pas été si patient avec moi quand je lui ai dit que je ne voulais
pas coucher avec lui.
– Vous ne me croyez pas ?
– Non, en effet.
– Mais pourquoi je vous mentirais sur Mark je n’ai aucun intérêt dans cette histoire. »
Elle ne lui répondit pas, perdue dans ses pensées. A ce moment-là, l’arrosage automatique démarra commençant à les arroser ; Oceany se mit alors en marche et allait le laisser là quand il lui
attrapa le bras et la força à s’arrêter.
« Bon sang, Ethan, on va être complètement trempés ! Lâchez-moi.
– Vous ne m’avez pas répondu, je veux savoir pourquoi, d’après vous, je cherche à vous séparer de Mark.
– Parce que…parce que…je n’attendais que ça.
– Quoi ?
– Je ne veux pas épouser Mark, mais je n’ose pas me l’avouer parce que je ne veux pas décevoir ma mère, elle est malade et je voulais que quelqu’un me dise que Mark n’était pas pour moi, quelqu’un
qui me comprenait. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression d’être avec quelqu’un qui me ressemble et que…
– Que ?
– Rien. »
Il la regarda, interloqué : qu’est-ce qu’elle voulait dire ? Il se rendait compte qu’il n’arrivait pas à lire en elle, elle ne cessait de souffler le chaud et le froid. Il ne la connaissait pas si
bien que ça, en fin de compte, elle était une inconnue, pour lui, une inconnue qu’il avait soudain très envie de mieux connaître.
« Bon, allons-y maintenant, il est tard.»
Elle fit un pas en avant mais il la retint par le bras et l’attira vers lui avant de l’embrasser tendrement, la serrant fort contre lui. Elle fut tout d’abord surprise par sa réaction et elle se
demanda un temps comment réagir. Mettre fin à ce baiser et lui coller une gifle amplement mérité ou se laisser faire ? Mais ce baiser la faisait frissonner et, pour la première fois, elle oublia
pendant un instant les atrocités de la guerre qui avaient été son quotidien pendant des années, puis l’horreur beaucoup moins flagrante, mais omniprésente de Technopolis.
Elle se mit soudain à frissonner et Ethan s’éloigna légèrement d’elle.
« Ne restons pas ici, nous sommes complètement trempés et nous pourrions attraper froid, malgré la douceur de la température.
– Oui, je crois que c’est mieux.
– Allons chez moi, c’est plus près.
– Je ne sais pas si c’est une bonne idée, je…
– Je proposais d’aller chez moi pour qu’on puisse se sécher.
– Oh ! Dans ce cas, allons-y. »
Il sourit puis partit tranquillement en direction de son appartement. Elle lui emboîta le pas même si elle avait un peu peur. Hormis quelques rares flirts qui n’avaient pas été plus loin que le
baiser, elle n’avait jamais eu d’hommes dans sa vie et si Ethan avait d’autres idées en tête, elle risquait de ne pas être à la hauteur. Car même si elle n’était pas une spécialiste des rapports
homme/femme, elle se doutait qu’un homme ramenait rarement une jeune femme chez lui sans avoir d’arrière-pensées. Et pourtant, elle le suivit.
Ils arrivèrent rapidement à l’appartement du jeune homme, qu’elle connaissait déjà, et pourtant, il lui semblait différent, plus froid, plus menaçant, aussi. Il l’invita à s’asseoir sur le canapé,
tandis qu’il allait chercher deux serviettes dans la salle de bain, ce qu’elle fit sans discuter, de plus en plus mal à l’aise. Pour se calmer un peu elle tenta d’évacuer son stress en triturant un
coussin, mais ça n’eut aucun effet.
« Ca va pas ? lui demanda Ethan en lui tendant une serviette.
– Oh, si…c’est juste que…non, rien. »
Elle commença à passer la serviette dans ses cheveux pour les sécher, ce qui provoqua une brusque montée de désir chez son compagnon, complètement déboussolé par ce qui était en train de lui
arriver. Il n’avait pas réalisé qu’il était tombé amoureux d’elle dès leur première rencontre dans le parc mais il ne savait pas trop ce qu’elle ressentait. Il avait, à présent, une envie folle de
l’embrasser, de la caresser, de la déshabiller… mais elle ne semblait pas très à l’aise. C’était peut-être dû à leur différence d’âge ou au fait qu’il soit déjà fiancé. Mais ce n’étaient que
quelques détails sans importance, il ne fallait pas tout arrêter à cause de ça, il voulait tellement aller plus loin avec elle… Il s’approcha doucement de la jeune femme et lui donna un baiser
langoureux qu’elle lui rendit avec plaisir, mais quand il commença à glisser sa main vers ses fesses, elle le repoussa et quitta le canapé.
« Il est tard, je dois rentrer. Ma mère va s’inquiéter.
– Elle ne sait même pas que tu n’es plus dans ton lit. Tu sors en cachette, souviens-toi.
– Oui, mais…si elle avait besoin de moi ?
– Elle est avec son mari, je te rappelle. C’est quoi, le problème ?
– Il n’y a pas de problème.
– Tu en es sûre ? Tu n’as pas du tout l’air à l’aise, avec moi. C’est à cause de Neve ?
– Non…euh…si ! C’est pas correct de la tromper alors que tu es fiancé avec elle, ce n’est pas correct du tout.
– Pourquoi j’ai l’impression que tu me mens ?
– Parce que…écoute, Ethan, j’ai peur, voilà.
– Peur ? Mais il ne faut pas, l’amour, c’est ce qu’il y a de plus beau, laisse-toi aller pour une fois, tu ne peux pas avoir le contrôle sur tout. Etre amoureux, c’est la plus belle chose qui
puisse arriver à une personne, il ne faut pas en avoir peur.
– Je n’ai pas peur d’être amoureuse, j’ai peur de…de l’acte en lui-même.
– Pardon ?
– Je…je suis encore vierge, voilà !
– Oh ! »
Il s’était attendu à tout sauf à ça, mais à bien y réfléchir, ce n’était pas si étonnant. Elle n’avait jamais dû avoir beaucoup de temps pour avoir une vraie relation avec un homme, et puis elle
était quand même assez jeune, plus que lui, mais curieusement, cette nouvelle donnée ne changea absolument rien. Il la désirait toujours et peut-être même plus qu’avant. Elle lui avait fait
découvrir beaucoup de choses depuis qu’il la connaissait, elle lui avait fait voir le monde différemment et il voulait lui faire connaître de nouvelles expériences à son tour. Il se leva, se
rapprocha d’elle et lui caressa la joue.
« Ce n’est pas un problème.
– Pour toi, non, mais pour moi, ça en est un, je ne sais pas…
– Chut. Ne t’inquiète pas, je vais te faire découvrir de nouvelles sensations, n’aies pas peur. Ca n’a jamais tué personne.
– Je crois que…
– Chut. »
Il l’embrassa furtivement sur les lèvres, puis lui prit la main pour l’entraîner vers sa chambre. Il s’assit sur le lit et attira Oceany vers lui. Elle s’assit prudemment sur le bout du lit,
toujours aussi mal à l’aise, mais il déploya des trésors de douceur et de tendresse pour la décoincer et elle fut plus réceptive que ce qu’il avait cru, répondant à chacun de ses baisers et de ses
caresses. Elle commença à oublier sa crainte. Elle ressentait une étrange chaleur dans son ventre, son souffle se faisait de plus en plus court. Elle ne protesta pas quand il fit glisser sa
fermeture éclair et qu’il lui enleva doucement sa combinaison, ce qui lui permit de découvrir sa peau, incroyablement blanche et douce. Ses doigts parcourirent lentement son corps, la faisant
frémir de plus en plus. Désormais, elle n’avait plus peur, bien au contraire. Elle crevait d’envie d’aller plus loin.

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Episode 18

Chapitre 12

 

            Oceany s’étira longuement et plongea le nez dans son bol de céréales. Elle
n’avait vraiment pas faim, sans doute parce qu’elle repensait encore à ce que lui avait dit Kirstie hier ; Combien de gens pensaient, à tort, que tout était arrivé à cause de son père, alors
que, au contraire, c’était grâce à lui qu’ils étaient encore là ? Elle ne supportait pas l’idée qu’on ait pu porter atteinte à la mémoire de son père et pourtant, elle devait bien se rendre
compte que c’était déjà fait.

Alyson et Nicholas arrivèrent, un immense sourire sur le visage et elle comprit immédiatement qu’ils venaient d’apprendre une fantastique nouvelle, même elle ne
savait pas de quoi il s’agissait.

« Ma chérie, Bill Oxford en personne vient de nous appeler.

– Ouah, quel honneur ! fit-elle, ironique.

– Il va donner une fête somptueuse pour tes fiançailles avec Mark.

– Quoi ? Mais…vous ne trouvez pas que je suis un peu trop jeune pour me fiancer ?

– Mais non, pas du tout. De toute façon, tu te marieras avec Mark tôt ou tard, alors pourquoi attendre ? La fête aura lieu mercredi prochain.

– Quoi ? Et j’ai pas mon mot à dire, là-dedans ? De toute façon, mercredi, j’ai déjà quelque chose de prévu, désolée, je ne pourrai pas venir à mes
propres fiançailles.

– Quoi que tu aies prévu, ce sera probablement annulé. Tout Technopolis est invité !

– Même les exclus ?

– Ne dis pas sottises, voyons.

– Alors, ne dites pas que tout Technopolis est invité, mais parlez de l’élite, ce sera plus correct.

– Oceany, je croyais que tu étais d’accord pour te fiancer avec Mark, remarqua Nicholas, visiblement ennuyé par la réaction de sa belle-fille.

– Oui, je l’étais et je le suis toujours, mais je trouve que les choses vont trop vite, ça me…ça me fait peur. Et puis, on ne m’a jamais demandé mon avis dans cette
histoire, alors que c’est ma vie, quand même. On ne m’a pas dit : Mark Oxford voudrait se fiancer avec toi, est-ce que tu es d’accord, mais : tu vas te fiancer avec Mark, que tu sois
d’accord ou non.

– Ecoute, ma chérie, je…Nicholas, tu peux nous laisser ? Je crois que nous avons besoin d’avoir une discussion mère-fille. »

Il haussa les épaules et quitta la pièce. Apparemment, ces fiançailles étaient très importantes et ils devaient à tout prix convaincre la jeune fille d’accepter
cette fête. Alyson s’installa sur le fauteuil à côté de sa fille et lui prit les mains.

« Ecoute, ma chérie, je sais que tout ça t’a été imposé, mais il faut que tu comprennes que Mark est le meilleur parti de la ville et qu’il t’a fait l’honneur
de te choisir. Beaucoup de filles se damneraient pour avoir la même chance que toi.

– C’est justement ça, le problème. Je dois me marier avec lui parce que c’est un bon parti, et non pas parce que je l’aime, je ne trouve pas ça normal.

– L’amour n’est pas forcément une bonne chose, ma chérie. Parfois, il vaut mieux faire des mariages de raison, tu sais.

– Tu délires, enfin !

– Tu as déjà été amoureuse, Oceany ?

– En quel temps ? J’ai vécu quasiment toute ma vie en temps de guerre, ce n’est pas particulièrement propice aux rencontres amoureuses, quoi qu’on en
dise.

– Donc, tu ne sais pas ce qu’est l’amour. Moi, je le sais et ce n’est pas aussi merveilleux que ce qu’on dit. L’amour, ça peut te rendre heureuse, c’est certain.
Mais ça fait très mal, aussi, des fois. Ton père…j’aimais ton père, j’étais prête à tout pour lui, mais j’ai énormément souffert avec lui, il était si…égoïste ! Tu ne peux pas t’imaginer à
quel point. Lui ne m’a jamais aimé, il me considérait comme une maîtresse, d’abord, puis comme la mère de ses enfants. Mais il n’y avait pas d’amour, tu comprends ? Ton père n’aimait que
lui, en fin de compte.

– Tu as tort, il nous aimait, tous les trois.

– Enfin, Oceany, il n’a même pas connu Oliver, ou presque ! Il avait deux mois quand son père est mort. Quant à moi, il me considérait plus comme un fardeau
qu’autre chose, mais toi…je pense que tu étais la seule personne digne d’intérêt, à ses yeux. Enfin, tout ça pour dire que ce mariage arrangé est une bonne chose pour toi.

– Comment puis-je en être certaine ? Je n’ai jamais été amoureuse et je ne peux pas me rendre compte des méfaits de l’amour. Et puis, toi, tu es peut-être mal
tombée, mais je pourrais avoir plus de chances, moi.

– Peut-être, mais…je ne vais pas très bien, tu sais, j’ai l’impression…que c’est un peu le fouillis, là-dedans, expliqua-t-elle en montrant son crâne, et je veux
être sûre que tu n’auras besoin de rien quand je…enfin, si je devais partir pour me soigner.

– Quoi ? Mais qu’est ce que tu as ?

– Je ne sais pas, je crois que je suis en train de devenir folle. J’ai pas mal d’idées contradictoires dans la tête et je ne sais plus où j’en suis. Je veux
m’assurer que mes deux enfants puissent se débrouiller sans moi.  Tu comprends pourquoi ce mariage me tient tant à cœur : Mark est un si gentil garçon. Il peut te
rendre heureuse, je le sais et je ne me sentirai rassurée que quand vous vous serez mariés.

– Maman, je…

– Oh, ma chérie, je t’aime tellement. »

Alyson prit sa fille dans ses bras et la serra très fort, tandis qu’Oceany essayait de mettre de l’ordre dans ses idées. Sa mère était malade ? Ca expliquait
peut-être son comportement étrange depuis quelques temps. Elle n’avait peut-être plus envie de perdre du temps à pester contre cette ville, elle avait dû comprendre qu’il ne lui restait plus
beaucoup de temps et elle devait profiter au maximum des plaisirs de la vie.

Après avoir étreint sa fille, elle se leva, écrasa une larme qui brillait au coin de l’œil et partit sans rien ajouter, laissant sa fille seule, en proie à ses
doutes. Pour la première fois, elle se demanda si c’était une bonne idée de détruire cette ville. Si ses amis et elle arrivaient à leur fin, tous ceux qui seront encore là devraient vivre au
milieu de la nature et renoncer au confort moderne. Mais si sa mère était malade, qui la soignerait ? Il n’y aurait plus d’hôpitaux et ceux qui avaient été autrefois médecins, avant et
pendant la guerre, avaient peut-être oublié certaines choses. Dans ce cas, détruire Technopolis reviendrait à sacrifier sa mère et elle ne pouvait pas accepter cette idée. Si elle devait sauver
deux personnes dans cette ville, ce serait Oliver et Alyson sans l’ombre d’une hésitation. Mais ils comptaient tous sur elle, en bas, elle ne pouvait pas les délaisser, elle s’était
engagée…

Elle soupira et se prit la tête entre les mains. Elle n’avait jamais été face à un si cruel dilemme.

—–

            Maria écrasa sa cigarette dans le cendrier et avala une gorgée de café en
grimaçant. Il était infect, mais au moins, Juan ne viendrait pas la harceler dans ce bar. Elle lui avait clairement expliqué qu’elle ne voulait plus jamais le voir, sauf s’il arrêtait d’obéir
aveuglément à cette petite garce d’Oceany, mais elle savait que ça n’arriverait jamais. Il était amoureux d’elle, ne jurait que par elle et l’adorait comme une véritable déesse. Quel
crétin ! Il irait jusqu’à lécher les bottes d’Oxford, si elle le lui demandait ; il lui obéissait sans même réfléchir, mais elle n’avait pas été dupe. Oceany n’avait jamais été de leur
côté, elle était en fait la pire des élitaires, mais elle voulait les avoir sous contrôle pour éviter toute révolte, mais elle avait échoué.

« Mondanité : notre maire bien aimé a annoncé les fiançailles de son fils Mark avec Oceany Antelwort Geller. A cette occasion, une immense fête sera
donnée à la salle de réception vendredi soir avec, au programme, le célèbre ballet Le lac des cygnes qui sera suivi d’un grand Bal masqué, chaque convive étant invité à venir costumé. M
Oxford… »

Maria n’écouta pas la suite et se précipita hors du bar. Elle avait quatre jours pour tout mettre en place. Oxford lui avait donné la plus belle occasion de le
supprimer, ainsi que tous ces élitaires et, en particulier, cette garce d’Oceany. Puis toute la ville suivrait :  elle ferait d’abord exploser la salle de
réception, puis les quatre piliers, ce serait la fin de Technopolis, l’heure du jugement dernier. Les exclus aurait de bonnes chances de survivre : la bulle en verre détruirait d’abord les
plus hauts étages, ce qui la ralentirait sûrement, permettant aux plus misérables d’être sauvés. Et s’ils mourraient ? Chaque combat appelait des sacrifices, ils perdraient la vie pour une
noble cause.

—–

            Ethan resta un instant sur son canapé, les yeux clos, afin de remettre de
l’ordre dans sa tête. Ces fiançailles n’étaient peut-être pas une bonne chose. D’une part, Oceany risquait de perdre son envie de se battre, mais surtout, il devait lui avouer ce qu’il savait sur
Mark avant qu’il ne soit trop tard : qu’est-ce qu’il lui prouvait que le futur fiancé serait plus délicat avec sa promise ?  Une fois mariés, il ne se gênerait peut-être pas pour
la forcer à faire l’amour avec lui, comme il l’avait fait avec Kirstie.

« Tout est parfait ! s’exclama Neve qui était assise à côté de lui.

– Qu’est ce qu’il t’arrive ?

– Tout se passe comme nous l’avions prévu : ces deux-là vont se marier et nous allons marier notre fils à leur fille.

– Quel fils ? Quelle fille ? Ces enfants n’existent pas ! Et si nous avons chacun des filles, qu’est ce qu’on fait ? Un mariage de
lesbiennes ?

– Ce que tu peux être vulgaire ! Ce que j’aimerais être à la place d’Oceany, épouser un jeune homme séduisant, galant, raffiné, au lieu d’un pauvre idiot comme
toi.

– Si tu veux rompre les fiançailles, te gêne pas pour moi, ça me fera très plaisir. Tu sais très bien que si j’avais eu le choix, ce n’est pas avec toi que je me
serais fiancé.

– Oh, vraiment ? Et qui tu aurais choisi ?

– Je ne sais pas…pourquoi pas Oceany, justement ? Je m’entends très bien avec elle et elle n’est pas superficielle comme toi.

– Toi et Oceany Antelwort Geller ? Mon pauvre Ethan, elle beaucoup trop bien pour toi, laisse tomber.

– Si tu allais t’acheter une tenue pour ce bal, ça me fera des vacances.

– Je ferais n’importe quoi pour ne pas supporter ta présence plus longtemps. »

Elle se leva brusquement et partit sans prendre le soin de refermer la porte. Depuis qu’il était revenu, elle s’était montrée particulièrement odieuse avec lui.
Peut-être avait-elle entendu dire qu’il était avec une maîtresse, mais il s’en moquait, au fond, il avait d’autres soucis en tête. Mais il était en colère contre elle, parce qu’elle l’avait
vexée, quand elle avait dit qu’il ne pourrait jamais prétendre à avoir Oceany. Ce n’était pas vrai : ils étaient semblables, le même caractère, les mêmes ambitions et…et puis elle était si
jolie que…

« Ethan, tu as de la visite. »

Il regarda sa mère qui avait été aux petits soins avec lui depuis qu’il était revenu chez lui et il lui en était reconnaissant. Ce n’était pas une sinécure d’être
un rebelle, il fallait toujours faire attention à tout et se battre à longueur de temps.

Il se leva et se rendit dans l’entrée où il trouva Oceany, visiblement inquiète. Il la conduisit dans sa chambre pour éviter d’être dérangés et attendit qu’elle lui
explique la raison de sa visite.

« Je suis un peu perdue, commença-t-elle, je ne sais plus trop où j’en suis.

– Ca a un rapport avec vos fiançailles avec Mark ?

– Hein ? Oh non, ça, c’est juste contrariant, je ne pensais pas devoir me fiancer si tôt, mais…ma mère est malade.

– Qu’a-t-elle ?

– Je ne sais pas exactement, mais ça a un rapport avec sa…avec son mental. Elle perd un peu les pédales, à ce qu’elle m’a dit et je me demande…si elle a besoin de
soins, comment fera-t-elle si nous détruisons tout ? Il n’y a plus de médecins humains, qui pourra la soigner ?

– Oui, je comprends.

– Je ne suis pas certaine de pouvoir sacrifier ma mère ainsi, c’est la personne que j’aime le plus au monde avec mon frère. Si elle devait mourir à cause de moi, je
ne m’en remettrais pas.

– Vous voulez abandonner la lutte ?

– Je n’en sais rien, c’est pour ça que je suis ici. Vous pouvez me conseiller, vous êtes le mieux placé pour ça.

– Moi ?

– Vous aimez votre mère autant que moi, j’aime la mienne et vous connaissez mes activités au sein des rebelles. Je ne vois vraiment pas avec qui je pourrais en
parler à part vous.

– Ah, vu sous cet angle…je crois que vous devriez continuer. D’une part parce que votre mère ne pourra jamais être heureuse ici et d’autre part, personne ne sait ce
qu’elle a exactement. Ce n’est peut-être pas grave.

– Ma mère n’est pas du genre à exagérer.

– Peut-être son problème vient-il de…d’une dépression ou quelque chose du même genre. Vous savez, c’est très compliqué, la psychologie, la plupart de nos petits
problèmes de santé ont des origines pathologiques.

– D’accord, mais si elle était vraiment malade ?

– Ecoutez, Oceany, je ne peux pas décider pour vous, mais voici ce que je pense. Si ma mère avait de graves problèmes comme la vôtre, je voudrais qu’elle quitte
cette prison dorée pour finir ses jours libres, auprès de la mer, par exemple. Seulement, ce que je pense, moi, ne doit pas vous influencer. Vous êtes adulte, vous devez chercher la réponse en
vous-même.

– Oui, sans doute.

– Je voulais vous parler de vos fiançailles et de…

– Ethan, qu’est ce que je vais faire ?  »

Elle s’assit sur le lit et se mit à sangloter, ce qui le coupa dans son élan. Ce n’était vraiment pas le bon moment pour lui annoncer que son futur fiancé était un
salopard. Il s’installa à côté d’elle et passa son bras autour de ses épaules, ce qu’elle sembla apprécier puisqu’elle s’appuya sur son torse et continua à pleurer. C’était étrange de la voir
ainsi, il l’avait toujours considérée comme une femme forte ayant une totale maîtrise de ses sentiments, mais là, il découvrait sa fragilité. Il voyait enfin le visage de la petite fille brisée
par la guerre qu’elle avait réussi à cacher jusque là.

« Ca va aller, ne vous inquiétez pas, je sui sûr que tout va s’arranger.

– Vraiment ?

– Mais bien sûr ! S’il existe un Dieu, là-haut, il voit tous les efforts que vous faites pour rendre à ses créatures leur liberté et il ne peut pas être
insensible à ça.

– Je ne suis pas croyante. De toute façon, comment peut-on l’être quand on naît en temps de guerre ?  »

Il ne répondit pas. Il oubliait souvent qu’elle était plus jeune que lui et qu’elle n’avait pas connu la vie d’avant, quand les hommes avaient des problèmes
d’argent, trimaient au boulot mais étaient libres d’aller où ils voulaient…cette société là avaient beaucoup de défauts, mais Technopolis aussi. Personne n’avait encore trouvé la solution miracle
et il se demandait si, un jour, les hommes pourraient vivre heureux ensemble, sans s’écraser les uns les autres.

Elle sécha ses larmes et s’éloigna un peu de lui, à regrets, certes, car il sentait très bon et qu’elle avait eu un sentiment de sécurité dans ses bras. Mais elle
ne devait pas trop s’attacher à lui. Elle avait déjà assez de soucis, il ne valait mieux pas en rajouter.

« Je…euh…je suis désolée.

– Pourquoi ?

– D’avoir pleuré comme ça, je vous ai mis mal à l’aise, ce n’était pas très malin de ma part, excusez-moi.

– Vous avez bien fait, au contraire. Ca ne sert à rien de tout garder pour soi, il fallait que ça sorte et ça vous fait du bien, non ? Vous n’êtes pas
surhumaine, Oceany, acceptez vos faiblesses.

– Je n’ai pas le temps d’avoir des faiblesses.

– C’est ridicule : vous devriez être plus indulgente avec vous-même. Vous n’irez pas bien loin, sinon. Regardez-moi. »

Il lui prit le menton et la força à le regarder, ce qui lui déplut fortement. Il prenait vraiment trop de libertés avec elle, alors qu’ils ne se connaissaient que
depuis si peu de temps, pour qui se prenait-il ?

« J’ai confiance en vous. Juan, Myo, Mai, Kirstie…ils ont tous confiance en vous, et ils vous aiment. Ils ne vous en voudront pas si vous vous laissez aller de
temps en temps, si vous vous conduisez comme un être humain normal. Parce que c’est ce que vous êtes et c’est ce qu’ils aiment en vous.

– Et vous ?

– Moi, je suis comme eux, je suis charmé. »

Il rapprocha imperceptiblement son visage, mais elle se releva rapidement et se posa à l’autre bout de la chambre. Est-ce qu’il n’avait pas cherché à
l’embrasser ? Peut-être se faisait-elle des idées, peut-être prenait-elle ses désirs pour la réalité ? Mais non, elle ne le désirait pas, ce n’était qu’un homme comme les autres et elle
n’avait pas le temps de tomber amoureuse, pour le moment. Trop de gens comptaient sur elle.

« Merci de m’avoir écoutée, Ethan, mais je dois m’en aller.

– A ce soir, alors.

– Ce soir ?

– Oui, avec les autres.

– Oh oui ! C’est ça, à ce soir. »

Elle était très mal à l’aise face à lui, ce qui ne lui était jamais arrivé. Elle avait toujours eu de l’aplomb et du caractère, personne n’avait réussi à la
déstabiliser. Et il avait suffi à Ethan de poser sur elle ses grands yeux bleus et de lui sourire. Ce qui l’énervait au plus haut point, car elle avait horreur de ne pas être totalement maîtresse
d’elle-même.

—–

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Episode 17

Bill ne put s’empêcher de sourire en regardant sa chère ville. Il était le maître absolu, il les menait tous par le bout du nez et aucun d’entre eux ne s’en rendaient compte, trop occupés à
commander de beaux produits sur leur ordinateur ou à admirer les merveilles architecturales qu’il leur offrait. Mais il y avait une ombre au tableau, un détail insignifiant qui le rendait fou : les
rebelles. Il devait les éliminer à tout prix, mais comment ? Il ne savait pas où les trouver et la police était totalement incompétente. Mais s’il en attrapait un, il montrerait à tous qu’il ne
fallait pas le provoquer, il ferait de ce rebelle un exemple . Tous ceux qui oseraient le braver le paierait de leur vie.
Il se leva et se posta devant son tableau de David. Personne ne savait qu’il s’agissait en réalité de l’original, qui avait résisté à la guerre, tout comme d’autres tableaux tels que la Joconde ou
le Radeau de la Méduse, ou certaines statues comme la Vénus de Milo qui étaient exposés dans ses bureaux qui ne servaient qu’à ça, de toute façon. Toutes ces merveilles pour son bonheur personnel,
personne d’autre que lui ne pouvait les contempler. C’était ça, aussi, le pouvoir : la foule ne pouvait pas approcher ses sublimes trésors, ils n’étaient qu’à lui. De toute façon, ils étaient
totalement inculte et se moquaient bien de l’art, Mark en était un parfait exemple. Incapable d’admirer les belles choses, il ne pensait qu’aux femmes et semblait très attiré par sa future fiancée.
Bill avait de l’affection pour Oceany, elle semblait plus sensible à l’art que les autres et ferait sans doute une bonne épouse pour Mark. Heureusement, elle n’avait pas hérité du caractère de son
père. Bill avait haï peu de personnes dans sa vie, mais Hank en faisait partie : il était d’une arrogance insupportable, traitant tous ses collaborateurs comme des bêtes, ne se préoccupant que de
son bien-être personnel, n’aimant que lui, ne voyant que lui. Le jour de sa mort, Bill n’avait pu s’empêcher de ressentir un sentiment de soulagement intense, même si on n’avait pas pu confirmer
son décès. Personne n’avait jamais trouvé son corps et les recherches pour le retrouver avaient vraiment été réduites au minimum, mais il s’en moquait bien. L’humanité était débarrassée de l’un de
ses déchets. Peut-être avait-on voulu le faire disparaître avec son inavouable et honteux secret…sa mort avait vraiment arrangé pas mal de monde. Peu importe qui l’avait supprimé, ça avait été une
bonne action en fin de compte. Le plus triste c’est que Hank pensait que Bill était son ami, mais un homme pouvait-il se réjouir de la mort d’un de ses amis ? Peut-être avait-il mal compris Hank,
mais peu importait, il s’en moquait bien, les vivants ne devaient pas perdre leur temps à pleurer les morts.
Il repartit à son bureau et se rassit, pour contempler sa ville dont il était le maître, le Roi. Quelle pensée grisante.

—–

Oceany leva les yeux et regarda l’enchevêtrement de voies de monorails qui l’empêchaient de voir le ciel. Mais elle n’était pas vraiment intéressée par ce qu’elle voyait, elle n’arrêtait pas de
penser à ce baiser dans le parc. Ca l’avait tellement surprise, elle ne s’était pas du tout attendue à un tel comportement de la part d’Ethan. Mais ce qui la gênait, c’était qu’elle ne savait pas
comment réagir. D’un côté, elle devait avouer qu’elle avait trouvé ce baiser agréable, mais de l’autre, elle était véritablement furieuse contre Ethan : il prenait beaucoup trop de libertés à son
goût et s’il ne rentrait pas dans les rangs, ils risquaient de rentrer en conflit.
Juan se posa à côté d’elle et leva à son tour la tête, cherchant ce qui pouvait fasciner la jeune femme, mais il n’y avait rien de particulier.

« Ca va ? demanda-t-il.

– Oh…euh…oui. Tu as pu parler à Maria ?

– J’ai essayé mais elle m’a envoyé promener, elle ne veut plus me voir. Elle se sent un peu trahie, mais ça passera.

– Tu sais aussi bien que moi que c’est faux. Elle nous en veut et, vu son caractère emporté, ça m’étonnerait qu’elle revienne avec nous comme si de rien n’était. Merde ! Comme si on avait besoin de
ça ! On doit déjà se battre avec le maire et ses sbires et voilà que nous avons un nouvel ennemi !

– T’as l’air énervée, qu’est ce que tu as ?

– C’est juste que…j’en ai assez des mecs !
– Pardon ?

– Non, mais c’est vrai : vous vous croyez toujours tout permis, vous m’embrassez sans me demander mon avis, comme si…comme si…bon sang, j’ai le droit de donner mon avis aussi, je suis un être
humain !

– Mais de quoi tu parles ?
– De rien laisse tomber.»

Il l’observa un instant, étonné par cette attitude : depuis qu’il la connaissait, il ne l’avait jamais vu s’énerver sur ses relations avec les hommes. Il savait que ça ne l’intéressait pas, pour le
moment : elle voulait se consacrer entièrement à sa mission, elle aurait le temps de se trouver un petit ami plus tard, alors que se passait-il ?

Oceany se força à lui sourire puis repartit à l’intérieur, pour mettre fin à cette conversation, d’une part, mais aussi parce qu’elle avait besoin de réfléchir. Elle n’ignorait pas l’attirance que
Juan avait pour elle et c’était maladroit de lui parler de Mark ou d’Ethan. Ceci étant, elle ne comprenait pas pourquoi ce baiser la perturbait autant, qu’est-ce que cela signifiait ? Elle marcha
sans regarder devant elle et se cogna à Kirstie, qui faillit tomber.

« Oh, excuse-moi ! Je ne t’avais pas vue. Ca va ?

– Ne vous en faites pas pour moi.

– Tu sais, on peut se tutoyer, ici.

– Je n’ai pas l’habitude de tutoyer des gens que je connais à peine.

– Tu avais l’habitude de vouvoyer ta famille ?

– Pas d’après mes souvenirs, mais j’étais petite quand ils sont tous morts.

– Maintenant, nous sommes ta famille.
– Je ne crois pas.

– Ecoute, je sais que tu as du mal à être de notre côté, mais…

– Je ne suis pas une Américaine et je n’ai pas envie de vous aider à régler vos problèmes.

– Je ne me considère pas moi-même comme une américaine, ça n’existe plus les Etats-Unis, maintenant. Il n’y a qu’opprimants et opprimés et si tu ne veux pas nous aider, rien ne te retient ici. Mais
si tu sors, tu seras vite rattrapée.

– Pourquoi je me joindrais à vous ?

– Je ne sais pas, ce n’est pas à moi de trouver tes motivations. Mais peut-être pour avoir ce que tu n’as jamais eu : la liberté.

– Moi, j’ai envie de venger mes parents.

– La guerre est finie depuis trop longtemps, laisse tomber. Tu ne pourras jamais les venger. Mais pense à ce que sera ta vie quand tu pourras sortir sans avoir peur de te faire rattraper, quand tu
pourras faire ce que tu veux sans obéir aux ordres de ton maître. Ca vaut le coup, non ?

– Je ne sais pas, je verrai. Ce qui me dérange, en fin de compte, c’est d’agir main dans la main avec la fille d’un meurtrier.
– Pardon ?

– Votre père, Hank Antelwort, c’est bien lui qui a crée ce sale virus qui a tué des millions et des millions d’êtres humains, non ? J’appelle ça un meurtrier, moi.

– Il n’avait pas le choix, il obéissait aux ordres et il a fait ça pour nous sauver.

– Pour vous sauver, je ne faisais pas partie du lot, moi. »

Oceany ne sut que répondre et laissa la jeune Noire partir. Elle n’avait jamais considéré son père comme un assassin, il avait dû obéir aux ordres et il n’avait pas que son virus allait se propager
ainsi à travers le monde. Il n’était pas coupable de toutes ces morts, il fallait plutôt incriminer ceux qui avaient commandé ce virus.

Ethan posa sa main sur son épaule, interrompant ainsi sa réflexion.

« Bon, et si on y allait ? Il commence à se faire tard et je n’ai pas envie de faire de mauvaises rencontres comme tout à l’heure.

– Vous avez besoin que je vous tienne la main pour que vous rentriez chez vous ? Vous connaissez le chemin, maintenant, non ?

– Ouah, quelle agressivité ! Une explication à ce comportement ?

– Vous n’êtes pas le chef, ici, alors, arrêter de vous conduire en tant que tel ! Je suis assez grande pour savoir quand je dois rentrer et vous n’aviez pas le droit de m’embrasser sans me le
demander avant !

– Vous avez eu l’air d’apprécier, pourtant.

– Oh, mais la question n’est pas là ! J’aimerais que vous soyez un peu plus respectueux envers moi, un point c’est tout !

– Quel tempérament ! Je suis impressionné.

– Oh la ferme ! Demandez à Myo de vous raccompagner en moto et fichez-moi la paix ! »

Il haussa les épaules et partit rejoindre le Chinois pour lui demander de le raccompagner. Apparemment, cette dispute ne l’affectait absolument pas, alors qu’elle était véritablement hors d’elle,
elle avait envie de lui coller une bonne paire de claques pour lui remettre les idées en place…Ca ne lui ressemblait absolument pas de s’emporter aussi facilement, elle avait sans doute besoin de
se reposer un peu, ça lui ferait le plus grand bien.
—–
« Tu sais à quoi j’ai pensé ? »

Bill leva le nez de son bouquin et regarda sa femme d’un air interrogateur : en général, elle ne le dérangeait jamais pendant qu’il lisait, elle en profitait pour s’endormir, ou plutôt faire
semblant, pour éviter d’accomplir son devoir conjugal. Mais ce soir-là, c’était différent, elle semblait surexcitée comme une gamine devant ses cadeaux de Noël.

« Non, je ne suis pas devin.

– Si on organisait un fête gigantesque pour les fiançailles de Mark ?

– On a le temps, rien n’est encore officiel.

– Non, on n’a pas de temps à perdre, on doit organiser quelque chose de merveilleux pour leur en mettre plein la vue à tous.
– Tu as de drôles d’idées, parfois.

– Non, pas tant que ça : les rebelles peuvent accéder aux sommets, n’est ce pas ? Tu crois qu’ils vont manquer une occasion pareille de faire du grabuge ?

– J’ai du mal à te suivre, là.

– Réfléchis : si tu étais un rebelle et que tu savais qu’une somptueuse fête était organisée dans la salle de réception de la ville, qu’est ce que tu ferais ?
– J’achèterais un costume.

– Je suis sérieuse, Bill ! Je m’arrangerais pour faire sauter cette salle et tous les gens importants qui s’y trouvent ! Donc, pour ça, j’installerais une bombe un peu avant, quand la salle est
sans surveillance et quand tout le monde est là, je déclenche le feu d’artifice !

– Oui, et ? Tu veux te suicider ou quoi ?

– Non, mais nous pourrons l’attraper avant qu’il ne fasse tout exploser en surveillant la salle intensivement et une fois qu’on en aura attrapé un, on procédera à une exécution publique, pour les
fiançailles de ton fils, pour montrer l’exemple aux autres. Et pour que tout le monde puisse profiter du spectacle, nous diffuserons ça sur écran géant à travers toute la ville, y compris en
bas.

– Ca en dissuadera plus d’un, c’est sûr…tu es diabolique.
– Non, géniale. »

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Episode 16

Kelly regarda soigneusement autour d’elle, pour vérifier qu’il n’y avait personne et se dirigea vers le milieu du tapis en velours rouge qui décorait l’une des nombreuses pièces inutiles de la
mairie. Elle s’agenouilla afin de soulever une latte du plancher. Un meuble se mit alors à pivoter pour laisser apparaître un passage secret. Elle se dépêcha d’y entrer et appuya sur un bouton pour
refermer l’ouverture, puis alluma sa lampe de poche pour rejoindre la salle des ordinateurs où travaillait Bryan. A part eux et une poignée d’initiés, personne ne connaissait l’existence de cette
salle, pas même Bill, qui pensait avoir le pouvoir absolu. Mais il n’était qu’un pauvre pantin, comme tous les autres : cette ville était entièrement sous leur contrôle.
Elle arriva enfin à la salle des ordinateurs et regarda l’écran géant qui occupait tout un mur, qui représentait un plan détaillé de toute la ville, parsemé de milliers de petits points jaunes
indiquant les ordinateurs en marche. Ils pouvaient savoir qui s’en servait, à quel moment et même ce qu’ils étaient en train de faire dessus et pouvaient ainsi leur envoyer des messages subliminaux
qui vantaient Oxford et sa merveilleuse ville. Elle embrassa Bryan dans le cou et s’assit à côté de lui, pour voir ce qu’il faisait.
« J’ai appris pas mal de trucs intéressants sur cette fille, Antelwort et tu avais raison de t’en méfier : regarde un peu ce qu’elle était en train de consulter, il n’y a pas cinq minutes. »
Il tapa quelque chose sur son clavier et cliqua sur la souris pour faire apparaître un fichier qu’elle avait déjà vu des dizaines de fois, mais elle avait du mal à en croire ses yeux. Oceany avait
réussi à se procurer les dossiers de la mairie.
« Oh, merde !
– La bonne nouvelle, c’est qu’elle n’a pas pu accéder au fichier confidentiel : elle n’a pas le code, mais elle a de l’imagination, elle a dû en essayer une bonne centaine. Elle sait pas mal de
choses sur notre ami Bill.
– Oui, sauf que ce dossier confidentiel n’est pas à lui : il ne doit même pas savoir qu’il existe. Il passe ses journées à regarder la ville dans son bureau et à admirer ses jolis tableaux, en
s’imaginant être le maître du monde. On a vraiment trouvé le pigeon idéal, avec lui.
– Ouais, mais faut espérer que ça va durer : je me demande comment il réagirait s’il voyait qu’il ne contrôlait rien.
– Il ne s’en apercevra pas : il est aveuglé par son propre ego. Qu’est ce qu’on fait pour la fille ?
– Rien, pour le moment : on ne peut pas l’éliminer aussi facilement, les gens se poseraient des questions. Attendons un peu, nous trouverons peut-être un moyen infaillible de la supprimer, mais
elle n’est pas dangereuse.
– Pour le moment, mais elle fait partie des rebelles et elle m’a défiée, en libérant Kirstie. Je ne supporte pas ça.
– Ce n’est pas toi qu’elle a voulu défier, mais Bill.
– C’est du pareil au même : je trouverai un moyen de la faire payer, tu peux en être sûr. »

—–

Maria se faufila dans le dépôt d’armes et étudia un instant les lieux, puis avança vers un tas de caisses dans lesquelles elle devrait trouver son bonheur. Elle avait bien fait de quitter les
autres en emportant un passe, elle n’aurait pas pu accomplir ses projets sans. Elle avait été obligée de se rendre dans la réserve d’armes de la police pour leur voler des revolvers et des
explosifs afin de fabriquer des bombes assez puissantes pour détruire les piliers. Ce qu’elle avait pris aux rebelles était bien insuffisant. Elle allait damer le pion à cette garce d’Oceany, elle
allait lui montrer qui était la plus forte…elle aurait donné tout ce qu’elle avait pour pouvoir voir sa tête quand la bulle de verre allait s’écraser sur elle en détruisant sa luxueuse chambre,
mais elle devrait fuir. Pas question de mourir pour tous ces idiots, elle installerait un système de commande à distance pour faire exploser les quatre bombes en même temps et lui permettre d’être
à l’abri à ce moment-là. Elle ne savait pas encore par où elle allait sortir de la ville, il faudrait peut-être faire exploser un coin de cette horrible bulle de verre prétendue indestructible ou
étudier le plan des égouts. Ca devait bien mener quelque part hors de la ville/ Mais elle n’en était pas encore là, elle avait le temps, il fallait d’abord construire les bombes.
Elle saisit son pied de biche et s’en servit comme levier pour faire sauter le couvercle d’une des caisses et sourit en découvrant ce qu’il y avait à l’intérieur : tout ce qu’il lui fallait pour
fabriquer des bombes, c’était vraiment parfait. Elle attrapa son sac à dos et le remplit de tout ce matériel, puis fila en vitesse, essayant de dissimuler sa joie, mais en vain : elle allait
bientôt offrir à cette ville un feu d’artifice mémorable.

—–

Kirstie observa les autres s’agiter et soupira : elle se sentait complètement inutile, parmi eux, elle aurait préféré être ailleurs, mais où ? L’Américain avait raison, elle leur devait
beaucoup de l’avoir délivrée de cette famille de dingue, mais elle ne voulait pas collaborer avec lui. Sa famille était morte à cause de tous ces yankees égocentriques qui s’étaient pris, une fois
de trop, pour les maîtres du monde. Même si ceux qui étaient là n’étaient pas responsables de la faute de leurs parents, elle refusait de les aider. Chacun sa croix, qu’ils se débrouillent avec
leur ville esclavagiste. La Chinoise s’approcha d’elle et lui sourit. Elle était la plus gentille de toute, mais elle s’en méfiait quand même : elle était du côté des américains, pas du sien.
« Ca va ?
– Oui.
– Tu n’as pas l’air dans ton assiette, et je sais pourquoi. Mais tu devrais faire taire tes rancœurs et te joindre à nous.
– Pourquoi ?
– Je t’ai déjà expliqué pourquoi. Ecoute, Kirstie, tu vois le problème sous un mauvais angle : si tu nous rejoins, tu ne seras pas du côté des Américains, bien au contraire. Tu seras contre cette
société qui nous opprime.
– Alors, pourquoi dans ce groupe il y autant d’Américains, tu peux m’expliquer ?
– Ce sont des rebelles, comme nous, ils se battent au nom de l’humanité et pas à celui de leur ancienne nation. Tu crois vraiment qu’Oceany t’aurait libéré de ta prison si elle avait été fière de
son pays ? Moi, je ne crois pas. Tout ce qu’elle veut, ou plutôt ce que nous voulons, c’est une société juste, où nous pourrons tous nous promener dans la rue et voir le soleil quelles que soit nos
origines et la couleur de notre peau.
– C’est une utopie.
– Non, c’est réalisable, mais plus nous serons nombreux, plus ce sera facile de parvenir à nos fins. Alors, tu vas nous aider ?
– Je ne sais pas, je verrai. »
Mai-Li lui adressa un nouveau sourire et retourna auprès de son compagnon, sans plus insister. Elle était si gentille avec elle, elle devrait accepter de rejoindre leur groupe, rien que pour la
remercier de son attitude envers elle. Mais elle restait rebutée par tous ces Américains…Mai avait beau dire, c’était d’abord pour eux s’ils se battaient pour qu’ils retrouvent leur liberté, mais
qu’allaient-ils faire des esclaves ? A aucun moment, il n’avait été question de les libérer. S’ils avaient un plan pour sortir ses congénères de leur prison, elle voulait en faire partie. Pour le
reste, il était encore trop tôt.

——

Alyson s’approcha de la fenêtre et admira le paysage que Technopolis, mais dès qu’elle regardait vers le bas, c’était sordide. Elle retourna devant son écran et voulut se concentrer sur ce
qu’elle faisait, mais l’image de la ville la hantait, elle haïssait…
Technopolis m’apporte le bonheur
Non, elle ne haïssait pas cette ville, c’était trop fort, mais elle s’y sentait si mal, c’était un véritable fiasco, tout…
Technopolis est un vrai paradis terrestre
Il y avait cependant quelques belles réussites, notamment les quatre anges qu’elle avait toujours admirés, mais quand la nuit tombait…
Technopolis est la ville parfaite
Toutes les lumières s’allumaient, c’était si beau, on se serait cru à Noël, avec les guirlandes, comme dans son enfance…
Bill Oxford fait un travail fantastique
Elle éteignit son ordinateur et soupira : elle s’ennuyait. Au départ, elle avait trouvé ça fantastique, cette idée de supprimer l’argent et le travail, mais que faire durant ces longues journées ?
On ne vendait plus de livres, tout passait par ordinateur et tous les classiques avaient disparu. Les programmes télés n’avaient aucun intérêt. Quant à aller se balader…elle avait vite fait le tour
des hautes sphères et elle refusait de descendre plus bas, c’était trop dangereux. Cette société était malsaine, elle était…parfaite. Non, ce n’était pas ça, c’était le contraire, Technopolis
n’était pas parfaite, elle était…un vrai paradis terrestre. Elle posa ses mains sur sa tête et serra, pour tenter de remettre un peu d’ordre dans sa tête, mais en vain : pourquoi tant d’idées
contradictoires, ça n’avait aucun sens, elle avait l’impression de…oui, de ne plus être maîtresse de ses pensées.
Elle se leva et se précipita dans la chambre d’Oliver où le garçonnet était en train de jouer avec de petits bonhommes en plastique. Elle se jeta littéralement sur lui et le couvrit de baisers, ce
qui le surprit.
« Mais qu’est ce que tu fais, maman ?
– Je…je t’aime, mon chéri, tu le sais, ça, hein ?
– Ben, oui. »
Elle était peut-être en train de devenir folle et si elle continuait sur cette voie, elle allait se retrouver enfermée, loin de ses enfants qu’elle aimait plus que tout, elle en mourrait
certainement. Elle avait peur, pour elle, mais surtout pour eux : que deviendraient-ils si elle partait ? Oceany était presque fiancée et pourrait s’en sortir seule, mais Oliver pourrait-il grandir
sans sa mère ? Le pauvre enfant était né dans des conditions chaotiques, ça avait été même de la folie de le garder, mais elle n’avait pas eu le cœur d’avorter. Il fallait qu’elle reprenne le
contrôle, pour lui.

Chapitre 11

Oceany regarda sa montre et soupira : Ethan était en retard et elle ne se sentait pas à l’aise dans cette station de monorail. Un type plutôt louche ne cessait de la lorgner et elle n’aimait pas
ça. S’il l’attaquait, elle saurait se défendre sans problème, certes, mais elle n’aimait pas se battre et ne le faisait qu’en dernier recours. L’homme lui adressa un sourire qui en disait long sur
ses intentions, ce qui la fit se raidir, mais elle ne bougea pas. Heureusement, une rame arriva et Ethan en descendit.
« Vous êtes en retard ! dit-elle, énervée.
– Excusez-moi, mais ce n’est pas ma faute ; j’ai dû inventer une histoire abracadabrante à Neve pour expliquer mon absence. J’allais quand même pas lui dire que j’étais aller voir une autre femme,
elle en aurait fait tout une histoire.
– Peu importe. Ne restons pas ici. »
Elle se dirigea vers la sortie, suivie de près par le jeune homme qui ne semblait pas particulièrement mal à l’aise dans cet endroit, ce qui l’étonna un peu. En général, les élitaires ne se
promenaient pas par ici, mais lui était comme un poisson dans l’eau. Ils traversèrent un petit parc sombre, qui ne lui inspirait pas confiance et elle sentit qu’il allait se passer quelque chose
quand un des buissons se mit à s’agiter sans raison apparente. Il y avait quelqu’un là-dedans. Elle se retourna vers Ethan et lui parla à voix basse :
« Vous courez vite ?
– Je me débrouille pas mal.
– D’accord. A mon signal, vous foncez, OK ?
– Pourquoi ?
– Faites-le, c’est tout. »
Il haussa les épaules, mais elle n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit qu’une dizaine de types sortirent de la végétation, les encerclant, Oceany sembla nerveuse : ça s’annonçait mal
« Salut, les mecs ! fit Ethan, qui ne semblait pas apeuré du tout.
– Vous les connaissez ? s’étonna-t-elle.
– Et bien…ce ne sont pas nos…
– Non, pas du tout, je ne les connais pas. »
Il prit alors conscience de la situation et perdit toute sa belle assurance, mais il ne craqua pas : après tout, ce n’était pas la première fois qu’il se faisait agresser.
« Ecoutez, je vais faire diversion et vous, vous allez foncer au hangar chercher des renforts, ordonna-t-elle.
– Je ne sais pas où c’est et il n’est pas question que je vous laisse ici.
– Je me bats beaucoup mieux que vous, vous ne feriez que me gêner. Le hangar se trouve au fond d’une impasse, deuxième rue à gauche. »
Le type qui la lorgnait dans la station de monorail apparut alors et s’approcha d’elle, arborant toujours son sourire obscène. Il la saisit par le menton et lui caressa la joue avec son pouce.
« Comme on se retrouve, ma jolie ! C’est pas gentil de m’avoir laissé tout seul, tout à l’heure, j’étais pas content. Ecoute, j’ai une idée : tu me donnes ton passe et je te promets que je ne te
ferai aucun mal.
– Je ne vous crois pas.
– Je ne te ferai aucun mal, je te promets, mais ça ne veut pas dire que je ne te ferai rien. On peut s’amuser un peu, tous les deux, non ?
– J’ai d’autres projets pour ce soir, désolée. »
Elle lui envoya son genoux entre les jambes, ce qui lui coupa le souffle. Elle cria alors à Ethan de partir, tandis que les autres types lui tombaient dessus. Elle donna des coups à l’aveuglette,
ne sachant pas trop qui elle frappait, mais elle savait qu’elle allait vite perdre : à dix contre un, ça n’était pas équitable. L’un d’eux l’attrapa brutalement par les cheveux et la tira en
arrière, la faisant chuter, puis se jeta sur elle pour la ruer de coups, mais Ethan lui administra un fantastique coup de poing dans la figure qui le mit K.O, ce qui déplut fort à ses acolytes qui
commencèrent à s’en prendre au jeune homme. Oceany se releva rapidement et tenta d’aider son ami, mais ce n’était pas évident. Elle cogna un peu tout le monde sans trop réfléchir à ce qu’il fallait
faire, mais son sang se glaça quand elle vit un des voyous sortir son couteau et le pointer vers Ethan. Elle se rua vers lui et envoya son pied sur la main du bandit qui poussa un cri de douleur et
lâcha l’arme qu’elle récupéra aussitôt, puis elle saisit l’homme qui était en train de geindre par les cheveux et plaça la lame au niveau de la jugulaire.
« Bon, on arrête de jouer, maintenant ! Vous vous tirez ou je transforme votre copain en bouffe pour asticot, c’est compris ?
– Oh, ça va, t’énerve pas comme ça ! On se tire. »
Ils commencèrent tous à s’éloigner et elle relâcha alors son otage, qui s’enfuit piteusement. Ethan se jeta sur elle et l’étreignit fortement, apparemment ivre de joie :
« Ouah ! Vous êtes géniale, vous les avez atomisés ! Ils n’avaient pas l’air très glorieux en s’enfuyant !
– Ethan, je vous avais dit d’aller chercher les autres et vous ne l’avez pas fait. Ca aurait pu très mal tourner !
– Vous êtes sérieuse ? Je vous ai sauvé la vie.
– Pardon ?
– Si je n’étais pas intervenu, ce type vous aurait tabassé à mort et c’est comme ça que vous me remerciez ? On peut pas dire que la gratitude vous étouffe.
– Mais…
– Ne me dites pas que vous auriez pu vous en sortir seule, vous savez très bien que c’est faux.
– Je…merci, Ethan, de m’avoir aidée sur ce coup-là, mais à l’avenir, ne me désobéissez pas, d’accord.
– Si vous voulez, mais vous m’en devez une.
– Vous n’êtes pas sérieux, là ! On n’a pas de temps à perdre avec ce genre de futilités, et… »
Il l’attira brusquement vers lui et lui donna un baiser passionné, ce qui la calma complètement Pour la première fois depuis bien longtemps, elle s’abandonna au plaisir et mit plus de fougue dans
ce baiser, puis Ethan s’écarta d’elle et déclara : « On est quitte », avant de repartir tranquillement, les mains dans les poches, vers le hangar.